La « coalition des volontaires » devient permanente
Ce qui a commencé comme une coordination ad hoc pour aider l’Ukraine se transforme en quelque chose de plus structuré. La « coalition des volontaires » — France, Allemagne, Pologne, Royaume-Uni et quelques autres — est devenue une plateforme d’interaction stratégique constante. Les dirigeants se parlent directement. Les ministres de la Défense coordonnent leurs achats. Les états-majors partagent leurs analyses. Tout cela sans passer par les structures de l’OTAN. Sans attendre le feu vert de Washington.
Politico rapporte les discussions en cours pour créer « une nouvelle alliance en lieu et place de l’OTAN — sans les États-Unis, mais avec l’Ukraine ». Le magazine note que « l’Ukraine est de loin le pays le plus militarisé représenté, avec une armée immense, une industrie de fabrication de drones très développée, et une connaissance des réalités de la guerre plus grande que n’importe qui d’autre ». Si cette coalition se formalisait, combinée à la France, l’Allemagne, la Pologne et le Royaume-Uni, « la force armée potentielle de la coalition des volontaires serait énorme et inclurait à la fois des États dotés d’armes nucléaires et des États non nucléaires ».
L’Ukraine : du protégé au partenaire
Le renversement est spectaculaire. Il y a trois ans, l’Ukraine suppliait l’Europe de lui envoyer des armes. Aujourd’hui, l’Europe envisage d’inclure l’Ukraine comme partenaire stratégique dans une nouvelle architecture de sécurité. Pas par charité. Par intérêt. L’armée ukrainienne possède ce qu’aucune armée européenne n’a : l’expérience du combat moderne contre un adversaire de niveau étatique. La guerre électronique, les drones, la défense aérienne, le combat urbain — les Ukrainiens ont tout vécu, tout appris, tout perfectionné.
Cette expertise a une valeur inestimable. Les armées européennes peuvent envoyer des officiers étudier les tactiques ukrainiennes. Elles peuvent adapter leurs doctrines aux leçons apprises sur le terrain. Elles peuvent intégrer les innovations ukrainiennes — notamment dans la fabrication de drones — à leurs propres capacités. Une alliance avec l’Ukraine n’est pas un acte de générosité. C’est un investissement stratégique.
Vous réalisez ce qui se passe ? L’Ukraine — le pays que Poutine voulait effacer de la carte — pourrait devenir le pilier militaire d’une nouvelle alliance européenne. Le pays que certains voyaient comme un fardeau devient un atout. Les soldats qui défendent Bakhmout et Kostiantynivka aujourd’hui pourraient former les armées européennes de demain. C’est le plus grand retournement stratégique depuis la fin de la Guerre froide. Et Poutine l’a créé lui-même, en envahissant un pays qui refuse de mourir.
Les chiffres de la capacité européenne
L’Europe peut-elle vraiment se passer de l’Amérique ?
Les sceptiques disent que l’Europe ne peut pas se défendre sans les États-Unis. Les chiffres racontent une histoire différente. Depuis février 2022, le soutien militaire américain à l’Ukraine s’élève à 64 milliards d’euros. L’Europe — Royaume-Uni compris — a envoyé 62 milliards. Presque l’égalité. En 2024, sur un total de 42 milliards d’aide militaire, les États-Unis n’en représentaient que 20 milliards. L’Europe fait déjà sa part.
Selon l’institut Bruegel, pour remplacer entièrement le soutien américain à l’Ukraine, l’Union européenne devrait dépenser seulement 0,12 % de plus de son PIB. Les analystes qualifient ce montant de « faisable ». Pas confortable. Pas facile. Mais faisable. La question n’est plus « est-ce possible ? » mais « avons-nous la volonté politique ? »
Les nouveaux programmes de défense
L’Union européenne passe à l’action. Le programme EDIP offre 1,5 milliard d’euros de cofinancement pour la recherche, le développement et la production conjoints de systèmes de défense — pour des projets impliquant au moins trois pays de l’UE, ou deux plus l’Ukraine. Notez bien : l’Ukraine peut participer directement. Ce n’est pas anodin. C’est une reconnaissance de fait de son statut de partenaire de défense européen.
Le programme SAFE va encore plus loin : une facilité de prêt de 150 milliards d’euros au niveau européen pour permettre aux États membres de financer conjointement des achats d’armes à grande échelle. Et en décembre dernier, les dirigeants européens ont approuvé un nouveau prêt de 90 milliards d’euros pour l’Ukraine. La Commission européenne a annoncé de nouvelles initiatives pour renforcer la dissuasion européenne contre la Russie d’ici 2030. Le réarmement est en marche.
150 milliards d’euros pour SAFE. 90 milliards pour l’Ukraine. 1,5 milliard pour EDIP. Ces chiffres auraient été impensables il y a cinq ans. L’Europe des pacifistes, l’Europe qui ne voulait plus jamais faire la guerre, l’Europe qui croyait que l’économie règlerait tout — cette Europe-là est morte le 24 février 2022. Ce qui naît à sa place, c’est quelque chose de différent. De plus dur. De plus réaliste. Est-ce que ça plaît à tout le monde ? Non. Est-ce nécessaire ? Absolument.
Le catalyseur Trump
La peur comme moteur
Les Européens ont supporté beaucoup de la part de l’administration Trump. Les menaces sur les tarifs douaniers. Les insultes sur les dépenses de défense. Les flirts avec Poutine. Ils ont « grimacé et encaissé beaucoup d’humiliations », selon les observateurs, parce qu’ils voulaient garder les États-Unis impliqués dans la fin de la guerre en Ukraine. Mais il y a des limites. Et Trump les a atteintes avec ses déclarations sur le Groenland.
Les actions de Trump sont perçues comme du « chantage » par les Européens. Le président français Emmanuel Macron pousse pour activer l’instrument anti-coercition de l’UE. Pour la première fois, des dirigeants européens parlent ouvertement de se préparer à un monde sans l’OTAN. Non pas parce qu’ils le souhaitent. Mais parce qu’ils doivent se préparer au pire.
La leçon de l’imprévisibilité
L’Europe a appris une leçon douloureuse avec Trump : on ne peut pas bâtir sa sécurité sur un allié imprévisible. Peu importe les traités. Peu importe les déclarations. Si l’homme à la Maison-Blanche peut changer d’avis du jour au lendemain, alors les garanties américaines ne valent que le papier sur lequel elles sont écrites. Cette réalisation est un choc pour des pays qui comptaient sur le parapluie américain depuis 1949.
Mais c’est aussi une libération. Si vous ne pouvez pas compter sur quelqu’un, vous cessez de dépendre de lui. Vous construisez vos propres capacités. Vous forgez vos propres alliances. Vous prenez votre destin en main. C’est exactement ce que l’Europe est en train de faire. Et Trump, sans le vouloir, a été le catalyseur de cette transformation.
Merci, Trump. Vraiment. Merci de nous avoir montré qu’on ne peut pas compter sur vous. Merci de nous avoir forcés à regarder en face notre propre faiblesse. Merci de nous avoir poussés à grandir. Ce n’était probablement pas votre intention. Vous vouliez nous faire payer, nous humilier, nous soumettre. Mais vous avez fait le contraire. Vous nous avez rendus plus forts. Plus déterminés. Plus unis. L’Europe que vous allez laisser derrière vous sera plus indépendante que celle que vous avez trouvée. C’est votre vrai héritage.
Ce que cette alliance changerait
Une défense européenne autonome
Une alliance européenne avec l’Ukraine — sans les États-Unis — changerait fondamentalement l’équation géopolitique. La Russie ne pourrait plus espérer que les divisions transatlantiques paralyseraient la réponse occidentale. Elle ne pourrait plus parier sur l’isolationnisme américain. Elle devrait faire face à une Europe unie, armée, et incluant le pays qu’elle essaie de détruire depuis trois ans.
Cette alliance inclurait deux puissances nucléaires (France et Royaume-Uni), l’armée la plus expérimentée au combat (Ukraine), la plus grande économie européenne (Allemagne), et le pays le plus déterminé à contenir la Russie (Pologne). La somme de ces forces créerait une puissance militaire capable de dissuader n’importe quelle agression russe — même sans les États-Unis.
Le nouveau visage de la sécurité européenne
Ce ne serait pas l’OTAN. Ce serait plus petit, plus agile, plus déterminé. Pas de consensus à trouver entre 32 pays. Pas de veto de la Hongrie ou de la Turquie. Juste des pays qui partagent la même vision, la même menace, la même urgence. Des décisions prises en jours, pas en mois. Des actions lancées quand elles sont nécessaires, pas quand tout le monde est d’accord.
L’Ukraine y gagnerait une garantie de sécurité que l’OTAN n’a jamais voulu lui donner. L’Europe y gagnerait un partenaire militaire de premier ordre. Et la Russie y perdrait son principal espoir : que l’Occident se divise et abandonne l’Ukraine à son sort.
Une alliance européenne sans les États-Unis, avec l’Ukraine. Il y a cinq ans, c’était de la science-fiction. Aujourd’hui, c’est une option de planification. Demain, ce sera peut-être une réalité. L’histoire s’accélère. Les certitudes s’effondrent. Les impossibles deviennent possibles. Poutine pensait que l’Europe était faible, divisée, incapable de se défendre seule. Trump pensait qu’il pouvait nous faire chanter indéfiniment. Ils avaient tous les deux tort. L’Europe qui émerge de cette crise ne ressemble pas à celle d’avant. Elle est plus dure. Plus réaliste. Plus déterminée. Et elle inclut l’Ukraine. Bienvenue dans le nouveau monde.
Encadré de transparence du chroniqueur
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur. Je suis analyste et observateur des dynamiques géopolitiques qui façonnent notre monde. Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel. Je prétends à la lucidité, à l’analyse sincère, à la compréhension profonde des enjeux qui nous concernent tous.
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et commentaires interprétatifs. Les informations factuelles présentées proviennent de sources reconnues, notamment Politico, le Wall Street Journal, Bruegel, et les communiqués officiels de l’Union européenne.
Sources
Sources primaires
Militarnyi – Europe Seeks Military Alliance Format Without the USA, With Possible Participation of Ukraine (janvier 2026)
Bruegel – Defending Europe without the US: first estimates of what is needed (2026)
Sources secondaires
Wall Street Journal via Pravda USA – Europe is afraid of Trump’s elimination of NATO due to the split over Greenland (18 janvier 2026)
Euronews – Is Europe ready for war and what is Brussels doing to prepare? (13 janvier 2026)
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