Les hommes : une hémorragie qui dépasse le recrutement
Les chiffres ukrainiens sont-ils fiables ? La question revient sans cesse. Les estimations occidentales, plus conservatrices, convergent néanmoins vers une réalité tout aussi terrifiante. L’ancien directeur de la CIA, William Burns, évoquait en janvier 2026 environ 1,1 million de pertes russes — tués et blessés confondus. Le ministère britannique de la Défense parlait en décembre 2025 de 1,168 million de victimes. Le projet Mediazona, en collaboration avec BBC Russie, a confirmé nominativement la mort de 163 606 soldats russes au 16 janvier 2026. Ce chiffre ne représente que les décès documentés par des sources ouvertes : obituaires, registres funéraires, publications sur les réseaux sociaux, photographies de tombes récentes dans les cimetières. La réalité est certainement bien pire, car dans cette guerre, les corps disparaissent, les familles ne sont pas prévenues, les cercueils arrivent scellés — quand ils arrivent.
L’équation devient mathématiquement impossible pour le Kremlin. En 2025, le renseignement militaire ukrainien estime que la Russie a atteint son quota de 403 000 recrues, soit environ 33 500 par mois. Mais les pertes de décembre 2025 — le mois le plus meurtrier de l’histoire du conflit selon le commandant en chef ukrainien Oleksandr Syrskyi — ont dépassé ce rythme de recrutement. L’armée russe se vide plus vite qu’elle ne se remplit. Face à cette hémorragie, Moscou se trouve devant un choix impossible : décréter une mobilisation générale — politiquement explosive — ou accepter de voir son armée fondre comme neige au soleil. Les primes d’engagement ont atteint des niveaux records, jusqu’à 200 000 roubles dans certaines régions. Mais ces incitations attirent surtout des hommes plus âgés, sans formation militaire, motivés par l’argent plus que par le patriotisme. La qualité des troupes s’en ressent dramatiquement.
Il y a quelque chose d’obscène dans ces calculs. Combien coûte un mort ? L’indemnisation pour un soldat russe tué est d’environ 15 millions de roubles, soit environ 150 000 euros au taux actuel. C’est le prix d’un appartement, d’une voiture de luxe, de quelques années de salaire. C’est le prix que Poutine met sur la vie de ses propres soldats. Et encore, ce prix n’est payé que si la famille peut prouver le décès, si le corps est retrouvé, si l’administration militaire daigne traiter le dossier. Pour décembre 2025 seul, Moscou aurait dû débourser environ 500 milliards de roubles en indemnisations. Plus 300 milliards pour les nouvelles recrues. Les sanctions occidentales étranglent l’économie russe, et ces dépenses deviennent chaque jour plus difficiles à supporter. Dans certaines régions, les paiements de contrat ont déjà été réduits. L’argent manque pour payer les morts.
Le matériel : l’épuisement des stocks soviétiques
Les pertes matérielles racontent une autre histoire, celle de l’épuisement progressif de l’arsenal russe. Les 11 579 chars détruits représentent une hémorragie que l’industrie russe peine à compenser. Les analystes de Covert Cabal, qui surveillent les stocks de blindés russes par imagerie satellite, estiment que d’ici mi-2026, les réserves de chars T-80 pourraient être presque totalement épuisées. La Russie puise dans des stocks de matériel soviétique vieux de plusieurs décennies, sortant des hangars des chars T-62 conçus dans les années 1960. Sur le champ de bataille ukrainien, l’équipement militaire russe est de plus en plus obsolète. Les 23 928 véhicules blindés perdus — véhicules de transport de troupes, véhicules de combat d’infanterie — sont remplacés par des engins parfois dépourvus de blindage réactif, transformant chaque assaut en mission suicide pour leurs équipages.
L’artillerie russe, autrefois considérée comme l’arme décisive de cette guerre, a perdu 36 393 systèmes. Les lance-roquettes multiples, les obusiers automoteurs, les mortiers — tous ces tubes qui crachaient le feu sur les positions ukrainiennes — sont détruits à un rythme que la production ne peut suivre. Les 1 618 systèmes MLRS perdus comprennent des BM-21 Grad, des BM-27 Uragan, des BM-30 Smerch — l’épine dorsale de la puissance de feu russe. Quant à la défense aérienne, 1 279 systèmes ont été détruits, laissant des pans entiers du front russe vulnérables aux frappes ukrainiennes. Les 4 163 missiles de croisière interceptés ou détruits témoignent de l’efficacité croissante de la défense aérienne ukrainienne, renforcée par les livraisons occidentales de systèmes Patriot et NASAMS. La Russie tire ses missiles, et l’Ukraine les abat.
La guerre des drones : révolution sur le champ de bataille
111 140 drones russes abattus
Le chiffre le plus spectaculaire du bilan est peut-être celui des drones. 111 140 drones de niveau opérationnel-tactique russes ont été abattus depuis le début de l’invasion. Rien que le 19 janvier, 925 drones supplémentaires ont été neutralisés par les Forces de défense ukrainiennes. En 2025, la Russie a lancé 54 592 drones longue portée et 1 958 missiles lors de frappes nocturnes contre l’Ukraine, soit 56 550 munitions selon une analyse des données ukrainiennes réalisée par l’AFP. Depuis le début de l’année 2026, Moscou a envoyé plus de 2 000 drones et des dizaines de missiles contre les villes ukrainiennes. Les infrastructures énergétiques sont particulièrement visées, laissant des centaines de milliers d’Ukrainiens sans chauffage par des températures glaciales descendant jusqu’à moins dix degrés.
Mais l’Ukraine ne se contente pas de subir. Elle frappe. Et fort. Les Forces des systèmes sans pilote, cette branche militaire entièrement dédiée à la guerre des drones, ont transformé l’équation du champ de bataille. En décembre 2025, les frappes de drones ukrainiens ont touché 35 000 soldats russes — tués, blessés graves ou irrécupérables. Robert Brovdi, le commandant de ces forces, annonce des objectifs ambitieux pour 2026 : atteindre 50 000 à 60 000 soldats russes frappés par mois. Sur une année, cela représenterait près de la moitié de l’armée russe déployée en Ukraine. Les drones FPV, ces petits engins télécommandés équipés de charges explosives qui coûtent quelques centaines d’euros, peuvent détruire un char d’une valeur de plusieurs millions. Un opérateur portant un casque de réalité virtuelle guide son engin jusqu’à sa cible avec une précision chirurgicale. Environ 80 % des pertes russes seraient désormais causées par des drones.
L’industrie ukrainienne des drones : une révolution
L’Ukraine a transformé la nécessité en innovation. La production de drones a explosé : plus de 4 millions d’unités prévues en 2026, dont 2 millions de drones FPV. La production mensuelle atteint désormais 200 000 unités, contre 20 000 en 2024 — une multiplication par dix en deux ans. Des dizaines d’entreprises ukrainiennes fabriquent ces engins dans des ateliers décentralisés, répartis sur tout le territoire pour limiter l’impact des frappes russes. L’industrie ukrainienne des drones emploie 10 000 personnes et a généré 13,8 milliards de hryvnias de profits nets en 2024, soit environ 320 millions d’euros. L’Ukraine exporte même ses drones, générant 100 milliards de hryvnias de revenus. Cette manne financière renforce l’économie de guerre et démontre que l’innovation peut naître du chaos.
Les modifications locales — ajout de caméras thermiques, de charges explosives adaptées, de systèmes de navigation améliorés — se partagent via les réseaux sociaux, accélérant l’innovation à un rythme que les armées traditionnelles peinent à suivre. Les drones à fibre optique, insensibles au brouillage électronique, représentent la nouvelle frontière technologique. Mykhailo Fedorov, le ministre de la Transformation numérique pressenti pour prendre la tête du ministère de la Défense, supervise cette révolution industrielle. L’objectif pour 2026 est ambitieux : 3 millions de drones FPV produits et déployés. La Russie tente de s’adapter — elle a créé sa propre force de drones comptant 80 000 soldats, avec l’objectif d’atteindre 210 000 d’ici 2030. Mais dans cette course technologique, l’Ukraine garde une longueur d’avance. L’agilité des startups de défense ukrainiennes surpasse la lourdeur bureaucratique de l’appareil militaro-industriel russe.
Il y a quelque chose de fascinant et de terrifiant dans cette révolution technologique. D’un côté, des engins qui coûtent le prix d’un téléphone portable et qui peuvent détruire un char de plusieurs millions d’euros. De l’autre, des hommes envoyés en vagues humaines, comme au siècle dernier, se faire faucher par ces machines volantes. La guerre du XXIe siècle ressemble étrangement à un jeu vidéo — sauf que les morts sont bien réels. J’ai vu des images d’opérateurs de drones, concentrés devant leurs écrans, guidant leurs engins vers des cibles que l’on voit exploser quelques secondes plus tard. Ils sont jeunes, souvent. Ils font leur travail avec un professionnalisme glaçant. Et je me demande : que ressent-on quand on appuie sur le bouton qui va tuer quelqu’un à des kilomètres de distance ? La réponse, je ne la connais pas. Peut-être vaut-il mieux que je ne la connaisse pas.
Les autres fronts : une pression maintenue
L’aviation et la marine : des pertes irremplaçables
Les 434 avions et 347 hélicoptères russes détruits représentent des pertes presque irremplaçables. La production aéronautique russe, même en temps de guerre, ne peut compenser une telle hémorragie. Les Su-34, ces bombardiers tactiques qui larguent des bombes planantes KAB sur les villes ukrainiennes, sont des cibles prioritaires pour la défense aérienne de Kiev. La Russie a tenté de vendre son chasseur Su-57 de cinquième génération comme une réussite grâce à ses « succès au combat » en Ukraine — mais les pilotes ukrainiens ont perturbé ce plan marketing en démontrant les failles du système. L’aviation russe, qui devait assurer la supériorité aérienne en quelques jours, opère désormais avec une prudence extrême, ses appareils restant souvent à distance du front pour éviter d’être abattus par les missiles sol-air ukrainiens.
Sur mer, la situation est pire encore. Les 28 navires et 2 sous-marins perdus ont contraint la flotte russe de la mer Noire à se replier loin de la côte ukrainienne. Le croiseur Moskva, navire amiral de cette flotte, a été coulé dès avril 2022 par des missiles Neptune ukrainiens. Depuis, les drones navals ukrainiens ont transformé la mer Noire en zone de danger permanent pour les bâtiments russes. Les frappes contre le port de Sébastopol, en Crimée occupée, ont détruit ou endommagé plusieurs navires à quai. La Russie, qui se vantait de contrôler la mer Noire, a perdu cette maîtrise face à un adversaire qui ne dispose pourtant pas de marine de guerre conventionnelle. L’innovation asymétrique ukrainienne — drones navals, missiles côtiers — a neutralisé une supériorité navale théorique écrasante.
Les véhicules et la logistique : le talon d’Achille
Le chiffre des 75 067 véhicules et citernes de carburant détruits — avec 191 de plus rien que le 19 janvier — raconte l’histoire d’une logistique russe constamment harcelée. Chaque camion détruit, c’est du ravitaillement qui n’arrive pas au front. Chaque citerne en flammes, c’est du carburant qui manque pour les chars et les véhicules blindés. L’Ukraine a compris très tôt que frapper la logistique était aussi efficace que frapper les unités combattantes. Les drones ukrainiens chassent les convois de ravitaillement, ciblent les dépôts de munitions, incendient les réserves de carburant. Le 6 janvier, des informations faisaient état d’une frappe sur l’arsenal de la Direction principale des missiles et de l’artillerie (GRAU) à Neya, dans la région de Kostroma — un endroit crucial qui gère les réserves de munitions pour les directions ouest et centre du front russe.
Les 4 048 équipements spéciaux détruits comprennent des stations de guerre électronique, des radars, des systèmes de communication — tout l’écosystème technologique qui permet à une armée moderne de fonctionner. Sans ces systèmes, les unités sont aveugles, sourdes, incapables de se coordonner. La Russie doit puiser dans des stocks de matériel de plus en plus ancien, parfois datant de l’ère soviétique. Les images satellites montrent des dépôts de stockage qui se vident progressivement. Les analystes estiment que certaines catégories d’équipements seront épuisées d’ici fin 2026 si le rythme des pertes se maintient. L’armée russe se bat avec les outils du passé contre un adversaire qui innove quotidiennement.
On parle beaucoup des grandes batailles, des offensives, des contre-offensives. Mais la vérité, c’est que cette guerre se gagne aussi — peut-être surtout — dans les chaînes logistiques, dans les arrière-cours industrielles, dans les entrepôts de munitions. Chaque camion de ravitaillement détruit par un drone FPV, c’est une unité russe qui n’aura pas ses obus demain. Chaque dépôt de carburant en flammes, c’est une colonne de chars qui restera immobilisée. L’Ukraine l’a compris. Elle mène une guerre totale, où chaque maillon de la chaîne ennemie est une cible. Et cette guerre-là, elle est en train de la gagner. Pas spectaculairement. Pas avec des images de drapeaux plantés sur des villes libérées. Mais méthodiquement. Inlassablement. Un camion à la fois. Une citerne à la fois. Un dépôt à la fois.
Le silence du Kremlin : une vérité inavouable
Quand la Russie cache ses morts
Depuis l’été 2025, l’Institut de statistiques russe ne publie plus aucun chiffre sur la mortalité dans le pays. Un moyen de cacher les pertes humaines liées à la guerre en Ukraine. Vladimir Poutine reste vague à chaque intervention sur le sujet. « Nos pertes, surtout lorsqu’il s’agit malheureusement de vies, sont bien moindres que du côté ukrainien », déclarait-il en juin 2024. Mais les médias russes indépendants en exil ont mené l’enquête. Mediazona et Meduza recensent méticuleusement chaque soldat tué au front depuis trois ans. Leur méthode : les messages publiés par les administrations locales dans les petites villes et villages russes, les publications sur les réseaux sociaux de proches évoquant la mort de leurs êtres chers, les visites dans les cimetières pour photographier les tombes récentes mentionnant des soldats tombés au combat.
Le résultat : plus de 163 000 morts confirmés nominativement au 16 janvier 2026. Parmi eux, 6 302 officiers de l’armée russe et d’autres structures de sécurité, dont deux commandants en second d’armée et plusieurs généraux. Cette hémorragie dans l’encadrement affecte profondément la capacité de l’armée russe à mener des opérations coordonnées. Un officier expérimenté ne se remplace pas en quelques semaines. Les connaissances accumulées, les réseaux de contacts, la capacité à prendre des décisions sous pression — tout cela disparaît avec chaque mort. La Russie envoie au front des unités commandées par des officiers inexpérimentés, promus à la hâte pour combler les vides. Le résultat se voit sur le champ de bataille : des assauts mal coordonnés, des pertes évitables, des erreurs tactiques répétées.
Les familles qui attendent
Derrière ces chiffres, il y a des familles russes qui vivent dans l’angoisse. Des mères qui n’ont plus de nouvelles de leur fils depuis des semaines. Des épouses qui reçoivent un jour un cercueil scellé avec interdiction de l’ouvrir. Des enfants qui apprennent que leur père ne reviendra jamais. Le Kremlin a mis en place un système pour empêcher ces familles de parler : pressions, menaces, mais aussi incitations financières conditionnées au silence. Ceux qui protestent, qui demandent des comptes, qui exigent de savoir comment leur proche est mort, se heurtent à un mur de silence officiel. Les réseaux sociaux russes sont surveillés, les publications critiques supprimées, les voix dissidentes étouffées.
Pourtant, malgré la censure, les témoignages filtrent. Des mères de soldats ont créé des groupes de soutien clandestins. Des épouses racontent comment elles ont appris la mort de leur mari par un simple SMS. Des anciens combattants revenus mutilés dénoncent les conditions sur le front. La vérité, comme l’eau, finit toujours par trouver son chemin. Et cette vérité, c’est que la Russie de Poutine sacrifie ses fils pour une guerre de conquête que la majorité de la population ne comprend pas et ne soutient pas vraiment — quoi qu’en disent les sondages officiels réalisés dans un climat de peur. Un jour, cette vérité éclatera au grand jour. Un jour, les familles russes demanderont des comptes. Ce jour n’est peut-être pas si lointain.
Je pense souvent à ces familles russes. Pas aux propagandistes, pas aux va-t-en-guerre qui réclament la destruction de l’Ukraine depuis leurs plateaux télévisés moscovites. Non, je pense aux gens ordinaires. Aux mères qui regardent la porte chaque soir en espérant voir leur fils rentrer. Aux enfants qui ne comprennent pas pourquoi papa est parti si longtemps. Eux aussi sont victimes de cette guerre — victimes de leur propre gouvernement qui les a envoyés, eux ou leurs proches, mourir pour rien. Je ne dis pas ça pour excuser quoi que ce soit. Les soldats russes qui commettent des crimes de guerre doivent être jugés. Mais quelque part, dans cette tragédie immense, il y a aussi une tragédie russe. Celle d’un peuple manipulé, trompé, sacrifié par des dirigeants qui se moquent de sa vie comme de sa mort.
Conclusion : Le prix d'une folie
1427 jours et pas de fin en vue
1427 jours. Plus long que la Grande Guerre patriotique. Plus meurtrier que tous les conflits russes depuis la Seconde Guerre mondiale réunis. Et toujours pas de fin en vue. Les négociations patinent, les positions restent irréconciliables, les bombes continuent de tomber. Zelensky estime qu’un accord est « prêt à 90 % » — mais les 10 % restants portent sur les questions essentielles : le territoire, les garanties de sécurité, le sort de la Crimée et du Donbass. Des questions sur lesquelles ni Moscou ni Kiev ne peuvent céder sans perdre la face ou, pire, sans mettre en danger leur existence même. La Russie exige que l’Ukraine renonce à l’OTAN, abandonne ses territoires occupés, accepte une « neutralité » qui ressemblerait fort à une soumission. L’Ukraine refuse de négocier son existence, de récompenser l’agression, de trahir ceux qui sont morts pour défendre leur pays.
Le rapport de forces, paradoxalement, semble évoluer. Les pertes russes dépassent les capacités de recrutement. Les stocks de matériel s’épuisent. L’économie russe, malgré les apparences, souffre sous les sanctions. L’inflation ronge le pouvoir d’achat. Le rouble tient grâce à des mesures artificielles qui ne pourront pas durer éternellement. L’Ukraine, elle, reçoit des armes occidentales de plus en plus sophistiquées, forme des milliers de soldats, développe ses propres capacités industrielles. Le temps joue peut-être contre la Russie — si l’Occident maintient son soutien, si les livraisons d’armes continuent, si la fatigue ne l’emporte pas sur la détermination. C’est le grand « si » de cette guerre. Et personne ne peut prédire comment il se résoudra.
1 228 570. J’ai commencé cet article avec ce chiffre, je le termine avec lui. Ce n’est pas un nombre abstrait. Ce sont des hommes. Des êtres humains avec des rêves, des familles, des vies qui auraient pu être vécues autrement. La plupart d’entre eux n’ont pas choisi cette guerre. Beaucoup ont été mobilisés de force, envoyés au front avec quelques jours de formation, jetés dans la gueule d’une machine de mort qu’ils ne comprenaient pas. Leur sacrifice ne sert à rien, sinon à nourrir les ambitions d’un autocrate qui ne mettra jamais les pieds dans une tranchée. C’est peut-être ça, le plus tragique dans cette guerre : son absurdité totale. Un million d’hommes sacrifiés pour que Vladimir Poutine puisse dire qu’il a « protégé » la Russie d’un ennemi qui n’existait pas. L’histoire jugera. Elle juge toujours.
Ce que les chiffres ne disent pas
Les statistiques ne racontent jamais toute l’histoire. Elles ne disent pas la peur dans les yeux d’un soldat qui entend un drone approcher. Elles ne disent pas le soulagement d’une mère ukrainienne quand son fils l’appelle pour dire qu’il est vivant. Elles ne disent pas la résignation d’un conscrit russe qui sait qu’il ne reviendra probablement pas. Elles ne disent pas l’odeur de la mort sur un champ de bataille, le silence après une explosion, les cris des blessés que personne ne peut secourir. Derrière chaque chiffre, il y a une infinité de souffrances que les mots peinent à décrire. Et pourtant, ces chiffres sont essentiels. Ils sont la trace comptable d’une tragédie qui se déroule sous nos yeux, jour après jour, depuis près de quatre ans.
Demain, l’état-major ukrainien publiera un nouveau bilan. Il y aura d’autres morts, d’autres chars détruits, d’autres drones abattus. Le compteur continuera de tourner, inexorable. Et nous continuerons de regarder, d’analyser, de rapporter. Parce que c’est notre rôle. Parce que ces chiffres, aussi froids soient-ils, sont la seule façon de mesurer l’ampleur de ce qui se passe. Parce que le jour où nous cesserons de compter, nous cesserons de nous indigner. Et ce jour-là, nous aurons perdu quelque chose d’essentiel. L’Ukraine tient. Elle tiendra demain. Et un jour, peut-être, les canons se tairont. En attendant, le décompte continue. 1 228 570. Et ce n’est pas fini.
Sources
Sources primaires
État-major général des Forces armées d’Ukraine – Rapport du 1427e jour de guerre – 20 janvier 2026
Defense Express – 1427 Days of russia-Ukraine War – russian Casualties In Ukraine – 20 janvier 2026
Mediazona / BBC Russie – Les pertes russes dans la guerre contre l’Ukraine – 16 janvier 2026
AFP – Analyse des données sur les frappes de drones en 2025 – janvier 2026
Sources secondaires
Le Temps – En direct, guerre en Ukraine – Notre suivi de la semaine du 12 janvier – janvier 2026
France Info – Ukraine : 2026 commence dans les tranchées et sous la menace des drones – 1er janvier 2026
RTS – Moscou et Kiev s’accusent mutuellement d’attaques de drones – 2 janvier 2026
Euronews – Ukraine : plus de 150 drones lancés par Moscou – 11 janvier 2026
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