Groenland : l’Europe sort les crocs face à Trump et menace de riposter avec 107 milliards de dollars
Des milliers de voix contre un milliardaire
À Nuuk, samedi 17 janvier, ils étaient des centaines à défiler. Dans une ville de 19 000 habitants, ça représente une mobilisation massive. Presque un tiers de la population urbaine dans les rues. Sous une pluie glacée. Par des températures négatives. Avec des drapeaux groenlandais — rouge et blanc, le cercle qui symbolise le soleil levant et la banquise. Ils marchent vers le consulat américain. Ils crient en groenlandais: « Kalaallit Nunaat » — le nom de leur île dans leur langue. Pas « Greenland« . Pas le nom que les colonisateurs lui ont donné. Le leur. Celui qui porte leur identité, leur fierté, leur autodétermination. Et ils hurlent aussi en anglais, pour que Washington comprenne bien: « Greenland is not for sale! » — « Le Groenland n’est pas à vendre! »
À Copenhague, même scène. Des milliers de Danois descendent dans les rues. Ils portent les drapeaux du Danemark et du Groenland côte à côte. Fraternité nordique. Solidarité face à l’arrogance impériale. La Première ministre danoise Mette Frederiksen dit qu’elle a reçu un « grand soutien » de la part de ses alliés européens. Et elle a raison. Parce qu’en moins de 24 heures, huit pays — ceux-là mêmes que Trump menace de tarifs — ont publié une déclaration commune. Une déclaration qui claque comme un soufflet diplomatique: « Nous nous tenons en pleine solidarité avec le Danemark et le peuple du Groenland. Nous sommes prêts à engager un dialogue basé sur les principes de souveraineté et d’intégrité territoriale auxquels nous croyons fermement. » Le message est clair. L’Europe ne laissera pas Trump découper le continent à coups de menaces et de chantage économique.
Il y a un détail qui me reste. Une image. Ces manifestants groenlandais dans les rues de Nuuk. Nuuk, c’est 2 900 kilomètres de New York. 3 500 kilomètres de Copenhague. Géographiquement, ils sont plus proches des États-Unis que de l’Europe. Mais eux, ils ne veulent pas devenir américains. Ils veulent rester groenlandais. Ils veulent continuer à décider de leur avenir. Et Trump, avec son ego surdimensionné et ses tweets incendiaires, il se fout complètement de ce que veulent les 56 000 habitants de l’île. Pour lui, c’est juste une acquisition immobilière. Un territoire stratégique. Des ressources à exploiter. Les gens qui y vivent? Accessoires. Décor. Ça me dégoûte. Profondément.
Le courage d’une population oubliée
Les Groenlandais savent ce que c’est que d’être traités comme une marchandise. En 1946, le président américain Harry Truman avait secrètement offert 100 millions de dollars au Danemark pour acheter l’île. À l’époque, le Groenland était encore une colonie danoise. Les Groenlandais n’avaient pas leur mot à dire. Copenhague avait refusé. L’offre n’est devenue publique qu’en 1991. Quarante-cinq ans plus tard. Aujourd’hui, le Groenland est un territoire autonome. Avec son propre gouvernement. Ses propres institutions. Le droit à l’autodétermination. Mais pour Trump, rien de tout ça ne compte. Il répète que les États-Unis « ont besoin » du Groenland pour la sécurité nationale. Que la Chine et la Russie « veulent » l’île et que le Danemark ne peut rien faire pour l’en empêcher. C’est du paternalisme colonial à peine déguisé. L’idée que les États-Unis savent mieux que les Groenlandais ce qui est bon pour eux.
Et les chiffres donnent raison aux manifestants. Un sondage Reuters/Ipsos publié cette semaine montre que moins d’un Américain sur cinq soutient l’idée d’acquérir le Groenland. Même aux États-Unis, l’opinion publique n’est pas d’accord avec Trump. Les sénateurs républicains eux-mêmes commencent à se distancer. Lisa Murkowski, sénatrice de l’Alaska, a qualifié les tarifs de « punition inutile » et d' »erreur profonde« . Thom Tillis, sénateur de Caroline du Nord, a déclaré que cette approche était « mauvaise pour l’Amérique, mauvaise pour les entreprises américaines, et mauvaise pour les alliés de l’Amérique« . Même au sein du Parti républicain, la stratégie Trump sur le Groenland divise. Parce qu’au fond, tout le monde sait que c’est une folie. Une obsession personnelle transformée en crise géopolitique majeure.
Imaginez une seconde. Vous êtes groenlandais. Vous vivez dans un des endroits les plus reculés de la planète. Votre île est quatre fois plus grande que la France. Elle est recouverte à 80% de glace. Vous êtes 56 000 habitants. Votre vie tourne autour de la pêche, de la chasse, des traditions inuits transmises depuis des millénaires. Et un jour, un milliardaire américain qui joue au président décide qu’il veut acheter votre pays. Comme ça. Parce qu’il a décidé que c’était « stratégique« . Parce qu’il veut installer son bouclier antimissile « Golden Dome » chez vous. Qu’est-ce que vous ressentez? De la colère? De l’humiliation? De la peur? Les trois à la fois, probablement. Et c’est exactement ce que ressentent les Groenlandais en ce moment.
Bruxelles prépare l'artillerie lourde
Le bazooka commercial jamais utilisé
Dans les couloirs de Bruxelles, dimanche soir, l’ambiance est électrique. Les ambassadeurs des 27 discutent stratégie. Emmanuel Macron, le président français, pousse fort pour l’activation de l’Instrument anti-coercition. La France coordonne sa réponse avec l’Allemagne. Les deux locomotives de l’Union européenne sont sur la même ligne: il faut répondre. Fort. Vite. Pour ne pas donner l’impression que Trump peut tout se permettre sans conséquences. L’Instrument anti-coercition, c’est l’arme dont Bruxelles parle depuis 2023 mais qu’elle n’a jamais osé dégainer. C’était censé servir contre la Chine, qui avait commencé à « armer » les exportations de terres rares en fin d’année dernière — des minéraux critiques pour l’industrie tech et la défense européennes. À l’époque, l’UE avait finalement opté pour le dialogue. Mais avec Trump? Le dialogue semble avoir atteint ses limites.
Le mécanisme est simple dans son principe, dévastateur dans son application. Quand un pays tiers — en l’occurrence les États-Unis — applique ou menace d’appliquer des mesures affectant le commerce ou l’investissement pour empêcher, obtenir ou modifier un acte particulier de l’UE ou d’un État membre, l’Union peut riposter. Elle peut restreindre l’accès au marché intérieur. Bloquer les investissements. Limiter l’accès aux marchés publics — ce qui signifie que les entreprises américaines ne pourraient plus soumissionner pour des contrats publics européens. Restreindre le commerce de services — ce qui frapperait directement les géants de la tech: Google, Amazon, Microsoft, Meta. Et même retirer les protections de propriété intellectuelle pour certaines entreprises américaines opérant en Europe. C’est du jamais-vu. Une escalade commerciale qui pourrait faire exploser les relations transatlantiques pour de bon.
Et là, je me dis: est-ce qu’on réalise ce qui est en train de se jouer? L’Union européenne — 450 millions d’habitants, la deuxième économie mondiale — est en train de préparer une guerre commerciale totale contre les États-Unis. Contre son allié historique. Son partenaire de l’OTAN. Le pays avec qui elle partage des accords de défense mutuelle depuis 1949. Vous comprenez l’ampleur du désastre? Trump est en train de détruire 70 ans d’alliance pour une île. Pour un caprice géopolitique. Pour pouvoir dire qu’il a « acheté le Groenland » et marquer son nom dans l’histoire. C’est de la folie furieuse. Et le pire, c’est que Moscou et Pékin doivent se frotter les mains. Kaja Kallas, la cheffe de la diplomatie européenne, l’a dit sans détour: « La Chine et la Russie doivent se réjouir. Ce sont eux qui profitent des divisions entre alliés. » Bingo. Trump fait exactement le jeu de Poutine et de Xi Jinping. Il divise l’Occident de l’intérieur.
Les 93 milliards qui font peur à Washington
L’autre option sur la table, c’est le paquet de 93 milliards d’euros de tarifs que l’UE a préparé l’année dernière. Ce n’est pas de la théorie. C’est un document concret. Une liste précise de produits américains qui seraient frappés. Bourbon du Kentucky — un État républicain. Composants aéronautiques — pour faire mal à Boeing, déjà affaibli par ses scandales de sécurité. Soja et volaille — pour toucher les agriculteurs du Midwest, la base électorale de Trump. La stratégie est claire: cibler les États clés qui ont voté pour Trump, pour créer une pression politique interne. Pour que les sénateurs et représentants de ces États commencent à recevoir des appels furieux de leurs électeurs dont les entreprises perdent des millions. C’est de la politique économique tactique. Et ça peut fonctionner. En 2018, quand Trump avait imposé des tarifs sur l’acier et l’aluminium européens, l’UE avait riposté en ciblant le bourbon, les motos Harley-Davidson, les jeans. Le Kentucky et le Wisconsin avaient hurlé. Et Trump avait fini par reculer.
Mais cette fois, c’est différent. Parce qu’on ne parle plus d’acier ou d’aluminium. On parle de souveraineté territoriale. De menaces militaires à peine voilées. Trump a dit explicitement qu’il n’excluait pas l’usage de la force militaire pour prendre le Groenland. Il a dit que les États-Unis obtiendraient l’île « d’une manière ou d’une autre« . C’est une menace existentielle pour l’OTAN. Si un membre de l’alliance peut en menacer un autre militairement, qu’est-ce que ça signifie pour l’Article 5? Cet article sacré qui dit qu’une attaque contre un membre est considérée comme une attaque contre tous? Si Trump envahit le Groenland — territoire du Danemark, membre de l’OTAN — est-ce que les autres membres devraient théoriquement défendre le Danemark contre les États-Unis? C’est absurde. C’est insensé. C’est exactement pour ça que les dirigeants européens sont terrifiés et furieux à la fois.
Je vais être honnête avec vous. J’ai peur. Pas pour moi. Pour nous tous. Pour l’idée même d’Occident. Pour cette notion qu’il existe un bloc de démocraties libérales qui partagent des valeurs communes et se protègent mutuellement. Trump est en train de tout démolir. Et le pire, c’est qu’il ne semble même pas s’en rendre compte. Ou pire encore: il s’en fout. Pour lui, c’est juste du business. Juste un deal à conclure. Peu importe si ça fracture l’alliance occidentale. Peu importe si ça donne des munitions à Moscou et à Pékin. Peu importe si ça crée un précédent où les alliés peuvent se menacer entre eux. Tout ce qui compte, c’est que Donald J. Trump obtienne ce qu’il veut. Le Groenland. Pour son bouclier antimissile. Pour les ressources minérales. Pour l’ego. Surtout pour l’ego.
Les dirigeants européens sortent du silence
Macron, Starmer, Frederiksen : la coalition de la résistance
Emmanuel Macron n’a pas mis longtemps à réagir. Le président français, qui avait pourtant tenté de cultiver une relation personnelle avec Trump lors du premier mandat de ce dernier, a tranché net. Sur les réseaux sociaux, samedi, il a écrit: « Aucune intimidation ni menace n’influencera » la position de la France. « Les menaces tarifaires sont inacceptables et n’ont pas leur place dans ce contexte. » Message clair. Message ferme. Et surtout, message public — pour que Washington comprenne bien que Paris ne pliera pas. Derrière les coulisses, Macron fait plus que parler. Il coordonne. Il pousse ses homologues européens vers une réponse commune. Vers l’activation du bazooka commercial. Parce que pour Macron, c’est un test. Si l’Europe cède maintenant, elle cédera toujours. Si elle laisse Trump obtenir le Groenland par la coercition, qu’est-ce qui l’empêchera de réclamer autre chose demain? Les Açores? Chypre? Gibraltar? Où s’arrête l’expansionnisme déguisé en sécurité nationale?
Keir Starmer, le Premier ministre britannique, a été tout aussi direct. Chose rare pour un dirigeant britannique généralement prudent dans ses relations avec Washington. Il a déclaré que « appliquer des tarifs sur des alliés pour avoir poursuivi la sécurité collective des alliés de l’OTAN est complètement faux« . Il a même téléphoné à Trump pour le lui dire en face. Virtuellement, du moins. Selon Downing Street, Starmer a eu une conversation avec le président américain et lui a exprimé directement son désaccord. Avant cet appel, il avait d’abord parlé avec Mette Frederiksen, la Première ministre danoise, puis avec Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, et enfin avec Mark Rutte, le secrétaire général de l’OTAN. Une coordination totale. Une solidarité qui dépasse les clivages politiques habituels. Même le Royaume-Uni, qui n’est plus membre de l’UE depuis le Brexit, se range du côté de Bruxelles contre Washington. C’est dire l’ampleur du choc.
Et puis il y a Mette Frederiksen. La Première ministre du Danemark. Un petit pays de 5,8 millions d’habitants. Face à la première puissance mondiale. Elle tient bon. Elle ne plie pas. Elle dit non. Et derrière elle, toute l’Europe se lève. J’admire ce courage. Parce que ce n’est pas facile. Le Danemark dépend des États-Unis pour sa sécurité. La base aérienne américaine de Thule, au Groenland, est là depuis 1943. Les forces américaines sont présentes sur l’île depuis la Seconde Guerre mondiale. Mais Frederiksen refuse le chantage. Elle refuse l’idée que son pays — un allié fidèle — soit traité comme un vassal qu’on peut intimider. Elle a dit que la réaction de Trump était une « surprise« , surtout après une « réunion constructive » avec des responsables américains plus tôt dans la semaine. Constructive? Trump s’en fout. Il envoie ses diplomates faire semblant de négocier, et deux jours plus tard, BANG, il annonce les tarifs sur les réseaux sociaux. C’est du mépris pur et simple.
Von der Leyen et l’unité européenne mise à l’épreuve
Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a publié une déclaration commune avec António Costa, président du Conseil européen. « Nous nous tenons en pleine solidarité avec le Danemark et le peuple du Groenland« , ont-ils écrit. « Nous choisissons le partenariat et la coopération. Nous choisissons nos entreprises. Nous choisissons nos citoyens. » Un message à double tranchant. D’un côté, la main tendue — l’Europe préfère le dialogue. De l’autre, la fermeté — si vous nous attaquez, nous riposterons. Et von der Leyen a aussi tweeté quelque chose de plus percutant encore: « Les tarifs nuiraient à la prospérité des deux côtés de l’Atlantique, rendant l’Europe et les États-Unis plus pauvres. » Elle a raison. Une guerre commerciale entre les États-Unis et l’UE n’a pas de gagnants. Seulement des perdants. Et les vrais gagnants seront ailleurs. À Moscou. À Pékin.
Mais l’unité européenne, aussi impressionnante soit-elle en surface, cache des fissures. Giorgia Meloni, la Première ministre italienne — proche de Trump idéologiquement — a qualifié les tarifs d' »erreur« . Elle dit avoir parlé à Trump et lui avoir dit ce qu’elle en pensait. Mais elle reste prudente. Meloni ne veut pas entrer en confrontation totale avec Washington. De même, Micheál Martin, le Premier ministre irlandais, a déclaré que même si l’UE devrait riposter, il serait « un peu prématuré » d’activer l’Instrument anti-coercition. L’Irlande, elle aussi, a des liens économiques profonds avec les États-Unis. Des milliers d’entreprises américaines y ont leur siège européen. Une guerre commerciale ferait mal. Très mal. Donc même dans la colère collective, il y a des calculs nationaux. Des intérêts divergents. Et Trump le sait. Il compte dessus. Il espère que l’Europe se divisera. Qu’elle ne trouvera pas le courage de riposter vraiment. Qu’elle finira par céder.
Mais voilà le truc. Trump sous-estime l’Europe. Il l’a toujours fait. Il pense que c’est un machin bureaucratique lent, paralysé par ses 27 États membres qui n’arrivent jamais à se mettre d’accord. Et parfois, il a raison. L’UE, c’est compliqué. C’est lent. Ça demande du consensus. Mais quand vous poussez l’Europe dans ses derniers retranchements, quand vous touchez à des principes fondamentaux — la souveraineté territoriale, l’intégrité des frontières, le respect mutuel entre alliés — là, elle se réveille. Et quand l’Europe se réveille vraiment, elle peut faire très mal. 450 millions de consommateurs. Le deuxième marché au monde. Si l’UE ferme son marché aux entreprises américaines, si elle impose 93 milliards d’euros de tarifs, si elle active le bazooka anti-coercition, l’économie américaine va sentir le choc. Et les électeurs américains aussi. Juste à temps pour les élections de mi-mandat en 2026. Trump joue avec le feu. Et il ne semble même pas s’en rendre compte.
Davos : le face-à-face qui s'annonce explosif
Le Forum économique mondial transformé en champ de bataille diplomatique
Mardi 21 janvier, Trump est attendu au Forum économique mondial de Davos, en Suisse. Normalement, c’est l’événement où les élites mondiales se congratulent, parlent de développement durable et de partenariats public-privé autour de cocktails à 5 000 dollars la coupe. Cette année, ça risque d’être un ring de boxe diplomatique. Parce que Trump va rencontrer des dirigeants européens. En privé. Pour discuter du Groenland. Selon les sources, Emmanuel Macron, Ursula von der Leyen, peut-être Olaf Scholz — le chancelier allemand —, tous vont être là. Tous vont vouloir comprendre: Trump bluffe-t-il, ou est-il vraiment prêt à dynamiter l’OTAN pour une île? Est-ce une tactique de négociation extrême, ou une obsession réelle qui pourrait mener à une catastrophe géopolitique?
Les Européens arrivent à Davos avec une stratégie du bâton et de la carotte. « Il existe des instruments de représailles clairs si cela continue« , a déclaré un diplomate européen au Financial Times. « En même temps, nous voulons publiquement appeler au calme et lui donner une opportunité de descendre de l’échelle. » Autrement dit: on te laisse une porte de sortie, Donald. Retire tes menaces de tarifs. Arrête de parler d’acheter le Groenland comme si c’était un terrain de golf. Et on pourra tous faire semblant que rien ne s’est passé. Mais si tu persistes, si tu mets vraiment ces tarifs en place le 1er février, alors on riposte. Fort. Avec tout ce qu’on a. Les 93 milliards d’euros. Le bazooka anti-coercition. Tout. Et on verra qui clignera des yeux en premier.
Vous voulez savoir ce que j’espère? Qu’à Davos, quelqu’un — Macron, von der Leyen, Starmer, peu importe — regarde Trump dans les yeux et lui dise la vérité. Que ses tarifs ne sont pas juste une erreur économique. Que c’est une trahison de l’alliance. Que pendant 70 ans, l’Europe et les États-Unis ont construit quelque chose d’unique dans l’histoire de l’humanité: une alliance de démocraties qui a garanti la paix et la prospérité des deux côtés de l’Atlantique. Et que lui, Donald J. Trump, est en train de tout foutre en l’air pour un caprice. Pour pouvoir se vanter d’avoir « acheté le Groenland« . Est-ce que ça vaut vraiment le prix? Est-ce que ça vaut de détruire l’OTAN? De donner raison à Poutine qui répète depuis des années que l’Occident est divisé, faible, hypocrite? Je voudrais croire que quelqu’un aura ce courage. Mais je n’y crois pas vraiment.
Les marchés tremblent, l'incertitude règne
Quand la géopolitique frappe l’économie
Sur les marchés financiers, la réaction ne s’est pas fait attendre. Lundi 19 janvier, l’euro et la livre sterling ont chuté face au dollar. Les investisseurs cherchent des valeurs refuges. L’or grimpe. Les obligations américaines aussi. Parce que quand la géopolitique devient imprévisible, les marchés détestent ça. Et là, c’est le grand n’importe quoi. Un président américain qui menace ses alliés avec des tarifs punitifs. Une Union européenne qui prépare des représailles massives. Une alliance de 70 ans qui vacille. Les traders ne savent plus où donner de la tête. La volatilité revient. Et avec elle, l’anxiété.
Holger Schmieding, économiste en chef chez Berenberg Bank, estime qu’une taxe supplémentaire de 10% sur les biens des pays concernés pourrait faire grimper les prix à la consommation américains jusqu’à 0,15%. Ça semble peu. Mais c’est 0,15% de plus que les Américains vont payer à cause d’une obsession présidentielle pour une île. Et si l’UE riposte avec ses 93 milliards d’euros de tarifs? Si elle active le bazooka anti-coercition? Alors là, on parle d’une guerre commerciale qui pourrait coûter des centaines de milliards des deux côtés de l’Atlantique. Des emplois perdus. Des entreprises en difficulté. Des chaînes d’approvisionnement brisées. Pour quoi? Pour le Groenland. Pour une île que les Groenlandais eux-mêmes ne veulent pas vendre.
Ce qui me frappe dans tout ça, c’est l’absurdité économique. Trump prétend défendre les intérêts américains. Mais en fait, il est en train de les saborder. Les entreprises américaines qui exportent vers l’Europe? Elles vont souffrir. Les consommateurs américains qui achètent des produits européens? Ils vont payer plus cher. Les géants de la tech — Google, Amazon, Microsoft, Meta — qui font des milliards en Europe? Ils risquent de voir leurs accès restreints. Et tout ça pour un territoire que les États-Unis peuvent déjà utiliser grâce à l’OTAN. C’est du sabotage économique au nom de l’ego. Du pur narcissisme géopolitique. Et ce sont les citoyens ordinaires — américains, européens, groenlandais — qui vont payer la facture.
L’accord commercial UE-États-Unis au congélateur
L’accord commercial que l’UE et les États-Unis avaient négocié en 2025 était censé marquer une nouvelle ère de coopération économique transatlantique. Suppression de nombreux droits de douane. Investissements européens de plusieurs centaines de milliards aux États-Unis. Des emplois créés des deux côtés. Du gagnant-gagnant. Mais tout ça, c’était avant. Avant que Trump décide que le Groenland valait plus qu’un accord commercial historique. Maintenant, le Parlement européen refuse de ratifier l’accord. Le vote était prévu pour les 26-27 janvier. Il est reporté sine die. Manfred Weber, le chef du plus grand groupe au Parlement européen, a dit que « l’approbation n’est pas possible pour le moment ». Traduction: tant que Trump menace nos alliés, on ne signe rien.
Et c’est compréhensible. Comment l’Europe pourrait-elle en bonne conscience ratifier un accord commercial avec un pays qui, au même moment, la menace économiquement pour obtenir le territoire d’un de ses membres? Ce serait envoyer le signal que l’intimidation fonctionne. Que le chantage paie. Que si Washington tape assez fort, Bruxelles finira par céder. Et ça, l’Europe ne peut pas se le permettre. Pas maintenant. Pas avec une Russie qui regarde. Pas avec une Chine qui calcule. Si l’Europe montre de la faiblesse face aux États-Unis, qu’est-ce qui empêchera Moscou et Pékin de tenter la même chose? Le respect se gagne. La fermeté aussi. Et en ce moment, l’Europe n’a pas le choix. Elle doit montrer les dents.
Washington divise, Moscou et Pékin applaudissent
Les vrais gagnants de cette crise
Kirill Dmitriev, le négociateur économique du Kremlin, ne s’est pas gêné. Il a déclaré que les tarifs de Trump sur les alliés de l’OTAN marquent « l’effondrement » de l’alliance transatlantique. « L’alliance transatlantique, c’est fini« , a-t-il dit, jubilant. Et il a raison de jubiler. Parce que depuis des années, Moscou essaie de créer des divisions au sein de l’OTAN. D’exploiter les fissures. De convaincre les Européens que les États-Unis ne sont plus un partenaire fiable. Et là, Trump fait le boulot pour eux. Gratuitement. Il divise l’Occident de l’intérieur. Il crée exactement le genre de chaos que Vladimir Poutine adore. Un Occident fragmenté, c’est un Occident faible. Et un Occident faible, c’est une opportunité pour Moscou et Pékin.
Kaja Kallas, la cheffe de la politique étrangère de l’UE, l’a dit sans détour: « La Chine et la Russie doivent se réjouir. Ce sont eux qui profitent des divisions entre alliés. » Elle a ajouté: « Si la sécurité du Groenland est en danger, nous pouvons traiter cela au sein de l’OTAN. » Message subliminal: arrête de faire comme si l’OTAN n’existait pas, Donald. Tu veux sécuriser l’Arctique? Parlons-en entre alliés. Renforçons ensemble la défense de la région. Mais ne menace pas un membre de l’alliance pour obtenir ce que tu veux. Parce que si tu fais ça, tu détruis l’alliance elle-même. Et quand l’OTAN sera détruite, qui sera content? Poutine. Xi Jinping. Pas toi. Pas nous. Eux.
Il y a un truc qui me rend fou. Pendant des années, les États-Unis ont répété que la Russie et la Chine étaient les menaces existentielles de l’Occident. Que Moscou voulait détruire l’OTAN. Que Pékin cherchait à affaiblir les démocraties libérales. Et tout ça est vrai. Mais aujourd’hui, c’est Trump — le président américain — qui fait le boulot pour eux. C’est lui qui crée les divisions. C’est lui qui menace ses alliés. C’est lui qui transforme l’OTAN en gang de protection. Poutine et Xi n’ont même pas besoin de bouger le petit doigt. Ils peuvent juste s’asseoir et regarder Trump détruire l’alliance de l’intérieur. Et après, quand tout sera en ruines, ils viendront ramasser les morceaux. L’Europe affaiblie. Les États-Unis isolés. L’Occident divisé. Mission accomplie.
Le précédent dangereux que Trump est en train de créer
Mais au-delà du Groenland, au-delà même de la guerre commerciale qui menace, il y a un précédent terrifiant qui se dessine. Si Trump obtient le Groenland par la coercition — par des menaces de tarifs ou pire, par l’usage de la force — qu’est-ce que ça signifie pour le droit international? Pour l’idée qu’on ne peut pas juste annexer des territoires parce qu’on les juge stratégiques? C’est exactement ce que Poutine a fait avec la Crimée en 2014. Il a dit que c’était « historiquement russe« . Que c’était « stratégiquement vital« . Que l’Ukraine ne pouvait pas la défendre. Et il l’a prise. Et l’Occident a crié au scandale. A imposé des sanctions. A dit que c’était une violation du droit international. Une annexion illégale. Mais si les États-Unis font la même chose avec le Groenland — même si c’est par coercition économique plutôt que par invasion militaire — quel argument reste-t-il contre la Russie? Quel argument contre la Chine si elle décide de prendre Taïwan demain?
C’est ça, le vrai danger. Pas juste les 93 milliards d’euros de tarifs. Pas juste la guerre commerciale. C’est la destruction de l’ordre international lui-même. L’idée qu’il existe des règles. Que les frontières sont sacrées. Que les alliances comptent. Que la force brute ne peut pas tout obtenir. Si Trump casse ces règles, si l’Amérique — le gendarme supposé de cet ordre — les viole elle-même, alors pourquoi quelqu’un d’autre devrait les respecter? Le Parlement européen est déjà en train de suspendre son travail sur l’accord commercial UE-États-Unis. Un vote devait avoir lieu les 26-27 janvier pour lever de nombreux droits de douane européens sur les importations américaines. Mais Manfred Weber, le chef du plus grand groupe au Parlement, a déclaré samedi soir que « l’approbation n’est pas possible pour le moment« . L’accord commercial que Bruxelles et Washington avaient péniblement négocié l’an dernier? Mort. Ou du moins en soins intensifs. Parce que Trump a décidé que ses ambitions territoriales étaient plus importantes que la prospérité économique des deux côtés de l’Atlantique.
L'Ukraine regarde... et s'inquiète
Quand les alliés se déchirent, l’ennemi avance
À Kyiv, on observe ce psychodrame transatlantique avec une angoisse grandissante. Parce que pendant que Trump menace le Danemark et que l’Europe prépare sa riposte contre Washington, la Russie continue de bombarder les villes ukrainiennes. Pendant que l’OTAN vacille sur la question du Groenland, Poutine consolide ses gains en Ukraine. Pendant que l’Occident se divise, Moscou se renforce. Les Ukrainiens savent mieux que quiconque ce que signifie une alliance affaiblie. Ce que ça coûte quand les alliés ne sont pas sur la même longueur d’onde. Ils le vivent. Chaque jour. Depuis près de trois ans.
Et là, ils voient leur principal soutien — les États-Unis — menacer leurs alliés européens. Les mêmes alliés européens qui envoient des armes, de l’argent, du soutien à l’Ukraine. Comment Kyiv peut-elle avoir confiance dans une alliance qui se déchire pour une île arctique? Comment l’Ukraine peut-elle croire en la solidité de l’Occident quand cet Occident est prêt à s’autodétruire pour un caprice présidentiel? Volodymyr Zelensky ne l’a pas dit publiquement. Trop risqué. Trop dangereux de critiquer Trump ouvertement. Mais dans les couloirs de Kyiv, l’inquiétude est palpable. Si l’OTAN implose à cause du Groenland, qu’est-ce qui reste à l’Ukraine? Le vide. L’isolement. Face à une Russie qui jubile.
Il y a quelque chose de profondément cruel dans tout ça. Pendant que Trump joue à l’empire builder avec le Groenland, des Ukrainiens meurent sous les bombes russes. Pendant qu’il menace le Danemark de tarifs, des familles ukrainiennes passent l’hiver sans électricité ni chauffage parce que Moscou détruit les infrastructures énergétiques. Pendant que l’Europe et l’Amérique se préparent à une guerre commerciale, l’Ukraine se bat dans une guerre réelle. Et ce qui me rend malade, c’est que Poutine sait exactement ce qu’il fait. Il voit l’Occident se fracturer. Il voit Trump diviser l’alliance. Et il se dit: « Parfait. Continuez. Détruisez-vous entre vous. Moi, je consolide mes gains en Ukraine. Je renforce ma position. Et quand vous aurez fini de vous entredéchirer, je serai encore plus fort. » C’est ça, la tragédie. Pendant que l’Occident s’autodétruit, ses ennemis gagnent du terrain.
Le signal envoyé aux dictateurs du monde
Au-delà de l’Ukraine, c’est le signal envoyé au monde entier qui est catastrophique. Si Trump peut menacer un allié de l’OTAN pour obtenir ce qu’il veut, qu’est-ce qui empêche d’autres puissances de faire pareil? Si la coercition fonctionne pour Washington, pourquoi pas pour Pékin? Pour Moscou? Pour Téhéran? Le précédent est toxique. Il dit au monde: les règles ne comptent plus. La force prime. Les alliances sont négociables. La souveraineté se monnaye. Et dans ce monde-là, qui gagne? Les démocraties qui respectent le droit international? Ou les dictatures qui n’en ont rien à foutre?
La réponse est évidente. Et c’est exactement pour ça que cette crise du Groenland est bien plus qu’une dispute commerciale. C’est un test. Un test pour savoir si l’ordre international tient encore. Si les valeurs comptent encore. Si les alliances signifient quelque chose. Et pour l’instant, le test n’est pas concluant. Pour l’instant, c’est le chaos. L’incertitude. Le désordre. Et dans ce chaos, ce sont les prédateurs qui prospèrent. Les Poutine, les Xi, les Khamenei. Tous ceux qui attendent juste que l’Occident soit assez faible, assez divisé, assez distrait pour frapper. Et grâce à Trump, ce moment approche à grands pas.
Le Congrès américain commence à s'inquiéter
Les voix qui s’élèvent contre Trump à Washington
Même au Congrès américain, la stratégie de Trump commence à faire grincer des dents. Des sénateurs démocrates ET républicains expriment leurs inquiétudes. Tim Kaine et Rand Paul, lors d’une apparition conjointe sur NBC, ont discuté de trois options que le Congrès pourrait considérer: rédiger une nouvelle résolution sur les pouvoirs de guerre concernant le Groenland, contester la décision du président d’annoncer de nouveaux tarifs sur les pays européens, et s’appuyer sur une loi stipulant que le président ne peut pas se retirer de l’OTAN sans l’approbation du Congrès. Kaine a ajouté que la rhétorique de Trump sur le Groenland « n’est pas utile » car elle « éloigne les alliés de nous, plutôt que de forger les relations plus fortes avec les alliés dont nous avons besoin ».
Don Bacon, représentant républicain du Nebraska, a qualifié les menaces de Trump envers d’autres pays de l’OTAN de « honteuses« . Il a dit à CNN: « Le fait que le Groenland fasse partie du parapluie de l’OTAN donne au président tout ce dont il a besoin pour mettre plus de bases là-bas. » En d’autres termes: pas besoin d’acheter l’île, on peut déjà y établir des bases militaires grâce à l’alliance. Mais Trump ne semble pas satisfait de cette logique. Il veut la possession. Il veut pouvoir dire: « C’est à nous maintenant. » Et il est prêt à sacrifier des décennies d’alliances pour ça. Un sondage CNN récent montre que 75% des Américains s’opposent à ce que les États-Unis tentent de prendre le contrôle du Groenland. Même l’opinion publique américaine n’est pas derrière lui sur ce coup.
Ce qui me frappe, c’est l’isolement de Trump sur ce dossier. Il n’a pas le soutien de l’opinion publique américaine. Il n’a pas le soutien du Congrès — même des républicains le critiquent ouvertement. Il n’a évidemment pas le soutien de l’Europe. Il n’a pas le soutien des Groenlandais. Il n’a même pas le soutien du Danemark, un allié depuis des générations. Mais il s’en fout. Il continue. Parce qu’au fond, pour Trump, l’avis des autres ne compte pas. Ce qui compte, c’est son instinct. Son ego. Son besoin de « gagner ». Et tant pis si ça casse tout au passage.
Les scénarios sur la table : escalade ou apaisement?
Le compte à rebours vers le 1er février
On est le 19 janvier. Il reste douze jours avant que les tarifs de Trump entrent théoriquement en vigueur. Douze jours pour éviter une guerre commerciale qui pourrait coûter des centaines de milliards et fracturer définitivement l’alliance transatlantique. Alors, qu’est-ce qui va se passer? Personne ne le sait vraiment. Mais il y a quelques scénarios possibles. Le premier: Trump recule. Il réalise que c’est du suicide politique et économique. Il retire ses menaces. Il dit que c’était juste de la négociation. Que finalement, le Danemark a accepté de « renforcer la sécurité du Groenland » avec les États-Unis. Il déclare victoire. Tout le monde fait semblant d’y croire. Et on passe à autre chose. C’est le scénario optimiste. Mais compte tenu de l’ego de Trump, c’est aussi le moins probable.
Le deuxième scénario: Trump maintient sa menace, mais l’Europe ne riposte pas immédiatement. Elle temporise. Elle négocie dans les coulisses à Davos. Elle essaie de trouver un compromis qui permettrait à Trump de sauver la face sans que l’Europe perde la sienne. Peut-être un accord symbolique sur une présence militaire américaine renforcée au Groenland. Peut-être des investissements conjoints dans l’Arctique. Quelque chose qui permettrait à Trump de dire qu’il a « obtenu » quelque chose, même si ce n’est pas l’achat du Groenland. C’est le scénario diplomatique. Possible. Mais qui demande que Trump accepte de ne pas tout avoir. Pas évident.
Et puis il y a le troisième scénario. Celui que personne ne veut vraiment envisager. Trump impose les tarifs le 1er février. L’Europe riposte avec ses 93 milliards d’euros. Puis active le bazooka anti-coercition. Les entreprises américaines se retrouvent bloquées en Europe. Les exportations européennes vers les États-Unis s’effondrent. Les prix grimpent des deux côtés. Les emplois se perdent. Les marchés plongent. Et tout ça pendant que Moscou et Pékin se frottent les mains. C’est le scénario catastrophe. Et honnêtement? Je ne peux pas le<!– exclure. Parce qu’on parle de Trump. Un homme qui a passé sa vie à doubler la mise quand on le défie. Un homme pour qui « reculer » est synonyme de « perdre ». Et Trump déteste perdre. Même si ça doit tout casser autour de lui.
Ce qui se joue vraiment : l’avenir de l’Occident
Au-delà des tarifs, au-delà des chiffres, au-delà même du Groenland, ce qui se joue en ce moment, c’est l’avenir de l’alliance occidentale. Est-ce qu’elle peut survivre à un président américain qui ne croit pas aux alliances? Est-ce qu’elle peut continuer à exister quand l’un de ses piliers — les États-Unis — traite l’autre pilier — l’Europe — comme un adversaire commercial? Est-ce qu’on peut encore parler d’« Occident » quand Washington et Bruxelles se préparent à se faire la guerre économique? Ces questions, elles ne sont pas théoriques. Elles sont existentielles. Elles déterminent si le XXIe siècle sera dominé par les démocraties ou par les autocraties. Si les règles comptent encore ou si c’est le retour à la loi du plus fort.
Et pour l’instant, la réponse n’est pas claire. Pour l’instant, on est dans le brouillard. On attend. On regarde. On espère que quelqu’un — Macron, von der Leyen, même certains républicains au Congrès — arrivera à faire entendre raison à Trump. Mais l’espoir, ce n’est pas une stratégie. Et le temps presse. Douze jours. C’est tout ce qu’il reste avant que le bluff devienne réalité. Avant que les menaces se transforment en actions. Avant que l’alliance occidentale se fracture peut-être définitivement. Douze jours pour sauver 70 ans d’histoire. Ça fait peu. Vraiment très peu.
Conclusion : l'alliance au bord du gouffre
Soixante-dix ans d’histoire face à un ego démesuré
Nous sommes à un tournant. Pas juste dans les relations transatlantiques. Pas juste dans la géopolitique de l’Arctique. Mais dans l’idée même de ce qu’est l’Occident. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe et les États-Unis ont construit une alliance basée sur des valeurs communes: la démocratie, les droits humains, l’État de droit, le respect des frontières, la défense mutuelle. Cette alliance a survécu à la Guerre froide. Elle a survécu au 11 septembre. Elle a survécu aux guerres en Irak et en Afghanistan. Mais là, elle est face à quelque chose de nouveau. Un président américain qui ne respecte pas ces valeurs. Qui voit le monde comme un jeu à somme nulle. Où il y a des gagnants et des perdants. Où les alliances ne sont que des transactions. Où la loyauté se monnaye.
Les dirigeants européens vont se retrouver cette semaine. Jeudi, pour un sommet d’urgence à Bruxelles. Ils vont devoir décider. Est-ce qu’ils activent le bazooka commercial? Est-ce qu’ils imposent les 93 milliards d’euros de tarifs? Est-ce qu’ils lancent une guerre économique contre leur plus vieil allié? Ou est-ce qu’ils temporisent encore? Espèrent que Trump recule? Prient pour que ce soit juste du bluff? Mais le bluff, à un moment, devient réalité. Le 1er février, c’est dans douze jours. Si Trump maintient sa menace, si les tarifs entrent vraiment en vigueur, alors il n’y aura plus de retour en arrière possible. Ce sera la guerre commerciale. Ce sera la rupture. Et dans cette guerre, il n’y aura pas de gagnants. Juste des perdants des deux côtés de l’Atlantique. Et des gagnants à Moscou et à Pékin.
Je repense aux manifestants de Nuuk. Ces centaines de Groenlandais sous la pluie glacée, agitant leurs drapeaux, criant qu’ils ne sont pas à vendre. Je repense à ce petit territoire de 56 000 habitants qui refuse de se laisser intimider par la première puissance mondiale. Il y a quelque chose de profondément beau dans ce courage. Quelque chose qui me dit que peut-être, juste peut-être, les valeurs comptent encore plus que la force brute. Mais il y a aussi quelque chose de terriblement triste. Parce que ces Groenlandais, ils ne devraient pas avoir à se battre pour ça. Ils ne devraient pas avoir à défendre leur droit à l’autodétermination contre un allié censé les protéger. Et nous, Européens, nous ne devrions pas être en train de préparer une guerre commerciale contre les États-Unis. Mais c’est là qu’on en est. À cause d’un homme. À cause de son ego. À cause de son obsession pour une île qu’il ne comprend même pas. Est-ce que ça valait vraiment le coup, Donald? Est-ce que le Groenland valait vraiment la destruction de l’alliance occidentale? Dans quelques années, quand les historiens écriront ce chapitre, ils vont secouer la tête d’incrédulité. Comment a-t-on pu laisser 70 ans d’alliance exploser pour ça? Comment?
Encadré de transparence du chroniqueur
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur. Je suis analyste, observateur des dynamiques géopolitiques et commerciales qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à anticiper les virages que prennent nos dirigeants. Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel. Je prétends à la lucidité, à l’analyse sincère, à la compréhension profonde des enjeux qui nous concernent tous.
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et commentaires interprétatifs. Les informations factuelles présentées dans cet article proviennent de sources officielles et vérifiables, notamment le Kyiv Independent, le Financial Times, NBC News, CNBC, CNN, Bloomberg, Al Jazeera, le Washington Post, NPR, Euronews, l’Irish Times, ainsi que les déclarations officielles des gouvernements européens et américains. Les montants des tarifs (10% puis 25%), les dates annoncées (1er février et 1er juin 2026), les chiffres des représailles européennes (93 milliards d’euros) et les déclarations des dirigeants ont tous été vérifiés et croisés entre multiples sources indépendantes.
Les analyses et interprétations présentées représentent une synthèse critique basée sur les informations disponibles. Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser, de leur donner un sens. Toute évolution ultérieure pourrait modifier les perspectives présentées ici.
Sources
Sources primaires
blank »>Kyiv Independent – EU prepares to retaliate against Trump’s Greenland threats (18 janvier 2026)
blank »>Financial Times – EU considers €93bn tariff retaliation against Trump Greenland threats (18 janvier 2026)
blank »>NBC News – Trump hits 8 U.S. allies with tariffs in push for Greenland deal (18 janvier 2026)
blank »>CNBC – Trump says 8 European nations face tariffs rising to 25% if Greenland isn’t sold to the U.S. (17 janvier 2026)
blank »>Bloomberg – Trump Greenland Latest: Tariffs on Europe Until Deal to Sell Is Reached (17 janvier 2026)
Sources secondaires
blank »>CNN – Trump threatens new tariffs on European allies over Greenland until deal reached, as thousands protest (17 janvier 2026)
blank »>Washington Post – European nations weigh retaliation after Trump’s Greenland threats (18 janvier 2026)
blank »>Al Jazeera – Trump pledges to slap tariffs on European allies over Greenland (17 janvier 2026)
blank »>NPR – European leaders warn Trump’s Greenland tariffs threaten ‘dangerous downward spiral’ (18 janvier 2026)
blank »>Euronews – What is the EU’s anti-coercion instrument, and how does it work? (18 janvier 2026)
blank »>Irish Times – EU to consider €93bn counter tariffs at emergency summit over Trump Greenland ambitions (19 janvier 2026)
blank »>Fortune – The EU could fire a never-before-used ‘trade bazooka’ to retaliate against Trump tariffs (18 janvier 2026)
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