« Nos relations n’ont jamais été aussi proches »
La phrase restera dans les annales de la diplomatie surréaliste. Face aux journalistes réunis à Davos, Bessent déclare avec un aplomb remarquable : « I think our relations have never been closer ». Nos relations n’ont jamais été aussi proches. Il prononce ces mots alors que son président vient d’imposer des tarifs de 10% sur huit pays européens. Alors que Trump menace le champagne français de tarifs à 200%. Alors que l’Europe prépare des représailles de 108 milliards de dollars.
Comment peut-on affirmer que les relations sont excellentes tout en infligeant une guerre économique? C’est la novlangue de l’administration Trump. Les mots ne signifient plus rien. Ou plutôt, ils signifient le contraire de ce qu’ils disent. « Relations proches » signifie « nous vous tenons en otage ». « Partenariat » signifie « soumission ». « Alliance » signifie « vous faites ce qu’on dit, ou vous payez ». Dans ce monde inversé, Bessent est le traducteur officiel du chaos.
L’urgence nationale qui n’existe pas
Bessent a tenté de justifier les tarifs avec une phrase qui restera dans l’histoire de la logique absurde : « The national emergency is avoiding the national emergency ». L’urgence nationale, c’est d’éviter l’urgence nationale. Relisez. Plusieurs fois si nécessaire. Cela n’a toujours aucun sens. C’est une tautologie vide, un cercle vicieux intellectuel, une non-réponse habillée en réponse profonde.
Quel est exactement cette urgence nationale que les tarifs sont censés prévenir? Que le Danemark refuse de vendre le Groenland? Que l’Europe maintienne sa souveraineté? Que les alliés américains osent avoir une opinion différente de celle de Washington? Dans l’esprit de l’administration Trump, la désobéissance des alliés est une menace existentielle. Ne pas obtenir ce qu’on veut est une crise nationale. L’ego blessé du président devient une question de sécurité nationale.
Les États-Unis ont une longue tradition de justifier leurs actions par des « urgences nationales ». La guerre en Irak, c’était pour les armes de destruction massive qui n’existaient pas. Guantanamo, c’était pour protéger l’Amérique contre les menaces extérieures. Maintenant, les tarifs sur le champagne, c’est pour éviter une urgence nationale. Le terme a été tellement vidé de son sens qu’il ne signifie plus rien. Une « urgence nationale » américaine, c’est tout ce que le président décide d’appeler ainsi. Et si le président décide que ne pas posséder le Groenland est une urgence, alors c’en est une. La démocratie, quand elle fonctionne, devrait empêcher ces abus de langage. Mais la démocratie américaine ne fonctionne plus vraiment.
L'Europe face au dilemme de la réplique
« Ce serait très imprudent »
Bessent a été clair sur un point : toute représaille européenne serait « very unwise » — très imprudente. Le sous-texte est limpide : si vous osez vous défendre, nous frapperons plus fort. C’est la logique du maître-chanteur. Vous ne pouvez pas gagner, donc ne jouez pas. Acceptez notre domination, et tout ira bien. Résistez, et ce sera pire. L’Europe est sommée de choisir entre l’humiliation passive et la destruction active.
Mais cette menace révèle aussi une faiblesse. Si les États-Unis étaient vraiment sûrs de leur force, ils n’auraient pas besoin de prévenir l’Europe de ne pas répliquer. Le fait que Bessent ressente le besoin de lancer cet avertissement suggère que Washington craint une réponse européenne coordonnée. Les 108 milliards de dollars de contre-tarifs possibles ne sont pas rien. Les entreprises américaines qui exportent vers l’Europe souffriraient. Les électeurs américains pourraient se retourner contre Trump.
Les outils de riposte européens
L’Union européenne dispose de trois armes principales. D’abord, des tarifs de représailles ciblés sur les produits américains stratégiques : le bourbon du Kentucky (État du leader républicain au Sénat), les motos Harley-Davidson (symbole de l’Amérique profonde), le soja et le maïs des États agricoles. Ensuite, la suspension de l’accord commercial UE-États-Unis, qui ferait mal aux exportateurs américains de services et de technologies.
Enfin, l’Instrument Anti-Coercition, surnommé le « bazooka commercial ». Cet outil, adopté en 2023, permet à l’UE de prendre des mesures de représailles rapides contre tout pays qui utilise la coercition économique à des fins politiques. C’est exactement la situation actuelle. L’UE pourrait bloquer les investissements américains, restreindre l’accès aux marchés publics, limiter les transferts de technologies. Le coût pour les entreprises américaines serait considérable.
L’Europe a les outils. La question est de savoir si elle a la volonté de les utiliser. Historiquement, l’UE a toujours cherché le compromis, la négociation, la désescalade. C’est sa force et sa faiblesse. Face à un adversaire rationnel, cette approche fonctionne. Face à Trump, elle est perçue comme de la faiblesse à exploiter. L’Europe doit apprendre à parler un langage que Trump comprend : celui de la force. Si elle ne riposte pas, Trump saura qu’il peut tout se permettre. Si elle riposte, elle risque une guerre commerciale totale. C’est un choix terrible. Mais parfois, les choix terribles sont les seuls qui restent.
Les marchés réagissent à la crise
La panique financière
Les marchés financiers n’ont pas attendu les résolutions diplomatiques pour réagir. Le mardi 21 janvier, les indices européens ont ouvert en forte baisse. Le DAX allemand, le CAC 40 français et le FTSE britannique ont tous perdu environ 1% dès les premières minutes de cotation. Les investisseurs vendaient tout ce qui avait un lien avec le commerce transatlantique. Les valeurs automobiles, particulièrement exposées, ont chuté de 2 à 3%.
Aux États-Unis, la situation n’était guère meilleure. Les futures sur le S&P 500 ont perdu 1,5%, ceux sur le Dow Jones 1,4%. Les géants technologiques qui dépendent des ventes européennes — Apple, Microsoft, Google — ont tous été touchés. La volatilité, mesurée par l’indice VIX, a bondi de 20%. C’est le signe que les investisseurs anticipent des turbulences durables, pas une simple correction.
L’économie réelle paiera
Derrière les chiffres boursiers, il y a des conséquences réelles. Les entreprises européennes qui exportent vers les États-Unis vont voir leurs marges se réduire. Elles devront choisir entre absorber les tarifs (et perdre de l’argent) ou augmenter leurs prix (et perdre des clients). Dans les deux cas, ce sont des emplois menacés, des investissements reportés, des fermetures d’usines possibles.
Les consommateurs paieront aussi. Les produits américains en Europe — et les produits européens aux États-Unis — vont devenir plus chers. L’inflation, déjà préoccupante, pourrait repartir à la hausse. Le pouvoir d’achat se réduira des deux côtés de l’Atlantique. Trump prétend défendre les travailleurs américains. En réalité, il leur fait payer le prix de ses ambitions géopolitiques.
Les marchés ne sont pas méchants ou bons. Ils sont simplement honnêtes. Quand ils chutent, c’est qu’ils anticipent des problèmes. Et en ce moment, ils anticipent une catastrophe. Une guerre commerciale transatlantique détruirait des centaines de milliards de dollars de richesse. Elle coûterait des millions d’emplois. Elle plongerait peut-être l’économie mondiale en récession. Tout cela parce qu’un homme veut un territoire que personne ne veut lui vendre. Les historiens du futur se demanderont comment nous avons pu laisser cela arriver. Ils n’auront pas de bonne réponse.
Le sommet de Bruxelles : l'heure de vérité
L’Europe doit décider
Les 27 dirigeants de l’Union européenne se réuniront jeudi soir à Bruxelles pour un sommet d’urgence. L’ordre du jour officiel : les relations transatlantiques. Le vrai sujet : comment répondre à Trump sans détruire l’Alliance occidentale. C’est la question la plus difficile que l’Europe ait eu à affronter depuis la fin de la Guerre froide. Et il n’y a pas de bonne réponse.
Les positions sont déjà connues. Macron veut la fermeté, l’autonomie stratégique, la démonstration que l’Europe peut se défendre seule. Scholz, fragilisé politiquement, hésite entre la fidélité atlantiste et la protection de l’industrie automobile allemande. Les pays baltes craignent de perdre la protection américaine face à la Russie. L’Italie de Meloni louvoie, cherchant à rester proche de Trump tout en protégeant ses intérêts commerciaux.
L’unité ou la division
Le risque majeur est la division. Trump excelle dans l’art de diviser ses adversaires. Il pourrait offrir des exemptions à certains pays — la Pologne, par exemple, fidèle alliée sur le plan militaire — pour briser le front européen. Il pourrait menacer plus durement ceux qui résistent — la France, premier dans sa ligne de mire — pour décourager les autres. L’Europe n’a jamais été vraiment unie face aux crises. Trump le sait et compte dessus.
Pourtant, l’unité est la seule chance de l’Europe. Divisée, elle sera écrasée pays par pays. Unie, elle représente un marché de 450 millions de consommateurs, un PIB comparable à celui des États-Unis, une force commerciale que même Trump ne peut pas ignorer. Le sommet de Bruxelles dira si l’Europe est capable de cette unité. Les premiers signes sont mitigés. Mais l’espoir existe.
L’Europe a été fondée sur une idée simple : ensemble, nous sommes plus forts. Après deux guerres mondiales qui ont détruit le continent, les pères fondateurs ont compris que la division était mortelle. L’unité était la seule voie vers la survie. Cette leçon a été oubliée au fil des décennies de paix et de prospérité. On a pris l’alliance pour acquise. On s’est querellé sur des détails. On a laissé les intérêts nationaux primer sur le bien commun. Trump nous rappelle brutalement pourquoi l’unité est essentielle. La question est de savoir si nous l’apprendrons avant qu’il soit trop tard.
L'Ukraine, grande perdante du chaos
Oubliée dans la tourmente
Pendant que l’Europe et les États-Unis se déchirent sur le Groenland, l’Ukraine continue de mourir. Jour 1 426 de la guerre. 145 drones russes lancés cette nuit. Des missiles Oreshnik qui frappent les villes. Des soldats qui tombent par centaines chaque jour. Et les dirigeants occidentaux parlent de tarifs douaniers et de champagne. La disproportion est obscène.
Le Financial Times a révélé ce que tout le monde savait : les dirigeants européens préfèrent discuter du Groenland avec Trump plutôt que de l’Ukraine. C’est logique, d’un point de vue froidement calculateur. Les tarifs affectent directement les économies européennes. La guerre en Ukraine est lointaine. Mais cette logique est moralement inacceptable. L’Europe prétend défendre des valeurs. Elle défend en fait ses intérêts.
Zelensky seul à Davos
Volodymyr Zelensky sera à Davos lui aussi. Il rencontrera Trump. Il prononcera des discours. Il serrera des mains. Et il sera seul. Absolument seul. Parce que personne dans ces salons dorés ne comprend vraiment ce qu’il vit. Personne ne sait ce que c’est de voir son pays détruit sous ses yeux pendant que le monde passe à autre chose.
Zelensky demandera des armes, des garanties de sécurité, de l’aide. Il obtiendra des promesses vagues. Des engagements non contraignants. Des paroles sans actes. Et il retournera en Ukraine, face à son peuple, face à ses soldats, face aux familles des morts. Comment leur dira-t-il que l’Occident préfère parler de Groenland que de les aider? Il trouvera les mots. Il trouve toujours les mots. Mais chaque fois, quelque chose meurt en lui.
Le contraste entre Davos et l’Ukraine est insupportable. D’un côté, des milliardaires en costume qui discutent d’économie dans des hôtels de luxe. De l’autre, des soldats qui gèlent dans les tranchées. D’un côté, du champagne et des canapés. De l’autre, du sang et des larmes. L’Ukraine se bat pour les valeurs que Davos prétend incarner. Et Davos l’ignore. C’est peut-être la plus grande hypocrisie de notre époque. Nous prétendons croire en la liberté, la démocratie, le droit international. Nous laissons ceux qui se battent vraiment pour ces principes se faire massacrer. Notre confort vaut plus que leurs vies.
Que veut vraiment Trump?
Le Groenland : obsession ou stratégie?
La question fondamentale reste posée : que veut vraiment Donald Trump? Croit-il sincèrement pouvoir acheter le Groenland? Ou utilise-t-il cette obsession comme levier pour obtenir autre chose? Les deux hypothèses sont plausibles. Trump est capable de vraies lubies — le Groenland en était déjà une lors de son premier mandat. Mais il est aussi un négociateur qui demande toujours plus qu’il n’espère obtenir.
Peut-être que le Groenland n’est qu’un moyen de pression pour obtenir des concessions commerciales. Peut-être que Trump veut forcer l’Europe à acheter plus de gaz américain, moins de gaz russe. Peut-être qu’il veut des contrats d’armement pour les entreprises américaines. Peut-être qu’il veut simplement prouver qu’il peut faire plier l’Europe. Dans tous les cas, le Groenland est un symbole. Le vrai enjeu est la domination.
Le précédent dangereux
Si Trump réussit — quelle que soit la forme de cette réussite — il établit un précédent catastrophique. Il prouve que la première puissance mondiale peut utiliser le chantage économique pour obtenir ce qu’elle veut de ses alliés. Il montre que les règles du commerce international ne s’appliquent pas aux plus forts. Il démontre que les alliances ne valent rien face aux intérêts.
Ce précédent sera utilisé par d’autres. Si les États-Unis peuvent menacer le Danemark pour le Groenland, pourquoi la Chine ne pourrait-elle pas menacer Taïwan? Pourquoi la Russie ne pourrait-elle pas menacer les États baltes? Pourquoi n’importe quel pays puissant ne pourrait-il pas imposer sa volonté aux plus faibles? L’ordre mondial basé sur des règles, déjà fragilisé, s’effondrerait complètement. Nous entrerions dans une ère de loi du plus fort.
Scott Bessent sourit à Davos et dit que tout va bien. Mais rien ne va bien. L’alliance qui a garanti la paix mondiale depuis 1945 se fissure. Le commerce international, moteur de la prospérité, est menacé. L’Ukraine saigne pendant que nous parlons de tarifs douaniers. Et un homme, seul, avec son ego surdimensionné et ses rancunes mesquines, peut faire trembler le monde entier. Ce n’est pas normal. Ce n’est pas acceptable. Ce n’est pas viable. Quelque chose doit céder. Soit Trump recule. Soit l’Europe résiste. Soit l’ordre mondial s’effondre. Dans tous les cas, nous vivons un moment historique. Et Bessent, avec son sourire figé et ses phrases creuses, en est le témoin impuissant. L’histoire retiendra son nom. Pas forcément pour les bonnes raisons.
Sources
Sources primaires
PBS News – Bessent says it would be ‘very unwise’ for Europe to retaliate over Trump threats on Greenland (20 janvier 2026)
The Boston Globe – Bessent says US-Europe relations have ‘never been closer’ despite Greenland crisis (20 janvier 2026)
Sources secondaires
NBC News – Treasury secretary defends Greenland tariffs: ‘The national emergency is avoiding the national emergency’ (janvier 2026)
Yahoo Finance – EU discusses $108 billion in retaliatory tariffs (janvier 2026)
WSLS – Bessent at Davos World Economic Forum (20 janvier 2026)
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