L’Europe, cette adolescente qui refuse de quitter la maison
Voici la vérité que personne ne veut entendre : l’Europe est une puissance économique majeure qui s’est comportée pendant 75 ans comme un adolescent vivant chez ses parents. Le PIB combiné de l’Union européenne dépasse les 18 000 milliards de dollars. C’est la troisième économie mondiale. L’Europe compte 450 millions d’habitants, plus que les États-Unis. Elle possède une histoire, une culture, une influence diplomatique considérable. Et pourtant, quand il s’agit de sa propre défense, elle a toujours attendu que Washington fasse le travail.
Les chiffres sont accablants. En 2024, les États-Unis ont dépensé 997 milliards de dollars pour leur armée — presque un trillion. L’ensemble des pays européens de l’OTAN? 454 milliards. Moins de la moitié. Et ces 454 milliards sont dispersés entre 30 pays différents, avec 30 armées différentes, 30 systèmes d’approvisionnement différents, 30 cultures militaires qui ne se coordonnent pas toujours. Le résultat? Si les États-Unis retiraient demain leur soutien à l’OTAN, l’alliance perdrait environ 75% de sa capacité opérationnelle effective. C’est vertigineux.
Le sous-investissement chronique
Depuis la fin de la Guerre froide, l’Europe a accumulé un déficit d’investissement militaire estimé à 1,8 trillion d’euros. Vous avez bien lu. 1 800 milliards d’euros de dépenses militaires que les Européens auraient dû faire mais n’ont pas faites, préférant utiliser cet argent pour des programmes sociaux, des infrastructures civiles, ou simplement pour réduire leurs impôts. Pendant ce temps, les Américains maintenaient 100 000 soldats en permanence sur le sol européen, déployaient leurs porte-avions dans l’Atlantique Nord, et garantissaient que le parapluie nucléaire américain protégerait Paris, Berlin et Rome contre toute agression.
Soyons honnêtes une seconde. Si votre voisin payait votre système d’alarme depuis 75 ans, et que soudain il vous dit « tu sais quoi, j’en ai marre, occupe-toi de ta propre sécurité » — est-ce qu’il aurait vraiment tort? Je ne dis pas que les méthodes de Trump sont correctes. Menacer le Groenland, c’est du délire. Mais le fond du message? L’Europe devrait être capable de se défendre elle-même? C’est difficile de lui donner tort sur ce point précis.
Les chiffres qui font mal — l'asymétrie de l'effort
Qui paie vraiment pour l’OTAN?
Décomposons les chiffres, parce qu’ils racontent une histoire que les dirigeants européens préfèrent ignorer. L’objectif de dépenses militaires de l’OTAN est fixé à 2% du PIB depuis 2014. Combien de pays l’atteignaient avant l’invasion de l’Ukraine? Une poignée. Combien l’atteignent maintenant? 18 sur 32. C’est mieux, mais c’est encore insuffisant. Et maintenant, Trump pousse pour un objectif de 5% du PIB. Cinq pour cent. Les États-Unis dépensent actuellement environ 3,5% de leur PIB pour la défense. Demander aux Européens d’atteindre 5%, c’est délirant. Mais demander qu’ils atteignent au moins le niveau américain? Ce serait déjà un début.
Prenons quelques exemples concrets. Le Danemark — le pays qui possède le Groenland que Trump convoite — est passé de 1,4% à 3,2% du PIB en dépenses militaires en seulement trois ans. Copenhague a annoncé un plan de 6,5 milliards de dollars pour la défense arctique. Trop tard pour satisfaire Trump, apparemment. L’Allemagne — longtemps considérée comme le mauvais élève de l’OTAN — vient de voter un budget de défense de 83 milliards d’euros pour 2026, une hausse de 32% par rapport à l’année précédente. Le chancelier Friedrich Merz veut construire « l’armée conventionnelle la plus puissante d’Europe ». Ce sont des mots qu’aucun dirigeant allemand n’avait prononcés depuis 1945.
L’argent ne suffit pas — il faut de la cohésion
Mais voici le problème : même si chaque pays européen dépensait 3% de son PIB pour la défense demain, ça ne suffirait pas. Parce que l’Europe ne dépense pas intelligemment. Chaque pays achète ses propres chars, ses propres avions, ses propres systèmes de missiles. L’Allemagne achète des Leopard, la France des Leclerc, le Royaume-Uni des Challenger. Trois chars différents, trois chaînes de production différentes, trois systèmes de maintenance différents. Quand ces armées doivent combattre ensemble, c’est un cauchemar logistique. Les munitions ne sont pas compatibles. Les systèmes de communication ne se parlent pas toujours. C’est du gaspillage à grande échelle.
Vous voulez savoir ce qui me rend fou? C’est que l’Europe a les moyens d’être une puissance militaire majeure. Elle a l’argent, elle a la technologie, elle a les ingénieurs, elle a la population. Ce qu’elle n’a pas, c’est la volonté politique. Chaque pays préfère protéger son industrie nationale plutôt que de construire quelque chose de commun. Chaque gouvernement préfère faire plaisir à ses électeurs avec des contrats locaux plutôt que de mutualiser les achats pour économiser des milliards. C’est absurde. Et pendant ce temps, la Russie — avec une économie plus petite que celle de l’Italie — fait trembler tout le continent.
L'Ukraine — le signal d'alarme que l'Europe n'a pas vraiment entendu
Quatre ans de guerre et toujours pas de réveil complet
Quand la Russie a envahi l’Ukraine en février 2022, l’Europe a eu peur. Vraiment peur. Pour la première fois depuis 1945, des chars roulaient pour annexer le territoire d’un pays européen. Des missiles tombaient sur des villes à quelques centaines de kilomètres des frontières de l’Union européenne. Berlin a annoncé un fonds spécial de 100 milliards d’euros pour la Bundeswehr. Tout le monde a parlé de « tournant historique ». De « changement d’ère ». Et puis… la routine a repris.
Quatre ans plus tard, l’Ukraine se bat toujours. Les Européens ont fourni de l’aide — c’est vrai. Des armes, de l’argent, un soutien diplomatique. Mais ont-ils fondamentalement changé leur approche de la défense? Pas vraiment. L’industrie militaire européenne peine toujours à produire suffisamment d’obus pour Kyiv. Les stocks d’armes sont toujours dangereusement bas. Les armées européennes seraient toujours incapables de mener une guerre de haute intensité pendant plus de quelques semaines sans le soutien américain. Le signal d’alarme ukrainien n’a pas suffi à réveiller complètement le vieux continent.
Ce que l’Ukraine aurait dû nous apprendre
L’Ukraine nous a montré quelque chose de crucial : la guerre de haute intensité est de retour en Europe. Des milliers de morts par mois. Des villes rasées. Des millions de réfugiés. Une infrastructure énergétique détruite systématiquement. Et l’Europe, malgré son économie 15 fois plus grande que celle de la Russie, a mis des mois à organiser l’envoi de quelques centaines de chars. Elle a débattu pendant des semaines avant de livrer des missiles longue portée. Elle a tergiversé sur les avions de combat. L’Ukraine a dû se battre avec des moyens insuffisants parce que l’Europe n’était pas prête à aider rapidement et massivement.
Ça me rend malade de le dire, mais l’Europe a regardé l’Ukraine saigner pendant quatre ans sans vraiment comprendre le message. Des enfants ukrainiens ont grandi dans des abris anti-bombardements. Des familles ont perdu leurs maisons, leurs pères, leurs fils. Et l’Europe a continué à se demander si c’était vraiment nécessaire d’augmenter les budgets militaires. Pendant ce temps, Poutine ricanait et Trump prenait des notes. Peut-être que les menaces sur le Groenland vont enfin faire ce que le sang ukrainien n’a pas réussi à faire : réveiller ce continent.
Le Groenland — la goutte qui fait déborder le vase
L’absurdité qui crée l’électrochoc
Et puis il y a eu le Groenland. Soyons clairs : l’idée qu’un président américain menace d’annexer le territoire d’un allié de l’OTAN est complètement folle. Trump a imposé des tarifs de 10% sur les produits de huit pays alliés — Danemark, Norvège, Suède, France, Allemagne, Royaume-Uni, Pays-Bas, Finlande — simplement parce qu’ils ont envoyé des troupes pour des exercices au Groenland. Il a écrit au premier ministre norvégien pour se plaindre de ne pas avoir reçu le Prix Nobel de la Paix. Il a déclaré que l’OTAN ne devrait pas s’opposer à une prise de contrôle américaine de l’île. C’est du délire.
Mais ce délire a eu un effet inattendu. Pour la première fois, l’Europe s’est sentie menacée par son propre protecteur. Ce n’est plus seulement la Russie qui pose problème. C’est l’idée que les États-Unis — le pilier de la sécurité occidentale depuis 1945 — pourraient devenir eux-mêmes une source d’instabilité. Que l’Article 5 de l’OTAN, la clause de défense mutuelle, ne vaut rien si le membre le plus puissant de l’alliance peut menacer les autres sans conséquences. Cette prise de conscience a été brutale. Et nécessaire.
L’unité face à l’impensable
Regardez ce qui s’est passé en 48 heures. Emmanuel Macron a qualifié les menaces de « inacceptables ». Keir Starmer a dit que les tarifs sur des alliés étaient « complètement faux ». Ursula von der Leyen a convoqué une réunion d’urgence des ambassadeurs de l’UE. Antonio Costa, le président du Conseil européen, a annoncé un sommet extraordinaire des 27 chefs d’État. Des soldats européens ont débarqué au Groenland pour montrer que l’Europe défend ses membres. Même la Finlande et la Suède, récemment entrées dans l’OTAN, ont participé. L’Europe parle d’une seule voix. Quand est-ce que c’est arrivé pour la dernière fois?
Il y a quelque chose de profondément ironique dans tout ça. L’Europe n’a pas réussi à s’unir face à la Russie qui envahissait l’Ukraine. Elle n’a pas réussi à s’unir face à la crise migratoire. Elle n’a pas réussi à s’unir face à la crise économique. Mais face à Donald Trump qui menace de prendre le Groenland? Soudain, tout le monde est d’accord. Peut-être que l’Europe avait besoin d’un ennemi qui parle anglais et qui porte une cravate rouge pour enfin comprendre qu’elle doit se défendre elle-même.
L'unité européenne — soudain, ils parlent d'une seule voix
Le front commun qu’on n’attendait plus
La réponse européenne aux menaces de Trump a été remarquable par sa rapidité et sa cohésion. Huit pays ont coordonné l’envoi de troupes au Groenland. Des navires de guerre français, britanniques et allemands patrouillent dans l’Arctique. Le Parlement européen a suspendu la ratification de l’accord commercial avec les États-Unis négocié l’année dernière. Manfred Weber, le chef du plus grand groupe parlementaire, a déclaré que l’approbation de l’accord était « impossible dans ces conditions ». L’Europe a sorti les griffes.
Et ce n’est pas que symbolique. L’Union européenne dispose d’un instrument anti-coercition qu’elle peut utiliser pour imposer des sanctions commerciales aux pays qui tentent de la faire chanter. Les discussions sur son activation contre les États-Unis — les États-Unis! — sont en cours. C’est du jamais vu. L’Europe traite son ancien protecteur comme un adversaire potentiel. Pas parce qu’elle le veut, mais parce qu’elle y est forcée. Et dans cette contrainte, il y a peut-être une libération.
La solidarité qui dépasse les clivages
Ce qui est frappant, c’est que cette unité dépasse les clivages habituels. La France de Macron et l’Allemagne de Merz ne sont pas toujours d’accord. Le Royaume-Uni post-Brexit et l’Union européenne ont des relations compliquées. Les pays nordiques ont des intérêts différents des pays méditerranéens. Et pourtant, face à Trump, ils font bloc. Le message de Macron résume tout : « Aucune intimidation ou menace ne nous influencera — ni en Ukraine, ni au Groenland, ni ailleurs dans le monde. » C’est la première fois qu’un président français met sur le même plan la défense de l’Ukraine contre la Russie et la défense du Groenland contre les États-Unis.
Je regarde ces images de soldats européens débarquant au Groenland et je me dis : c’est ça que l’Europe devrait être. Pas un club de discussion où chacun défend ses intérêts nationaux. Pas un forum où on débat pendant des mois avant de prendre la moindre décision. Mais une force capable de réagir, de se coordonner, de montrer ses muscles quand c’est nécessaire. Il a fallu la menace la plus absurde — un président américain qui veut acheter une île de force — pour que l’Europe se souvienne qu’elle peut agir en bloc. Maintenant, la question est : est-ce que ça va durer?
L'Allemagne se réveille — 83 milliards et une ambition
Le géant qui sort de sa torpeur
L’Allemagne est au cœur de ce réveil européen. Pendant des décennies, Berlin a traîné les pieds sur la défense. Le traumatisme de la Seconde Guerre mondiale, une constitution qui limitait les interventions militaires, une opinion publique pacifiste — tout concourait à maintenir la Bundeswehr dans un état de sous-financement chronique. Les blagues sur les soldats allemands qui s’entraînaient avec des manches à balai à la place de fusils n’étaient pas totalement exagérées. C’est fini.
Le chancelier Friedrich Merz a fait sauter le verrou. Il a obtenu une exemption aux règles budgétaires strictes de l’Allemagne pour permettre des dépenses militaires massives. 83 milliards d’euros pour 2026. C’est une hausse de 20 milliards par rapport à l’année précédente. L’objectif? Atteindre 3,5% du PIB d’ici 2029. Et surtout, construire ce que Merz appelle « l’armée conventionnelle la plus puissante d’Europe ». L’Allemagne veut redevenir le pilier militaire du continent. C’est un changement tectonique.
Les mots qu’on n’avait pas entendus depuis 1945
Dans un discours de février 2025, Merz a prononcé des mots que personne ne s’attendait à entendre d’un chancelier allemand : « Il est minuit moins cinq pour l’Europe. » Il a questionné l’avenir de l’OTAN dans sa forme actuelle. Il a suggéré que l’Europe devrait « atteindre son indépendance vis-à-vis des États-Unis » bien plus tôt que prévu. De la part d’un dirigeant allemand, traditionnellement le plus atlantiste des Européens, c’est révolutionnaire. Berlin prépare l’après-OTAN. Ou du moins, l’après-OTAN tel qu’on le connaît.
L’Allemagne qui parle de construire la plus puissante armée conventionnelle d’Europe. Laissez ça s’infuser une seconde. Il y a 80 ans, cette phrase aurait déclenché une panique mondiale. Aujourd’hui? C’est accueilli avec soulagement par ses voisins. Parce que l’alternative — une Europe qui ne peut pas se défendre sans demander la permission à Washington — est devenue insupportable. Le monde a changé. Et l’Allemagne change avec lui. C’est peut-être le signe le plus clair que le réveil européen est réel cette fois.
L'armée européenne — du fantasme à la nécessité
Le projet qui n’était plus à l’ordre du jour
Pendant des années, parler d’une armée européenne faisait sourire. C’était le rêve des fédéralistes, le cauchemar des souverainistes, et une idée que personne ne prenait vraiment au sérieux. Comment coordonner 27 cultures militaires différentes? Comment décider qui commande? Comment financer une telle structure? Les obstacles semblaient insurmontables. Et puis Trump est arrivé. Et soudain, les obstacles semblent moins importants que les risques de ne rien faire.
Le commissaire européen à la défense, Andrius Kubilius, vient de proposer la création d’une force militaire européenne permanente de 100 000 soldats. Il rappelle que Macron et l’ancienne chancelière Angela Merkel parlaient déjà d’une armée européenne il y a dix ans. « Maintenant, dit-il, c’est encore plus clair que nous devons construire l’indépendance de l’Europe. L’incertitude sur l’avenir du partenariat transatlantique exige notre détermination. » Ce n’est plus un fantasme fédéraliste. C’est une nécessité stratégique.
Les premiers pas concrets
Les initiatives se multiplient. Le plan « Re-Arm Europe », lancé en 2025, vise à combler le déficit d’investissement de 1,8 trillion d’euros. Des joint-ventures se forment entre industriels européens — Rheinmetall et Leonardo viennent de s’associer pour produire des chars ensemble. La France propose de créer un Conseil de sécurité européen de 10 à 12 membres pour prendre des décisions de défense au niveau continental. Même le Royaume-Uni, pourtant sorti de l’UE, est invité à participer. L’Europe est en train de construire quelque chose de nouveau.
Est-ce que ça va marcher? Honnêtement, je ne sais pas. L’histoire de l’intégration européenne est pavée de projets ambitieux qui ont échoué ou ont été dilués. Mais cette fois, il y a une urgence que je n’avais jamais ressentie auparavant. Les Européens comprennent — enfin — qu’ils ne peuvent plus compter sur les Américains comme avant. Que le monde a changé. Que la sécurité ne se délègue pas éternellement à quelqu’un d’autre. C’est peut-être le moment où l’Europe grandit. Où elle passe de l’adolescence à l’âge adulte. Ça va faire mal. Mais c’est nécessaire.
Trump a-t-il raison d'être frustré?
Le fond du message derrière la forme brutale
Mettons de côté un instant les menaces sur le Groenland, les tarifs punitifs, le ton de matamore. Concentrons-nous sur le message de fond que Trump martèle depuis 2016. Les Européens ne paient pas assez pour leur propre défense. Ils profitent du parapluie américain sans contribuer à sa juste valeur. Les États-Unis dépensent des fortunes pour maintenir la paix en Europe alors qu’ils ont leurs propres défis ailleurs — en Asie-Pacifique face à la Chine, au Moyen-Orient, dans les Amériques. Ce message, aussi désagréable soit-il, est-il complètement faux?
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les États-Unis maintiennent 100 000 soldats en Europe. Ils ont des bases en Allemagne, en Italie, en Pologne, au Royaume-Uni. Ils déploient des systèmes de défense antimissile. Ils garantissent la dissuasion nucléaire. Tout ça coûte des centaines de milliards de dollars chaque année. Et pendant ce temps, des pays comme l’Allemagne — la quatrième économie mondiale — dépensaient moins de 1,5% de leur PIB pour la défense jusqu’à très récemment. On peut comprendre la frustration.
Le « papa » qu’on appelle quand ça va mal
Il y a une métaphore qui circule à Washington : les États-Unis sont le « papa » que l’Europe appelle chaque fois que les « mauvais garçons » s’en prennent à elle. La Yougoslavie dans les années 1990? Les Européens n’ont pas réussi à arrêter le génocide sur leur propre continent — il a fallu l’intervention américaine. La Libye en 2011? Les Européens ont manqué de munitions après quelques semaines de bombardements. L’Ukraine depuis 2022? L’essentiel de l’aide militaire vient des États-Unis. À chaque crise, l’Europe attend que Washington règle le problème.
Je vais vous dire quelque chose qui ne va pas plaire aux Européens. Trump, malgré toute sa brutalité, pose une question légitime : pourquoi est-ce que les Américains devraient continuer à payer pour la sécurité d’un continent qui a les moyens de se défendre lui-même? Pourquoi est-ce que des contribuables de l’Ohio ou du Texas devraient financer des bases militaires en Allemagne alors que les Allemands préfèrent dépenser leur argent pour des autoroutes et des retraites? La méthode Trump est détestable. Mais la question de fond mérite une réponse. Et la seule réponse acceptable, c’est que l’Europe prenne enfin ses responsabilités.
Ce que l'Europe peut devenir — le potentiel inexploité
La puissance endormie
Voici ce que l’Europe oublie parfois : elle a tout pour être une superpuissance. Une population de 450 millions de personnes éduquées. Un PIB combiné de 18 000 milliards de dollars. Des universités de classe mondiale. Une industrie de pointe. Des champions technologiques dans l’aéronautique, l’énergie, l’automobile. La France et le Royaume-Uni possèdent l’arme nucléaire. L’Allemagne est une puissance industrielle sans équivalent. L’Italie et l’Espagne ont des économies massives. Si l’Europe décidait vraiment de se doter d’une défense à la hauteur de son poids économique, elle pourrait rivaliser avec n’importe qui.
Imaginez une armée européenne financée à 3% du PIB combiné. Ça représenterait environ 540 milliards d’euros par an. Plus que le budget militaire de la Chine. Avec cet argent, l’Europe pourrait se doter de porte-avions supplémentaires, de sous-marins nucléaires, de systèmes de défense antimissile autonomes, d’une capacité de projection de force mondiale. Elle pourrait sécuriser ses propres approvisionnements énergétiques, protéger ses routes commerciales, défendre ses valeurs sans demander la permission à personne. Ce n’est pas de la science-fiction. C’est une question de volonté politique.
Les industries qui sont prêtes
L’industrie européenne de défense est déjà en train de se transformer. Rheinmetall, le géant allemand de l’armement, a vu son action bondir de 23% depuis le début de l’année. BAE Systems, Dassault Aviation, Thales, Leonardo — tous ces industriels européens se préparent à un boom des commandes. Ils augmentent leurs capacités de production. Ils embauchent. Ils investissent dans la recherche et développement. Les commandes de munitions, de véhicules blindés, de systèmes électroniques explosent. L’Europe a l’industrie pour se réarmer. Ce qui lui manquait, c’était la volonté. Trump vient peut-être de la lui donner.
L’Europe a été une puissance mondiale pendant des siècles. Elle a dominé la planète, pour le meilleur et pour le pire. Puis elle s’est auto-détruite dans deux guerres mondiales et a laissé les Américains prendre le relais. Pendant 75 ans, elle a vécu dans l’ombre de Washington, à la fois reconnaissante et dépendante. Peut-être que l’ère Trump marque la fin de cette période. Peut-être que l’Europe est enfin prête à redevenir maîtresse de son destin. Non pas pour dominer le monde comme avant, mais pour le façonner comme une puissance responsable, démocratique, capable de défendre ses valeurs et ses intérêts sans supplier personne.
Conclusion : merci Trump?
Le réveil qui vient d’un endroit inattendu
Je reviens à ma question du début. Trump est-il, malgré lui, la meilleure chose qui soit arrivée à l’Europe? La réponse n’est évidemment pas simple. Ses méthodes sont inacceptables. Menacer un allié pour lui voler son territoire, c’est du gangstérisme international. Traiter les partenaires européens comme des subordonnés qui doivent obéir sous peine de sanctions économiques, c’est détruire des décennies de confiance mutuelle. Si l’OTAN survit à cette crise, ce sera malgré Trump, pas grâce à lui.
Et pourtant. L’Europe est plus unie aujourd’hui qu’elle ne l’a été depuis des années. L’Allemagne réarme à un rythme jamais vu. L’idée d’une défense européenne autonome, longtemps considérée comme utopique, est maintenant discutée sérieusement au plus haut niveau. Des troupes européennes coordonnent leurs actions au Groenland. Les dirigeants parlent d’une seule voix. Quelque chose a changé. Et ce changement, qu’on le veuille ou non, a été déclenché par la brutalité de Trump.
Est-ce que je vais dire « merci Trump »? Non. Parce que ses méthodes sont indignes d’un leader du monde libre. Parce que les dégâts qu’il cause à l’alliance occidentale sont réels et potentiellement durables. Parce que les valeurs qu’il piétine — la souveraineté des nations, le droit international, la parole donnée entre alliés — sont les fondements de l’ordre mondial que nous avons construit depuis 1945. Mais je vais reconnaître ceci : l’Europe avait besoin d’un électrochoc. Elle s’était endormie sur ses lauriers, protégée par un parapluie américain qu’elle tenait pour acquis. Cette époque est terminée. L’Europe doit maintenant grandir, se lever, et prendre en main son propre destin. Si c’est Trump qui a déclenché ce réveil, alors l’Histoire retiendra peut-être que le président américain le plus hostile à l’Europe aura été, paradoxalement, celui qui l’a forcée à devenir enfin adulte. Ce n’était pas son intention. Mais c’est peut-être son héritage.
Encadré de transparence du chroniqueur
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur. Je suis analyste, observateur des dynamiques géopolitiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les rapports de force internationaux, à comprendre les motivations des acteurs, à anticiper les conséquences de leurs décisions. Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel. Je prétends à la lucidité, à l’analyse sincère, à la compréhension profonde des enjeux qui nous concernent tous.
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et commentaires interprétatifs. Les informations factuelles présentées proviennent de sources officielles et vérifiables, notamment les déclarations des dirigeants européens, les rapports de l’OTAN sur les dépenses de défense, les analyses du Council on Foreign Relations, de l’Atlantic Council, et les données économiques de sources reconnues comme Bruegel et la Commission européenne.
Les analyses et interprétations présentées représentent une synthèse critique basée sur les informations disponibles. Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser, de leur donner un sens — y compris un sens provocateur. Toute évolution ultérieure pourrait modifier les perspectives présentées ici.
Sources
Sources primaires
CNN – Analysis: Who can save NATO from Trump as he escalates bid to grab Greenland? (19 janvier 2026)
ABC News – Europe ‘united’ in face of Trump’s Greenland threats, tariffs, EU chief says (19 janvier 2026)
Council on Foreign Relations – Everything but Territory: Europe’s Response to Trump’s Greenland Threats (16 janvier 2026)
Atlantic Council – Trump’s quest for Greenland could be NATO’s darkest hour (13 janvier 2026)
Sources secondaires
Nordic Defence Review – Germany’s Historic Military Expansion: €83 Billion Defence Budget for 2026 (12 août 2025)
Bruegel – Europe’s dependence on US foreign military sales and what to do about it (2025)
NATO – Defence expenditures and NATO’s 5% commitment
Pravda – EU defense chief calls for permanent 100,000-strong ‘European army’ (12 janvier 2026)
German Marshall Fund – The 2026 National Defense Authorization Act: What Europeans Need to Know (2026)
White & Case M&A Explorer – US and European defense dealmaking spikes amid climate of conflict (2026)
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