Un milliard pour le privilège de la paix
Le « Board of Peace » de Trump n’est pas une simple assemblée. C’est une entreprise. Une transaction. Une vente aux enchères où la devise est le pouvoir et le produit, la paix. Selon les détails filtrés par Reuters, le conseil fonctionnera sur deux niveaux : un conseil principal présidé à vie par Donald Trump lui-même, et un conseil exécutif avec un rôle plus consultatif. Les États membres seront limités à des mandats de trois ans. Sauf s’ils paient. Si un pays contribue 1 milliard de dollars aux activités du conseil, il obtient un siège permanent. La paix, en somme, n’est pas un droit. C’est un luxe. Un abonnement premium réservé à ceux qui ont les moyens de payer.
L’argent, précise la Maison Blanche, servira à la reconstruction de Gaza. En théorie. En pratique, c’est un système de classement géopolitique : les riches achètent leur influence sur l’avenir des pauvres. L’Inde, dirigée par Narendra Modi, a reçu son invitation le 16 janvier. Dans une lettre cérémonieuse, Trump écrit : « C’est mon grand honneur de vous inviter, en tant que Premier ministre de la République de l’Inde, à me rejoindre dans un effort historique et magnifique pour consolider la paix au Moyen-Orient. » Historique. Magnifique. Les mots sont choisis pour éblouir, pour séduire, pour masquer la réalité crue d’un mécanisme qui transforme la diplomatie en commerce. Modi n’a pas encore répondu publiquement. L’Inde, qui a longtemps cultivé des relations chaleureuses avec la Russie, se trouve face à un choix impossible : participer à ce conseil controversé ou rester à l’écart d’un processus qui pourrait façonner l’avenir d’une région cruciale.
Les Européens qui acceptent, ceux qui hésitent
Viktor Orbán, le Premier ministre hongrois, a été le premier à dire oui sans équivoque. Sur X, il a écrit : « Nous avons, bien sûr, accepté cette invitation honorable. » Orbán, l’allié le plus fidèle de Trump en Europe, ne cherche même pas à paraître impartial. Il embrasse cette initiative avec une ferveur qui inquiète ses partenaires européens. Le Vietnam, par l’intermédiaire de son chef du Parti communiste To Lam, a également accepté. Ces deux acceptations rapides contrastent avec la prudence de la plupart des autres pays. En Italie, Giorgia Meloni a déclaré que son pays était « prêt à faire sa part », sans préciser si cela signifiait accepter l’invitation ou simplement soutenir l’objectif de paix. Au Canada, Mark Carney a dit qu’il acceptait en principe, mais que les détails restaient à clarifier.
Je regarde ces réactions et je ne sais pas si je dois rire ou pleurer. Orbán qui accepte sans hésiter, c’est prévisible. C’est Orbán. Mais les autres ? Cette prudence calculée, ces déclarations vagues, ce « en principe mais avec des réserves » – c’est de la lâcheté. De la diplomatie de l’entre-deux qui évite de prendre position. Personne ne dit : « C’est inacceptable qu’un responsable de crimes de guerre siège à un conseil de paix. » Personne ne dit : « On ne vend pas la paix. » Personne ne dit : « Gaza mérite mieux qu’être vendue aux enchères. » Le silence est assourdissant. Il y a des moments où je me demande si les dirigeants ont perdu tout sens moral, ou s’ils l’ont enfoui si profondément sous des couches de pragmatisme politique qu’il n’est plus visible. Et puis je réalise : ce n’est pas pire. C’est qu’ils ne croient plus qu’il existe une autre façon de faire. Ils ont tellement normalisé l’impensable qu’ils ne voient même plus le problème. Gaza, l’Ukraine, les droits humains – tout ça est devenu des variables dans une équation où la seule constante qui compte, c’est le pouvoir. Et ça, ça me brise le cœur.
Section 3 : L'ombre de l'Ukraine au-dessus de Gaza
L’hypocrisie qui tue
Alors que Trump prépare son conseil de paix pour Gaza, les bombardements continuent en Ukraine. Les missiles russes frappent toujours les villes ukrainiennes. Les civils meurent encore. Les enfants perdent encore leurs parents. Et c’est ce même Poutine, ce même commanditaire de destruction, qui est invité à discuter de la reconstruction et de la gouvernance d’un autre territoire dévasté par la guerre. Le contraste est si violent qu’il en devient grotesque. On ne peut pas prétendre vouloir la paix dans une région tout en ignorant le chaos que l’on crée dans une autre. Ou si, en apparence. En réalité, c’est exactement ce que Trump fait. Et le monde regarde. Sans broncher.
Le plan de Trump pour Gaza, adopté par le Conseil de sécurité des Nations Unies en novembre 2025, prévoit un gouvernement palestinien technocratique supervisé par ce conseil international. La Russie et la Chine se sont abstenues lors du vote, se plaignant que la résolution ne donnait pas à l’ONU un rôle clair dans l’avenir de Gaza. Ironie suprême : la Russie, qui dénonce la marginalisation de l’ONU, participe activement à une initiative qui la marginalise encore davantage. Le conseil de Trump est conçu pour contourner les structures multilatérales existantes, pour créer une nouvelle architecture de paix qui répond à la vision du président américain – et à son ego. Une vision où l’ONU est inefficace, où le multilatéralisme est un obstacle, et où les États-Unis peuvent dicter les termes de la paix comme ils l’entendent.
Les Palestiniens, spectateurs de leur propre destin
Et les Palestiniens ? Dans tout ça, où sont-ils ? Dans la lettre d’invitation, Trump ne mentionne jamais que Gaza devrait être gouvernée par les Palestiniens eux-mêmes. Le conseil de paix supervise. Un comité exécutif palestinien administre. Mais où est la voix des gens qui ont souffert ? Où est la représentation de ceux qui ont perdu leur maison, leur travail, leurs êtres chers ? L’initiative est conçue par des étrangers, pour des étrangers, avec une participation palestinienne minimale. C’est le colonialisme moderne habillé de diplomatie. C’est la même histoire qui se répète : des puissances extérieures décident de l’avenir d’un peuple sans jamais lui demander ce qu’il veut vraiment. La paix, dirait-on, se fait AVEC les Palestiniens, pas POUR eux.
Je pense à Ahmed, un père de famille gazaouite que j’ai vu dans une photo récente. Assis sur des décombres, les bras autour de ses deux enfants. Son visage est fatigué, marqué par des années de peur et de perte. Dans ses yeux, il y a une tristesse profonde, celle de quelqu’un qui a vu trop de choses impossibles. Je me demande ce qu’il penserait s’il savait que Poutine est invité à décider de son avenir. Probablement qu’il ne serait pas surpris. Parce que les Palestiniens ont appris depuis longtemps que leur destin ne leur appartient jamais vraiment. Ils sont des pions dans des jeux qui les dépassent. Des pièces sur des échiquiers qui se déplacent sans qu’ils aient leur mot à dire. Et ça, c’est peut-être ce qui me révolte le plus. Pas l’hypocrisie de Trump ou de Poutine – qu’on attend. C’est cette acceptation silencieuse du monde entier qui continue de traiter des vies humaines comme des variables négligeables. Ahmed mérite mieux que ça. Ses enfants méritent mieux que ça. Gaza mérite mieux que ça.
Section 4 : 1 milliard de dollars pour le silence
Le prix de l’influence permanente
Un milliard de dollars. C’est le prix d’un siège permanent au Board of Peace. C’est le prix de la voix qui sera entendue pendant des années, peut-être des décennies, sur l’avenir de Gaza et potentiellement d’autres conflits. C’est un montant astronomique pour la plupart des pays, mais une dépense modeste pour les plus riches. Pour les États-Unis, c’est une goutte d’eau. Pour la Chine, c’est négligeable. Pour les pays en développement, c’est impossible. Et c’est là que réside le problème : cette structure crée une hiérarchie de paix où les riches dictent aux pauvres, où les puissants imposent leur vision aux faibles. La paix devient un produit de luxe réservé à ceux qui peuvent payer.
L’argent, souligne la Maison Blanche, servira à la reconstruction de Gaza. Et c’est indéniable : Gaza a désespérément besoin de fonds pour se relever de deux années de guerre dévastatrice. Les immeubles détruits, les infrastructures brisées, les hôpitaux en ruine – tout a besoin d’être reconstruit. Mais y a-t-il vraiment besoin d’extorquer cet argent en vendant des sièges permanents ? La reconstruction ne devrait-elle pas être une obligation morale, pas un privilège payant ? Et surtout, pourquoi faut-il que l’influence sur la gouvernance de Gaza soit vendue au plus offrant ? C’est comme si l’on disait : si vous voulez aider, vous devez aussi avoir le droit de décider. Une approche qui mélange générosité et contrôle d’une manière profondément problématique.
L’élargissement du mandat qui inquiète
Le Conseil de sécurité de l’ONU a autorisé le Board of Peace à travailler sur Gaza, et uniquement sur Gaza, jusqu’en 2027. Mais dans sa lettre d’invitation, Trump suggère une ambition beaucoup plus large : « Ce conseil entreprendra une approche audacieuse et nouvelle pour résoudre les conflits mondiaux. » Des diplomates rapportent que Trump veut que le conseil éventuellement s’occupe d’autres conflits qu’il prétend avoir résolus. C’est là que l’inquiétude devient peur. Si ce conseil fonctionne, il pourrait devenir une alternative permanente au Conseil de sécurité des Nations Unies – une structure contrôlée par les États-Unis, où Trump préside à vie, et où les sièges se vendent à 1 milliard. C’est l’ONU version Trump, multilatéralisme à la carte, sans veto russe ou chinois, sans mécanismes de contrôle, sans principes autres que ceux dictés par Washington.
Vous savez ce qui me fait le plus peur dans cette histoire ? Pas Poutine. On sait ce qu’il est. Pas Trump. On sait ce qu’il veut. C’est le silence. Le silence de l’Europe. Le silence des institutions internationales. Le silence de nous tous. On regarde ça se passer comme si c’était un film, pas la réalité. Comme si les décisions prises aujourd’hui n’affecteraient pas des millions de vies demain. Je me demande combien de Gazaouis savent que leur avenir se négocie à 1 milliard de dollars le siège. Probablement très peu. Ils sont trop occupés à survivre. À trouver de l’eau. De la nourriture. Un endroit sûr pour dormir. Pendant ce temps-là, à Washington, à Moscou, dans les capitales européennes, des hommes en costumes discutent de leur avenir comme s’ils n’étaient pas là. Comme s’ils n’existaient pas. Et ça me rappelle une phrase terrifiante : le mal prospère quand les bonnes personnes ne font rien. Je ne sais pas si nous sommes de bonnes personnes. Mais je sais que nous ne faisons rien. Et ça, ça doit changer.
Section 5 : La réponse du monde qui ne réagit pas
La diplomatie de l’indignation feinte
Les réactions officielles ont été remarquablement modérées. La plupart des gouvernements ont refusé de commenter publiquement, préférant exprimer leurs préoccupations anonymement aux journalistes. En Allemagne, en France, au Royaume-Uni – les critiques se font en coulisses, pas en public. Personne ne veut offenser Trump. Personne ne veut risquer d’être exclu du processus. Alors on accepte l’inacceptable avec des réticences privées et un silence public complice. Annalena Baerbock, présidente de l’Assemblée générale des Nations Unies, a dit quelque chose de significatif mais pas assez fort : « Si nous mettons en question [le rôle de l’ONU], nous retombons dans des temps très, très sombres. » C’est vrai. C’est effrayant. Mais ce n’est pas une condamnation. C’est une mise en garde polie.
Israël lui-même a émis une critique rare de son allié américain. Le bureau de Benjamin Netanyahu a déclaré que la composition du comité exécutif « n’avait pas été coordonnée avec Israël et est contraire à sa politique. » C’est inhabituel pour Israël de critiquer publiquement Washington. Mais même cette critique ne porte pas sur la présence de Poutine ou sur le principe de vendre des sièges de paix. Elle porte sur le fait que l’on n’a pas consulté Israël. C’est tout. Le problème, pour Israël, n’est pas que Poutine soit là – c’est qu’il ne sache pas exactement ce que Poutine fera là. L’inquiétude est pragmatique, pas morale. C’est révélateur de l’état de la diplomatie mondiale : on s’inquiète des conséquences pratiques, pas des principes éthiques.
Les absents qui disent tout
Parmi les invités, il y a aussi des absences notoires. La Chine n’a pas été incluse dans la liste initiale des invités. L’Iran non plus. L’Arabie saoudite n’a pas été mentionnée. Ces absences parlent d’elles-mêmes : Trump conçoit son conseil comme une coalition des volontaires, une alliance de ceux qui acceptent ses termes. Ce n’est pas une tentative de rassembler tout le monde autour d’une table. C’est une tentative de créer une nouvelle structure de pouvoir qui exclut les rivaux et les critiques. Une approche qui divise davantage le monde déjà fragmenté par la rivalité entre grandes puissances. Au lieu de construire des ponts, Trump construit des murs. Et ces murs, ce sont des millions de gens qui resteront de l’autre côté, sans voix, sans influence, sans espoir.
Je m’assois et je regarde une carte du monde. Tous ces pays. Tous ces peuples. Et je me dis : c’est ça que nous sommes devenus ? Une collection d’États qui calculent, qui marchandent, qui trahissent leurs principes pour quelques sièges autour d’une table ? Je pense à mon propre pays. Le Canada dirait-il non ? Ou accepterait-il le siège permanent en triturant sa conscience avec des rationalisations sophistiquées ? « On ne peut pas changer le système de l’intérieur si on n’y est pas. » « L’important, c’est d’aider Gaza, pas de critiquer les méthodes. » Ces phrases qui nous permettent de dormir la nuit, de nous regarder dans le miroir en nous disant que nous sommes de bonnes personnes. Mais sommes-nous vraiment ? Quand l’histoire jugera notre génération, que dira-t-elle ? Que nous avons accepté l’inacceptable ? Que nous avons vendu notre âme pour 1 milliard de dollars ? Ou que nous avons eu le courage de dire non ? J’ai peur que ce soit la première option. Et ça me fait mal. Beaucoup mal.
Section 6 : Le visage humain de l'absurde
Yara, 12 ans, Gaza City
Yara a 12 ans. Elle vivait dans un appartement au troisième étage d’un immeuble dans le quartier de Rimal, à Gaza City, jusqu’à ce qu’une bombe le réduise en poussière en octobre 2024. Maintenant, elle vit dans une tente avec ses parents et ses trois petits frères. Chaque matin, elle se réveille et espère que c’était un cauchemar. Chaque soir, elle s’endort en priant que demain soit différent. Elle ne sait pas ce qu’est un « Board of Peace ». Elle ne connaît pas les noms de Trump ou de Poutine. Elle sait seulement qu’elle a faim. Qu’elle a froid. Qu’elle a peur. Yara ne comprend pas pourquoi les adultes ne peuvent pas s’entendre. Pourquoi ils se battent. Pourquoi elle et ses frères doivent payer pour leurs querelles.
Dans un monde rationnel, la priorité serait de répondre aux besoins de Yara. De lui assurer un toit. De l’eau potable. Une éducation. Un avenir. Dans notre monde, la priorité est de déterminer si Vladimir Poutine aura un siège permanent à un conseil de paix. Yara est invisible dans ces négociations. Sa voix est absente. Ses besoins sont secondaires. Elle est devenue une statistique, une abstraction, une raison de justifier des initiatives politiques qui ne l’incluent pas. C’est cette déshumanisation qui me brise le cœur le plus. La façon dont nous transformons des êtres humains vivants, avec leurs espoirs et leurs peurs, en arguments dans des débats qui les dépassent complètement.
Le feu de camp qui ne réchauffe que le corps
J’ai vu une photo prise à Gaza City le 18 janvier 2026. Des Palestiniens déplacés se réchauffent autour d’un feu de camp. Leurs visages sont illuminés par les flammes, mais leurs yeux sont sombres. Fatigués. Résignés. Ils portent des vêtements qui ne sont pas assez chauds pour l’hiver gazaouite. Leurs mains sont calleuses, ridées avant l’âge par des années de travail et d’épreuves. Ils parlent peu. Qu’y a-t-il à dire ? Ils ont déjà tout dit. Ils ont déjà tout crié. Maintenant, ils attendent. Ils attendent que quelqu’un, quelque part, décide que leur vie a de la valeur. Qu’ils méritent mieux que ça.
Je regarde cette photo pendant des minutes. Je vois dans les yeux de cette femme une fatigue qui dépasse l’entendement. Une fatigue qui vient des années, pas des jours. Elle a probablement vu trop de guerres. Trop de destructions. Trop de promesses brisées. Et maintenant, on lui dit que son avenir dépendra peut-être de Vladimir Poutine. L’ironie est si cruelle qu’elle en devient absurde. Comment expliquer à cette femme que l’homme qui bombarde l’Ukraine va l’aider à reconstruire sa maison ? Comment lui faire croire que Trump, qui a tant divisé son propre pays, va unifier le Moyen-Orient ? On ne peut pas. Alors on ne lui dit rien. On prend des décisions à son sujet sans elle. On lui envoie de l’aide humanitaire par-ci, des promesses de reconstruction par-là, mais on ne lui donne jamais la seule chose qui compte vraiment : sa dignité. Le droit de dire NON. Le droit de décider. Le droit d’être humaine, pas une victime éternelle.
Section 7 : Le silence des Nations Unies
L’institution marginalisée
Les Nations Unies sont nées des cendres de la Seconde Guerre mondiale avec une mission unique : ne plus jamais permettre que les grandes puissances décident du sort des petits sans leur consentement. Le Conseil de sécurité, avec ses cinq membres permanents disposant d’un droit de veto, était censé être le gardien de ce principe. Il était imparfait, certes. Mais il représentait au moins l’idée que la paix devait être collective, multilatérale, respectueuse de la souveraineté de tous. L’initiative de Trump menace de réduire l’ONU à l’insignifiance. Si le Board of Peace fonctionne, si les pays commencent à le considérer comme le véritable forum de résolution des conflits, l’ONU deviendra une coquille vide.
António Guterres, le secrétaire général des Nations Unies, a réagi avec une prudence calculée : « Le secrétaire général estime que les États membres sont libres de s’associer dans différents groupes. » C’est tout. Pas de condamnation. Pas d’avertissement. Juste une reconnaissance de la réalité : les pays peuvent faire ce qu’ils veulent, et l’ONU ne peut pas les empêcher. C’est un aveu de faiblesse. Une reconnaissance tacite que l’ère du multilatéralisme traditionnel est peut-être en train de s’achever. Que l’avenir de la paix mondiale se jouera dans des forums parallèles, contrôlés par les puissants, sans égard pour les structures qui ont gouverné les relations internationales depuis quatre-vingts ans.
Les temps sombres qui s’annoncent
Annalena Baerbock avait raison : si nous mettons en question l’ONU, nous retombons dans des temps très, très sombres. Ces temps, nous les voyons arriver. Un monde où la paix est un produit à vendre. Où les droits humains sont des négociables. Où les agresseurs sont invités à faire la paix avec les victimes. Où les plus faibles sont exclus des décisions qui les concernent le plus. C’est un monde de cynisme absolu, où l’idéalisme est une faiblesse et le réalisme est une excuse pour l’inaction. C’est un monde où Yara ne retrouvera jamais sa maison. Où la femme du feu de camp ne verra jamais la fin de sa souffrance. Où chaque génération palestinienne hérite du traumatisme de celle qui l’a précédée.
Et puis… plus rien.Silence.Ce qui me tue, c’est la routine. La façon dont nous avons rendu l’horreur banale. On nous dit que Poutine est invité à un conseil de paix, et on hoche la tête comme si c’était normal. On lit que les sièges se vendent à 1 milliard, et on continue de boire notre café comme si c’était acceptable. On regarde les images de Gaza, et on change de chaîne parce que c’est trop triste. Nous nous sommes habitués à l’inacceptable. Nous avons désensibilisé notre conscience. Et c’est peut-être pire que le mal lui-même – cette capacité à l’ignorer, à vivre avec, à le tolérer. Parce que si nous ne pouvons plus être révoltés, qu’est-ce qui nous reste ? Qu’est-ce qui nous distingue encore de ceux qui commettent ces actes ? Je ne sais pas. Mais j’ai peur de la réponse.
Section 8 : L'architecture d'un nouveau désordre
Le comité exécutif sans légitimité
La Maison Blanche a nommé les membres du comité exécutif qui supervisera la mise en œuvre de la vision du Board of Peace. Marco Rubio, le secrétaire d’État américain. Steve Witkoff, l’envoyé spécial de Trump. Jared Kushner, le gendre du président. Tony Blair, l’ancien Premier ministre britannique. Ajay Banga, le président de la Banque mondiale. Robert Gabriel, le conseiller adjoint à la sécurité nationale de Trump. Et Yakir Gabay, un milliardaire israélien. Ce groupe d’hommes – et ils sont tous des hommes – n’a été élu par personne. N’a été validé par aucune institution internationale. N’a de légitimité que celle que lui confère Donald Trump. C’est une structure autocratique déguisée en démocratique, un cercle de confiance qui se déclare représentatif du monde entier.
Tony Blair, en particulier, symbolise l’échec de l’ancien ordre. L’homme qui a mené le Royaume-Uni dans la guerre en Irak sur de fausses prémisses, qui a été critiqué pour son rôle dans l’impérialisme britannique au Moyen-Orient, est maintenant présenté comme un artisan de paix pour Gaza. C’est comme si l’histoire n’existait pas. Comme si les erreurs du passé ne comptaient pas. Comme si Blair pouvait se réinventer en pacificateur simplement parce que Trump le dit ainsi. Cette réécriture de l’histoire est caractéristique de l’approche trumpienne : le passé est malléable, les faits sont négociables, la seule vérité est celle que le présent décide.
Le vide qui s’élargit
Pendant que Trump construit son Board of Peace, le vide de leadership mondial s’élargit. L’Europe, paralysée par ses divisions, ne propose pas d’alternative crédible. La Chine, concentrée sur sa propre montée en puissance, n’investit pas dans le multilatéralisme traditionnel. La Russie, isolée par ses propres actions, ne peut pas prétendre à la moralité. Dans ce vide, Trump prospère. Il remplit l’espace avec ses initiatives, sa vision, son ego. Et le monde suit. Parfois volontairement, comme Orbán. Parfois à contrecoeur, comme Meloni. Mais il suit. Parce qu’il n’y a personne d’autre à suivre. C’est une tragédie en mouvement lent : l’effondrement de l’ordre international que nous pensions éternel, remplacé par quelque chose de plus brutale, de plus transactionnelle, de moins humaine.
Je pense à mon père. Il a grandi pendant la Guerre froide. Il m’a raconté les nuits où ils attendaient les sirènes. La peur constante que le monde finisse en fumée. Il pensait que c’était le pire qui puisse arriver. Il se trompait. Le pire, ce n’est pas la guerre froide. C’est ce qui vient après. Ce moment où nous arrêtons de croire que la paix est possible. Où nous acceptons que l’injustice est le prix de la stabilité. Où nous devenons si cyniques que nous ne pouvons même plus être outrés par l’indignable. Mon père avait peur des bombes. J’ai peur de nous. De ce que nous sommes devenus. De ce que nous allons devenir si nous continuons sur cette voie. Parce que les bombes, ça finit par exploser puis s’arrêter. Mais le cynisme – ça continue pour toujours. Et ça détruit tout ce qui nous rend humains.
Section 9 : La question qui reste sans réponse
Quelle paix ? Pour qui ?
Tout au long de cette histoire, une question hante sans jamais être répondue : quelle paix ? Une paix imposée d’en haut, par des puissances étrangères, sans le consentement du peuple palestinien ? Une paix achetée par les riches et vendue aux pauvres ? Une paix qui inclut des agresseurs comme Poutine mais exclut les victimes comme Yara ? Une paix qui coûte 1 milliard le siège permanent ? Ce n’est pas de la paix. C’est de l’ordre. De la domination. De la pacification. La véritable paix, celle qui dure, celle qui compte, doit être construite par ceux qui vivent la guerre. Elle doit émerger du terrain, pas descendre du ciel. Elle doit être inclusive, pas exclusive. Elle doit être gratuite, pas vendue.
Gaza mérite une paix réelle. Une paix qui lui donne le contrôle de son destin. Une paix qui lui permet de reconstruire sans conditions imposées. Une paix qui respecte sa dignité, son humanité, ses droits. Ce que Trump propose n’est pas ça. C’est une caricature de paix. Une simulation diplomatique. Un spectacle politique où les acteurs changent mais le script reste le même : les puissants décident, les faibles subissent. Et Gaza continue d’attendre. D’espérer. De souffrir. Encore et encore.
Le moment de choisir
Nous sommes arrivés à un moment de choix. Nous pouvons accepter cette nouvelle réalité – ce monde où la paix se vend, où les agresseurs sont invités à faire la paix, où les Nations Unies sont marginalisées. Ou nous pouvons dire non. Nous pouvons refuser de participer à un système qui pervertit l’idée même de paix. Nous pouvons exiger mieux. Pour Gaza. Pour l’Ukraine. Pour nous tous. Parce que la façon dont nous traitons les Gazaouis aujourd’hui, c’est la façon dont le monde nous traitera demain. Si nous acceptons que leur paix soit vendue, nous acceptons que la nôtre puisse l’être aussi. Si nous tolérons que leur voix soit ignorée, nous tolérons que la nôtre le soit aussi. Nos destins sont liés, qu’on le veuille ou non.
Je suis assis devant mon ordinateur et je ne sais pas comment terminer cet article. Parce que la vraie fin n’est pas écrite par moi. Elle sera écrite par les décisions que nous prenons maintenant. Par les voix que nous choisissons d’écouter – ou d’ignorer. Par le courage que nous trouvons à dire non – ou notre lâcheté à accepter l’inacceptable. Je pense à Yara. À la femme du feu de camp. À tous les Gazaouis dont les noms ne seront jamais connus. Ils attendent. Ils n’ont pas le luxe de choisir. Nous, si. Et ce choix, c’est peut-être la chose la plus importante que nous ferons jamais. Pas pour eux. Pour nous. Pour nous-mêmes. Parce que dans ce monde qui bascule, la seule façon de rester humain, c’est de refuser de perdre notre humanité. Même quand tous les autres l’ont perdue.
Conclusion : Le froid des bureaux, la chaleur des feux
Deux mondes, même réalité
Dans les bureaux climatisés de la Maison Blanche, du Kremlin, des capitales européennes, des hommes et des femmes en costumes discutent du Board of Peace. Ils utilisent des mots sophistiqués : « reconstruction », « gouvernance », « mandat international ». Ils boivent du café dans des tasses en porcelaine. Ils s’inquiètent des protocoles et des hiérarchies. Ils calculent les coûts et les bénéfices. À quelques milliers de kilomètres de là, à Gaza City, des familles se réchauffent autour de feux de camp dans des tentes. Elles ne savent pas ce qu’est un « mandat international ». Elles n’ont jamais vu de tasse en porcelaine. Elles ne calculent rien – elles survivent. Chaque jour. Chaque nuit. Une survie qui n’a rien de glamour, tout de désespoir.
Ces deux mondes semblent être sur des planètes différentes. Et pourtant, ils sont liés. Par les décisions prises dans les bureaux. Par les politiques imaginées à l’abri du vent. Par les initiatives conçues par des gens qui n’ont jamais passé une nuit dans une tente gazaouite. Yara, la fillette de 12 ans qui a tout perdu, ne sait pas que Vladimir Poutine est invité à décider de son avenir. Elle ne sait pas que son destin coûte 1 milliard de dollars. Elle sait juste qu’elle a froid. Qu’elle a peur. Que la nuit est longue. Et que demain ne promet rien de différent.
L’appel qui reste sans réponse
Pendant que Trump prépare son conseil de paix, que Poutine considère son invitation, que les dirigeants mondiaux calculent leurs réponses, Gaza continue d’appeler. Pas avec des mots. Avec des visages. Des enfants aux yeux tristes. Des mères aux bras vides. Des pères aux épaules courbées. Des milliers, des millions de visages qui disent la même chose : nous sommes ici. Nous existons. Nous méritons mieux. Cet appel n’est pas nouveau. Il résonne depuis des décennies. Et à chaque fois, il reste sans réponse. Ou plutôt, il reçoit une réponse qui n’est pas une réponse : des promesses, des excuses, des initiatives qui n’incluent pas ceux qui devraient être au centre.
Yara est assise près du feu de camp. Elle regarde les flammes danser. Elle ne sait pas que dans quelques heures, quelques jours, quelques semaines, des hommes à des milliers de kilomètres de là vont décider si elle aura une maison. Si elle pourra aller à l’école. Si elle aura un avenir. Elle ne sait pas que Vladimir Poutine est invité à participer à ce processus. Elle ne sait pas que la paix coûte 1 milliard de dollars. Elle sait juste que le feu est chaud sur son visage. Que ses frères dorment à côté d’elle. Que ses parents la protègent de leur mieux. Et qu’elle a peur que tout recommence.Dans son lit à Washington, Donald Trump dort peut-être déjà. Dans son bureau à Moscou, Vladimir Poutine prépare peut-être sa réponse. Dans leurs maisons à travers le monde, des centaines de dirigeants réfléchissent à leur participation. Et à Gaza, Yara ferme les yeux, prie que demain soit différent, et ne sait pas qu’elle est invisible pour ceux qui décideront de son destin.C’est ça, l’absurde ultime. Ce décalage entre deux mondes qui ne se rencontrent jamais. Ce gouffre entre ceux qui décident et ceux qui subissent. Et cette question qui me hante, qui me poursuit, qui ne me laisse pas en paix : combien de fois devons-nous regarder l’indignable avant que ça devienne inacceptable ? Combien de Yara faut-il pour que nous disions enfin : assez ?
Encadré de transparence du chroniqueur
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur. Je suis analyste, observateur des dynamiques géopolitiques et humaines qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements mondiaux, à anticiper les virages que prennent nos dirigeants. Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel. Je prétends à la lucidité, à l’analyse sincère, à la compréhension profonde des enjeux qui nous concernent tous.
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et commentaires interprétatifs. Les informations factuelles présentées dans cet article proviennent de sources officielles et vérifiables, notamment les communiqués du Kremlin, les déclarations de la Maison Blanche, les rapports d’agences de presse internationales reconnues telles que Reuters, Associated Press, News18, ainsi que les données d’organisations internationales.
Les analyses et interprétations présentées représentent une synthèse critique basée sur les informations disponibles. Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser, de leur donner un sens. Toute évolution ultérieure pourrait modifier les perspectives présentées ici.
Sources
Sources primaires
blank »>News18 – Vladimir Putin Invited To Join Donald Trump’s Gaza ‘Board Of Peace’, Says Kremlin (19 janvier 2026)
blank »>Reuters – World leaders show caution on Trump’s broader ‘Board of Peace’ amid fears for UN (18 janvier 2026)
blank »>Associated Press – $1 billion gets a permanent seat on Trump’s Board of Peace for Gaza, as India and others invited (19 janvier 2026)
blank »>Maison Blanche – Statement on President Trump’s Comprehensive Plan to End the Gaza Conflict (18 janvier 2026)
Sources secondaires
blank »>Fox News – Six countries confirm US invitations to Gaza peace board (19 janvier 2026)
blank »>Al Jazeera – Trump’s ‘board of peace’ appears to seek wider mandate beyond Gaza (18 janvier 2026)
blank »>The New York Times – World Leaders Consider Joining Trump’s ‘Board of Peace’ for Gaza (17 janvier 2026)
blank »>CNN – Trump’s ‘Board of Peace’ for Gaza to require $1 billion payment for permanent membership (18 janvier 2026)
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