Des vagues d’hommes qu’on sacrifie
Les forces russes ne s’arrêtent pas. Elles ne peuvent pas s’arrêter. À Pokrovsk, elles ont déjà perdu l’équivalent de deux complets de personnel dans une seule formation. Deux complets. Cela veut dire que chaque soldat qui a été envoyé au combat est mort ou a été blessé. Et puis ils ont envoyé des renforts. Et ces renforts aussi ont été décimés. Et encore des renforts. Pour quoi ? Pour quelques mètres de terrain. Pour un immeuble détruit. Pour une rue en ruine. La Russie déploie une stratégie brutale : elle sacrifie ses hommes pour user les défenses ukrainiennes. Elle sait que l’Ukraine manque de troupes, d’équipements, de munitions. Elle sait que le temps joue contre les Ukrainiens. Alors elle envoie des vagues. Des vagues d’assaut mécanisé avec des véhicules blindés surchargés de métal soudé pour les protéger. Des vagues de motocyclettes et de quads avec des recrues qui savent à peine où se trouve l’accélérateur.
Sept motocyclettes et plusieurs quads. C’est ce que les forces russes ont lancé après un assaut mécanisé massif de onze véhicules blindés qui a été repoussé par la 14e brigade Chervona Kalyna de la Garde nationale ukrainienne. Imaginez la scène. Des blindés lourds qui avancent, puis des motos qui filent à travers les cratères, les pilotes qui n’ont reçu que des instructions rudimentaires : « Voici l’accélérateur, voici le frein, voici l’embrayage ». Certains n’atteignent jamais les positions ukrainiennes. Ils tombent, seuls dans le champ dévasté, leur machine renversée, leur corps inerte sous le ciel gris de l’hiver ukrainien. Pour quoi ? Pour quelques mètres. Pour tenter de briser une ligne de défense qui tient depuis des mois, des années. La machine russe ne s’arrête pas parce qu’elle ne peut pas s’arrêter. Elle a mis toute sa force dans cette offensive de Pokrovsk. Elle a mobilisé des réserves, déplacé des unités d’un secteur à l’autre. Syrskyi le dit lui-même : l’ennemi « essaie d’augmenter la pression, en mobilisant des réserves vers Pokrovsk ».
Cette folie me laisse sans voix. Une formation militaire qui perd deux complets de personnel et qui continue à envoyer des hommes au combat. Deux complets. Cela représente des milliers de vies. Des milliers de fils, de frères, de pères. Et pour quoi ? Pour prendre Pokrovsk ? Pour prendre Myrnohrad ? Pour gagner quelques mètres de boue et de ruines ? Comment peut-on être aussi indifférent à la vie humaine ? Comment peut-on envoyer des hommes sur des motos vers des positions défendues sans même former correctement les pilotes ?
La tactique de l’épuisement
La guerre dans le secteur de Pokrovsk a changé. Il y a un an, les assauts russes se faisaient par groupes de trois à six soldats qui tentaient de s’infiltrer. Maintenant, ils attaquent par petits groupes dispersés, savent se distancer les uns des autres pour éviter que les drones ukrainiens ne les touchent tous en une seule frappe. Moins de soldats par assaut, mais plus d’assauts au total. C’est une tactique d’épuisement. Une guerre d’usure. Les forces russes ont abandonné les vagues massives pour une pression constante, ponctuelle, incessante. Chaque jour, chaque nuit, ils tentent quelque chose. Une incursion ici. Une infiltration là. Un barrage d’artillerie sur un quartier. Un tir de drone sur une position.
Et ils ont aussi développé de nouvelles méthodes. Les motos. Les quads. Des véhicules rapides et difficilement ciblables qui permettent de déposer de petites équipes d’assaut près des lignes ukrainiennes. Mais ces méthodes ont un coût humain énorme. Les recrues russes n’ont pas le temps d’apprendre à conduire hors-piste sur un terrain bombardé. Ils apprennent sur le tas. Sur le tas veut dire qu’ils apprennent en mourant. Syrskyi le note : l’organisation de la défense ukrainienne demande une « pleine conscience, une prise de décision flexible et des calculs précis ». Les commandants ukrainiens doivent constamment adapter leur stratégie, anticiper les mouvements ennemis, redistribuer leurs forces limitées là où la pression est la plus forte. Pendant ce temps, les forces russes continuent à envoyer des hommes. Des hommes « à usage unique » comme les appellent les soldats ukrainiens. Des hommes envoyés à la mort sans aucun espoir de survie.
Cette stratégie m’effraie. Non pas parce qu’elle est brillante militairement, mais parce qu’elle repose entièrement sur l’indifférence à la vie. La Russie a décidé que ses hommes étaient jetables. Qu’ils pouvaient être sacrifiés indéfiniment pour épuiser l’ennemi. Et le plus terrifiant, c’est que ça fonctionne. Ils ont des réserves. Ils ont des hommes à envoyer. L’Ukraine, elle, doit défendre chaque mètre avec ses propres fils, ses propres frères, ses propres pères. Comment lutter contre une machine qui n’a aucune valeur pour la vie ?
Section 3 : La guerre des immeubles
Pokrovsk, ville forteresse
Pokrovsk n’est plus une ville. C’est une forteresse. Une forteresse de béton armé, de cages d’escalier sombres, de sous-sols transformés en abris. Les immeubles de cinq étages qui parsèment l’agglomération de Pokrovsk-Myrnohrad sont devenus des points de défense cruciaux. Chaque bâtiment peut accueillir des soldats, des mitrailleuses, des postes d’observation. Chaque étage offre une position de tir. Chaque fenêtre est un meurtrière potentielle. Les forces russes l’ont compris. Elles tentent de capturer ces bâtiments un par un, de s’y fortifier, d’en faire des positions avancées. Mais les détruire est presque impossible. Les obus de l’artillerie peuvent percer les murs, mais raser un immeuble de cinq étages demande des bombardements massifs, constants, prolongés. Les drones FPV ukrainiens peuvent frapper précisément, mais finding des soldats russes dans un immeuble est comme chercher une aiguille dans une botte de foin.
Et même quand les Russes réussissent à s’emparer d’un bâtiment, ils doivent le défendre. Ils ont besoin de ravitaillement, de munitions, de nourriture. Les Ukrainiens le savent. Ils surveillent les immeubles capturés, attendent que les occupants manquent de réserves, frappent les équipes de ravitaillement. C’est un jeu de patience mortel. C’est ce qu’ils appellent la « guerre des carrousels ». Un drone surville un bâtiment, sa batterie s’épuise, un autre arrive pour le remplacer. En continu. 24 heures sur 24. Chaque minute. Les pilotes ukrainiens se relaient, leurs yeux rivés sur les écrans, attendant le moindre mouvement, la moindre ombre qui bouge, le moindre signe que les forces russes bougent, s’approchent, tentent quelque chose. Dans le sous-sol de Pokrovsk, les soldats dorment à tour de rôle, une main sur leur arme, l’autre sur leur réveil. Ils savent qu’ils ont peut-être quelques heures, quelques minutes avant la prochaine attaque.
Voulez-vous savoir ce qui me reste de cette description ? L’image d’un soldat ukrainien qui passe ses journées à surveiller un immeuble ennemi à travers l’écran d’un drone. Ses yeux fatigués qui scintillent dans la pénombre. Sa main qui tremble légèrement de fatigue et de caféine. Dans le sous-sol, ses camarades dorment dans des positions inconfortables, entassés contre les murs, leurs fusils posés à côté d’eux. Combien de temps peut-on vivre comme ça ? Combien de temps peut-on être en alerte constante avant de craquer ?
Le froid, l’autre ennemi
Janvier dans l’est de l’Ukraine. Le froid n’est pas un détail. C’est une arme. Une arme invisible mais mortelle. Les positions ukrainiennes sont connues des forces russes. Elles ont été occupées pendant des mois, des années. Pour survivre dans le froid glacial de l’hiver 2026, les soldats ont besoin de chaleur. Ils ont besoin de feu, de bougies, de radiateurs, de quoi réchauffer leurs mains engourdies, leurs pieds engourdis, leur corps qui tremble. Mais la chaleur trahit. La fumée d’un feu se voit de loin. L’infrarouge d’un radiateur se détache sur les écrans thermiques. Chaque source de chaleur est une cible. Les soldats ukrainiens sont pris dans un piège sans issue : geler ou mourir.
Les chauffe-mains chimiques sont devenus précieux. Ils sont rares, difficiles à obtenir, impossibles à produire en quantité suffisante. Et même quand ils en ont, ils doivent les livrer aux positions. Mais livrer signifie traverser des zones minées, des champs sous la surveillance constante des drones russes, des routes bombardées. Les « zhduny » — les drones qui attendent au sol comme des prédateurs — guettent chaque mouvement, chaque véhicule, chaque soldat qui ose se déplacer. Un soldat de la brigade a passé 162 jours dans sa position sans rotation. 162 jours. Imaginez. Presque six mois à vivre dans le même trou, à dormir dans la même boue, à manger les mêmes rations, à voir les mêmes visages, à entendre les mêmes bruits de bombardement. Six mois. Sans jamais pouvoir sortir, sans jamais pouvoir se reposer vraiment, sans jamais pouvoir savoir si vous allez survivre à la prochaine minute.
Ce chiffre me hante. 162 jours. Un homme qui a passé près de six mois dans le même trou. Six mois. Je ne peux même pas imaginer ce que ça fait à l’esprit humain. Comment on continue à penser ? À parler ? À être humain après avoir vécu si longtemps dans l’obscurité, dans la peur, dans l’attente constante de la mort ? Et le pire, c’est qu’il n’est pas seul. Des milliers de soldats ukrainiens vivent cette même existence. Des milliers d’êtres humains transformés en sentinelles de chair et d’os qui gardent des lignes invisibles sous le ciel glacé de l’est de l’Ukraine.
Section 4 : La terreur du soldat russe
Les recrues qu’on arnaque
D’où viennent ces hommes que la Russie envoie mourir à Pokrovsk ? Maksym Bakulin, chef des communications de la 14e brigade Chervona Kalyna, a la réponse. Il parle régulièrement avec les prisonniers de guerre russes capturés dans le secteur. Ils lui racontent la même histoire. Au moment de signer leur contrat militaire, on leur promet des montagnes d’or. 13 000 à 26 000 dollars au départ, plus 2 730 dollars par mois. Une fortune pour beaucoup de ces hommes venus des régions les plus pauvres de Russie. Ils signent. Ils rêvent de maisons, de voitures, de vies meilleures pour leurs familles. Ils pensent qu’ils vont servir dans l’armée, qu’ils vont peut-être aller au front mais qu’ils seront bien formés, bien équipés, bien payés.
La réalité les attend sur le champ de bataille. Dès leur arrivée, ils commencent à payer. À payer leurs propres commandants. Pour ne pas aller à l’assaut. Pour passer la nuit dans un abri au lieu d’être envoyés au combat. Le tarif varie de 30 000 à 70 000 roubles — entre 400 et 900 dollars — pour une seule nuit de repos. Une nuit. Imaginez la scène. Des soldats russes qui se regroupent, qui collectent leur argent, qui le tendent à leur officier pour acheter le droit de ne pas mourir aujourd’hui. Et si ils refusent ? Si ils n’ont pas assez d’argent ? Il y a d’autres méthodes. Des menaces. Des drones avec des grenades qui planent au-dessus de leurs têtes. Le mot « zeroing » revient dans presque tous les témoignages. C’est ce que les commandants russes appellent la menace de tuer leurs propres soldats pour désobéissance. Ils les menacent de mort s’ils refusent d’attaquer. Morts. Par leurs propres officiers.
Cette pratique me révulse. Des soldats qui doivent payer pour ne pas mourir. Qui doivent donner leur argent à leurs commandants pour acheter le droit de vivre une nuit de plus. Et si ils n’ont pas assez, on les menace de les tuer. On les menace. Leurs propres officiers. Ceux qui sont censés les protéger, les diriger, les soutenir. Comment est-ce possible ? Comment un être humain peut-il en menacer un autre de mort pour l’obliger à se sacrifier ? Quelle logique perverse justifie ça ?
Les mensonges qui tuent
Et puis il y a les mensonges. Les propagandes qui circulent parmi les soldats russes, qui les empêchent de se rendre même quand ils le voudraient. La légende des « colliers d’oreilles » — le mythe que les officiers ukrainiens portent des colliers faits d’oreilles coupées de prisonniers. Une fable. Un mensonge atroce destiné à terroriser les soldats russes, à les empêcher de capituler, à les forcer à se battre jusqu’à la mort. Mais même les officiers russes commencent à se rendre. Bakulin le remarque : certains d’entre eux ont l’air en relativement bonne santé. Ils n’ont pas passé longtemps sur les positions. Ils se sont rendus presque immédiatement. Pourquoi ? Parce qu’ils savaient. Ils savaient ce qui attendait les soldats qu’ils envoyaient au combat. Ils savaient qu’ils mourraient. Et ils ont choisi de faire le bon choix.
« Se rendre est la bonne décision », dit Bakulin. Une phrase simple. Une phrase qui résume toute l’absurdité de cette guerre. Des hommes qui doivent payer pour ne pas mourir. Des hommes qu’on menace de mort s’ils refusent de sacrifier leur vie. Des hommes qu’on terrorise avec des mensonges pour les empêcher de choisir la vie. Pendant ce temps, à Pokrovsk, les soldats ukrainiens tiennent. Ils tiennent parce qu’ils défendent leur terre, leur famille, leur pays. Ils tiennent parce qu’ils n’ont pas le choix. Ils tiennent parce qu’ils savent que s’ils lâchent, les forces russes avanceront vers Dobropillia, vers Druzhkivka, vers Kramatorsk et Sloviansk. Ils tiennent parce qu’ils sont les derniers remparts entre les populations civiles de l’ouest du Donbass et l’envahisseur.
Ce qui me glace le plus, c’est la banalité du mal. Des officiers qui racontent des histoires d’oreilles coupées pour terrifier leurs hommes. Des soldats qui doivent payer pour ne pas aller mourir. Des menaces de mort venant de leurs propres commandants. Et tout ça se passe dans l’indifférence générale. Dans la froidure de l’hiver ukrainien, des milliers d’hommes vivent ces terribles réalités. Des milliers de vies brisées, sacrifiées, pour quelques mètres de terrain. Est-ce qu’un jour, quelqu’un rendra des comptes pour ça ?
Section 5 : La logistique de survie
L’impossible livraison
Dans le secteur de Pokrovsk, livrer des munitions, de la nourriture, de l’eau, des médicaments n’est pas une tâche logistique. C’est une mission suicide. Les routes sont minées. Les champs sont piégés. Les zones d’approvisionnement sont constamment bombardées par l’artillerie russe. Les drones ennemis surveillent chaque mouvement, chaque véhicule, chaque soldat qui ose se déplacer. Ce que les soldats ukrainiens appellent « l’Ukrainien Glovo » — porter des ravitaillements à pied — demande des heures de préparation, de reconnaissance, d’analyse des communications ennemies, de planification minutieuse des itinéraires et du timing. Une très grande quantité de personnes est impliquée dans chaque livraison.
Et chaque livraison peut être la dernière. Les mines anti-char parsèment la région autour de Dobropillia. Les « zhduny » — ces drones qui attendent au sol comme des prédateurs — guettent les imprudents. Chaque « zhdun » a un pilote. Un pilote qui s’assoit comme un pêcheur avec plusieurs cannes à pêche, attendant que quelque chose morde. Quoi ? Un soldat qui porte un sac de munitions. Un véhicule qui transporte de la nourriture. Une équipe qui essaie d’évacuer un blessé. Un instant. C’est tout ce qu’il faut. Un instant d’inattention, une mauvaise route, un drone invisible, et c’est fini. La livraison n’arrive jamais. Les soldats qui l’attendent restent sans munitions, sans nourriture, sans espoir.
Cette guerre m’est devenue incompréhensible. Comment peut-on continuer à se battre quand chaque livre de pain, chaque balle de fusil, chaque goutte d’eau doit être acheminée à travers un champ de mines et de drones ? Comment les soldats ukrainiens font-ils pour continuer quand ils savent que chaque livraison peut être la dernière ? Quand ils savent que chaque camarade qui part vers l’arrière peut ne jamais revenir ?
Le roulement impossible
La rotation des troupes est devenue un rêve lointain. Dans une guerre idéale, les soldats passeraient quelques semaines au front, puis seraient relevés pour récupérer à l’arrière, se reposer, se laver, dormir dans un vrai lit, manger de la vraie nourriture, voir leur famille, oublier pendant quelques jours l’horreur de la guerre. À Pokrovsk, ce n’est pas possible. Il n’y a pas assez de troupes. Pas assez de renforts. Pas assez de réserves. Les soldats qui sont là restent là. Jours après jours. Semaines après semaines. Mois après mois.
Ce soldat qui a passé 162 jours dans sa position n’est pas une exception. Il est la règle. Des milliers de soldats ukrainiens vivent la même réalité. Des milliers d’êtres humains qui ne peuvent pas sortir, qui ne peuvent pas se reposer, qui ne peuvent pas oublier. Ils tiennent. Ils tiennent parce qu’ils doivent tenir. Parce que personne d’autre ne viendra les relever. Parce que s’ils partent, les forces russes avanceront. Ils tiennent avec leurs propres forces, leur propre endurance, leur propre volonté. Et pendant ce temps, les Russes continuent à envoyer des vagues d’assaut. Des vagues d’hommes qui n’ont pas choisi d’être là. Des vagues d’hommes qui ont été trompés, menacés, forcés. Des vagues d’hommes qui meurent pour rien.
Qu’est-ce que ça fait à l’esprit humain de savoir que vous êtes seul ? Que personne ne viendra vous relever ? Que vous devez tenir jusqu’à la mort ou la victoire, mais que vous ne pouvez pas choisir laquelle ? Comment continue-t-on à avoir de l’espoir quand chaque jour apporte son lot de morts, chaque nuit ses bombardements, chaque minute son lot de terreur ?
Section 6 : Syrskyi, témoin de l'abnégation
Le commandant qui va au front
Oleksandr Syrskyi n’est pas resté à Kiev, dans son bureau climatisé, à diriger la guerre depuis des cartes et des rapports. Il est allé à Pokrovsk. Il est allé voir les soldats. Il est allé rencontrer les commandants d’unité sur le terrain. Dans les tranchées, dans les postes de commandement, dans les abris bombardés. Il a vu de ses propres yeux ce que les 50 affrontements quotidiens signifient vraiment. Il a vu les immeubles détruits, les rues en ruine, les cratères qui marquent chaque mètre de terrain. Il a vu les visages fatigués des soldats, leurs yeux qui portent des mois de manque de sommeil, leurs mains qui tremblent de fatigue et de froid.
Sur Facebook, il a écrit un message qui résume ce qu’il a vu. « La situation opérationnelle dans la direction de Pokrovsk reste difficile. Des combats épuisants continuent dans l’agglomération Pokrovsk-Myrnohrad. Environ cinquante affrontements de combat se produisent ici chaque jour ». Pas de rhétorique triomphaliste. Pas de promesses de victoire imminente. Juste les faits. Juste la réalité d’une guerre qui ne s’arrête pas. Juste la reconnaissance du sacrifice des servicemen ukrainiens qui « tiennent bon malgré la complexité de la situation ». Leur professionnalisme, leur endurance, leur dévouement et leur endurcissement au combat ne permettent pas aux occupants russes de réaliser leurs intentions de percer vers les frontières ouest de l’oblast de Donetsk.
Ce qui me touche dans ce message, c’est sa simplicité. Sa honnêteté. Syrskyi ne cherche pas à minimiser la difficulté. Il ne cherche pas à promettre des victoires impossibles. Il dit simplement : c’est dur, très dur, mais nos soldats tiennent. C’est tout. Et c’est énorme. Dans un monde où les dirigeants mentent, exagèrent, manipulent, un commandant qui dit simplement la vérité — c’est rare. Précieux.
Les décisions qui sauvent des vies
Dans cette situation, chaque décision compte. Chaque décision peut sauver des vies ou en coûter. Syrskyi a défini des tâches prioritaires lors de son voyage. Améliorer la résilience de la défense. Assurer la continuité du soutien logistique. Renforcer l’efficacité de la puissance de feu. Favoriser une interaction coordonnée à tous les niveaux de commandement. Des mots abstraits qui se traduisent en réalités concrètes sur le terrain. Plus de munitions pour les batteries d’artillerie. Plus de drones pour la surveillance. Meilleure coordination entre les unités pour éviter les confusions, les tirs amis, les pertes inutiles.
Et surtout, protéger le personnel. « Une attention particulière est accordée à la protection du personnel et au maintien des capacités de combat des unités », écrit Syrskyi. Cela veut dire essayer de faire tourner les troupes quand c’est possible. Essayer de donner du repos aux soldats qui en ont désespérément besoin. Essayer d’évacuer les blessés, de les soigner, de les ramener vers la vie. Mais avec des effectifs limités, avec des réserves qui s’épuisent, ces décisions deviennent des choix impossibles. Qui relever ? Qui laisser en place ? Qui envoyer au combat ? Qui garder en réserve ? Chaque choix a un coût humain. Chaque choix peut signifier que quelqu’un va mourir.
Ce qui me frappe, c’est le poids de ces décisions. Comment peut-on choisir qui vivra et qui mourra ? Comment peut-on envoyer des hommes au combat en sachant que certains ne reviendront pas ? Comment peut-on dormir la nuit avec ces choix dans la tête ? Syrskyi doit le faire. Chaque jour. Chaque heure. Et il continue. Il continue à aller au front, à voir les soldats, à prendre ces décisions impossibles.
Section 7 : Le silence entre les explosions
Les moments qui ne disent rien
Entre deux bombardements, il y a le silence. Un silence qui n’est jamais vraiment silencieux. Le sifflement lointain des obus. Le bourdonnement des drones. Les cris blessés qui portent dans le vent. Les prières chuchotées dans les tranchées. Le rire nerveux des soldats qui essaient d’oublier. Le bruit des armes qu’on recharge. Le cliquetis des équipements. Le souffle court. Le cœur qui bat trop vite. Le silence de guerre est un silence plein. Plein de sons qui ne devraient pas être là. Plein de bruits qui disent que la mort est proche.
Dans un sous-sol de Pokrovsk, un soldat ukrainien s’assoit contre un mur de béton. Il ferme les yeux une seconde. Juste une seconde. Il essaie de se souvenir de quelque chose d’autre. De sa fille qui sourit sur une photo qu’il regarde chaque jour. De sa mère qui lui a écrit une lettre qu’il a lue cent fois. De son chat qui l’attendait à la maison quand il est parti. Des moments qui semblent appartenir à une autre vie. À une vie qui existait avant la guerre. Avant Pokrovsk. Avant les bombardements. Avant les morts. Il ouvre les yeux. Le mur est toujours là. L’obscurité est toujours là. La guerre est toujours là. Il reprend son fusil. Il se relève. Il retourne à son poste.
Ce moment de silence me déchire. Ce soldat qui ferme les yeux une seconde pour essayer de se souvenir d’une vie qu’il avait avant. Avant d’être devenu ce qu’il est maintenant — un tueur, un survivant, un soldat. Une seconde. Juste une seconde pour être humain à nouveau. Pour être père, fils, frère. Et puis la réalité revient. Le mur. L’obscurité. La guerre.
La mémoire qui s’efface
La guerre efface. Elle efface les visages, les noms, les histoires. Chaque jour, des êtres humains disparaissent. Pas seulement physiquement. Spirituellement aussi. Ce soldat qui a passé 162 jours dans sa position — comment était-il avant ? Qui était-il ? Qu’aimait-il ? Que rêvait-il ? Personne ne le sait. Personne ne le saura peut-être jamais. Il est devenu un soldat ukrainien. Une unité de combat. Une position défensive. Son humanité s’est fondue dans la guerre.
Pendant ce temps, les forces russes continuent à envoyer des vagues d’assaut. Des vagues d’hommes dont personne ne se souviendra non plus. Des hommes qui ont signé des contrats pour de l’argent qui ne leur sera jamais payé. Des hommes qui ont cru aux mensonges de leurs officiers. Des hommes qui sont morts pour quelques mètres de terrain. Et quand la guerre finira — si elle finit un jour — qui se souviendra d’eux ? Qui se souviendra de ce soldat ukrainien qui a tenu pendant 162 jours ? Qui se souviendra de ces recrues russes envoyées sur des motos vers la mort ? Qui se souviendra de tous ces êtres humains sacrifiés sur l’autel d’une ambition folle ?
Cette question me hante. Qui se souviendra ? Qui se souviendra de ces vies brisées, de ces rêves écrasés, de ces espoirs anéantis ? Quand les historiens écriront l’histoire de cette guerre, ils parleront de stratégies, de batailles, de gains territoriaux. Mais qui parlera des visages ? Des noms ? Des histoires ? Qui se souviendra que chaque soldat mort était un être humain avec une mère, un père, peut-être des enfants, des rêves, des peurs, une vie ?
Section 8 : L'avenir qui n'arrive pas
Le printemps qui n’apportera pas la paix
Quand Bakulin a été interrogé sur ce que la 14e brigade Chervona Kalyna attend du printemps, sa réponse a été brève. « Il est difficile d’espérer que quelque chose va changer ». Pas d’optimisme. Pas d’espoir naïf. Juste la réalité d’une guerre qui s’installe dans la durée. « Il y a beaucoup de Russes », dit-il. « Et ils ont choisi une tactique efficace : ils prennent un mètre ou dix mètres et y laissent dix de leurs soldats. Pour eux, c’est OK ». Cette phrase résume tout l’horreur de cette guerre. La Russie a décidé que la vie de ses soldats n’avait aucune valeur. Qu’ils pouvaient être sacrifiés indéfiniment pour avancer de quelques mètres.
Les forces russes prennent énormément de pertes, mais elles sont bien renouvelées. Elles changent constamment de tactique, déploient des unités avec différentes spécialisations — d’où les assauts mécanisés, les motos, le renforcement des unités de drones. Elles ne peuvent pas augmenter leur pression indéfiniment, mais pour l’instant, elles peuvent maintenir ce rythme. Ce rythme insoutenable. Ce rythme qui use les défenses ukrainiennes, qui épuise les soldats, qui érode la résilience des populations. Pokrovsk est devenu le symbole de cette guerre d’usure. Une guerre où personne ne gagne vraiment, où tout le monde perd, où chaque victoire a un coût humain impossible à justifier.
Cette réponse me brise le cœur. « Il est difficile d’espérer que quelque chose va changer. » Pas parce que Bakulin manque d’espoir, mais parce qu’il voit la réalité. Il voit les vagues russes qui continuent d’arriver. Il voit les pertes ukrainiennes qui s’accumulent. Il voit l’épuisement des troupes. Il voit que cette guerre ne va pas s’arrêter demain. Ni après-demain. Elle va continuer. Et avec elle, les morts, les blessés, les vies brisées.
La stratégie de l’épuisement
La stratégie russe est claire : épuiser l’Ukraine. Épuiser ses troupes, ses réserves, son économie, sa volonté. Envoyer des vagues d’assaut jusqu’à ce que les défenses ukrainiennes craquent, jusqu’à ce que les soldats ukrainiens ne puissent plus tenir, jusqu’à ce que le gouvernement ukrainien soit forcé de négocier. C’est une guerre de patience. Une guerre où le temps est l’arme principale. Et le temps est du côté de la Russie, qui a des ressources humaines immenses, qui peut continuer à envoyer des hommes au combat indéfiniment.
Pour l’Ukraine, la situation est différente. Chaque soldat mort est irremplaçable. Chaque unité perdue ne peut pas être reformée facilement. Chaque jour de guerre coûte cher — en vies, en argent, en espoir. Les défenses de Pokrovsk tiennent, mais pour combien de temps ? Jusqu’à quand les soldats ukrainiens pourront-ils continuer à se battre à ce rythme ? Jusqu’à quand les populations civiles pourront-elles supporter les bombardements, les pertes, l’incertitude ? Syrskyi le sait. Il le voit sur le terrain. Il l’entend dans les voix des commandants. Il le lit dans les yeux des soldats. La guerre entre dans une nouvelle phase. Une phase où chaque jour compte, où chaque décision a des conséquences irréversibles, où l’espoir devient une denrée rare.
Ce qui me terrifie, c’est cette inégalité fondamentale. La Russie peut continuer à sacrifier ses hommes indéfiniment. L’Ukraine doit défendre chaque mètre avec ses propres fils, ses propres frères, ses propres pères. Comment lutter contre une machine qui n’a aucune valeur pour la vie humaine ? Comment gagner quand l’ennemi est prêt à perdre indéfiniment ?
Section 9 : Les derniers remparts
Les lignes qui protègent des vies
À Pokrovsk, les forces ukrainiennes ne défendent pas seulement une ville. Elles défendent des vies. Des milliers de vies. Les populations civiles qui vivent encore dans la région. Les familles qui n’ont pas pu ou pas voulu partir. Les enfants qui grandissent dans les bombardements. Les personnes âgées qui n’ont nulle part où aller. Chaque immeuble tenu par les soldats ukrainiens est une barrière contre l’envahisseur. Chaque tranchée est une ligne de défense pour des êtres humains innocents. Chaque soldat qui tient bon est un rempart entre la guerre et les vies qu’il protège.
Les forces russes veulent percer vers les frontières ouest de l’oblast de Donetsk. Elles veulent atteindre Dobropillia, Druzhkivka, Kramatorsk, Sloviansk. Des villes qui abritent encore des centaines de milliers de civils. Des villes où des familles essaient de vivre une vie normale malgré la guerre. Des villes où des enfants vont à l’école, où des gens travaillent, où des êtres humains essaient d’être heureux. Si les défenses ukrainiennes cèdent, ces villes seront envahies. Bombardées. Occupées. Les civils subiront le même sort que ceux de Mariupol, de Bakhmout, de Avdiivka. La mort. La destruction. L’exil.
Ce qui me donne envie de crier, c’est cette équation simple : chaque soldat ukrainien qui tient à Pokrovsk protège des vies innocentes. Chaque position maintenue est une barrière contre l’horreur. Et pendant ce temps, la Russie envoie des vagues d’hommes qui n’ont rien à faire là, qui ne veulent rien, qui ne défendent rien. Ils meurent pour envahir. Les Ukrainiens meurent pour défendre. Comment est-ce que le monde ne voit pas cette différence ?
Le sacrifice qui continue
Et pendant ce temps, les soldats ukrainiens continuent à se battre. Ils continuent à tenir leurs positions malgré le froid, malgré la fatigue, malgré l’épuisement. Ils continuent parce qu’ils savent ce qui se passe s’ils lâchent. Ils continuent parce qu’ils ont vu ce que les forces russes ont fait dans les villes qu’ils ont occupées. Ils continuent parce qu’ils ont vu les charniers, les bâtiments détruits, les vies brisées. Ils continuent parce qu’ils savent que s’ils ne se battent pas, personne ne se battra pour eux.
Ce soldat qui a passé 162 jours dans sa position. Ces soldats de la 14e brigade Chervona Kalyna qui repoussent les assauts russes jour après jour. Ces commandants qui doivent prendre des décisions impossibles. Syrskyi, qui va au front pour voir, comprendre, commander. Tous ces êtres humains qui sacrifient leur vie, leur temps, leur espoir pour défendre quelque chose de plus grand qu’eux-mêmes. Pour défendre leur patrie. Pour défendre leur famille. Pour défendre leur droit à vivre libres. Dans un immeuble détruit de Pokrovsk, un soldat ukrainien s’assoit contre un mur. Il ferme les yeux une seconde. Il pense à sa fille. Il ouvre les yeux. Il reprend son fusil. Il retourne à son poste. Il attend la prochaine attaque. Il sait qu’elle viendra. Elle vient toujours.
Ce qui me reste de cette histoire, c’est cette image. Un soldat qui ferme les yeux une seconde pour penser à sa fille. Une seconde d’humanité dans l’horreur. Une seconde d’amour dans la haine. Une seconde de vie dans la mort. Et puis il reprend son fusil. Il retourne à son poste. Il attend. Il attend la prochaine attaque qui viendra, qui vient toujours. Et il tient. Il tient pour sa fille. Il tient pour son pays. Il tient parce qu’il n’a pas le choix de ne pas tenir.
Conclusion : L'homme sous l'uniforme
Les visages dans les ténèbres
Dans les sous-sols de Pokrovsk, dans les tranchées de Myrnohrad, dans les immeubles détruits de Rodynske, des êtres humains attendent. Ils attendent la prochaine attaque, la prochaine livraison, la prochaine rotation qui n’arrivera peut-être jamais. Ils ont des noms. Des visages. Des histoires. Ils ont des mères qui prient pour eux, des pères qui s’inquiètent, des enfants qui les attendent, des épouses qui pleurent en secret. Ils sont des soldats ukrainiens. Mais avant tout, ils sont des hommes. Des femmes. Des êtres humains qui ne devraient pas être là, qui ne devraient pas voir ce qu’ils voient, qui ne devraient pas faire ce qu’ils font.
Ce soldat qui a passé 162 jours dans sa position — comment s’appelle-t-il ? Quel âge a-t-il ? Quel était son métier avant la guerre ? Aimait-il le football ? La musique ? La lecture ? Personne ne le sait. Personne ne le saura peut-être jamais. Il est devenu une statistique. Un chiffre dans un rapport. Une position défendue. Mais il est aussi un être humain. Un être humain qui a passé près de six mois dans l’obscurité, dans le froid, dans la peur. Un être humain qui ferme les yeux pour penser à sa fille. Un être humain qui reprend son fusil et retourne à son poste.
Quarante-neuf soldats russes morts dans une seule formation qui a déjà perdu deux complets de personnel. Cent soixante-deux jours sans rotation pour un soldat ukrainien. Cinquante affrontements par jour. Cinquante. Comment est-ce que nous, les humains, en sommes arrivés là ? Comment est-ce que nous acceptons que des êtres humains soient sacrifiés pour quelques mètres de terrain ? Comment est-ce que nous vivons avec ça ?Je pense à ce soldat ukrainien dans son sous-sol. Je pense aux recrues russes sur leurs motos. Je pense aux mères qui attendent. Je pense aux pères qui s’inquiètent. Je pense aux enfants qui grandissent sans savoir si leur père reviendra. Et je me demande : combien encore ? Combien de vies sacrifiées avant que quelqu’un dise stop ? Combien de sous-sols, combien de motos, combien de 162 jours avant que cette folie s’arrête ? Quelque part, une mère regarde son téléphone. Elle attend un appel. Une photo. Un signe. Elle ne sait pas encore. Ou peut-être qu’au fond d’elle, elle sait déjà.
Encadré de transparence du chroniqueur
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur. Je suis analyste, observateur des dynamiques géopolitiques et militaires qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies de guerre, à comprendre les mouvements de troupes, à anticiper les virages que prennent nos dirigeants. Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel. Je prétends à la lucidité, à l’analyse sincère, à la compréhension profonde des enjeux qui nous concernent tous.
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et commentaires interprétatifs. Les informations factuelles présentées dans cet article proviennent de sources officielles et vérifiables, notamment les communiqués sur Facebook du commandant en chef Oleksandr Syrskyi, les articles de presse de Ukrinform, les analyses géopolitiques de Meduza, les reportages de terrain de NV, ainsi que les données d’organisations de recherche militaire. Tous les chiffres, dates et noms ont été croisés entre plusieurs sources pour garantir leur exactitude.
Les analyses et interprétations présentées représentent une synthèse critique basée sur les informations disponibles. Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser, de leur donner un sens. Toute évolution ultérieure pourrait modifier les perspectives présentées ici.
Sources
Sources primaires
blank »>Ukrinform – Syrskyi visits Pokrovsk sector: Russians try to increase pressure, pulling up reserves (19 janvier 2026)
blank »>Facebook – Commander-in-Chief of the Armed Forces of Ukraine – Publication officielle d’Oleksandr Syrskyi (19 janvier 2026)
blank »>Meduza – As fighting continues in Pokrovsk and Kupyansk, Russia bears down on Ukraine’s main remaining Donbas strongholds (16 janvier 2026)
blank »>NV – New Voice of Ukraine – Winter near Pokrovsk: How the enemy is storming Donetsk in new ways (18 janvier 2026)
Sources secondaires
blank »>Institute for the Study of War (ISW) – Russian Offensive Campaign Assessment, January 18, 2026
blank »>Critical Threats Project – Russian Offensive Campaign Assessment, January 18, 2026
NV – DeepState – Russian invaders advance in Pokrovsk and Vovchansk (18 janvier 2026)
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