Vingt ans de négligence danoise, vraiment ?
Sur Truth Social, ce dimanche 18 janvier, Trump a sorti l’artillerie rhétorique. « L’OTAN dit au Danemark depuis 20 ans qu’il doit éloigner la menace russe du Groenland », a-t-il martelé. « Malheureusement, le Danemark n’a rien pu faire. Le moment est venu, et ce sera fait !!! » La menace russe. L’épouvantail parfait. Le prétexte idéal. Sauf que — et c’est là que tout s’effondre — il n’existe aucune preuve publique que l’OTAN ait jamais formulé une telle demande au Danemark. Le sénateur démocrate Mark Warner, vice-président du comité du renseignement du Sénat, a été cinglant sur CBS News ce dimanche : « Il n’y a aucune menace sécuritaire actuelle de la Russie ou de la Chine sur le Groenland. La seule menace sécuritaire pour le Groenland en ce moment, ce sont les États-Unis. »
Pensez-y une seconde. Le président des États-Unis — le leader du « monde libre » — est officiellement décrit par un sénateur américain comme la seule menace pesant sur un territoire allié. On nage en plein délire. Mais Trump continue. Il prétend que le Danemark ne dispose que de « deux traîneaux à chiens » pour protéger le Groenland. Une insulte. Une humiliation publique d’un allié qui a combattu aux côtés des Américains en Afghanistan, en Irak, partout où Washington lui a demandé d’aller saigner.
L’ironie cruelle de l’argument sécuritaire
Voici l’ironie suprême de cette crise. Trump affirme vouloir protéger le Groenland de la Russie et de la Chine. Mais qui profite réellement de cette fracture entre Washington et ses alliés européens ? Kaja Kallas, cheffe de la politique étrangère de l’Union européenne, l’a dit sans détour : « La Chine et la Russie vont bénéficier des divisions entre les États-Unis et l’Europe. » Le sénateur Mark Kelly, ancien pilote de la marine américaine, a été encore plus direct sur X : « Des troupes de pays européens arrivent au Groenland pour défendre le territoire contre nous. Laissez ça rentrer. Les dégâts que ce président fait à notre réputation et à nos relations grandissent, nous rendant moins sûrs. »
Vladimir Poutine doit jubiler dans son bureau du Kremlin. Sans tirer une seule balle, sans dépenser un seul rouble, il voit l’OTAN se déchirer de l’intérieur. Le premier ministre espagnol Pedro Sánchez l’a résumé parfaitement : une invasion américaine du Groenland « ferait de Vladimir Poutine l’homme le plus heureux du monde ».
Il y a quelque chose de profondément obscène dans ce spectacle. Un homme qui se prétend le rempart contre la Russie est en train de faire le travail de Poutine à sa place. Il fracture l’alliance occidentale. Il humilie les démocraties européennes. Il traite des peuples souverains comme des marchandises. Et tout ça pour quoi ? Pour du lithium ? Pour des positions stratégiques ? Ou simplement pour l’ego démesuré d’un homme qui veut laisser sa marque sur la carte du monde ?
Section 3 : Cinq mille voix sous la pluie glaciale
La plus grande manifestation de l’histoire groenlandaise
Le 17 janvier 2026 restera gravé dans l’histoire du Groenland. Sous une pluie verglaçante, par des températures proches de zéro degré, quelque 5 000 personnes ont marché dans les rues de Nuuk. Pour une île de 56 000 habitants, c’est l’équivalent d’un quart de la population de la capitale qui est descendue dans la rue. Du jamais vu. Tom Olsen, policier à Nuuk, n’en revenait pas : « C’est la plus grande manifestation que j’aie jamais vue ici. » Les gens scandaient « Kalaallit Nunaat » — le nom du Groenland en groenlandais — et brandissaient des pancartes : « Yankee go home », « We are not for sale », « Greenland is already great ».
Le premier ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen était là, au milieu de son peuple, agitant le drapeau rouge et blanc de sa nation. Les manifestants portaient des casquettes détournant le slogan de Trump : « Make America Go Away ». Une femme tirait ses enfants sur un traîneau à travers la foule. Des chants traditionnels inuits résonnaient dans l’air glacé. Jan Kohler, l’un des organisateurs, avait un message simple pour Trump : « On ne peut pas échanger des gens. Nous sommes des humains. Nous sommes des êtres humains. »
Des voix qui refusent de se taire
Malik Dollerup-Scheibel a 21 ans. Quand un journaliste de l’Associated Press lui a annoncé, en pleine manifestation, que Trump venait d’annoncer les tarifs punitifs contre huit pays européens, sa réaction a été immédiate : « Je pensais que cette journée ne pouvait pas être pire, mais elle vient de l’être. Ça montre qu’il n’a aucun remords pour aucun être humain maintenant. » Une manifestante dont on ne connaît que le prénom, Patricia, a été tout aussi cinglante : « On a vu ce qu’il fait au Venezuela et en Iran. Il ne respecte rien. Il prend juste ce qu’il pense être à lui. Il abuse de son pouvoir. »
Tillie Martinussen, ancienne députée du parlement groenlandais, a capté l’essence de ce retournement tragique : « Ils ont commencé par se présenter comme nos amis et alliés, en disant qu’ils voulaient rendre le Groenland meilleur pour nous que les Danois. Et maintenant, ils nous menacent ouvertement. » Elle a ajouté que la défense de l’OTAN et de l’autonomie groenlandaise était plus importante que les tarifs. « C’est un combat pour la liberté. C’est pour l’OTAN. C’est pour tout ce que l’hémisphère occidental défend depuis la Seconde Guerre mondiale. »
Fermez les yeux une seconde. Imaginez-vous à Nuuk. La pluie froide qui vous fouette le visage. La neige sous vos pieds. Autour de vous, des milliers de personnes — vos voisins, vos amis, votre famille — qui crient qu’elles ne sont pas à vendre. Et quelque part, à l’autre bout du monde, un homme confortablement installé dans sa résidence de luxe décide que vous êtes une monnaie d’échange. Que votre terre, votre culture, votre identité, tout ça ne vaut que ce qu’il veut bien payer. Comment on continue à croire en l’Amérique après ça ?
Section 4 : L'Europe unie dans la stupeur
Huit nations sous le feu américain
Le choc a été immédiat. Dimanche 18 janvier, les ambassadeurs des 27 pays de l’Union européenne se sont réunis en urgence à Bruxelles. Une réunion de crise. Comme si une catastrophe naturelle venait de frapper le continent. Sauf que cette catastrophe porte un nom : Donald Trump. Le président du Conseil européen, António Costa, a annoncé la convocation d’un sommet extraordinaire des dirigeants européens dans les prochains jours. Les huit pays ciblés — Danemark, Norvège, Suède, France, Allemagne, Royaume-Uni, Pays-Bas et Finlande — ont publié une déclaration commune : « Les menaces tarifaires sapent les relations transatlantiques et risquent une spirale dangereuse vers le bas. »
Le président français Emmanuel Macron, qui avait pourtant cultivé une relation personnelle avec Trump, n’a pas mâché ses mots : « Les menaces tarifaires sont inacceptables et n’ont pas leur place dans ce contexte. » Il aurait même demandé à l’Union européenne d’activer son « instrument anti-coercition » — surnommé le « bazooka commercial » — qui permettrait de bloquer l’accès américain à certains marchés européens ou d’imposer des contrôles à l’exportation. Keir Starmer, le premier ministre britannique, a appelé Trump directement pour lui dire que « l’application de tarifs sur des alliés pour avoir poursuivi la sécurité collective des alliés de l’OTAN est une erreur ».
Le prix astronomique de l’obsession groenlandaise
Les chiffres donnent le vertige. En 2024, les États-Unis ont échangé 236 milliards de dollars de marchandises avec l’Allemagne, 147,7 milliards avec le Royaume-Uni, 122,27 milliards avec les Pays-Bas, 103 milliards avec la France, et des dizaines de milliards supplémentaires avec la Suède, la Norvège et la Finlande. Tout ça menacé. Pour une île de 56 000 habitants. Kemi Badenoch, cheffe du Parti conservateur britannique, a résumé l’absurdité : « Le président Trump a complètement tort d’annoncer des tarifs sur le Royaume-Uni à cause du Groenland. Les gens aux États-Unis et au Royaume-Uni vont faire face à des coûts plus élevés. »
L’Union européenne préparerait déjà sa riposte : des tarifs de représailles sur 93 milliards d’euros de produits américains, selon le Financial Times. Manfred Weber, président du Parlement européen, a été catégorique : « Étant donné les menaces de Donald Trump concernant le Groenland, l’approbation n’est pas possible à ce stade » pour un accord commercial entre l’UE et les États-Unis.
Vous voulez savoir ce qui me sidère le plus ? C’est que tout ça — cette crise monumentale, cette fracture historique de l’alliance atlantique — repose sur un mensonge. Trump prétend que le Danemark ne peut pas protéger le Groenland. Mais le Groenland EST déjà protégé par l’OTAN. Par l’article 5. Par la même garantie de défense collective qui protège les États-Unis. Trump ne veut pas protéger le Groenland de la Russie. Il veut le voler au Danemark. Point final.
Section 5 : Les Américains eux-mêmes disent non
Une opposition écrasante, même chez les républicains
Voici peut-être le détail le plus révélateur de toute cette affaire. Les Américains eux-mêmes ne veulent pas du Groenland. Un sondage CBS News/YouGov publié ce dimanche montre que 86% des Américains s’opposeraient à l’utilisation de la force militaire pour prendre le contrôle du Groenland. 86%. C’est le genre de consensus qu’on ne voit presque jamais en politique américaine. Et attention : ça inclut une majorité écrasante de républicains — même les partisans les plus fervents du mouvement MAGA. Un autre sondage Reuters/Ipsos est encore plus accablant : seulement 4% des Américains pensent que ce serait une bonne idée d’utiliser la force militaire pour s’emparer du Groenland. Quatre pour cent.
Quant à l’idée d’acheter l’île ? 70% des Américains s’opposent à l’utilisation de fonds fédéraux pour tenter d’acquérir le Groenland. Et chez les Groenlandais eux-mêmes ? Un sondage publié en janvier de l’an dernier montrait que 85% s’opposaient à rejoindre les États-Unis. Seulement 6% étaient favorables. Le peuple groenlandais ne veut pas être américain. Le peuple américain ne veut pas du Groenland. Alors pour qui Trump fait-il tout ça ?
La révolte bipartisane au Congrès
Fait rarissime dans l’Amérique polarisée de 2026 : des démocrates et des républicains s’unissent contre les ambitions groenlandaises de leur président. Le sénateur républicain Mitch McConnell, ancien chef de la majorité au Sénat, a été cinglant : « Les menaces et l’intimidation des responsables américains concernant la propriété américaine du Groenland sont aussi inconvenantes que contre-productives. Et l’utilisation de la force pour s’emparer du territoire démocratique souverain d’un de nos alliés les plus loyaux et capables serait un acte particulièrement catastrophique d’automutilation stratégique pour l’Amérique et son influence mondiale. »
La sénatrice républicaine de l’Alaska, Lisa Murkowski, n’a pas été plus tendre : « Ces tarifs sont inutiles, punitifs et une erreur profonde. » Le chef de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, a annoncé que les démocrates introduiraient une législation pour bloquer les tarifs. Une délégation bipartisane de membres du Congrès s’est même rendue à Copenhague ce week-end pour rassurer le Danemark et le Groenland que de nombreux Américains s’opposent aux ambitions de leur président.
Il y a quelque chose de profondément troublant quand un président poursuit une politique que personne — ni ses alliés, ni ses adversaires, ni même son propre peuple — ne soutient. Ça ne ressemble plus à de la politique. Ça ressemble à une obsession. À une fixation. Trump veut le Groenland comme un enfant gâté veut un jouet. Peu importe le prix. Peu importe les conséquences. Peu importe qui souffre. Il le veut, point.
Section 6 : Le précédent vénézuélien qui fait frémir
Après Caracas, Nuuk ?
Ce qui rend cette crise encore plus terrifiante, c’est le contexte. Trump a intensifié ses revendications sur le Groenland quelques jours seulement après l’opération militaire américaine au Venezuela qui a renversé et capturé le président Nicolás Maduro. Une intervention que de nombreux pays ont condamnée comme une violation du droit international. Patricia, la manifestante de Nuuk, l’a dit clairement : « On a vu ce qu’il fait au Venezuela et en Iran. Il ne respecte rien. » L’ombre du Venezuela plane sur le Groenland. Si Washington peut renverser un gouvernement en Amérique du Sud, qu’est-ce qui l’empêcherait de s’emparer d’une île dans l’Arctique ?
Les déclarations de l’administration Trump n’ont rien fait pour apaiser ces craintes. Stephen Miller, chef de cabinet adjoint de la Maison-Blanche, a affirmé que les États-Unis avaient « le droit » de prendre le Groenland. Son épouse, Katie Miller, a publié une carte du Groenland recouverte du drapeau américain avec le mot « SOON » — « Bientôt ». Le 6 janvier 2026, Trump lui-même a déclaré être ouvert à l’utilisation de moyens militaires pour s’emparer du Groenland si nécessaire.
Les forces armées en mouvement
Ce qui était impensable il y a quelques semaines se matérialise sous nos yeux. Des soldats européens débarquent au Groenland pour des exercices conjoints avec les forces danoises. L’Allemagne, la France, la Suède, la Norvège, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Finlande ont tous envoyé du personnel militaire. Trump a qualifié ces déploiements de « situation très dangereuse pour la sécurité, la sûreté et la survie de notre planète ». Des troupes de l’OTAN qui se déploient pour protéger un territoire de l’OTAN… contre un autre membre de l’OTAN. On nage en pleine folie.
Le ministre danois des Affaires étrangères, Lars Løkke Rasmussen, a entamé une tournée en Norvège, au Royaume-Uni et en Suède pour discuter de la situation sécuritaire dans l’Arctique. « Ce que nos pays ont en commun, c’est que nous sommes tous d’accord pour dire que le rôle de l’OTAN dans l’Arctique doit être renforcé », a-t-il déclaré. Sauf que maintenant, ce renforcement semble viser autant Washington que Moscou.
Je n’aurais jamais cru écrire ces mots. Des alliés de l’OTAN qui envoient des troupes pour se protéger des États-Unis. Des exercices militaires européens pour défendre un territoire contre l’Amérique. On est passés de l’autre côté du miroir. La première ministre danoise Mette Frederiksen l’a dit sans ambages : une prise de contrôle américaine du Groenland signifierait la fin de l’OTAN. Et si l’OTAN meurt, qu’est-ce qui restera de l’ordre mondial que l’Amérique a elle-même construit après 1945 ?
Section 7 : Le "Golden Dome" et les vraies raisons
Derrière la rhétorique, les intérêts stratégiques
Pourquoi Trump veut-il vraiment le Groenland ? Il invoque le « Golden Dome », son projet de système de défense antimissile. L’île, située entre l’Amérique du Nord et l’Europe, offrirait une position stratégique idéale pour intercepter des missiles venant de Russie ou de Chine. Mais les États-Unis ont déjà une base spatiale au Groenland — la Pittufik Space Base — dans le cadre d’accords existants avec le Danemark. Ils n’ont pas besoin de posséder l’île pour y maintenir une présence militaire.
La vraie réponse est peut-être plus simple : les ressources naturelles. Le Groenland regorge de lithium, de terres rares, d’uranium et de pétrole. Avec le réchauffement climatique qui fait fondre les glaces, ces ressources deviennent de plus en plus accessibles. Un sondage CBS News montre que juste un peu plus de la moitié des Américains pensent que prendre le Groenland donnerait accès à des ressources naturelles nécessaires. Mais ce même sondage révèle que de larges majorités pensent que cette acquisition ferait quitter l’OTAN aux États-Unis et créerait de l’instabilité dans le monde.
Un calcul qui ne fait pas les comptes
Steven Durlauf, professeur à l’Université de Chicago, est catégorique : « Ces actions représentent vraiment la fin de la crédibilité des engagements américains. Ça va avoir des effets néfastes sur l’économie mondiale. » Le coût réel de cette politique de confrontation, selon les analystes, ce sont les « usines qui ne seront jamais construites » parce que les entreprises ne sont plus certaines de rien. L’incertitude tue l’investissement. Et l’incertitude, c’est exactement ce que Trump génère à chaque nouveau tweet menaçant.
Keir Giles, chercheur associé à Chatham House, un think tank londonien, offre une perspective glaçante : « La confirmation que les États-Unis n’ont pas de vision sécuritaire commune avec l’Europe ne change pas la position de l’Ukraine. Les menaces et promesses que nous entendons des Européens avertissant les États-Unis que cela pourrait signifier la fin de l’OTAN sont inefficaces parce que ce n’est pas quelque chose que le groupe dirigeant américain actuel valorise. » En d’autres termes : Trump n’a rien à faire de l’OTAN. Il s’en fiche.
Et voilà. On y est. L’alliance qui a maintenu la paix en Europe pendant 75 ans ne vaut rien aux yeux du président américain. Moins que rien. Moins qu’une île de 56 000 habitants. Moins que des gisements de lithium. Moins que son ego. Je me demande si les gens réalisent vraiment ce qui est en train de se passer. On assiste en direct à la désintégration de l’ordre mondial occidental. Et le fossoyeur, ce n’est pas Poutine. Ce n’est pas Xi Jinping. C’est le président des États-Unis lui-même.
Section 8 : Copenhague ne cédera pas
Le mur danois face à l’ouragan Trump
La première ministre danoise Mette Frederiksen a été d’une clarté absolue : si les États-Unis prenaient le Groenland par la force, ce serait « la fin de l’OTAN ». Pas une crise. Pas une tension. La fin. Après sa rencontre avec le vice-président JD Vance et le secrétaire d’État Marco Rubio à Washington cette semaine, le ministre des Affaires étrangères Lars Løkke Rasmussen a été sans équivoque : « Il est clair que le président a ce souhait de conquérir le Groenland. » Il a ajouté qu’il y avait toujours « un désaccord fondamental » entre le Danemark, le Groenland et les États-Unis sur le contrôle de l’île.
La rencontre n’a pas résolu les différences profondes, mais a produit un accord pour établir un groupe de travail — dont le but a ensuite été décrit de manière radicalement différente par Copenhague et Washington. Rasmussen a dit que l’annonce des tarifs par Trump l’avait pris par surprise après ce qu’il pensait être des discussions constructives avec Vance et Rubio. La bonne foi danoise s’est heurtée au mur de la mauvaise foi américaine.
L’autodétermination, un droit non négociable
Le Groenland est un territoire autonome du Royaume du Danemark, avec un large degré d’auto-gouvernement et le droit à l’autodétermination. C’est aux Groenlandais — et à eux seuls — de décider de leur avenir. Pipaluk Lynge, députée groenlandaise, l’a rappelé à la foule de Copenhague : « Ce n’est pas seulement le Groenland, c’est tout l’ordre mondial qui est en jeu. » Les dirigeants européens ont été unanimes : seuls le Danemark et le Groenland peuvent décider des questions concernant le territoire.
Même l’ancien vice-président américain Mike Pence, pourtant allié de Trump, a exprimé des inquiétudes sur la stratégie de son ancien patron et sur « l’usage discutable de l’autorité constitutionnelle ». Quand même Mike Pence trouve que Trump va trop loin, c’est que la ligne rouge a été franchie depuis longtemps.
Vous savez ce qui me frappe le plus dans cette crise ? C’est la dignité. La dignité de ces 5 000 Groenlandais sous la pluie glaciale. La dignité de cette petite Alaska de 9 ans avec sa pancarte artisanale. La dignité de ces dirigeants danois qui refusent de plier face aux menaces du plus puissant pays du monde. Face à l’arrogance impériale de Trump, ils opposent quelque chose de simple : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Un principe pour lequel des millions de personnes sont mortes au siècle dernier. Un principe que l’Amérique prétendait défendre.
Section 9 : L'héritage en cendres
Soixante-quinze ans partis en fumée
L’OTAN a été fondée en 1949. Pendant 75 ans, elle a été le pilier de la sécurité occidentale. Le rempart contre l’Union soviétique. La garantie que si un membre était attaqué, tous les autres viendraient à son secours. L’article 5 de la charte de l’OTAN — la clause de défense collective — n’a été invoqué qu’une seule fois dans l’histoire : après les attentats du 11 septembre 2001, pour défendre les États-Unis. Les alliés européens ont envoyé leurs soldats mourir en Afghanistan pour l’Amérique. Et maintenant, cette même Amérique menace de leur imposer des tarifs punitifs parce qu’ils refusent de lui livrer le territoire d’un allié.
Michael Bociurkiw, chercheur au Conseil atlantique, a noté que les dernières menaces de Trump avaient fait passer la situation « de la fronde au bazooka ». La stratégie européenne qui consistait à « amadouer M. Trump » est maintenant remise en question. Ce qui semblait être de la diplomatie prudente ressemble de plus en plus à de la naïveté face à un prédateur.
Le monde de demain se dessine aujourd’hui
Qu’est-ce qui restera de tout ça ? Si les États-Unis persistent, l’Europe devra construire sa propre défense, indépendante de Washington. Si les tarifs entrent en vigueur, les échanges commerciaux transatlantiques ne s’en remettront pas de sitôt. Si le Groenland est arraché au Danemark — par la force ou la coercition économique — quel petit pays pourra encore se sentir en sécurité ? La Norvège ? Les Pays-Bas ? La Belgique ? Qui sera le prochain sur la liste d’un président américain qui pense que tout s’achète et tout se prend ?
Le sénateur démocrate Chris Coons, qui dirige la délégation du Congrès à Copenhague, a eu ces mots : « J’espère que le peuple du Royaume du Danemark n’abandonnera pas sa foi dans le peuple américain. » Mais comment garder la foi quand celui qui est censé vous protéger devient celui qui vous menace ?
Je repense à Alaska, 9 ans, avec sa petite pancarte sous la pluie de Nuuk. Je me demande ce qu’elle pensera de tout ça dans 20 ans. Est-ce qu’elle vivra dans un Groenland américain, arrachée à son identité ? Est-ce qu’elle vivra dans un monde où les grandes puissances peuvent s’emparer des petits pays comme bon leur semble ? Ou est-ce qu’elle se souviendra de ce jour de janvier 2026 où son peuple s’est levé et a dit non ? La réponse à ces questions se joue maintenant. En ce moment même. Et nous en sommes tous témoins.
Conclusion : Le moment de vérité
Une ligne tracée dans la neige
Le 19 janvier 2026, le monde retient son souffle. Donald Trump a lancé un ultimatum : les tarifs de 10% entreront en vigueur le 1er février, grimpant à 25% le 1er juin si le Groenland n’est pas cédé aux États-Unis. Huit nations alliées sont sous le feu. L’Union européenne prépare sa riposte. Le Danemark refuse de plier. Le Groenland refuse d’être vendu. Et quelque part à Nuuk, une petite fille de 9 ans range la pancarte qu’elle a fabriquée de ses propres mains. « Greenland is not for sale. »
L’ancien ordre mondial, celui où l’Amérique était le leader bienveillant de l’Occident, est peut-être mort ce week-end. Tué non pas par un ennemi extérieur, mais par le président américain lui-même. Ce qui le remplacera reste à écrire. Mais une chose est certaine : le monde d’après ne ressemblera pas à celui d’avant. Et ceux qui pensaient que les démocraties étaient à l’abri de l’impérialisme viennent de recevoir un réveil brutal.
Je termine cet article avec un poids sur le cœur. Pas seulement pour le Groenland. Pas seulement pour l’Europe. Mais pour l’idée même que les nations civilisées peuvent coexister sans se dévorer les unes les autres. Trump a montré que même les plus vieilles alliances, même les amitiés les plus profondes, ne valent rien face à l’appétit d’un homme qui veut toujours plus. Quelque part à Nuuk, 5 000 personnes ont prouvé qu’on peut résister. Qu’on peut dire non. Qu’on peut rester debout même quand le géant menace de vous écraser. Ils nous ont montré ce que la dignité signifie vraiment. La question maintenant, c’est : est-ce que le reste du monde aura leur courage ? Est-ce qu’on se souviendra de ce moment comme celui où l’humanité a cédé à la loi du plus fort ? Ou comme celui où elle a commencé à se relever ? La réponse n’appartient qu’à nous. À nous tous.
Encadré de transparence du chroniqueur
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur. Je suis analyste, observateur des dynamiques géopolitiques et commerciales qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à anticiper les virages que prennent nos dirigeants. Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel. Je prétends à la lucidité, à l’analyse sincère, à la compréhension profonde des enjeux qui nous concernent tous.
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et commentaires interprétatifs. Les informations factuelles présentées dans cet article proviennent de sources officielles et vérifiables, notamment les communiqués gouvernementaux, les déclarations officielles des dirigeants politiques, les rapports d’agences de presse internationales reconnues telles que Reuters, Associated Press, Agence France-Presse, ainsi que les données d’organisations internationales et les sondages réalisés par des instituts reconnus comme YouGov, Ipsos et CBS News.
Les analyses et interprétations présentées représentent une synthèse critique basée sur les informations disponibles. Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser, de leur donner un sens. Toute évolution ultérieure pourrait modifier les perspectives présentées ici.
Sources
Sources primaires
blank »>Reuters via Investing.com – Trump says « it will be done » on getting « Russian threat » away from Greenland (18 janvier 2026)
blank »>CBS News – Europeans reeling as Trump threatens tariffs on 8 countries over Greenland dispute (18 janvier 2026)
blank »>NBC News – Trump announces 10% tariff on eight European countries until there is a deal to buy Greenland (18 janvier 2026)
blank »>ABC News – Trump announces tariffs on NATO allies for opposing US control of Greenland (18 janvier 2026)
blank »>CNN – Trump threatens new tariffs on European allies over Greenland until deal reached, as thousands protest (17 janvier 2026)
blank »>Reuters/Ipsos – Americans oppose using military force to take possession of Greenland (14 janvier 2026)
Sources secondaires
blank »>Euronews – Thousands march in Greenland to oppose Trump’s interest in taking over the Arctic island (18 janvier 2026)
blank »>Al Jazeera – Thousands march in Greenland against Trump’s threats to take it over (18 janvier 2026)
blank »>PBS News – Thousands march in Greenland against Trump’s threats to take over the Arctic island (17 janvier 2026)
blank »>The Globe and Mail – Thousands protest U.S. threat to Greenland as Trump slaps new tariff on eight European countries (17 janvier 2026)
blank »>YouGov – Most Americans remain opposed to seizing Greenland with military force (15 janvier 2026)
blank »>CNN Business – Trump has tariffs. Europe has a ‘trade bazooka.’ This Greenland standoff could get ugly, fast (18 janvier 2026)