Un calendrier irréaliste mais révélateur
Les plans du Kremlin pour 2026 sont aussi ambitieux qu’ils sont détachés de la réalité du terrain. Selon des sources citées par RBC-Ukraine, Moscou vise la capture de l’ensemble de l’oblast de Donetsk d’ici le 1er avril 2026. Oui, vous avez bien lu. Avril. Dans moins de trois mois. Les analystes de l’Institute for the Study of War (ISW) qualifient cet objectif de « complètement irréaliste » compte tenu des dynamiques actuelles sur le champ de bataille. Mais ce calendrier révèle quelque chose d’important : l’obsession de Poutine pour cette région, et la pression immense qu’il met sur ses généraux pour obtenir des résultats — n’importe lesquels.
Pour atteindre cet objectif, l’armée russe concentre ses efforts sur plusieurs axes simultanément. Au nord, elle tente d’approcher Sloviansk et Kramatorsk depuis la direction de Lyman et Siversk, d’où les forces ukrainiennes se sont retirées fin décembre 2025. À l’est, elle pousse depuis le canal Siversky Donets-Donbass. Mais c’est vers Kostiantynivka que les forces russes sont le plus avancées. Elles accumulent graduellement du personnel sur les faubourgs est de la ville, tout en tentant de l’encercler par le nord et le sud. C’est la tactique classique du groupe de forces Centre : éviter l’assaut frontal, contourner, étrangler, asphyxier.
Il y a quelque chose de glaçant dans cette mécanique. On parle de « gains territoriaux », de « lignes de front », de « secteurs opérationnels ». Mais derrière chaque mètre carré conquis, il y a des vies brisées. Des familles qui ont fui. Des maisons transformées en décombres. Et de l’autre côté, il y a des soldats russes — souvent des mobilisés qui n’ont pas demandé à être là — qu’on envoie mourir par vagues successives. Le général Gerasimov prétend que ses forces ont pris 300 kilomètres carrés en deux semaines de janvier. L’ISW a vérifié : c’est quatre fois moins. Mais même ces 75 kilomètres carrés, combien ont-ils coûté en vies humaines ?
La stratégie d’infiltration — la tactique qui a fait tomber Pokrovsk
La Russie a tiré les leçons de ses échecs passés. Fini les assauts frontaux massifs avec des colonnes de blindés qui se font décimer par les drones ukrainiens. La nouvelle tactique s’appelle l’infiltration. Des petits groupes de trois à cinq fantassins, parfois moins, qui se faufilent entre les positions ukrainiennes, évitent les points forts, s’installent discrètement dans des bâtiments, et attendent des renforts. C’est comme ça qu’ils ont pris Pokrovsk. C’est comme ça qu’ils ont pris Myrnohrad. Et c’est exactement ce qu’ils essaient de faire à Kostiantynivka.
Le 13 janvier 2026, l’analyste militaire Playfra a été le premier à signaler la présence d’infiltrés russes dans le district de Berestovyi, à l’extrémité ouest de Kostiantynivka. Pas à l’est, là où tout le monde regardait. À l’ouest. « On ne sait pas s’ils ont été éliminés par la suite ou non », a écrit Playfra, « mais le fait qu’ils aient été présents là indique clairement les intentions russes dans ce secteur. » Un autre observateur, Thorkill, a été plus alarmiste : « Je crois que la situation ukrainienne dans les faubourgs sud-ouest de Kostiantynivka est bien pire que ce que Playfra présente sur sa carte. » Depuis octobre 2025, les Russes mènent des opérations offensives dans ce secteur — avec de courtes pauses opérationnelles.
Section 3 : La garnison de Kostiantynivka — qui sont ces hommes ?
Six brigades pour tenir une ville
La défense de Kostiantynivka repose sur une mosaïque d’unités dont les noms sont devenus familiers pour quiconque suit cette guerre. La 36e Brigade de Marines forme l’épine dorsale de la garnison. À ses côtés, des éléments des 28e et 100e Brigades d’Assaut Aérien — des troupes aguerries, entraînées pour les missions les plus dures. Et puis il y a les 107e, 109e et 122e Brigades de Défense Territoriale — des unités qui, au début de la guerre, étaient composées de civils mobilisés, mais qui ont depuis acquis une expérience de combat que beaucoup d’armées professionnelles leur envieraient.
Ces hommes font face à une pression constante. Le 17 janvier 2026, l’état-major ukrainien a rapporté 117 engagements de combat sur l’ensemble du front depuis le début de la journée. Le secteur de Kostiantynivka était parmi les plus actifs, aux côtés de Pokrovsk et Huliaipole. Dix-huit attaques russes ont été enregistrées rien que dans ce secteur — près de Kostiantynivka elle-même, mais aussi autour d’Oleksandro-Shultyne, Pleshchiivka, Ivanopillia, Yablunivka et Rusyn Yar. Et ce n’est qu’une journée parmi d’autres.
Vous savez ce qui me frappe ? C’est cette phrase d’un officier ukrainien interviewé par RBC-Ukraine : « L’ennemi tente constamment, littéralement 24/7, d’assaillir nos positions. » Vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Sept jours sur sept. Imaginez une seconde ce que ça signifie. Pas de répit. Pas de moment où tu peux baisser la garde. Chaque seconde, tu sais qu’un drone peut surgir, qu’un groupe d’assaut peut se matérialiser. Comment des êtres humains tiennent-ils dans ces conditions ? Je n’ai pas la réponse. Mais ils tiennent.
Le centre Rubikon — quand les drones russes changent la donne
Il y a un élément nouveau dans cette bataille qui inquiète particulièrement les défenseurs ukrainiens : le centre Rubikon. C’est une unité spécialisée dans les drones, créée récemment par le ministère russe de la Défense, qui combine entraînement et innovation technologique. Des soldats ukrainiens opérant dans le secteur de Kostiantynivka ont confié au New York Times en juillet 2025 que l’arrivée des opérateurs de Rubikon avait marqué un « tournant » dans la capacité tactique russe en matière de drones.
Ces opérateurs utilisent notamment des drones à fibre optique — une technologie qui les rend pratiquement impossibles à brouiller électroniquement. Leur mission spécifique : « étouffer la mobilité » des forces ukrainiennes. Ils ciblent les véhicules lourds, les systèmes de drones adverses, l’équipement de communication. « Ils nous privent de notre vue et de nos mains sur ce tronçon », a confié un défenseur. Les entrées de la ville, les voies d’accès, les routes de ravitaillement — tout est sous surveillance constante. Le moindre mouvement devient prévisible et dangereux.
Section 4 : La route H-20 — l'artère vitale sous le feu
Couper le sang qui nourrit la forteresse
Si vous voulez comprendre pourquoi Kostiantynivka est si importante, regardez une carte routière. La route H-20 traverse la ville du nord au sud, reliant Kostiantynivka à Druzhkivka et, au-delà, à Kramatorsk et Sloviansk. C’est l’artère principale qui alimente toute la ceinture de forteresses. Les munitions, le carburant, les vivres, les renforts — tout passe par là. Couper cette route, c’est condamner la garnison de Kostiantynivka à l’asphyxie lente.
Et c’est exactement ce que les Russes essaient de faire. L’objectif des infiltrations dans le district de Berestovyi, selon l’analyste Thorkill, est de « pénétrer assez loin vers le nord pour couper la route H-20 ». Une fois cette artère sectionnée, le scénario de Myrnohrad pourrait se répéter : une défense qui aurait pu durer des mois s’effondre en quelques semaines parce que la logistique a été coupée. C’est la leçon amère que l’Ukraine a apprise ces derniers mois. La bravoure ne suffit pas. Sans ravitaillement, même les plus courageux finissent par être submergés.
Il y a une cruauté particulière dans cette guerre de siège moderne. On ne tue plus en masse comme à Verdun ou à Stalingrad — enfin, si, on tue, mais différemment. On étouffe. On isole. On coupe les routes, on surveille chaque mouvement, on rend la vie impossible jusqu’à ce que l’ennemi n’ait plus d’autre choix que de partir ou de mourir. Et pendant ce temps, quelque part au Kremlin, des généraux regardent des cartes et calculent combien de semaines il faudra pour que la garnison soit à court de munitions. C’est ça, la guerre au XXIe siècle. Propre sur le papier. Atroce sur le terrain.
Les FAB qui pleuvent sur la ville
Ajoutez à cela les bombes planantes — les fameuses FAB russes. Chaque jour, des dizaines de ces engins de destruction massive s’abattent sur les positions ukrainiennes. Le 17 janvier, l’état-major a rapporté 66 frappes aériennes russes utilisant 163 bombes guidées sur l’ensemble du front. Kostiantynivka reçoit sa part. Les immeubles où les défenseurs se retranchent, les positions fortifiées, les nœuds logistiques — tout est ciblé systématiquement.
Un officier ukrainien a décrit la situation ainsi : « Les FAB volent régulièrement vers les positions des militants accrochés aux immeubles de grande et de petite hauteur. » Les « militants » dont il parle, ce sont ses propres hommes. Dans le jargon militaire ukrainien, c’est une façon de décrire des soldats qui tiennent des positions urbaines. Et ils sont bombardés. Jour après jour. Nuit après nuit. Kostiantynivka stratégique est la clé de l’agglomération Sloviansk-Kramatorsk, et les Russes le savent. Ils sont prêts à la réduire en ruines pour l’obtenir.
Section 5 : Pourquoi cette ville peut bloquer Moscou pendant un an
La géographie comme alliée
Ce qui rend la ceinture de forteresses si difficile à percer, ce n’est pas seulement le béton et les tranchées. C’est la géographie. La colline de Karachun domine la plaine. Les rivières creusent des fossés naturels. Les terrils, les carrières, les remblais ferroviaires — tout le paysage industriel du Donbass a été transformé en système défensif. Victor Taran, officier des Forces armées ukrainiennes et cofondateur du centre d’entraînement aux drones « KRUK », résume : « Les chemins qui mènent à cette agglomération sont minés, reminés, et contrôlés par des tirs croisés. »
À l’intérieur des zones urbaines, les rues sont bloquées par des pièges à chars et des tranchées. Des filets anti-drones couvrent les points de passage critiques. Juste derrière la ligne de front se trouvent les artères de la résistance — dépôts d’approvisionnement, centres de réparation, routes d’évacuation médicale — le tout parfaitement intégré au dispositif défensif. Cette ceinture de forteresses n’est pas statique. C’est un réseau défensif dynamique, construit et perfectionné pendant plus d’une décennie.
Onze ans. Pensez-y une seconde. Depuis 2014, depuis que les forces pro-russes avaient brièvement capturé ces villes avant d’en être chassées, l’Ukraine prépare cette ligne de défense. Onze ans à creuser, à bétonner, à planifier. Onze ans à imaginer le pire scénario et à s’y préparer. Et maintenant, ce pire scénario est là. Mais les défenseurs ne sont pas surpris. Ils savaient que ce jour viendrait. La question n’a jamais été « si », mais « quand ». Et la réponse est : maintenant.
Le facteur humain — la crise des effectifs
Mais il y a un problème. Un problème majeur que même les meilleures fortifications ne peuvent résoudre : le manque de personnel. Rob Lee, analyste au Foreign Policy Research Institute de Philadelphie, l’a formulé sans ambages : « La stabilisation de la situation des effectifs dans les brigades tenant le front est probablement le facteur unique le plus important qui déterminera jusqu’où la Russie avancera en 2026. » Le gouvernement de Kyiv n’a toujours pas trouvé comment recruter ou mobiliser assez de troupes fraîches pour compenser les pertes de première ligne.
C’est cette pénurie de main-d’œuvre qui a condamné Pokrovsk et Myrnohrad. Les brigades ukrainiennes n’avaient tout simplement pas assez d’hommes pour contre-attaquer les infiltrés russes et les déloger de leurs nouvelles positions à l’intérieur des agglomérations. La même pénurie menace maintenant Kostiantynivka. L’expert militaire ukrainien Mykola Melnyk a été catégorique : « Ce n’est pas assez de dire que trois brigades tiendront là. Il faut un ensemble complet de mesures — fortifications, mobilisation efficace, capacité industrielle de défense, analyse et correction des erreurs au niveau du commandement. Pas des déclarations. »
Section 6 : Le coût pour la Russie — un prix astronomique
Les pertes qui s’accumulent
Si Kostiantynivka peut bloquer l’armée russe pendant toute l’année 2026, c’est aussi parce que chaque mètre gagné coûte un prix astronomique à Moscou. Le 17 janvier 2026, l’état-major ukrainien a rapporté 1 130 pertes russes en une seule journée. Depuis le début de l’invasion à grande échelle en février 2022, les pertes totales russes dépassent désormais 1,2 million de personnels — tués, blessés, capturés, disparus. Ce chiffre est contesté par Moscou, évidemment. Mais même les estimations les plus conservatrices placent les pertes russes à des niveaux catastrophiques.
Et ce ne sont pas que des chiffres. Ce sont des hommes. Des pères, des fils, des frères. Des mobilisés arrachés à leur vie civile et envoyés au front avec quelques semaines d’entraînement. Des soldats nord-coréens, maintenant, que Poutine a fait venir pour combler les rangs décimés. Le Times britannique, citant une évaluation du renseignement militaire britannique, a rapporté que dans les batailles pour Kupyansk, la Russie perdait 27 soldats pour chaque Ukrainien tué. Si ce ratio se maintient à Kostiantynivka, chaque semaine de combat coûtera des milliers de vies russes.
Je me demande parfois si les gens au Kremlin lisent ces chiffres. S’ils regardent les colonnes de noms qui s’allongent, les avis de décès qui arrivent dans les villages de Sibérie, du Daghestan, de la Bouriatie. Et s’ils ressentent quoi que ce soit. Ou si, comme dans toutes les guerres de conquête, les morts ne sont que des statistiques, des unités à remplacer, des cases à cocher sur un tableau Excel. « Pertes acceptables », comme ils disent. Mais pour les familles qui attendent un appel qui ne viendra jamais, il n’y a rien d’acceptable là-dedans.
L’échec des objectifs stratégiques
Le général Valery Gerasimov, chef d’état-major russe, continue de clamer que ses forces « avancent dans pratiquement toutes les directions » et que les tentatives ukrainiennes de les arrêter « ont échoué ». Il a prétendu le 15 janvier que les forces russes avaient pris plus de 300 kilomètres carrés en deux semaines. L’ISW a vérifié : les preuves visuelles géolocalisées montrent des gains d’environ 74 kilomètres carrés — moins du quart de ce que Gerasimov prétend.
C’est un schéma constant. Le Kremlin exagère ses succès, minimise ses échecs, propage le narratif que la victoire russe est inévitable. Mais la réalité du terrain raconte une autre histoire. Une histoire de progrès lents, sanglants, coûteux. Une histoire où la capture de deux petits villages frontaliers est présentée comme une « preuve de succès extensifs ». Une histoire où l’objectif de capturer tout le Donetsk d’ici avril 2026 apparaît de plus en plus comme un fantasme déconnecté de la réalité.
Section 7 : La bataille pour 2026 a déjà commencé
Janvier — un mois de préparation et de combats
Janvier est traditionnellement un mois de préparation avant les campagnes de printemps des armées russe et ukrainienne. Le froid et la neige compliquent les opérations offensives. Mais en ce début 2026, les combats n’ont pas cessé. L’armée russe continue de pousser sur plusieurs sections du front. Les forces ukrainiennes ont retiré les restes de leurs unités qui combattaient en quasi-encerclement au sud de Kostiantynivka, le long des rives du réservoir de Kleban-Bykske. La 12e Brigade des Forces Spéciales Azov — successeur de l’unité capturée à Marioupol en 2022 — a été redéployée vers le secteur de Dobropillia.
Les commandants ukrainiens espèrent que la ligne de front simplifiée, créée par le retrait de la rive sud du réservoir, pourra être tenue avec moins de forces. Mais les troupes russes ont immédiatement intensifié leur offensive le long de la rive nord, avançant vers Kostiantynivka depuis le sud-ouest et le sud simultanément. Dans la ville elle-même, les combats continuent dans les faubourgs sud-est. Et les forces russes tentent aussi de percer depuis le nord-est, avançant depuis le canal Siversky Donets-Donbass.
C’est ça, le tempo de cette guerre. Pas de pause. Pas de répit. Même en plein hiver, même quand la boue gèle et que les soldats crèvent de froid dans leurs tranchées, les assauts continuent. Et je me demande : jusqu’où peut-on pousser des êtres humains ? Combien de semaines, de mois, d’années peut-on demander à quelqu’un de vivre dans cette terreur constante avant qu’il ne craque ? Les Ukrainiens tiennent depuis presque quatre ans maintenant. Quatre ans. C’est une éternité de guerre.
Les scénarios pour les mois à venir
Selon les analystes d’Espreso.tv, « 2026 sera l’année de la bataille pour Kostiantynivka au minimum, et pour Sloviansk au maximum ». Déjà maintenant, les groupes d’assaut russes se heurtent constamment aux quartiers sud-est de Kostiantynivka, mais jusqu’ici la défense ukrainienne tient bon. Les attaques depuis l’est semblent plus menaçantes. Chasiv Yar couvre le flanc de la ville depuis deux ans, mais cela ne durera pas éternellement. Les Russes tentent constamment de percer entre Chasiv Yar et Kostiantynivka, prenant d’assaut Stupochky et Predtechene avec quelques avancées mineures.
Dans les mois à venir, leur percée vers Chervone et l’encerclement des défenseurs de Chasiv Yar seront une tâche prioritaire. L’intensité des combats sur cette section du front ne cesse de croître. « Kostiantynivka devrait déjà être prête pour une défense tous azimuts et des combats de rue », avertissent les analystes, « pour ne pas répéter le sort de Myrnohrad, dont la défense aurait pu durer bien plus longtemps si la logistique n’avait pas été coupée ».
Section 8 : Ce qui se joue vraiment
Plus qu’une ville — un symbole
Car au fond, ce qui se joue à Kostiantynivka dépasse largement la géographie militaire. C’est l’avenir de toute la région qui est en jeu. Si la ceinture de forteresses tombe, la Russie obtient un tremplin direct pour frapper plus profondément dans le territoire ukrainien — vers Kharkiv, vers Dnipro, vers Zaporijjia, vers Poltava. Le terrain ne offre rien pour ralentir une telle offensive — à moins qu’une défense forte et préparée ne se dresse sur le chemin.
Et c’est précisément ce que représente Kostiantynivka. Une défense forte. Préparée. Déterminée. Depuis 2014, l’Ukraine a investi dans ces positions, construit des « infrastructures industrielles de défense et défensives significatives dans et autour de ces villes », selon l’ISW. Abandonner ces positions — que ce soit par défaite militaire ou par concession diplomatique — signifierait perdre onze années d’investissement stratégique. Et donner à la Russie des conditions extrêmement favorables pour reprendre ses attaques plus tard.
On parle beaucoup de négociations ces temps-ci. De « paix ». De « compromis ». Et je comprends l’attrait de ces mots après quatre ans de guerre. Mais je me pose la question : quelle paix peut-on construire en abandonnant ses meilleures défenses ? Quelle sécurité peut-on espérer quand on a donné à l’ennemi exactement ce qu’il voulait ? Les défenseurs de Kostiantynivka ne se battent pas juste pour une ville. Ils se battent pour le droit de leur pays à exister. Et ça, ça ne se négocie pas.
Le rôle critique de l’Occident
Mais l’Ukraine ne peut pas tenir seule. L’ISW a été clair : Moscou a peu de chances d’atteindre son objectif de capturer tout le Donetsk même d’ici la fin de 2026, « à condition que le soutien occidental à l’Ukraine continue ». Ces quatre derniers mots sont cruciaux. Sans les munitions d’artillerie occidentales, sans les systèmes de défense aérienne, sans les missiles à longue portée — les défenseurs de Kostiantynivka seraient condamnés.
La commandante en chef des forces ukrainiennes, le général Syrskyi, a appelé à une aide urgente en matière de défense aérienne lors d’un appel avec le commandant américain. Les frappes russes sur les infrastructures énergétiques ont forcé le président Zelensky à déclarer l’état d’urgence dans le secteur énergétique. Les salles de classe sont si froides que les vacances d’hiver ont été prolongées et l’enseignement à distance instauré. L’Ukraine se bat sur tous les fronts — militaire, énergétique, humanitaire. Et elle a besoin d’aide.
Section 9 : Les contre-attaques ukrainiennes
Frapper en profondeur
Mais l’Ukraine ne fait pas que défendre. Elle frappe aussi. En profondeur. Le 19 janvier 2026, des drones ukrainiens ont mis le feu au dépôt pétrolier de Zhutovskaya dans l’oblast de Volgograd, qui approvisionne les forces russes en carburant. D’autres frappes ont touché des plateformes de forage Lukoil en mer Caspienne, une centrale thermique à Novotcherkassk, des installations pétrolières à Yaroslavl. La campagne de frappes à longue portée de l’Ukraine vise systématiquement l’infrastructure pétrolière et militaire russe.
Le commandant des Forces de systèmes sans pilote ukrainiennes, le major Robert « Magyar » Brovdi, a rapporté des frappes sur des systèmes de défense aérienne russes — un Tor, un radar VITYAZ 50N6E à Marioupol, un système Buk M1 à Volnovakha. Chaque système de défense aérienne détruit, c’est un peu plus de ciel ukrainien qui redevient accessible. C’est un peu plus de liberté de manœuvre pour les drones et les missiles. C’est un peu plus de pression sur l’arrière russe.
Il y a quelque chose de poétique dans ces frappes sur les raffineries russes. Chaque litre de carburant qui brûle à Volgograd, c’est un litre qui n’alimentera pas les chars qui avancent sur Kostiantynivka. Chaque entrepôt de munitions qui explose dans les profondeurs de la Russie, c’est autant d’obus qui ne tomberont pas sur les positions ukrainiennes. David contre Goliath, certes. Mais David a appris à viser les points faibles du géant. Et parfois, ça fait mal.
La bataille de l’information
Il y a aussi une guerre de l’information qui se joue. Le Kremlin maintient son narratif de victoire imminente, mais les faits le contredisent constamment. Le commandement militaire russe a prétendu avoir pris Kupyansk — alors que les preuves visuelles abondantes et les rapports ukrainiens et russes montrent le contraire. Les forces ukrainiennes ont même regagné du terrain autour de la ville. Un blogueur militaire pro-Kremlin a admis des gains ukrainiens à Kupyansk, blâmant le mauvais temps qui paralyse les drones russes.
Ces mensonges répétés ont un but : convaincre l’Ukraine et l’Occident qu’il vaut mieux accepter les demandes russes maintenant par peur d’offensives futures. Mais sur le terrain, la réalité est différente. La guerre reste positionnelle. Les fortifications ukrainiennes tiennent. Et chaque jour qui passe sans percée russe majeure est un jour de gagné pour les défenseurs.
Conclusion : L'année de tous les périls
Le défi qui attend les défenseurs
2026 sera une année décisive pour l’Ukraine. À Kostiantynivka, comme à Huliaipole dans l’oblast de Zaporijjia, les forces russes concentrent leurs efforts pour percer les lignes ukrainiennes. Mais contrairement à ce que le Kremlin voudrait faire croire, la victoire russe n’est pas inévitable. Elle n’est même pas probable, si les défenseurs reçoivent le soutien dont ils ont besoin.
La ceinture de forteresses — ces 50 kilomètres de villes fortifiées, de tranchées, de positions défensives construites pendant onze ans — représente l’obstacle le plus formidable que l’armée russe ait rencontré depuis le début de cette guerre. Et Kostiantynivka en est la porte d’entrée. Une porte que les défenseurs ukrainiens sont déterminés à garder fermée.
Quelque part dans les ruines de Kostiantynivka, un soldat ukrainien regarde l’horizon. Il sait que demain, les assauts reprendront. Il sait que les drones viendront, que les bombes tomberont, que des camarades mourront. Il sait tout ça. Et pourtant, il reste. Pourquoi ? Parce que derrière lui, il y a Kramatorsk. Il y a Sloviansk. Il y a des centaines de milliers de civils qui comptent sur lui. Il y a un pays entier qui refuse de mourir. Et peut-être, juste peut-être, si lui et ses frères d’armes tiennent assez longtemps, le monde finira par comprendre. Finira par agir. Finira par donner à l’Ukraine les moyens de non seulement survivre, mais de vaincre. La bataille de Kostiantynivka ne fait que commencer. Elle pourrait durer toute l’année. Elle pourrait changer le cours de cette guerre. Et elle mérite qu’on la regarde. Qu’on la comprenne. Qu’on ne l’oublie pas.
Encadré de transparence du chroniqueur
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur. Je suis analyste, observateur des dynamiques géopolitiques et militaires qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies militaires, à comprendre les mouvements sur le terrain, à anticiper les virages que prennent les belligérants. Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel. Je prétends à la lucidité, à l’analyse sincère, à la compréhension profonde des enjeux qui nous concernent tous.
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et commentaires interprétatifs. Les informations factuelles présentées dans cet article proviennent de sources officielles et vérifiables, notamment les communiqués de l’état-major ukrainien, les rapports de l’Institute for the Study of War (ISW), les analyses de RBC-Ukraine, Euromaidan Press, Kyiv Post, Meduza, Ukrinform, ainsi que les données d’observateurs militaires reconnus comme DeepState et les analystes indépendants.
Les analyses et interprétations présentées représentent une synthèse critique basée sur les informations disponibles. Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser, de leur donner un sens. Toute évolution ultérieure pourrait modifier les perspectives présentées ici.
Sources
Sources primaires
Kyiv Post – Russia Sets Full Seizure of Ukraine’s Donetsk Region as Top 2026 War Priority (14 janvier 2026)
RBC-Ukraine – Ukrainian Armed Forces describe Russian tactics near Kostiantynivka (décembre 2025)
RBC-Ukraine – War forecast for 2026: Russia’s goals in Ukraine and frontline scenarios (12 janvier 2026)
Euromaidan Press – The quiet tactic that took Pokrovsk may already be inside Kostiantynivka (16 janvier 2026)
Institute for the Study of War (ISW) – Russian Offensive Campaign Assessment (15 janvier 2026)
Meduza – As fighting continues in Pokrovsk and Kupyansk, Russia bears down on Ukraine’s main remaining Donbas strongholds (16 janvier 2026)
Sources secondaires
Espreso.tv – War live map in Ukraine: prospects for the front in 2026 (10 janvier 2026)
Ukrinform – War update: 164 combat engagements on front line (17 janvier 2026)
RBC-Ukraine – Russia-Ukraine war: Frontline update as of January 17 (17 janvier 2026)
RBC-Ukraine – ISW forecast for 2026: Russian offensive, risks for Ukraine and peace (18 décembre 2025)
Euromaidan Press – Ukraine Donbas fortress belt: Why Ukraine cannot « just leave » (août 2025)
Kyiv Independent – Analysis: Why effective use of manpower will define who is winning the war in Ukraine in 2026 (6 janvier 2026)
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