De l’aide humanitaire à la coordination militaire
Au début, c’était simple. L’Ukraine avait besoin d’armes. L’Europe a fourni. Des Javelin, des NLAW, des casques, des gilets pare-balles. De l’aide humanitaire avec quelques missiles en bonus. Mais quelque chose d’inattendu s’est produit. Les dirigeants européens qui coordonnaient cette aide ont commencé à se parler. Vraiment se parler. Pas à travers des communiqués de presse ou des sommets protocolaires. Directement. Régulièrement. Sur les questions qui comptent. Et ils ont réalisé qu’ils pouvaient agir ensemble. Sans attendre l’OTAN. Sans attendre les États-Unis.
Cette « coalition des volontaires » est devenue une plateforme d’interaction stratégique constante entre dirigeants européens habitués à coordonner leurs actions directement, sans égard pour Washington. Le mot est important : « sans égard ». Pas « contre ». Pas « malgré ». Simplement : sans avoir besoin de permission. C’est une révolution silencieuse dans les relations transatlantiques. Et c’est exactement ce que la Russie redoutait — une Europe qui pense par elle-même, agit par elle-même, défend ses intérêts par elle-même.
L’Ukraine : le cœur battant de la coalition
Politico le dit sans détour : « L’Ukraine est de loin le pays le plus militarisé représenté, avec une armée immense, une industrie de fabrication de drones très développée, et une connaissance des réalités de la guerre plus grande que n’importe qui d’autre. » Ce n’est pas de la flatterie diplomatique. C’est un constat froid. L’Ukraine a acquis en deux ans ce que la plupart des armées européennes n’ont pas connu depuis des décennies : l’expérience du combat réel. Contre un adversaire réel. Avec des pertes réelles.
Imaginez cette combinaison : l’expérience ukrainienne du combat moderne, les capacités nucléaires françaises et britanniques, l’industrie de défense allemande, la détermination polonaise. Si vous additionnez tout ça, vous obtenez une force armée potentielle qui rivalise avec n’importe quelle puissance mondiale. Y compris la Russie. Surtout la Russie, dont l’armée s’épuise jour après jour dans les champs du Donbass.
Je repense à toutes ces années où les experts disaient : « L’Europe ne se défendra jamais seule. L’Europe est trop divisée. L’Europe est trop molle. » Et regardez maintenant. Regardez ce qui s’est passé quand le danger est devenu réel. Quand les chars russes ont roulé vers Kyiv. L’Europe s’est réveillée. Pas avec des discours, avec des actes. Des armes livrées, des sanctions imposées, des réfugiés accueillis. Est-ce parfait ? Non. Est-ce suffisant ? Peut-être pas encore. Mais c’est un début. Et ce début terrifie Poutine plus que toutes les résolutions de l’ONU du monde.
Les chiffres qui font trembler Moscou
L’Europe peut-elle remplacer l’Amérique ?
Depuis février 2022, le soutien militaire américain à l’Ukraine s’élève à 64 milliards d’euros. L’Europe, Royaume-Uni compris, a envoyé 62 milliards. Presque à égalité. En 2024, l’aide américaine représentait 20 milliards sur un total de 42 milliards. Pour remplacer les États-Unis, l’Union européenne devrait dépenser seulement 0,12 % de plus de son PIB. Les analystes de Bruegel qualifient ce montant de « faisable ». Pas facile. Pas confortable. Mais faisable.
Bien sûr, les chiffres ne disent pas tout. L’équipement américain représente une proportion très élevée de l’aide dans de nombreuses catégories d’armes : 98 % pour l’artillerie à roquettes, 80 % pour les munitions d’obusiers, 80 % pour les systèmes de défense aérienne à longue portée. L’Ukraine dépend également de Washington pour les pièces de rechange nécessaires au maintien en état des équipements d’origine américaine. Remplacer tout ça ne se fera pas du jour au lendemain. Mais ce n’est plus impossible.
Les nouveaux programmes européens
L’Union européenne a lancé de nouveaux programmes de défense. EDIP offre 1,5 milliard d’euros de cofinancement pour la recherche, le développement et la production conjoints de systèmes de défense — pour des projets impliquant au moins trois pays de l’UE, ou deux plus l’Ukraine. SAFE est une facilité de prêt de 150 milliards d’euros au niveau européen qui permet aux États membres de financer conjointement des achats d’armes à grande échelle. Les dirigeants européens ont approuvé en décembre dernier un nouveau prêt de 90 milliards d’euros pour l’Ukraine.
Ce ne sont pas des promesses vagues. Ce sont des engagements concrets, avec des chiffres, des calendriers, des mécanismes de mise en œuvre. La Commission européenne a annoncé de nouvelles initiatives de défense pour renforcer la dissuasion européenne contre la Russie et d’autres adversaires d’ici 2030. Cinq ans pour transformer l’Europe en puissance militaire autonome. Le compte à rebours a commencé.
150 milliards d’euros. Vous imaginez ce que ça représente ? C’est plus que le budget de défense annuel de la plupart des pays du monde. Et ce n’est qu’un programme parmi d’autres. L’Europe — cette même Europe qu’on moquait pour ses armées de papier et ses soldats incapables de se déployer sans les Américains — est en train de se réarmer à une vitesse que personne n’avait anticipée. Est-ce que Poutine pensait que ça arriverait quand il a lancé son « opération spéciale » ? J’en doute. Il pensait que l’Europe se plierait. Qu’elle choisirait le gaz russe plutôt que la liberté ukrainienne. Il s’est trompé. Et maintenant, il paie le prix de son erreur.
La peur de Trump : catalyseur involontaire
Quand l’allié devient incertain
Selon le Wall Street Journal, l’Europe craint que Donald Trump n’élimine l’OTAN à cause du conflit sur le Groenland. « La plupart des gouvernements européens craignent qu’une rupture totale puisse conduire Trump à déclarer la fin de l’OTAN, ce qui les forcerait à créer leur propre alliance militaire sans la participation des États-Unis. » Ce n’est plus de la science-fiction. C’est un scénario de planification.
L’ironie est presque trop parfaite. Trump, en menaçant de détruire l’OTAN, pourrait accidentellement créer quelque chose de pire pour la Russie : une alliance européenne plus agile, plus déterminée, et potentiellement plus dangereuse. Une alliance qui inclurait l’Ukraine — avec son armée aguerrie et sa haine viscérale de l’impérialisme russe. Une alliance qui n’aurait plus à attendre le consensus de 32 pays pour agir.
La fin de l’ère américaine ?
Les Européens ont longtemps vécu sous le parapluie américain. Confortablement. Paresseusement, diraient certains. Mais ce confort a un prix : la dépendance. Et quand celui qui tient le parapluie commence à menacer de partir, vous avez deux choix. Supplier qu’il reste. Ou construire votre propre toit. L’Europe a choisi la deuxième option. Pas par idéalisme. Par nécessité.
Cette transformation ne se fait pas sans douleur. Les budgets de défense explosent au détriment d’autres priorités. Les pacifistes protestent. Les économistes s’inquiètent. Mais la réalité géopolitique est impitoyable : dans un monde où la Russie envahit ses voisins et où l’Amérique devient imprévisible, l’Europe n’a plus le luxe de la faiblesse.
Vous savez ce qui me frappe ? C’est que personne n’a planifié ça. Personne ne s’est assis en 2022 en disant : « Créons une coalition européenne autonome qui terrorisera le Kremlin. » C’est arrivé. Organiquement. Parce que des gens ont dû résoudre des problèmes concrets — comment livrer des armes, comment coordonner les sanctions, comment accueillir des millions de réfugiés. Et en résolvant ces problèmes, ils ont construit quelque chose de nouveau. Quelque chose que ni Poutine ni Trump n’avaient prévu. L’histoire a de ces ironies.
Ce que la Russie redoute vraiment
L’OTAN : le géant lent
L’OTAN est puissante. Personne ne le nie. Mais l’OTAN est aussi lente. L’article 5 — l’obligation de défense mutuelle — nécessite un consensus. Et obtenir le consensus de 32 pays, avec 32 intérêts différents, 32 opinions publiques différentes, 32 calculs électoraux différents, prend du temps. Beaucoup de temps. La Russie le sait. Elle compte dessus. Elle parie que l’OTAN sera paralysée par ses propres procédures quand viendra le moment de vraiment agir.
Mais une coalition des volontaires ? C’est autre chose. Cinq ou six pays qui partagent la même vision, la même urgence, la même détermination. Pas besoin de convaincre la Hongrie ou la Turquie. Pas besoin de rédiger des déclarations aseptisées pour satisfaire tout le monde. Juste des décisions prises rapidement par des gens qui veulent vraiment agir. C’est ça qui fait peur à Moscou.
L’Ukraine : l’arme secrète
Et puis il y a l’Ukraine. Le pays que la Russie voulait avaler en trois jours. Le pays qui résiste depuis presque trois ans. Le pays dont l’armée a acquis une expertise que les armées occidentales n’ont pas. En guerre électronique, en combat de drones, en défense urbaine, en guerre de tranchées — les Ukrainiens sont devenus les meilleurs professeurs du monde. Et ils pourraient devenir les meilleurs partenaires.
Une coalition qui inclut l’Ukraine n’est pas juste une addition de forces. C’est une multiplication. L’expérience ukrainienne du combat moderne, combinée aux ressources et à la technologie européennes, créerait quelque chose de redoutable. Une force qui sait comment se battre contre la Russie. Qui l’a déjà fait. Qui continue de le faire chaque jour.
L’alliance que la Russie craint n’est pas l’OTAN. C’est plus petit. Plus agile. Plus déterminé. C’est une coalition de pays qui ont décidé — vraiment décidé — que Poutine ne gagnera pas. Pas parce que des traités les y obligent. Mais parce qu’ils le veulent. Il y a une différence fondamentale entre une obligation et une conviction. L’OTAN, c’est une obligation. Cette coalition, c’est une conviction. Et c’est la conviction qui fait gagner les guerres. Demandez aux Ukrainiens. Ils savent.
Encadré de transparence du chroniqueur
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur. Je suis analyste et observateur des dynamiques géopolitiques qui façonnent notre monde. Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel. Je prétends à la lucidité, à l’analyse sincère, à la compréhension profonde des enjeux qui nous concernent tous.
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et commentaires interprétatifs. Les informations factuelles présentées proviennent de sources reconnues, notamment Politico, le Wall Street Journal, Bruegel, et les communiqués officiels de l’Union européenne.
Sources
Sources primaires
Militarnyi – Europe Seeks Military Alliance Format Without the USA, With Possible Participation of Ukraine (janvier 2026)
Bruegel – Defending Europe without the US: first estimates of what is needed (2026)
Sources secondaires
Centre for European Reform – European security in a time of war: Standing with Ukraine, against Russia and without the US (2025)
Pravda Poland – A new alliance instead of NATO – without the United States, but with Ukraine (19 janvier 2026)
Al Jazeera – Can Europe guarantee Ukraine’s security without the US? (2025)
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