Les cyberattaques permanentes
Les hackers russes — souvent liés aux services de renseignement comme le GRU ou le FSB — mènent des cyberattaques quasi quotidiennes contre les infrastructures occidentales. Réseaux électriques, systèmes hospitaliers, administrations publiques, entreprises privées — rien n’est épargné. L’objectif n’est pas toujours le vol de données. Parfois, c’est simplement de démontrer une capacité de nuisance.
En 2025, plusieurs pays européens ont subi des attaques majeures attribuées à des groupes russes. Des hôpitaux paralysés. Des services publics hors service pendant des jours. Des données sensibles exfiltrées et publiées. Ces agressions constituent des actes de guerre selon toute définition raisonnable. Mais nous continuons de les traiter comme de simples incidents criminels.
La désinformation industrielle
Les usines à trolls russes ne se sont jamais arrêtées. Elles ont simplement évolué. Plus sophistiquées, plus difficiles à détecter, elles inondent les réseaux sociaux occidentaux de fausses informations, de théories conspirationnistes, de contenus polarisants. L’objectif : diviser nos sociétés, saper la confiance dans nos institutions, créer le chaos.
Les élections sont des cibles privilégiées. De l’ingérence documentée dans les scrutins américains de 2016 et 2020 aux campagnes visant l’Europe, la Russie cherche à influencer le choix des électeurs dans les démocraties qu’elle considère comme ennemies. Et elle y parvient, au moins partiellement. Combien de votes ont été influencés par de fausses informations? Impossible à quantifier. Mais le poison fait son œuvre.
Nous vivons dans un paradoxe étrange. Nous dépensons des milliards pour défendre nos frontières physiques, mais nous laissons nos frontières numériques et informationnelles grandes ouvertes. Nous tolérons une invasion permanente de notre espace mental, de nos débats publics, de nos processus démocratiques. Comme si les guerres d’hier étaient plus réelles que celles d’aujourd’hui. Comme si les balles étaient plus dangereuses que les octets.
La stratégie de l'escalade contrôlée
Le concept de « escalate to de-escalate »
L’idée centrale de l’analyse de Foreign Affairs est empruntée, ironiquement, à la doctrine militaire russe elle-même. Moscou pratique depuis longtemps l’« escalade pour désescalader » : intensifier temporairement un conflit pour forcer l’adversaire à reculer ou négocier. L’Occident, selon les auteurs, devrait adopter une version de cette approche.
Concrètement, cela signifierait riposter aux agressions russes de manière proportionnée mais visible. Une cyberattaque contre nos infrastructures? Réponse sur les systèmes russes. Une campagne de désinformation massive? Exposition publique des réseaux responsables et sanctions contre les individus impliqués. Un sabotage? Représailles économiques ciblées. L’idée est de faire comprendre à Moscou que chaque agression aura un coût.
Les risques et les limites
Cette stratégie n’est pas sans risques. L’escalade, même contrôlée, peut déraper. Un cycle de représailles pourrait s’emballer. La Russie, acculée, pourrait répondre de manière imprévisible. Le spectre d’un conflit direct entre puissances nucléaires n’est jamais loin. Ces dangers sont réels et doivent être pris au sérieux.
Mais les partisans de cette approche argumentent que le statu quo est tout aussi dangereux. L’inaction encourage l’agression. La passivité est perçue comme de la faiblesse. Et la faiblesse invite des attaques de plus en plus audacieuses, jusqu’au point où un conflit direct devient inévitable. Mieux vaut, selon eux, établir des limites claires maintenant que d’attendre que la situation devienne incontrôlable.
Le paradoxe de la dissuasion, c’est qu’elle exige de préparer la guerre pour éviter la guerre. De menacer pour ne pas avoir à frapper. De montrer ses muscles pour ne pas avoir à les utiliser. C’est un jeu dangereux, certes. Mais le jeu inverse — faire profil bas, espérer que l’agresseur se calmera tout seul — s’est révélé encore plus dangereux. L’Ukraine en est la preuve sanglante.
Les outils de la riposte occidentale
Les capacités cyber offensives
L’Occident dispose de capacités cyber considérables. Les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, Israël — tous ont développé des arsenaux numériques capables de paralyser des systèmes critiques, d’exfiltrer des données, de perturber des opérations militaires. Ces capacités existent. Elles sont sous-utilisées par choix politique, pas par incapacité technique.
L’idée serait de lever certaines de ces restrictions. Pas de lancer des attaques aveugles, mais de riposter de manière ciblée aux agressions identifiées. Frapper les serveurs des usines à trolls. Perturber les communications des unités de hackers liées au GRU. Exposer publiquement les comptes bancaires des oligarques impliqués. Faire payer un prix à ceux qui nous attaquent.
Les sanctions élargies
Au-delà du cyber, les sanctions économiques restent un outil puissant. Mais elles doivent être utilisées de manière plus agressive. Cibler non seulement les entités étatiques, mais aussi les individus : les officiers de renseignement identifiés, les propagandistes, les hackers. Geler leurs avoirs. Interdire leurs déplacements. Rendre leur vie difficile.
Les revenus pétroliers russes, malgré les sanctions existantes, continuent d’alimenter la machine de guerre. Les analystes notent que ces revenus devraient chuter de 46% en janvier 2026. C’est un progrès, mais insuffisant. Des mesures plus radicales — embargo total, sanctions secondaires contre les pays qui contournent les restrictions — pourraient accélérer cette pression.
Nous avons les outils. Nous avons les capacités. Ce qui nous manque, c’est la volonté politique. La peur de l’escalade nous paralyse. Mais cette peur est exactement ce sur quoi Poutine compte. Il sait que nous ne voulons pas le conflit. Il exploite cette réticence. Il pousse un peu plus loin à chaque fois, sachant que nous préférerons encaisser plutôt que riposter. Quand finirons-nous par comprendre que cette stratégie nous mène droit dans le mur?
L'Ukraine comme laboratoire
Les leçons du conflit
La guerre en Ukraine offre des leçons précieuses pour la guerre de l’ombre. Kyiv a développé des capacités cyber remarquables, menant des opérations contre les systèmes russes avec un succès notable. L’armée IT ukrainienne — un réseau de volontaires et de professionnels — a démontré qu’il était possible de riposter efficacement à un adversaire supposé plus puissant.
L’Ukraine a également montré l’importance de la guerre de l’information. Le président Zelensky est devenu un maître de la communication, mobilisant le soutien international par des messages percutants. Face à la machine de propagande russe, l’Ukraine a répondu par la transparence, l’authenticité, l’émotion. Et elle a gagné la bataille de l’opinion mondiale.
Étendre le modèle
L’OTAN pourrait s’inspirer de ces succès. Créer une capacité collective de cyber-riposte. Coordonner les efforts de contre-désinformation. Partager les renseignements sur les menaces en temps réel. Faire de la défense contre la guerre hybride une priorité au même titre que la défense conventionnelle.
Le drone à hydrogène Raybird, récemment déployé par l’Ukraine, illustre également l’importance de l’innovation technologique. Dans la guerre de l’ombre comme dans la guerre ouverte, l’avantage va à ceux qui adaptent le plus vite leurs outils et leurs tactiques. L’Occident a les ressources pour innover. Il lui manque parfois l’urgence.
Gagner la guerre de l’ombre contre la Russie exigera un changement de mentalité. Cesser de réagir et commencer à agir. Accepter que la confrontation est inévitable et qu’il vaut mieux la mener selon nos termes. Comprendre que la paix n’est pas l’absence de conflit, mais la capacité à dissuader l’agression. Ces vérités sont dures. Elles heurtent notre désir de tranquillité. Mais le monde ne nous laisse pas le choix. Poutine a déclaré la guerre à l’Occident. Il est temps que l’Occident l’entende — et réponde.
Sources
Sources primaires
Foreign Affairs – How to Win the Shadow War With Russia: NATO Must Escalate to De-escalate (20 janvier 2026)
Sources secondaires
Ukraine Crisis Media Center – Day 1,426 (20 janvier 2026)
Al Jazeera – Russia-Ukraine war: List of key events, day 1,426 (20 janvier 2026)
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