Pokrovsk : l’abattoir de Poutine
165 affrontements en 24 heures. C’est le chiffre communiqué par l’état-major ukrainien pour la journée du 19 janvier. 165 combats, concentrés principalement sur deux axes : Pokrovsk et Huliaipole. Le secteur de Pokrovsk reste l’épicentre du carnage. Depuis plus de dix-huit mois, les forces russes tentent de s’emparer de cette ville industrielle du Donbass. Elles y ont déployé environ 165 000 hommes, selon les estimations ukrainiennes. Et elles n’ont toujours pas réussi à la prendre. Pokrovsk est devenue le symbole de la résistance ukrainienne et de l’incompétence tactique russe. Les généraux du Kremlin y envoient vague après vague d’infanterie, souvent sans soutien blindé adéquat, contre des positions défensives préparées depuis des mois. Le résultat est prévisible : des pertes catastrophiques pour des gains territoriaux microscopiques. En 2025, la Russie a conquis 4 336 kilomètres carrés de territoire ukrainien. Cela représente 0,72% de la superficie totale du pays. Pour ce résultat, elle a sacrifié environ 400 000 soldats — tués et blessés irrécupérables confondus.
La tactique russe a évolué ces derniers mois, sans pour autant réduire significativement les pertes. Fini les grandes offensives mécanisées qui se terminaient en embuscades meurtrières. Place à l’infiltration par petits groupes, des équipes de deux à trois soldats qui tentent d’établir des têtes de pont avant l’arrivée des renforts. Cette méthode a permis quelques avancées, notamment dans les faubourgs est de Pokrovsk et la ville voisine de Myrnohrad. Mais elle expose les fantassins russes à une mort quasi certaine. Isolés, sans appui feu, souvent abandonnés par leur chaîne de commandement en cas de contre-attaque ukrainienne, ces hommes deviennent des cibles faciles pour les drones de reconnaissance et les tireurs d’élite. Un officier ukrainien interrogé par Al Jazeera décrivait récemment ces assauts comme des « missions suicide déguisées en tactique militaire ». Les soldats russes le savent. Mais refuser d’y participer signifie la cour martiale, voire l’exécution sommaire par les unités de blocage positionnées à l’arrière.
Quand je lis ces rapports quotidiens sur les combats à Pokrovsk, je pense toujours à ces jeunes Russes de 20 ou 25 ans qu’on envoie au massacre. Ils n’ont pas choisi cette guerre. Beaucoup viennent de villages perdus de Sibérie où l’armée représentait le seul moyen d’échapper à la misère. On leur a promis un salaire décent, une prime d’engagement équivalente à vingt mois de revenu moyen, et peut-être la gloire. Ils ont trouvé les tranchées boueuses du Donbass et les essaims de drones ukrainiens. Leur mort ne changera rien à l’issue de cette guerre. Mais elle permet à Poutine de continuer à parler de « victoires » à la télévision d’État.
Kyiv sous les bombes, Kyiv dans le noir
Pendant que le front dévore ses hommes, la Russie poursuit sa guerre contre les civils ukrainiens. L’attaque de la nuit du 19 au 20 janvier a touché la capitale. Un blessé hospitalisé. Des dégâts matériels dans trois arrondissements. 5 635 immeubles d’habitation privés de chauffage. La rive gauche du Dniepr coupée d’eau. C’est devenu la routine mortifère des hivers ukrainiens depuis que Moscou a décidé de cibler systématiquement les infrastructures énergétiques. Les chiffres sont accablants : la capacité de production électrique de l’Ukraine est passée de 33,7 gigawatts avant l’invasion à environ 14 gigawatts aujourd’hui. Une chute de plus de 60%. Dans certains quartiers de Kyiv, les habitants subissent jusqu’à seize heures de coupure par jour. Quand les températures descendent à -20°C, comme c’était le cas la semaine dernière, l’absence de chauffage devient une question de survie.
Ievguenia a 34 ans. Elle est professeure de piano à Kyiv. La semaine dernière, quand les journalistes de l’AFP l’ont rencontrée, elle vivait dans une « cabane » improvisée — un amoncellement de matelas et de couvertures recouvert d’un drap rose, au milieu de son appartement où le thermomètre affichait 12°C. À l’intérieur de ce cocon de fortune, la température montait à 24°C. « Cette idée m’est venue hier à minuit », a-t-elle expliqué. « Je voulais juste une sorte de sentiment, je ne sais pas, de sécurité… » Elle n’avait pas d’électricité depuis douze heures. Et ce n’était pas le pire qu’elle ait connu. Le maire Vitali Klitschko a invité les Kyiviens à quitter temporairement la ville. Le président Zelensky a décrété l’état d’urgence pour le secteur énergétique et ordonné une augmentation des importations d’électricité. Mais les réparations prennent du temps, et chaque nuit apporte son lot de nouvelles frappes. La Russie a lancé 201 drones dans la nuit du 18 au 19 janvier. 167 ont été abattus par la défense aérienne ukrainienne. Les autres ont atteint leurs cibles.
Le piège démographique du Kremlin
Recruter les pauvres pour épargner Moscou
422 704. C’est le nombre de Russes qui ont signé un contrat avec l’armée en 2025, selon Dmitri Medvedev. Une baisse de 6% par rapport à 2024. Ce chiffre, présenté comme un succès par les autorités, masque une réalité bien plus préoccupante pour le Kremlin. Le vivier de volontaires se tarit. Les régions qui fournissaient le gros des recrues commencent à réduire leurs primes d’engagement, faute de moyens. La République de Mari El, l’oblast d’Orenbourg, celui de Saratov — toutes ont diminué leurs bonus ces dernières semaines. Non par choix, mais par nécessité budgétaire. L’économie russe, plombée par les sanctions et les taux d’intérêt élevés de la banque centrale, ne permet plus de maintenir les incitations financières astronomiques qui avaient attiré les premières vagues de contractuels. En mai 2025, la Russie dépensait 2 milliards de roubles par jour — environ 22 millions de dollars — rien qu’en primes d’engagement. Un rythme insoutenable sur le long terme.
La géographie du recrutement russe dessine une carte de l’injustice sociale. Moins de 1% des responsables de l’État russe ont des proches déployés en Ukraine, selon une enquête du média indépendant Proekt. Les grandes villes — Moscou, Saint-Pétersbourg — contribuent de manière disproportionnellement faible à l’effort de guerre. Le fardeau repose sur les républiques ethniques pauvres et les régions rurales reculées. La Touva, la Bouriatie, l’Altaï, le district autonome de Tchoukotka : ces territoires aux confins de l’empire figurent systématiquement en tête des classements de pertes par habitant. « Ces régions ont été touchées de manière disproportionnée par la mobilisation de 2022 », explique Alexandra Vyushkova, chercheuse spécialiste du recrutement russe, dans une interview au Moscow Times. « Et la même chose pourrait se reproduire si une nouvelle mobilisation était annoncée. » Le Kremlin évite pour l’instant ce scénario, traumatisé par les manifestations et l’exode massif d’hommes en âge de combattre qui avaient suivi la « mobilisation partielle » de septembre 2022. Mais les options se réduisent.
Il y a quelque chose de profondément révélateur dans cette géographie des morts russes. Poutine fait tuer les Bouriates, les Touvains, les habitants des villages sibériens pour éviter que les cercueils n’arrivent en masse à Moscou et Saint-Pétersbourg. C’est une stratégie délibérée, calculée, cynique. Les élites russes sont protégées. Leurs enfants ne meurent pas dans les tranchées de Pokrovsk. Cette guerre est menée par les pauvres, pour le compte des riches, au service des délires d’un autocrate vieillissant. Et personne en Russie n’ose le dire à voix haute. Pas encore.
Le seuil critique approche
L’équation mathématique est implacable. La Russie recrute environ 32 000 à 34 000 soldats par mois. Elle en perd entre 30 000 et 35 000 sur le même intervalle, selon les estimations ukrainiennes et occidentales. Le solde est à peine positif, parfois négatif. Et la qualité des recrues se dégrade. Les formations sont raccourcies, parfois réduites à quelques semaines au lieu des mois réglementaires. Les officiers expérimentés, décimés dans les premiers mois du conflit, n’ont pas été remplacés par des cadres de niveau équivalent. L’armée russe de 2026 n’est plus celle de 2022 — elle est numériquement comparable, mais qualitativement inférieure. « Les pertes de soldats expérimentés ont été particulièrement préjudiciables », note un rapport du Congressional Research Service américain. « Beaucoup des victimes étaient parmi les troupes d’élite et professionnelles de la Russie, ainsi que son corps d’officiers subalternes. »
Face à ces difficultés, le Kremlin explore des solutions de plus en plus coercitives. Une nouvelle loi sur la mobilisation des réservistes a été adoptée en décembre 2025. Des entreprises pourraient être contraintes de fournir des quotas de « volontaires », mettant leurs employés masculins sous pression pour s’engager. Les méthodes de recrutement semi-forcé, déjà documentées dans certaines régions, risquent de se généraliser. « Les autorités n’ont plus l’argent nécessaire pour attirer les hommes dans l’armée », résume Vyushkova. « Cela signifie que les tactiques de recrutement basées sur la coercition et la tromperie seront utilisées plus fréquemment. » L’Institute for the Study of War a observé en novembre 2025 que des unités de réserve dans l’oblast de Belgorod, normalement affectées à la protection des infrastructures arrière, avaient commencé à recevoir de l’équipement lourd offensif — obusiers, armes thermobariques, véhicules tout-terrain. Un signe que Moscou se prépare à déployer ses réserves actives au combat.
La guerre des drones change la donne
L’Ukraine frappe là où ça fait mal
La stratégie ukrainienne a évolué. Faute de pouvoir rivaliser en masse avec l’armée russe, Kyiv mise sur la technologie et la précision. Les drones sont devenus l’arme privilégiée de cette guerre asymétrique. Pas seulement pour défendre le territoire ukrainien, mais pour porter le conflit au cœur de la Russie. Les attaques contre les raffineries, les dépôts de carburant, les infrastructures énergétiques russes se multiplient. Le 18 janvier, des frappes ukrainiennes ont privé d’électricité 213 000 abonnés dans la région de Zaporijjia occupée, ainsi que 14 villes et 450 villages dans la région de Kherson sous contrôle russe. L’Ukraine rend coup pour coup. Si Moscou cible le réseau énergétique ukrainien, Kyiv fait de même sur les territoires occupés et en Russie même. La ville de Rostov-sur-le-Don, plaque tournante logistique de l’effort de guerre russe, est régulièrement touchée. Deux personnes y ont été tuées le 15 janvier dans une attaque de drones.
Le président Zelensky a fait de la production de drones une priorité nationale. L’objectif de mille drones d’interception par jour a été atteint fin 2025. La nomination de Mykhailo Fedorov, expert en numérisation et artisan de la montée en puissance des capacités ukrainiennes en drones, au poste de ministre de la Défense illustre cette orientation stratégique. « L’augmentation de ces chiffres [de pertes russes] est le résultat des bonnes décisions », a déclaré Zelensky en référence aux investissements dans les systèmes sans pilote. L’Ukraine développe également des drones de plus en plus sophistiqués, capables de frapper à des centaines de kilomètres de profondeur en territoire russe. Les attaques contre des bases aériennes, des usines d’armement et des centres de commandement sont devenues courantes. La Russie, qui disposait d’une supériorité aérienne écrasante au début du conflit, se retrouve désormais sur la défensive dans le domaine des drones. Elle tente de rattraper son retard, avec des unités spécialisées qui devraient atteindre 165 000 personnels d’ici fin 2026. Mais l’avance qualitative ukrainienne reste significative.
Il y a une ironie cruelle dans cette guerre des drones. La Russie, qui se targuait de sa puissance militaire conventionnelle, de ses chars et de ses avions, se fait humilier par des engins qui coûtent quelques centaines de dollars et sont pilotés par des gamers reconvertis en opérateurs militaires. L’Ukraine a compris avant tout le monde que la guerre du XXIe siècle ne se gagnerait pas avec les armes du XXe. Et pendant que le Kremlin envoie des T-62 des années 1960 se faire pulvériser par des FPV, Kyiv innove, adapte, improvise. C’est peut-être ça, au fond, la vraie différence entre les deux camps. Pas les effectifs, pas les ressources. L’intelligence.
Le ciel ukrainien reste contesté
Malgré les succès de la défense aérienne ukrainienne, la menace russe demeure massive. Dans la nuit du 18 au 19 janvier, 201 drones Shahed et assimilés ont été lancés contre l’Ukraine. 167 ont été interceptés — un taux de réussite de 83%. Mais les 34 restants ont suffi à causer des dégâts significatifs. Et chaque nuit, le même ballet mortel recommence. La Russie dispose de stocks considérables de ces drones iraniens, produits désormais sous licence sur son territoire. Elle les utilise en essaims, saturant les défenses ukrainiennes, obligeant Kyiv à consommer des missiles intercepteurs qui coûtent bien plus cher que les engins qu’ils détruisent. C’est une guerre d’usure économique autant que militaire. L’Ukraine dépend de l’aide occidentale pour maintenir ses capacités de défense aérienne. Les systèmes Patriot américains, les IRIS-T allemands, les NASAMS norvégiens sont essentiels à la protection des villes et des infrastructures critiques. Mais leur approvisionnement reste insuffisant face à l’ampleur de la menace.
Les missiles balistiques et de croisière complètent l’arsenal russe. Plus rapides, plus difficiles à intercepter, ils sont réservés aux cibles de haute valeur. Le bilan cumulé depuis février 2022 fait état de 4 163 missiles de croisière tirés par la Russie contre l’Ukraine. Un chiffre qui illustre l’ampleur de la campagne de bombardement. Les civils ukrainiens vivent sous cette menace permanente. Les alertes aériennes rythment leur quotidien. Les abris anti-bombes sont devenus des lieux de vie nocturne. Et malgré tout, la société ukrainienne tient. Elle s’adapte, se réorganise, survit. C’est peut-être la leçon la plus importante de cette guerre : on peut bombarder un pays pendant des années sans briser sa volonté de résistance. Si le moral ukrainien reste intact malgré les épreuves, c’est parce que l’alternative — la capitulation devant l’agresseur — est tout simplement impensable pour l’immense majorité de la population.
L'économie de guerre russe sous tension
Le coût astronomique du conflit
La guerre coûte cher. Très cher. Les estimations varient, mais toutes convergent vers des chiffres astronomiques. La Russie consacre désormais environ 40% de son budget fédéral aux dépenses militaires et sécuritaires. Un niveau jamais atteint depuis l’époque soviétique. L’économie russe croît officiellement, mais cette croissance est en grande partie artificielle, dopée par les commandes d’armement et les subventions aux industries de défense. L’inflation reste élevée malgré des taux d’intérêt prohibitifs — la banque centrale russe maintient son taux directeur à des niveaux qui étouffent l’investissement privé. Les entreprises non liées au secteur militaire souffrent. Les profits chutent, les faillites augmentent. Et les sanctions occidentales, même contournées partiellement, continuent de limiter l’accès de la Russie aux technologies critiques et aux marchés financiers internationaux.
Le recrutement militaire représente à lui seul une ponction massive sur les finances publiques. À 22 millions de dollars par jour rien qu’en primes d’engagement, le coût annuel approche les 8 milliards de dollars. Plus que le budget fédéral de santé publique. Près de la moitié du budget de l’enseignement supérieur. Et ces dépenses ne font qu’augmenter à mesure que le vivier de volontaires se raréfie et que les régions doivent offrir des incitations toujours plus élevées. La région de Samara a proposé jusqu’à 4 millions de roubles (environ 40 000 dollars) de prime d’engagement en février 2025. Un record qui n’a pourtant pas suffi à atteindre les quotas de recrutement. Les budgets régionaux, déjà fragilisés par la baisse des recettes fiscales liée au ralentissement économique, sont mis à rude épreuve. Certaines régions ont choisi de réduire leurs primes plutôt que de creuser davantage leurs déficits. Un arbitrage qui pourrait se traduire par des difficultés de recrutement accrues dans les mois à venir.
On parle souvent de la « résilience » de l’économie russe. De sa capacité à absorber les sanctions, à maintenir sa production militaire, à financer sa guerre. Mais à quel prix ? Les hôpitaux russes manquent de tout. Les écoles se délabrent. Les infrastructures civiles ne sont plus entretenues. Tout l’argent part dans les chars, les drones, les primes de recrutement et les pensions de veuves de guerre. La Russie ne s’effondre pas — pas encore. Mais elle se vide de sa substance, lentement, méthodiquement, pour alimenter une guerre dont personne ne peut prédire la fin.
Les sanctions commencent à mordre
L’effet des sanctions occidentales sur l’économie russe fait l’objet de débats sans fin. Certains analystes pointent la croissance du PIB russe comme preuve de leur inefficacité. D’autres soulignent les distorsions structurelles qu’elles provoquent. La vérité est probablement entre les deux. Les sanctions n’ont pas mis la Russie à genoux, mais elles l’ont considérablement affaiblie. L’accès aux semi-conducteurs avancés reste limité malgré les contournements via des pays tiers. La production de missiles et d’équipements de haute technologie est ralentie. L’aviation civile russe cannibalise ses appareils faute de pièces détachées. Et le secteur énergétique, pilier de l’économie russe, doit composer avec des prix plafonnés et des marchés fermés. La récente saisie par les États-Unis du pétrolier Bella 1, appartenant à un homme d’affaires de Crimée occupée, illustre le durcissement occidental contre la « flotte fantôme » russe qui tente de contourner les sanctions sur le pétrole.
L’inflation reste le talon d’Achille de l’économie de guerre russe. Malgré des taux d’intérêt élevés, les prix continuent d’augmenter, érodant le pouvoir d’achat des Russes ordinaires. Les salaires dans le secteur civil stagnent tandis que l’armée aspire la main-d’œuvre disponible avec des rémunérations bien supérieures au marché. Le marché du travail est tendu à l’extrême, avec un taux de chômage historiquement bas qui reflète moins une économie florissante qu’une pénurie de bras. Les entreprises peinent à recruter, doivent augmenter les salaires, et répercutent ces coûts sur leurs prix. C’est un cercle vicieux inflationniste que la banque centrale peine à briser. À terme, cette situation est insoutenable. Mais « à terme » peut signifier des années dans une économie de guerre où les priorités normales sont suspendues. Le Kremlin parie sur sa capacité à tenir plus longtemps que ses adversaires. C’est un pari. Pas une certitude.
Et maintenant ?
Les négociations à l’horizon
Le contexte politique international évolue rapidement. L’administration Trump, revenue au pouvoir en janvier 2025, affiche sa volonté de mettre fin au conflit. Le président ukrainien Zelensky a exprimé l’espoir de conclure des accords avec Washington « la semaine prochaine », lors d’une déclaration du 17 janvier. Des négociateurs ukrainiens doivent rencontrer leurs homologues américains à Miami. Mais les conditions d’un éventuel cessez-le-feu restent floues. Quelles concessions territoriales l’Ukraine serait-elle prête à accepter ? Quelles garanties de sécurité obtiendrait-elle en échange ? Et surtout, la Russie est-elle prête à négocier sérieusement, ou ne cherche-t-elle qu’une pause pour reconstituer ses forces ? Ces questions restent sans réponse. Le Kremlin continue d’afficher des objectifs maximalistes — la « dénazification » et la « démilitarisation » de l’Ukraine, ce qui en langage poutinien signifie la soumission totale du pays.
Sur le terrain, rien n’indique un ralentissement des opérations. Les 165 affrontements quotidiens se poursuivent. Les frappes sur les infrastructures continuent. Les pertes s’accumulent des deux côtés. L’Ukraine maintient son incursion dans la région russe de Koursk, où elle contrôle encore quelques kilomètres carrés de territoire — un symbole plus qu’un avantage militaire significatif. La Russie poursuit ses avancées graduelles dans le Donbass, au prix de pertes effroyables. Ni l’un ni l’autre des belligérants ne semble en mesure de porter un coup décisif. C’est une guerre d’usure dans sa forme la plus pure, la plus brutale, la plus meurtrière. Et elle pourrait durer encore des années si aucune solution diplomatique n’émerge. L’Europe, l’OTAN, les États-Unis — tous appellent à la négociation tout en continuant de soutenir l’effort de guerre ukrainien. La quadrature du cercle.
Je ne sais pas comment cette guerre finira. Personne ne le sait. Mais je sais une chose : chaque jour qui passe sans cessez-le-feu, ce sont 1 000 hommes de plus qui meurent ou sont mutilés. Russes pour la plupart, mais aussi Ukrainiens, civils des deux côtés. Des vies brisées, des familles détruites, des générations traumatisées. On peut analyser les chiffres, décortiquer les stratégies, commenter les déclarations politiques. Mais au fond, cette guerre est d’abord une tragédie humaine d’une ampleur que nous peinons encore à mesurer. Et ceux qui en portent la responsabilité — Poutine en premier lieu — ne paieront probablement jamais pour leurs crimes. C’est peut-être ça, le plus révoltant.
L’Ukraine tiendra-t-elle ?
La question revient sans cesse dans les chancelleries occidentales, dans les think tanks, dans les médias. L’Ukraine peut-elle continuer à résister face à un adversaire numériquement supérieur, aux ressources apparemment infinies ? La réponse, pour l’instant, est oui. Mais ce « oui » est conditionnel. Il dépend du soutien occidental, qui ne faiblit pas mais ne s’accélère pas non plus au rythme souhaité par Kyiv. Il dépend du moral de la population ukrainienne, qui reste remarquablement élevé mais n’est pas inépuisable. Il dépend de la capacité du pays à mobiliser suffisamment de troupes pour tenir un front de plus de 1 000 kilomètres. L’Ukraine a ses propres problèmes de recrutement, avec des chiffres qui auraient chuté de moitié en 2025 selon des sources russes — des affirmations impossibles à vérifier indépendamment mais qui correspondent à des signaux observés sur le terrain.
Ce qui est certain, c’est que l’Ukraine a survécu à presque quatre ans de guerre totale contre une puissance nucléaire. Elle a repoussé l’assaut initial sur Kyiv, reconquis la région de Kharkiv, libéré Kherson, tenu bon à Bakhmout et maintenant à Pokrovsk. Elle a coulé le croiseur Moskva, flagship de la flotte russe de la mer Noire, avec des missiles de fabrication nationale. Elle a développé une industrie de drones qui fait l’admiration des experts militaires du monde entier. Et elle continue de se battre, jour après jour, malgré les bombardements, les coupures d’électricité, les morts et les destructions. Sous-estimer la résilience ukrainienne a été l’erreur fondamentale de Poutine en février 2022. Quatre ans plus tard, cette erreur continue de lui coûter cher. 1 130 soldats de plus hier. Combien demain ? Le compteur macabre ne s’arrête pas.
Conclusion : Le prix de l'hubris
Une guerre sans vainqueur
1 225 590 pertes russes cumulées. Plus d’un million d’hommes. Ce chiffre, aussi colossal soit-il, ne représente qu’une partie du bilan humain de cette guerre. Il faut y ajouter les pertes ukrainiennes, militaires et civiles. Les millions de réfugiés. Les villes détruites. Les infrastructures pulvérisées. Les traumatismes psychologiques qui hanteront des générations. Et pour quoi ? Pour quelques milliers de kilomètres carrés de territoire ravagé, que la Russie peine à administrer et à reconstruire. Pour l’illusion d’une « grande Russie » restaurée dans sa gloire impériale, alors que le pays se vide de sa jeunesse et hypothèque son avenir. Cette guerre est une tragédie pour l’Ukraine, qui n’a rien demandé et se défend héroïquement. Mais c’est aussi une catastrophe auto-infligée pour la Russie, qui saigne à blanc pour satisfaire les obsessions d’un homme.
Poutine pensait prendre Kyiv en trois jours. Il pensait que l’Ukraine s’effondrerait, que l’Occident se diviserait, que les sanctions seraient levées en quelques mois. Il s’est trompé sur tout. Et plutôt que de reconnaître son erreur, il a doublé la mise, puis triplé, puis décuplé. Chaque échec a été suivi d’une escalade. Chaque revers a justifié de nouveaux sacrifices. La machine de guerre russe s’est emballée, dévorant ses propres soldats, son économie, son avenir, pour éviter d’admettre l’inadmissible : cette « opération militaire spéciale » était une erreur stratégique monumentale. L’hubris d’un homme a condamné des centaines de milliers d’autres à mourir dans la boue ukrainienne. Et la facture continue de s’alourdir, jour après jour, 1 130 vies à la fois.
Je termine cet article comme je l’ai commencé : avec un chiffre. 1 225 590. Dans quelques heures, il aura changé. Demain, il sera encore plus élevé. Et après-demain. Et la semaine prochaine. Jusqu’à quand ? Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que derrière chaque unité de ce compteur, il y a un être humain qui ne rentrera jamais chez lui. Un homme dont la mère attend des nouvelles qui ne viendront pas. Un père dont les enfants grandiront sans lui. Un fils, un frère, un ami. La guerre déshumanise. Elle transforme les individus en statistiques, les tragédies en données. Mais nous, les chroniqueurs, nous avons le devoir de ne jamais l’oublier. Derrière les chiffres, il y a des vies. Et chacune de ces vies comptait.
Le devoir de témoigner
Cette guerre continuera. Avec ou sans négociations, avec ou sans cessez-le-feu, les conséquences de ce conflit se feront sentir pendant des décennies. L’Ukraine devra reconstruire, panser ses plaies, réintégrer ses millions de réfugiés. La Russie devra faire face à un déclin démographique accéléré, à une économie déformée par la militarisation, à une génération de jeunes hommes décimée. L’Europe devra repenser sa sécurité, son rapport à la guerre, sa dépendance énergétique. Le monde devra tirer les leçons de ce qu’il a laissé se produire — car nous avons tous laissé se produire cette guerre, d’une manière ou d’une autre, par aveuglement, par lâcheté, par calcul. Les historiens jugeront. En attendant, nous avons le devoir de documenter, de témoigner, de ne pas détourner le regard.
1 130 soldats russes hier. Des chars détruits, des drones abattus, des positions conquises ou perdues. La guerre continue sa danse macabre sur les plaines du Donbass et dans le ciel de Kyiv. Et quelque part, dans un village de Bouriatie ou de Touva, une mère reçoit un cercueil scellé contenant ce qui reste de son fils. Elle ne saura jamais exactement comment il est mort, ni pourquoi. On lui dira qu’il est tombé en « héros », pour la « patrie ». Elle portera son deuil en silence, parce qu’en Russie, pleurer publiquement les morts de cette guerre est devenu suspect. Et demain, un autre fils partira, attiré par la prime d’engagement qui représente vingt ans de salaire dans son village. Le cycle continue. Jusqu’à quand ? Jusqu’à ce que quelqu’un trouve le courage de l’arrêter.
Sources
Sources primaires
État-major général des Forces armées ukrainiennes – Communiqué officiel sur les pertes russes – 20 janvier 2026
Ukrinform – Russian war casualty toll in Ukraine up by 1,130 over past day – 20 janvier 2026
Président Volodymyr Zelensky – Déclarations sur les pertes russes – Décembre 2025 – Janvier 2026
Commandant en chef Oleksandr Syrskyi – Analyse des pertes russes via Telegram – Janvier 2026
Sources secondaires
Al Jazeera – Russian war deaths are rising to unsustainable levels, says Ukraine – 8 janvier 2026
The Moscow Times – Russia’s New Military Recruits Dipped in 2025, Figures Show – 16 janvier 2026
Russia Matters (Harvard) – The Russia-Ukraine War Report Card – Janvier 2026
Congressional Research Service – Russian Military Performance and Outlook – Mai 2025
Kyiv Post – Remote Russian Regions Pay the Price as Kremlin Hunts for Soldiers – Janvier 2026
AFP / 20 Minutes – Kiev: Les habitants luttent pour survivre sans chauffage – 15 janvier 2026
Euronews – How Kyiv copes with winter power outages – 16 janvier 2026
UNITED24 Media – Russia’s 2025: Three False Claims, 0.72% of Ukraine Seized, Over 400,000 Troops Lost – Janvier 2026
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