Les chiffres de l’horreur
Cent quarante-cinq drones. C’est le nombre que l’armée de l’air ukrainienne a rapporté. Cent quarante-cinq engins mortels qui ont traversé le ciel ukrainien pendant la nuit du 18 au 19 janvier 2026, portant la mort et la destruction dans leurs soutes. Les systèmes de défense antiaérienne ukrainiens ont abattu cent vingt-six d’entre eux. C’est un taux d’interception impressionnant, mais pas suffisant. Les dix-neuf drones qui ont traversé le filet défensif ont fait des dégâts considérables. Dans la région d’Odesa, au sud de l’Ukraine, une installation énergétique de DTEK, la plus grande entreprise énergétique privée d’Ukraine, a été « substantiellement » endommagée. Résultat : trente mille huit cents foyers privés d’électricité. Trente mille huit cents familles dans le noir. Dans la région de Chernihiv, au nord, cinq installations énergétiques importantes ont été endommagées. Des dizaines de milliers de consommateurs privés d’électricité. À Kharkiv, la deuxième plus grande ville d’Ukraine, des missiles ont frappé une infrastructure critique dans la matinée du 19 janvier, causant des dégâts significatifs. Le maire Ihor Terekhov a annoncé que les équipes de réparation travaillaient dès que la sécurité le permettait. Mais comment réparer quand les drones reviennent chaque nuit ? Comment reconstruire quand les destructions s’accumulent ?
Les chiffres seuls ne racontent pas toute l’histoire. Trente mille huit cents foyers, c’est un chiffre. Mais derrière chaque chiffre, il y a des vies. Des visages. Des noms. Des histoires. La vieille dame de Kharkiv qui dépend de son équipement médical électrique. Le père de famille d’Odesa qui ne peut pas chauffer l’appartement où ses enfants dorment. L’enfant de Chernihiv qui tombe malade parce qu’il a trop froid. Les équipes de réparation qui risquent leur vie sous les tirs ennemis pour restaurer l’électricité. Serhii Kovalenko, le PDG de l’entreprise de distribution d’énergie Yasno, a écrit sur Facebook tard dimanche soir : « Être sans électricité pendant plus de seize heures, c’est terrible. » Il poursuit : « Et ce n’est pas à cause des entreprises énergétiques, mais à cause des attaques cyniques de l’ennemi, qui essaie de créer une catastrophe humanitaire. » Les mots sont forts. « Cynique. » « Catastrophe humanitaire. » Ils ne sont pas exagérés. Ils décrivent exactement ce qui se passe. Une catastrophe humanitaire fabriquée de toutes pièces. Une catastrophe humanitaire calculée. Une catastrophe humanitaire qui pourrait être évitée si une chose changeait : si la Russie décidait d’arrêter.
Une campagne d’hiver
Ce n’est pas un incident isolé. Ce n’est pas une erreur de tir. C’est une campagne. Une campagne systématique, méthodique, implacable. Moscou a intensifié sa campagne hivernale de frappes sur le système énergétique ukrainien, ciblant les infrastructures de production, de transmission d’électricité et de production de gaz. Le timing n’est pas un hasard. Janvier. Le cœur de l’hiver ukrainien. Les températures les plus basses de l’année. Les jours les plus courts. La demande énergétique la plus élevée. Et dans ces conditions, la Russie frappe. Pas sur les positions militaires. Pas sur les lignes de front. Sur les infrastructures énergétiques civiles. Sur les installations qui permettent aux gens de survivre à l’hiver. C’est délibéré. C’est calculé. C’est cruel.
Je me demande ce qui se passe dans la tête de ceux qui ordonnent ces attaques. Est-ce qu’ils ont des enfants ? Est-ce qu’ils ont déjà vu un enfant trembler de froid ? Est-ce qu’ils ont déjà dû choisir entre nourrir son enfant ou le garder au chaud ? Je parie que non. Ils sont dans des bureaux climatisés. Ils prennent des décisions qui condamnent des millions de gens à souffrir. Et puis ils rentrent chez eux. Ils mangent chauds. Ils dorment au chaud. Pendant ce temps, à Kiev, une mère essaie de réchauffer son enfant en l’enveloppant dans trois couvertures. Ça me révolte. Cette distance. Cette indifférence. Cette cruauté froide, calculée, administrative. C’est peut-être pire que la guerre elle-même. Le courage de ceux qui combattent sur le front, je le comprends. Mais la lâcheté de ceux qui frappent les civils depuis des centaines de kilomètres, ça, ça me dépasse.
Section 3 : L'Ukraine sous le siège du froid
Les cinq régions dans le noir
Cinq régions. Cinq morceaux d’Ukraine plongés dans l’obscurité et le froid. Sumy, à l’est, près de la frontière russe. Odesa, au sud, sur la mer Noire. Dnipropetrovsk, au centre-est, le cœur industriel. Kharkiv, la deuxième ville du pays, à l’est encore. Chernihiv, au nord, à la frontière avec la Biélorussie. Cinq régions qui n’ont rien en commun géographiquement, mais qui partagent le même sort ce matin : le froid. Dans chaque région, des millions de personnes se sont réveillées sans électricité. Dans chaque région, des familles ont dû adapter leur vie à cette nouvelle réalité. Dans chaque région, les conséquences sont immédiates, tangibles, dévastatrices.
À Sumy, les régional ont signalé plus de cent attaques en une seule nuit. Cinq personnes ont été blessées, dont un enfant de sept ans. Sept ans. Dans un monde normal, un enfant de sept ans se prépare pour l’école. Il pense à ses devoirs, à ses amis, à ses jeux. Dans le monde de Sumy ce matin-là, un enfant de sept ans a été blessé dans une attaque. Il a vu la peur dans les yeux de sa mère. Il a senti le froid qui s’infiltre dans sa chambre. Il a compris que le monde n’est pas sûr. Dans la région de Kherson, au sud, deux civils ont été tués et un autre blessé. Des maisons ont brûlé. Des bâtiments administratifs détruits. Des voitures calcinées. La mort est venue du ciel pendant la nuit, sans avertissement, sans discrimination. Dans la région de Donetsk, deux autres civils ont été blessés. Dans Zaporizhzhia, une personne a été blessée dans des attaques qui ont touché quatre-vingt-deux localités. Quatre-vingt-deux. Les chiffres s’accumulent. Les victimes s’empilent. Et les équipes de réparation courent d’un site à l’autre, essayant de colmater les brèches dans un système qui s’effondre sous le poids des frappes.
Le coût humain
Ce n’est pas seulement une question d’inconfort. C’est une question de survie. Sans électricité, pas de chauffage. Sans chauffage, le froid s’infiltre. Le froid qui tue. Les nouveau-nés et les nourrissons perdent leur chaleur corporelle rapidement. Ils sont à risque accru d’hypothermie et de maladies respiratoires, des affections qui peuvent rapidement devenir mortelles sans une chaleur adéquate et des soins médicaux. Les personnes âgées, dont les organismes sont fragilisés, sont particulièrement vulnérables. Les malades qui dépendent d’équipements médicaux électriques sont en danger immédiat. Les enfants qui ne peuvent pas aller à l’école parce qu’il n’y a pas de chauffage perdent leur droit à l’éducation. Les familles qui ne peuvent pas préparer de repas chauds souffrent de malnutrition. C’est une cascade de conséquences. Chaque frappe sur une infrastructure énergétique déclenche une chaîne de souffrances qui se propage à travers la société ukrainienne.
Combien d’enfants devront mourir de froid avant que ça s’arrête ? Combien de personnes âgées devront succomber à l’hypothermie dans leurs appartements glacials ? Combien de malades devront mourir parce que leur équipement médical ne fonctionne plus ? Je pose ces questions et je n’ai pas de réponse. Mais elles me hantent. Elles me poursuivent. Elles me réveillent la nuit. Comment le monde peut-il accepter ça ? Comment les dirigeants politiques peuvent-ils assister à ça et se contenter de publier des communiqués de condamnation ? Il y a des moments dans l’histoire où le silence devient complicité. Nous sommes dans un de ces moments. Chaque jour où nous ne faisons rien, nous devenons complices de cette souffrance. Chaque nuit où des enfants gèlent, nous portons une part de responsabilité. Ça pèse lourd. Trop lourd.
Section 4 : Le quotidien des familles ukrainiennes
Les descentes vers la lumière
Revenons à Svitlana et Arina. Le dixième étage. L’obscurité totale. Pas d’ascenseur. Les escaliers, longs, sombres, potentiellement dangereux. Svitlana prend sa fille dans ses bras. Elle l’enveloppe dans plusieurs couches de vêtements. Elle commence la descente. Dix étages à pied. Dans le noir. Chaque marche est un défi. Chaque palier est un obstacle. Mais elle continue. Parce qu’au rez-de-chaussée, il y a une tente. Une tente installée par les Services d’urgence de l’État ukrainien. Dans cette tente, il y a de la chaleur. De la nourriture chaude. Des prises électriques pour recharger les téléphones. Des psychologues pour parler. Un espace où l’être humain peut redevenir humain, ne serait-ce que quelques heures. Svitlana y emmène Arina. Là, l’enfant peut retirer une couche de vêtements. Elle peut manger chaud. Elle peut jouer. Elle peut sourire. Pour quelques heures, la guerre est oubliée. Pour quelques heures, le froid est vaincu. Puis vient l’heure de remonter. Dix étages à remonter. Vers l’appartement glacé. Vers l’obscurité. Vers la nuit qui dure depuis trois jours.
Des milliers de familles font le même parcours chaque jour. Des milliers de parents descendent des étages avec leurs enfants, leurs personnes âgées, leurs malades. Ils cherchent la chaleur comme on cherche l’eau dans le désert. Ils convergent vers les tentes, les centres de chauffage, les espaces publics qui ont encore de l’électricité. Ils s’entassent, partageant l’espace, partageant la chaleur, partageant leur misère. Il y a quelque chose de poignant dans ces scènes. Des gens qui, hier, vivaient des vies normales, qui allaient au travail, qui emmenaient leurs enfants à l’école, qui dînaient en famille devant la télévision. Aujourd’hui, ils sont des réfugiés dans leur propre ville. Ils errent à la recherche de chaleur comme des nomades dans un désert de glace. Et le pire, c’est qu’ils ne savent pas quand ça va finir. Demain ? La semaine prochaine ? Le mois prochain ? L’incertitude pèse autant lourd que le froid.
Les adaptations de survie
Les familles ukrainiennes sont devenues des maîtres de l’adaptation. Elles ont appris à vivre avec moins. Beaucoup moins. Les jouets mous sont coincés contre les fenêtres pour bloquer le froid qui s’infiltre. Les serviettes sont placées sous les portes pour empêcher les courants d’air. Les chambres sont regroupées en une seule pièce, où toute la famille dort ensemble pour partager la chaleur corporelle. Les repas sont préparés à l’avance, quand l’électricité fonctionne, et conservés dans des thermos. Les téléphones sont éteints pour économiser la batterie, utilisés seulement en cas d’urgence. La vie a été réduite à l’essentiel : survivre. Juste survivre.
Fermez les yeux. Imaginez une seconde que vous êtes dans cette situation. Imaginez que vous devez descendre dix étages dans le noir, chaque matin, avec votre enfant dans les bras, juste pour le réchauffer. Imaginez que vous ne pouvez pas lui donner son bain. Imaginez que vous ne pouvez pas lui préparer son repas préféré. Imaginez que vous devez le réveiller en pleurant parce qu’il a trop froid. Maintenant dites-moi : est-ce que vous continueriez à vivre normalement ? Est-ce que vous pourriez aller au travail comme si de rien n’était ? Est-ce que vous pourriez regarder les nouvelles sans que votre cœur se serre ? Non. Vous ne pourriez pas. Alors pourquoi nous, nous le pouvons ? Pourquoi pouvons-nous lire ces histoires et retourner à nos vies confortables ? Qu’est-ce qui nous rend capables de cette indifférence ? Je ne sais pas. Mais ça me hante.
Section 5 : Les héros invisibles de la survie
Les équipes de réparation
Dans tout ce chaos, il y a des gens qui travaillent. Des gens qui risquent leur vie pour ramener la lumière. Les techniciens de l’énergie et de l’eau qui, dès que les dégâts sont infligés, sont sur le terrain pour effectuer des réparations urgentes. Ils travaillent sous les tirs. Ils travaillent dans le froid. Ils travaillent sans relâche. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Sept jours sur sept. C’est une course contre la montre. Une course qu’ils ne peuvent pas gagner, mais qu’ils ne peuvent pas abandonner non plus. Chaque kilowattheure restauré est une victoire. Chaque foyer reconnecté est une vie sauvée.
Denys Shmyhal, le ministre ukrainien de l’Énergie, a annoncé que le gouvernement mettrait en œuvre des projets pour améliorer la transmission d’électricité de la partie occidentale du pays vers son est, qui en a désespérément besoin. C’est une solution technique. Mais derrière cette solution technique, il y a des êtres humains. Des ingénieurs qui conçoivent des solutions. Des ouvriers qui construisent des lignes. Des techniciens qui réparent des transformateurs. Des gens qui, dans un pays en guerre, continuent de faire leur travail. Continuent de réparer. Continuent de reconstruire. Continuent d’espérer.
L’aide humanitaire
Il y a aussi ceux qui viennent en aide. Les organisations internationales qui fournissent des générateurs, des couvertures, de la nourriture. Les bénévoles qui distribuent l’aide. Les voisins qui partagent ce qu’ils ont. La solidarité existe même dans les moments les plus sombres. Elle existe peut-être même plus dans ces moments. UNICEF a équipé les tentes de chauffage avec du matériel de soutien psychosocial, offrant aux enfants des jeux et des jouets pour jouer et se détendre, aidant à la fois les enfants et les adultes à faire face à l’anxiété accrue. L’organisation travaille pour assister un million six cent cinquante mille personnes, dont quatre cent soixante-dix mille enfants. Quatre cent soixante-dix mille enfants. Quatre cent soixante-dix mille enfants qui, cet hiver, ne connaîtront que le froid, l’obscurité et la peur.
Ce qui me frappe, c’est cette résilience. Cette capacité à continuer malgré tout. Les techniciens qui réparent sous les bombardements. Les bénévoles qui distribuent l’aide. Les voisins qui partagent leur nourriture. Les enfants qui sourient même dans les tentes de chauffage. C’est la beauté qui émerge de l’horreur. C’est la lumière qui brille dans l’obscurité. Mais ça me rend aussi triste. Triste parce que cette résilience ne devrait pas être nécessaire. Triste parce que ces enfants ne devraient pas avoir besoin de sourire dans des tentes de chauffage. Triste parce que cette aide humanitaire ne devrait pas exister. Nous vivons dans un monde où nous devons admirer des gens qui survivent à des conditions que nous avons créées. Il y a quelque chose de tragique là-dedans.
Section 6 : L'éducation interrompue
Les écoles transformées en morgues froides
L’éducation a aussi été perturbée, encore une fois. Le froid extrême a conduit les écoles et les jardins d’enfants de la capitale et d’autres zones à passer totalement à l’apprentissage à distance. Mais les coupures de courant perturbent à leur tour les cours en ligne. Les élèves ne peuvent pas se connecter. Les enseignants ne peuvent pas enseigner. Les leçons sont interrompues. Les examens sont annulés. L’apprentissage est fragmenté. Pour une génération d’enfants ukrainiens, l’éducation est devenue une série d’interruptions, de perturbations, d’impossibilités.
Pensez à un enfant de dix ans. Normalement, il devrait être à l’école. Il devrait apprendre les mathématiques, la géographie, l’histoire. Il devrait jouer avec ses amis pendant la récréation. Il devrait rire, courir, découvrir le monde. Au lieu de cela, il est coincé chez lui, dans un appartement glacé, essayant de suivre un cours sur un écran qui s’éteint chaque fois que l’électricité coupe. Il ne voit pas ses amis. Il ne court pas. Il ne rit pas. Il survit. Il apprend à survivre. C’est la seule leçon que la guerre lui enseigne vraiment.
Le coût à long terme
Les conséquences de cette interruption éducative dureront des années, peut-être des décennies. Une génération d’enfants qui n’ont pas reçu l’éducation à laquelle ils avaient droit. Une génération d’enfants dont le développement a été entravé par la guerre, le froid, l’obscurité. Les experts parlent déjà du « coût humain » du conflit. Mais le vrai coût, c’est ces enfants. Ces enfants qui, aujourd’hui, apprennent dans le froid. Ces enfants qui, demain, devront reconstruire un pays brisé. Comment peuvent-ils reconstruire ce qu’ils n’ont jamais appris ? Comment peuvent-ils créer ce qu’ils n’ont jamais connu ? C’est une question qui devrait nous hanter tous.
Je pense aux enseignants. Je pense à ce qu’ils ressentent quand ils doivent annoncer à leurs élèves qu’il n’y aura pas de cours aujourd’hui parce que l’école n’a pas de chauffage. Je pense à ce qu’ils ressentent quand ils voient les visages déçus des enfants. Je pense à ce qu’ils ressentent quand ils savent que chaque jour perdu est un jour qui ne reviendra jamais. Et je me demande : comment font-ils ? Comment continuent-ils à enseigner dans ces conditions ? Comment gardent-ils espoir ? J’admire leur courage. Mais je déteste que leur courage soit nécessaire. Je déteste que ces enfants soient privés de leur enfance. Je déteste que l’éducation soit devenue un luxe en temps de guerre.
Section 7 : Le double-tap, l'arme de la terreur
La cruauté calculée
Dans la région de Chernihiv, la Russie a mené une attaque dite « double-tap » sur une maison. Qu’est-ce qu’un double-tap ? C’est quand les forces russes frappent une cible, attendent que les secours arrivent, puis frappent à nouveau au même endroit. Dans ce cas, la première attaque a blessé quatre personnes. La police est arrivée sur les lieux pour aider. Et puis — BANG. La deuxième attaque a frappé. Trois policiers ont été blessés. C’est une tactique de terreur. Une tactique qui cible ceux qui viennent en aide. Une tactique qui vise à créer une atmosphère de peur totale. Personne n’est sûr. Pas même ceux qui sauvent des vies.
Cette tactique raconte tout ce que vous devez savoir sur cette guerre. Elle montre que pour la Russie, il n’y a pas de règles. Il n’y a pas de limite. Il n’y a pas de moralité. Il n’y a que l’objectif : terroriser. Faire peur au point que les gens ne bougent plus. Au point que les policiers n’interviennent plus. Au point que les médecins ne soignent plus. Au point que la société s’effondre sous le poids de la peur. C’est une guerre non seulement contre l’Ukraine, mais contre l’humanité elle-même.
Le silence qui suit
Et puis… silence. Après la première frappe, le silence des secours qui arrivent. Les sirènes. Les cris. Les urgences. Après la deuxième frappe, un autre silence. Le silence de la terreur. Le silence de ceux qui savent que personne n’est sûr. Le silence de ceux qui savent que même aider peut vous tuer. C’est un silence lourd. Un silence qui pèse sur les villes ukrainiennes comme un nuage de plomb. Les gens sortent moins. Ils aident moins. Ils vivent moins. Ils survivent. C’est tout. J’imagine ce policier qui arrive pour aider, qui fait son travail, qui sauve des vies. Et puis le ciel s’ouvre à nouveau. Et je me demande : comment continue-t-il après ? Comment retourne-t-il travailler le lendemain ? Comment regarde-t-il ses enfants le soir sans craquer ? La résilience humaine a des limites. Nous en sommes peut-être proches.
Section 8 : La course contre la montre
Les générateurs comme solution d’urgence
Les organisations humanitaires déploient des générateurs partout où c’est possible. Soixante-dix-neuf générateurs haute capacité sont envoyés aux entreprises d’eau et de chauffage à travers le pays. Des installations solaires sont mises en place. Des batteries de secours sont distribuées. C’est une réponse d’urgence. Une réponse nécessaire. Mais ce n’est pas une solution durable. Les générateurs coûtent cher à faire fonctionner. Ils nécessitent du carburant qui devient rare. Ils ne peuvent pas alimenter des villes entières. Ils sont des pansements sur une plaie béante.
Dans les hôpitaux, les générateurs sauvent des vies. Dans les centres de chauffage, ils permettent aux familles de se réchauffer quelques heures par jour. Dans les écoles, ils permettent quelques leçons avant que le carburant ne s’épuise. Mais ce sont des solutions temporaires. Des mesures de survie. Pas une réponse à long terme. La question qui hante tout le monde est : combien de temps ? Combien de temps les générateurs peuvent-ils fonctionner ? Combien de temps avant que le carburant ne manque ? Combien de temps avant que l’Ukraine ne s’effondre sous le poids des attaques ?
L’alternative sombre
Il y a une alternative encore plus sombre qui se profile. L’Agence de renseignement militaire ukrainienne a averti que la Russie cherche à déconnecter les centrales nucléaires ukrainiennes du réseau. Déconnecter les centrales nucléaires ukrainiennes prendrait la crise un cran plus loin — les Ukrainiens seraient complètement coupés de l’électricité et du chauffage à des températures glaciales. C’est un scénario cauchemardesque. Un scénario qui pourrait mener à une catastrophe nucléaire. Un scénario qui pourrait affecter non seulement l’Ukraine, mais toute l’Europe. Et pourtant, c’est une possibilité réelle. Une possibilité qui plane sur cette guerre comme une épée de Damoclès.
Je lis cette information et je frissonne. Pas de froid. De peur. Déconnecter les centrales nucléaires ? Pendant une guerre ? Avec des températures de moins dix-huit degrés ? C’est de la folie. C’est de la folie pure. C’est jouer avec le feu nucléaire alors que des millions de gens gèlent. C’est un niveau de cynisme et de cruauté que je ne pensais pas possible. Et le pire, c’est que personne ne semble capable de l’arrêter. Les avertissements sont lancés. Les condamnations sont publiées. Mais les drones continuent de voler. Les missiles continuent de tomber. Les générateurs continuent de ronronner, achetant du temps qu’on n’a pas. Combien de temps encore ? Combien de temps avant que l’inévitable ne se produise ? Je ne veux pas le savoir. Mais j’ai peur qu’on va le découvrir bientôt.
Section 9 : La communauté internationale et le silence
Les condamnations verbales
Le monde a condamné. Le Secrétaire général de l’ONU a condamné. L’Union européenne a condamné. Les États-Unis ont condamné. Des dizaines de pays ont condamné. Des milliers d’articles ont été écrits. Des millions de mots ont été prononcés. Mais les mots ne réchauffent pas les enfants. Les mots ne réparent les infrastructures. Les mots n’arrêtent pas les drones. Les mots ne sauvent pas des vies.
Il y a une dislocation entre l’indignation internationale et l’action. Le monde est révolté par ce qu’il voit. Le monde est scandalisé par la souffrance des civils ukrainiens. Le monde veut que ça s’arrête. Mais le monde ne fait pas ce qu’il faut pour que ça s’arrête. Les sanctions existent, mais elles n’arrêtent pas la machine de guerre russe. L’aide militaire existe, mais elle n’est pas suffisante pour empêcher les frappes sur les infrastructures civiles. La diplomatie existe, mais elle n’a pas réussi à négocier un cessez-le-feu. Et pendant ce temps, les enfants ukrainiens continuent de geler.
La fatigue de l’attention
Il y a aussi un problème plus insidieux : la fatigue de l’attention. La guerre en Ukraine dure depuis près de quatre ans maintenant. Au début, le monde était captivé. Les images des frappes faisaient la une des journaux. Les histoires des réfugiés étaient racontées en boucle. Mais maintenant ? Maintenant, la guerre est devenue une nouvelle parmi d’autres. Les attentats ailleurs, les élections dans d’autres pays, les scandales dans d’autres lieux occupent l’espace médiatique. L’Ukraine glisse progressivement vers la page intérieure des journaux. Les enfants qui gèlent deviennent des statistiques. Les drames deviennent des chiffres. C’est la tragédie de l’attention humaine : nous ne pouvons pas maintenir notre focalisation indéfiniment. Mais cette inattention a un coût. Le coût se mesure en vies humaines. En enfants qui meurent de froid. En familles qui se brisent sous le poids de l’indifférence.
Je suis coupable de cette fatigue aussi. Il y a des jours où je ne veux pas lire les nouvelles. Il y a des jours où je tourne la page parce que je ne peux plus supporter les images. Il y a des jours où je préfère ignorer parce que c’est trop douloureux. Et puis je pense à Svitlana et Arina. Je pense à cet enfant de sept ans blessé à Sumy. Je pense aux familles qui descendent dix étages dans le noir chaque matin. Et je me sens coupable. Coupable de pouvoir ignorer ce qu’ils ne peuvent pas ignorer. Coupable de pouvoir fermer les yeux sur ce qui les dévore. Coupable de pouvoir aller dormir dans un lit chaud pendant qu’ils grelottent. Cette culpabilité, je la porte. Elle pèse. Mais ce qu’elle pèse le moins, c’est rien comparé à ce qu’ils portent eux.
Conclusion : Le froid qui hante
L’histoire qui reste
Il y a des histoires qui nous hantent. Des histoires qui restent gravées dans notre mémoire bien après que nous les ayons lues. L’histoire de Svitlana et Arina est une de ces histoires. Le périple quotidien du dixième étage vers la tente de chauffage. Les jouets mous coincés contre les fenêtres pour bloquer le froid. L’enfant de trois ans emmaillotée dans plusieurs couches de vêtements. La mère qui descend dans l’obscurité, chaque matin, espérant que la tente sera là, espérant que la chaleur sera là, espérant que son enfant survivra une journée de plus. C’est une histoire de survie. C’est une histoire de courage. C’est une histoire d’amour maternel face à l’horreur de la guerre.
Mais c’est aussi une histoire de l’échec collectif. L’échec de la communauté internationale à protéger les civils. L’échec de l’humanité à empêcher la terreur par le froid. L’échec de nous tous à ne pas pouvoir ou ne pas vouloir faire ce qui est nécessaire pour que ça s’arrête. Dans vingt ans, quand les livres d’histoire raconteront cette guerre, qu’est-ce qu’ils diront ? Diront-ils que le monde a agi ? Ou diront-ils que le monde a regardé pendant que des enfants gelaient ? Diront-ils que la communauté internationale a trouvé le courage d’intervenir ? Ou diront-ils qu’elle a trouvé l’indifférence de rester silencieuse ? La réponse dépend de ce que nous faisons maintenant. Aujourd’hui. Pas demain. Maintenant.
Moins dix-huit degrés. L’obscurité totale. Le silence de l’appartement glacé. Svitlana qui prend Arina dans ses bras. La descente de dix étages. La tente de chauffage. Le soulagement momentané. Et puis la remontée. Vers le froid. Vers l’obscurité. Vers demain, qui sera pareil à aujourd’hui, qui sera pareil à hier. Les jouets mous contre les fenêtres. L’enfant qui tremble. La mère qui prie. Et je me demande : combien de nuits encore ? Combien d’hivers encore ? Combien d’enfants devront survivre à l’insupportable avant que nous, le reste du monde, décidions que ça suffit ? Que nous décidions que le froid ne devrait jamais être une arme ? Que nous décidions que l’humanité ne devrait jamais permettre ça ? Quelque part ce soir, une mère ukrainienne regarde son enfant qui dort, emmailloté dans plusieurs couvertures, et elle se demande la même chose. Elle se demande si demain, l’électricité reviendra. Elle se demande si son enfant survivra à l’hiver. Elle se demande si le monde se souviendra d’elle. Et moi je me demande : si nous ne faisons rien, comment pourrons-nous jamais lui répondre ?
Sources
Sources primaires
blank »>Straits Times – Russia hits energy system in several regions of Ukraine, Kyiv says (19 janvier 2026)
blank »>Reuters – Russia hits energy system in several regions of Ukraine, Kyiv says (19 janvier 2026)
blank »>Kyiv Independent – Russian attacks kill 5, injure 30 across Ukraine as Moscow again targets energy infrastructure (18 janvier 2026)
Sources secondaires
blank »>UNICEF – Under fire and freezing, children in Ukraine endure the harshest winter of war (16 janvier 2026)
Encadré de transparence du chroniqueur
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur. Je suis analyste, observateur des dynamiques géopolitiques et humanitaires qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies militaires, à comprendre les mouvements de guerre globaux, à anticiper les virages que prennent nos dirigeants et les conséquences sur les civils innocents. Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel. Je prétends à la lucidité, à l’analyse sincère, à la compréhension profonde des enjeux qui nous concernent tous.
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et commentaires interprétatifs. Les informations factuelles présentées dans cet article proviennent de sources officielles et vérifiables, notamment les communiqués du ministère ukrainien de l’Énergie, les déclarations des gouverneurs régionaux, les rapports de l’armée de l’air ukrainienne, ainsi que les données d’organisations internationales comme UNICEF et d’agences de presse internationales reconnues telles que Reuters, Straits Times et Kyiv Independent.
Les analyses et interprétations présentées représentent une synthèse critique basée sur les informations disponibles. Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser, de leur donner un sens humain et émotionnel. Toute évolution ultérieure pourrait modifier les perspectives présentées ici. Les émotions exprimées dans les passages éditoriaux reflètent ma réaction humaine face à la souffrance des civils et ma conviction que l’utilisation du froid comme arme de guerre constitue une violation inacceptable de la dignité humaine.
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.