Une initiative controversée
Le « Board of Peace » est la dernière invention de Donald Trump en matière de diplomatie internationale. L’idée : créer un conseil de paix présidé par lui-même pour résoudre le conflit à Gaza. Les membres seraient des chefs d’État qui paieraient chacun 1 milliard de dollars pour participer. C’est de la diplomatie à péage. Du multilatéralisme façon country club. Payer pour avoir le droit de s’asseoir à la table. Et Trump serait le président du club, bien sûr.
La France a décliné l’invitation. Selon des sources proches de l’Élysée, Macron ne souhaite pas rejoindre cette initiative « à ce stade ». Les raisons sont multiples. D’abord, payer 1 milliard pour un siège dans un conseil présidé par Trump ressemble davantage à un racket qu’à de la diplomatie. Ensuite, la France a sa propre politique au Moyen-Orient, ses propres intérêts, ses propres méthodes. Elle n’a pas besoin d’un américain pour lui dicter sa conduite. Enfin, rejoindre ce board reviendrait à valider la vision trumpienne du monde — une vision où tout s’achète, tout se vend, tout se négocie au plus offrant.
La réaction de Trump : l’escalade immédiate
Face au refus français, Trump n’a pas tardé à réagir. Et il l’a fait à sa manière : publiquement, brutalement, sans diplomatie. « Personne ne veut de lui parce qu’il va bientôt quitter ses fonctions », a-t-il lancé à propos de Macron, référence au fait que le président français ne peut pas se représenter en 2027. Puis la menace est tombée : « S’ils se montrent hostiles, je mettrai 200% de tarifs sur leurs vins et champagnes, et il rejoindra. Mais il n’a pas besoin de rejoindre. »
La réponse de l’Élysée fut cinglante. Une source proche de Macron a déclaré que cette menace pour « influencer notre politique étrangère » était « inacceptable et inefficace ». Inacceptable parce qu’on ne dicte pas sa politique à un pays souverain à coups de tarifs douaniers. Inefficace parce que ce genre de chantage a tendance à braquer les Français plutôt qu’à les faire plier. Macron sait que céder maintenant créerait un précédent désastreux. Chaque fois que Trump voudrait quelque chose, il menacerait le vin, le fromage, le luxe. La France ne peut pas gouverner sous la menace permanente.
Trump traite la diplomatie comme une négociation immobilière. Tu veux quelque chose? Menace. L’autre résiste? Menace plus fort. Il ne comprend pas que les relations internationales ne fonctionnent pas comme ça. Que les pays ont une dignité, une histoire, des principes. Que la France n’est pas un entrepreneur en faillite qu’on peut intimider avec des avocats. Macron a beaucoup de défauts, mais sur ce coup-là, il a raison de ne pas plier. Céder au chantage, c’est inviter davantage de chantage. Et la France ne peut pas devenir le paillasson de l’Amérique de Trump.
Les vignerons français dans la tourmente
« Ce rapport de force ne peut plus durer »
Jean-Marie Fabre, président des Vignerons Indépendants de France, a exprimé son inquiétude sur BFM TV. « Ce rapport de force ne peut plus durer parce qu’il sera défavorable à tout le monde », a-t-il déclaré. Il a raison. Une guerre commerciale sur le vin ne fera que des perdants. Les vignerons français perdront leur marché américain. Les consommateurs américains paieront plus cher ou se priveront. Les importateurs, les distributeurs, les restaurants souffriront. Personne ne gagne dans ce genre de conflit.
Le marché américain représente environ 20% des exportations de vin français. C’est énorme. Des régions entières — Bordeaux, Bourgogne, Champagne, Vallée du Rhône — dépendent de ces ventes. Les grands crus trouveraient peut-être d’autres acheteurs, en Asie notamment. Mais les petits producteurs, ceux qui vendent des bouteilles à 10 ou 15 euros, seraient dévastés. Ils n’ont pas les marges pour absorber des tarifs de 200%. Ils n’ont pas les réseaux pour se réorienter vers d’autres marchés. Ils couleraient, tout simplement.
Le souvenir traumatisant de 2019-2020
Les vignerons français se souviennent encore des tarifs de 25% imposés par Trump lors de son premier mandat. C’était en octobre 2019, officiellement en représailles aux subventions européennes à Airbus. Les exportations de vin français vers les États-Unis avaient chuté de 50% en quelques mois. Des stocks s’étaient accumulés dans les caves. Des contrats avaient été annulés. La pandémie de Covid-19 était venue aggraver la situation. Certaines exploitations ne s’en sont jamais remises.
Cette fois, la menace est huit fois plus sévère. 200% contre 25%. Ce n’est plus une taxe punitive — c’est une interdiction de fait. À ce niveau de tarifs, le vin français devient tout simplement invendable aux États-Unis. Les importateurs américains se tourneraient vers des alternatives : vins californiens, chiliens, australiens, italiens. Le marché serait perdu — peut-être pour des années, même si les tarifs étaient levés plus tard. Reconstruire des relations commerciales prend du temps. Les clients perdus ne reviennent pas toujours.
Les vignerons français sont des dommages collatéraux. Ils n’ont rien demandé. Ils ne font pas de politique. Ils cultivent du raisin, ils font du vin, ils perpétuent des traditions vieilles de plusieurs siècles. Et les voilà pris au piège entre deux égos présidentiels. Trump veut que Macron rejoigne son « Board of Peace ». Macron refuse. Et ce sont les vignerons qui paient. Leurs enfants hériteront peut-être de vignobles en faillite. Leurs villages se videront. Leur patrimoine disparaîtra. Pour quoi? Pour une dispute sur Gaza qui n’a strictement rien à voir avec le vin. C’est absurde. C’est cruel. C’est le monde dans lequel nous vivons.
L'Europe face au chantage américain
93 milliards d’euros de représailles possibles
L’Union européenne n’a pas l’intention de rester passive face aux menaces de Trump. Les États membres discutent de représailles potentielles sur 93 milliards d’euros de produits américains. C’est une arme de dissuasion considérable. Les États-Unis exportent vers l’Europe des avions Boeing, des machines agricoles, des produits technologiques, du soja, du whiskey. Tous ces secteurs pourraient être ciblés en retour.
L’UE dispose également d’un nouvel « outil anti-coercition » adopté en 2023. Ce mécanisme permet d’imposer des mesures punitives contre tout pays qui tenterait de forcer un changement de politique par la coercition économique. C’est exactement ce que fait Trump avec ses tarifs sur le vin. L’Europe pourrait donc invoquer cet outil pour riposter — non pas par caprice, mais par nécessité juridique et politique.
Le dilemme européen
Mais riposter comporte des risques. Une guerre commerciale totale avec les États-Unis nuirait à tout le monde. L’économie européenne, déjà fragile, pourrait basculer en récession. Les entreprises qui dépendent du marché américain souffriraient. Les consommateurs paieraient plus cher. Et au milieu de tout ça, il y a l’Ukraine — qui a besoin du soutien américain pour survivre. Trump pourrait décider de couper l’aide militaire en représailles aux sanctions européennes. C’est un chantage à plusieurs niveaux.
Ursula von der Leyen marche sur des œufs. Elle doit défendre les intérêts européens sans provoquer une escalade incontrôlable. Elle doit montrer de la fermeté sans fermer la porte au dialogue. C’est de la diplomatie de haute voltige, face à un adversaire qui ne joue pas selon les règles traditionnelles. Trump ne respecte pas les usages diplomatiques. Il tweete ses menaces. Il divulgue des conversations privées. Il traite ses alliés comme des ennemis. Comment négocie-t-on avec quelqu’un comme ça?
L’Europe est coincée. Si elle ne réagit pas aux menaces de Trump, elle passe pour faible. Si elle réagit trop fort, elle risque une guerre commerciale désastreuse. C’est exactement ce que Trump veut : nous mettre dos au mur, nous forcer à choisir entre la soumission et la confrontation. Mais il y a peut-être une troisième voie. Celle de l’unité. Celle de la solidarité. Si les 27 pays de l’UE restent soudés, s’ils parlent d’une seule voix, s’ils montrent qu’on ne peut pas les diviser, alors Trump devra peut-être reculer. C’est notre seul espoir. L’unité ou la défaite.
Les SMS divulgués : la diplomatie à l'ère des réseaux sociaux
Une violation des usages diplomatiques
Trump n’a pas seulement menacé la France — il a aussi divulgué des échanges de SMS avec Macron. C’est du jamais vu dans l’histoire diplomatique moderne. Les conversations entre chefs d’État sont normalement confidentielles. Elles permettent des discussions franches, des compromis discrets, des avancées qui seraient impossibles sous le regard du public. En rendant ces échanges publics, Trump détruit la confiance qui est au fondement de la diplomatie.
Quel chef d’État osera désormais envoyer un SMS à Trump? Qui prendra le risque de voir ses mots retournés contre lui sur Twitter? La diplomatie repose sur la confidentialité. Sans elle, il n’y a plus que la posture publique, le théâtre, la communication. Les vrais problèmes ne se règlent plus. Les compromis deviennent impossibles. Chacun reste campé sur ses positions pour ne pas perdre la face devant son opinion publique.
Le mépris pour Macron
Les propos de Trump sur Macron sont d’une brutalité inhabituelle, même pour lui. « Personne ne veut de lui parce qu’il va bientôt quitter ses fonctions ». C’est une insulte personnelle, pas une critique politique. C’est dire à un chef d’État qu’il ne compte plus, qu’il est fini, qu’il n’a plus de légitimité. Macron reste président jusqu’en 2027. Il dirige la sixième économie mondiale. Il possède l’arme nucléaire. Mais pour Trump, il n’est déjà plus rien.
Ce mépris est dangereux. Il mine l’alliance transatlantique. Il humilie un partenaire historique des États-Unis. Il envoie un message à tous les autres alliés : vous pouvez être les prochains. Le Japon, l’Allemagne, le Canada, la Corée du Sud — tous ces pays qui comptent sur l’amitié américaine voient comment Trump traite la France. Ils prennent note. Ils diversifient leurs alliances. Ils commencent à se demander si l’Amérique est encore un partenaire fiable.
Divulguer des SMS entre chefs d’État, c’est du sabotage diplomatique. C’est dire au monde entier : ne me faites pas confiance. Ne me parlez pas en privé. Tout ce que vous direz pourra être utilisé contre vous. Trump pense probablement que c’est un coup de génie — montrer sa force, humilier Macron. Mais c’est en réalité une erreur stratégique majeure. Parce que maintenant, plus personne ne lui parlera franchement. Plus personne ne prendra de risque avec lui. Les vraies négociations se feront ailleurs, sans lui. Il s’est exclu lui-même du jeu diplomatique. Et ça, même un deal maker devrait le comprendre.
Que va-t-il se passer maintenant?
Les scénarios possibles
Plusieurs scénarios sont envisageables pour la suite. Le premier : Trump met ses menaces à exécution et impose les 200% de tarifs. L’Europe riposte. Une guerre commerciale éclate. Tout le monde perd. Le deuxième : les menaces restent des menaces. Trump obtient quelques concessions symboliques et passe à autre chose. Il a l’attention courte — une nouvelle controverse pourrait lui faire oublier le vin français.
Le troisième scénario : une négociation en coulisses. Malgré les déclarations publiques, des canaux diplomatiques restent ouverts. Macron et Trump pourraient trouver un compromis qui permette à chacun de sauver la face. La France ferait un geste symbolique — une contribution à une initiative humanitaire à Gaza, par exemple. Trump déclarerait victoire. Les tarifs ne seraient jamais appliqués. C’est peut-être le scénario le plus probable — mais aussi le plus humiliant pour la France.
L’attente des vignerons
En attendant, les vignerons français vivent dans l’incertitude. Ils ne savent pas s’ils pourront vendre leur prochaine récolte aux États-Unis. Ils ne savent pas s’ils doivent chercher d’autres marchés, réduire leur production, licencier du personnel. Cette incertitude est presque aussi dommageable que les tarifs eux-mêmes. Les décisions économiques se prennent sur le long terme. Quand on ne sait pas de quoi demain sera fait, on ne peut pas planifier, investir, développer.
Le vin n’est pas un produit comme les autres. C’est du temps. Une vigne met des années à produire du raisin de qualité. Un grand cru vieillit pendant des décennies. Les vignerons travaillent sur des horizons qui dépassent largement le mandat d’un président américain. Mais Trump peut détruire en quelques tweets ce que des générations ont construit. C’est le déséquilibre fondamental de cette confrontation : le pouvoir de nuire est immense et instantané; le pouvoir de construire est lent et fragile.
Le vin français survivra à Trump. Il a survécu aux guerres, aux révolutions, aux phylloxéras, aux crises économiques. Il survivra à cette menace aussi. Mais à quel prix? Combien de vignerons auront fait faillite? Combien de vignobles auront été abandonnés? Combien de savoir-faire auront été perdus? Trump passera. Dans quatre ans, dans huit ans au maximum, il ne sera plus président. Mais les dégâts qu’il aura causés pourraient durer bien plus longtemps. Le vin français est un patrimoine mondial. Il mérite mieux que d’être utilisé comme une arme dans les jeux de pouvoir d’un homme qui ne connaît probablement pas la différence entre un Bordeaux et un Bourgogne.
Sources
Sources primaires
BFM TV – Menaces de Donald Trump : « Ce rapport de force ne peut plus durer » (20 janvier 2026)
Sources secondaires
CNBC – Trump threatens 200% tariff on French wines as Macron reportedly snubs ‘Board of Peace’ seat (20 janvier 2026)
Euronews – Trump threatens 200% tariffs on French wine if Paris does not join Gaza ‘Board of Peace’ (20 janvier 2026)
Modern Diplomacy – Trump Wields Wine Tariffs to Pressure France into Peace Board (20 janvier 2026)
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.