Une conférence de presse au vitriol
La conférence de presse de Sergueï Lavrov ce 20 janvier 2026 restera comme un moment de diplomatie brutale assumée. Le ministre russe des Affaires étrangères, visiblement satisfait de la tournure des événements, n’a pas raté l’occasion de ridiculiser les efforts européens à Davos. Plusieurs réunions ont été annoncées à Davos aujourd’hui ou demain, où ils vont à nouveau critiquer le président Trump avec des approches complètement discréditées et vouées à l’échec, a-t-il lancé devant les journalistes. Le ton était donné. Pour Lavrov, les dirigeants européens sont devenus des acteurs secondaires, incapables d’accepter que le centre de gravité des négociations sur l’Ukraine se soit déplacé vers l’axe Washington-Moscou. Le chef de la diplomatie russe a également affirmé que les États-Unis sont conscients de la nécessité d’aborder les causes profondes du conflit ukrainien, suggérant que l’administration Trump partage au moins partiellement l’analyse du Kremlin sur les origines de la guerre.
Lavrov s’est montré particulièrement cinglant envers les propositions européennes de cessez-le-feu. Selon lui, lorsque les Européens, notamment l’Allemagne et le Royaume-Uni, affirment que leur priorité absolue est une trêve de 60 jours, ce n’est pas sérieux. Leur objectif est simplement d’acheter du temps pour soutenir le régime de Kiev et préserver son essence. Le message est limpide : Moscou ne se laissera pas piéger par ce que la Russie considère comme une manœuvre dilatoire. Le ministre a également rejeté l’idée de garanties de sécurité pour l’Ukraine telles que les promeuvent les Européens. Ces garanties de sécurité dont parlent respectueusement nos collègues européens, tout en vantant leur contribution à la paix, sont destinées au régime nazi actuel de Kiev. Nous ne devons pas l’oublier, a-t-il martelé, reprenant la rhétorique habituelle du Kremlin qualifiant le gouvernement ukrainien de nazi. Une provocation de plus dans un océan de tensions.
Il y a quelque chose de profondément dérangeant dans le ton de Lavrov. Cette assurance, ce mépris à peine voilé pour l’Europe. Comme si nous étions devenus quantité négligeable sur notre propre continent. Et le pire, c’est qu’il n’a peut-être pas entièrement tort. Quand les dirigeants européens doivent se rendre en masse à Davos pour tenter d’infléchir la position d’un président américain qui les traite comme des laquais, on est en droit de se demander : où est passée la fierté européenne ? Où est passée notre capacité à peser sur les affaires du monde ?
Moscou joue la carte de l’ouverture sélective
Mais Lavrov ne s’est pas contenté de critiquer. Il a également voulu montrer que la Russie reste ouverte au dialogue, mais uniquement avec les interlocuteurs qu’elle juge dignes d’intérêt. Nous sommes ouverts aux contacts avec Monsieur Witkoff et Monsieur Kushner, a-t-il déclaré, faisant référence aux deux émissaires de Trump qui ont déjà rencontré Vladimir Poutine à plusieurs reprises ces dernières semaines. Cette ouverture sélective est tout sauf innocente. En acceptant de dialoguer directement avec l’entourage proche de Trump tout en méprisant les initiatives européennes, Moscou cherche à marginaliser l’Europe et à établir un condominium russo-américain sur l’avenir de l’Ukraine. Le Kremlin parie sur le fait que Trump, pragmatique et transactionnel, sera plus enclin à accepter un accord qui reconnaisse les gains territoriaux russes que les Européens, empêtrés dans leurs considérations morales et juridiques.
La stratégie russe est claire : diviser pour mieux régner. En flattant l’ego de Trump et en se montrant coopératif avec ses représentants, Poutine espère isoler l’Europe et obtenir un accord favorable sans avoir à faire de concessions significatives. Lavrov a d’ailleurs souligné que l’idée de Trump pour résoudre le conflit ukrainien, discutée et soutenue par Moscou à Anchorage, est catégoriquement rejetée par le groupe des élites européennes. Une façon de dire que Washington et Moscou pourraient s’entendre, si seulement les Européens cessaient de mettre des bâtons dans les roues. Le ministre russe a également noté qu’il ne voyait aucun intérêt parmi les politiciens britanniques, français et allemands, ni parmi les responsables de Bruxelles, à résoudre la crise ukrainienne. Une accusation grave, qui vise à présenter l’Europe comme l’obstacle principal à la paix, tout en exonérant Moscou de toute responsabilité dans la poursuite des hostilités.
Section 3 : L'Europe entre désespoir et résistance
Le G7 se mobilise dans l’urgence
Face à cette offensive diplomatique russe et aux incertitudes américaines, les dirigeants européens ont choisi de ne pas rester les bras croisés. Selon le Financial Times, les chefs d’État du G7 prévoient de rejoindre une possible rencontre entre Trump et Zelensky à Davos le 21 janvier. Le chancelier allemand Friedrich Merz, le président français Emmanuel Macron, les premiers ministres britannique Keir Starmer, italien et canadien, ainsi que la présidente de la Commission européenne, pourraient tous converger vers la Suisse. L’objectif avoué : obtenir que Trump approuve personnellement des garanties de sécurité pour l’Ukraine. La scène a quelque chose de pathétique. La fleur de la nation d’un continent entier qui afflue à Davos pour supplier collectivement une seule personne de Washington de dire oui, comme l’a ironiquement noté un observateur. En parallèle, une réunion des conseillers à la sécurité des pays de la coalition des volontaires est également prévue.
L’Union européenne ne reste pas non plus inactive sur le plan financier. Un nouveau paquet de financement de 105 milliards d’euros sur deux ans a été annoncé pour Kiev, effaçant les incertitudes sur la capacité de l’Ukraine à tenir dans la durée et perturbant le calendrier optimiste que Poutine avait en tête. C’est peut-être la meilleure nouvelle de ces dernières semaines pour Kiev : la preuve que l’Europe, malgré ses divisions et ses hésitations, n’a pas abandonné l’Ukraine. Mais l’argent ne suffit pas. Ce dont Zelensky a besoin, ce sont des garanties de sécurité robustes, des engagements contraignants qui dissuaderaient la Russie de relancer les hostilités après un éventuel cessez-le-feu. Et sur ce point, l’Europe seule ne peut pas grand-chose sans le soutien américain. D’où cette course à Davos, cette tentative désespérée de capter l’attention de Trump avant qu’il ne conclue un accord directement avec Poutine.
105 milliards d’euros. C’est une somme colossale. Une preuve tangible que l’Europe n’a pas tourné le dos à l’Ukraine. Et pourtant, j’ai du mal à me réjouir. Parce que tout cet argent ne changera rien si Trump et Poutine s’entendent dans notre dos. Parce que l’Europe finance, mais ne décide pas. Parce que nous payons pour une guerre dont l’issue se négociera entre Washington et Moscou, comme au bon vieux temps de Yalta. L’histoire bégaie, et nous semblons condamnés à revivre les mêmes humiliations.
La France et le Royaume-Uni montent au créneau
Dans ce contexte tendu, la France et le Royaume-Uni tentent de prendre le leadership sur la question des garanties de sécurité. Lors d’un sommet à Paris au début du mois, les deux puissances nucléaires européennes ont annoncé leur intention d’établir des hubs militaires à travers l’Ukraine et de construire des installations protégées pour les armes et équipements militaires destinés à soutenir les besoins défensifs du pays. Keir Starmer a été clair : il ne peut y avoir de paix que si la Russie fait des compromis, et Poutine ne montre pas qu’il est prêt pour la paix. La présence de troupes britanniques et françaises en Ukraine serait essentielle, selon Zelensky. L’existence même de la coalition dépend de la capacité de certains pays à renforcer leur présence sur le terrain, a déclaré le président ukrainien. Mais cette initiative se heurte à un obstacle de taille : Moscou a catégoriquement rejeté tout déploiement de troupes de pays membres de l’OTAN sur le sol ukrainien.
La position européenne est donc un équilibre délicat entre fermeté et pragmatisme. D’un côté, les Européens veulent montrer qu’ils sont prêts à s’engager militairement pour défendre l’Ukraine. De l’autre, ils doivent éviter toute escalade avec la Russie qui pourrait mener à une confrontation directe. Macron, lors du Forum de Davos, devrait pousser pour activer l’instrument anti-coercition de l’UE, une mesure qui permettrait à l’Europe de riposter économiquement si Trump met ses menaces de tarifs à exécution. Les Européens sont furieux, comme l’a résumé un correspondant de NPR. Les actions de Trump sont perçues comme du chantage, et les États-Unis les traitent comme un adversaire. Le pacte transatlantique, forgé dans le feu de la Seconde Guerre mondiale et de la Guerre froide, est soumis à une pression sans précédent.
Section 4 : Trump, le maître du jeu à Davos
La plus grande délégation américaine de l’histoire
Donald Trump n’est pas venu à Davos pour faire de la figuration. Pour la première fois depuis 2020, le président américain assiste en personne au Forum économique mondial, et il a décidé de marquer le coup. La délégation américaine est la plus importante jamais envoyée à Davos, selon les organisateurs du Forum. Le secrétaire d’État Marco Rubio, l’émissaire spécial Steve Witkoff et le gendre du président Jared Kushner sont tous présents, formant un triumvirat impliqué dans les négociations sur l’Ukraine. La Maison-Blanche a officiellement indiqué qu’aucune réunion bilatérale n’était programmée, mais la présence de Witkoff et Kushner, considérés comme les clés de toute négociation avec Moscou et Kiev, laisse penser que des discussions cruciales se tiendront dans les coulisses. Certains initiés estiment même qu’un accord entre Trump et Zelensky pourrait être signé à Davos.
Trump arrive en position de force absolue. Ses récentes actions, de la menace d’annexer le Groenland à l’intervention militaire au Venezuela, ont démontré qu’il n’hésitera pas à bousculer l’ordre international établi pour servir ce qu’il perçoit comme les intérêts américains. Les Européens, qui avaient espéré que son second mandat serait plus modéré que le premier, ont dû déchanter. Comme l’a résumé Alice Weidel, la leader de l’Alternative pour l’Allemagne : Pendant plusieurs années, l’Occident a bruyamment accusé la Russie et Vladimir Poutine de violer le droit international, mais maintenant ces mêmes voix se sont brusquement tues quand Donald Trump entreprend des actions similaires. L’ironie est mordante. Le gardien autoproclamé de l’ordre international libéral se comporte désormais exactement comme l’adversaire qu’il dénonçait. Et l’Europe ne sait plus à quel saint se vouer.
Vous savez ce qui me frappe le plus dans cette situation ? C’est le silence assourdissant de ceux qui, il y a encore quelques mois, criaient au scandale face aux violations du droit international par la Russie. Trump menace d’annexer un territoire souverain, intervient militairement au Venezuela, impose des tarifs punitifs à ses propres alliés. Et que fait l’Europe ? Elle négocie. Elle temporise. Elle espère que ça va passer. Cette hypocrisie me donne la nausée. On avait des principes, paraît-il. Ils se sont évaporés quelque part entre Bruxelles et Washington.
L’Ukraine dans la balance
Trump a été clair sur sa vision des négociations de paix. Le mois dernier, il a affirmé qu’un accord était prêt à 95%, faisant apparemment référence à un plan qui prévoit que Kiev cède le reste du Donbass à la Russie, renonce à ses ambitions d’adhésion à l’OTAN et plafonne ses capacités militaires. Le projet initial de 28 points, critiqué par Kiev et ses soutiens européens comme favorisant Moscou, a été réduit à 20 points, mais les questions clés restent non résolues. Zelensky est réticent à céder du territoire ou à organiser des élections sans garanties de sécurité robustes de type OTAN. La position du président ukrainien est délicate. Son mandat présidentiel a expiré en mai 2024, et il a refusé d’organiser de nouvelles élections en invoquant le conflit avec la Russie. Moscou l’a qualifié d’illégitime, et même Trump l’a un jour traité de dictateur sans élections.
Interrogé sur qui bloque les négociations, Trump a répondu par un seul nom : Zelensky. Je pense simplement qu’il a du mal à y arriver, a ajouté le président américain. Je pense que Poutine est prêt à conclure un accord. Je pense que l’Ukraine est moins prête. La relation entre Trump et Zelensky a été tumultueuse depuis la fameuse réunion à la Maison-Blanche en début d’année où le vice-président JD Vance avait accusé le dirigeant ukrainien de manquer de gratitude envers l’aide américaine. Trump a réitéré que Zelensky n’a pas de cartes dans le conflit et les négociations avec la Russie. Il n’en a jamais eu depuis le premier jour. Il n’a qu’une chose : Donald Trump. Une déclaration qui en dit long sur la façon dont le président américain perçoit sa propre importance dans ce dossier.
Section 5 : Les enjeux cachés de Davos 2026
Plus qu’une simple réunion économique
Le Forum économique mondial de Davos n’a jamais été aussi politique. Les organisateurs tablent sur près de 3000 participants issus du monde des affaires, de la politique et de la société civile, un record de 400 dirigeants politiques, 850 patrons d’entreprises et 100 pionniers de la tech. Mais c’est bien la géopolitique qui domine l’agenda cette année. Les présidents de l’Argentine, de la France, de l’Indonésie, de la Syrie et de l’Ukraine seront présents parmi les dizaines de chefs d’État attendus. La Chine sera représentée par le vice-Premier ministre He Lifeng, dans un contexte de trêve commerciale fragile avec Washington. Fait notable, les représentants du gouvernement danois ont été invités mais ont décidé de ne pas participer, alors que le différend sur le Groenland s’intensifie. Une absence lourde de sens. Le Danemark refuse de faire comme si de rien n’était pendant que Trump convoite ouvertement son territoire.
Le Forum lui-même a averti dans son dernier rapport sur les risques mondiaux que les règles et institutions qui ont longtemps soutenu la stabilité sont assiégées dans une nouvelle ère où le commerce, la finance et la coopération internationale sont instrumentalisés. Un constat amer qui résume bien l’ambiance de cette édition 2026. Le rapport annuel sur la confiance d’Edelman, publié à l’occasion du Forum, révèle que les craintes liées au commerce et à la récession ont atteint un niveau record, que l’optimisme décline particulièrement dans les pays développés, et que le ressentiment de l’année dernière s’est transformé en un repli sur soi plus large. Les gens se retirent du dialogue et du compromis, choisissant la sécurité du familier plutôt que le risque perçu du changement, a résumé le PDG Richard Edelman. Notre mentalité est passée du nous au moi. Une époque s’achève.
Du nous au moi. Cette phrase me hante depuis que je l’ai lue. Elle résume tout. La fin d’une époque où l’on croyait encore à la coopération internationale, au dialogue, au compromis. Aujourd’hui, chacun pour soi. Les grandes puissances avancent leurs pions sans se soucier des règles du jeu. L’Europe, qui a construit son identité sur le multilatéralisme et le droit international, se retrouve orpheline d’un monde qui n’existe plus. Et le pire, c’est qu’on ne sait même plus si on doit pleurer cette époque ou se préparer à survivre dans la nouvelle.
L’ombre du Groenland plane sur les débats
Impossible de parler de Davos 2026 sans évoquer l’éléphant dans la pièce : le Groenland. Les menaces de Trump d’acquérir ce territoire arctique, qu’ils le veuillent ou non, ont provoqué une onde de choc dans les capitales européennes. La question n’est plus théorique depuis que le Danemark a commencé à déployer des troupes supplémentaires sur l’île, rejointes par des soldats d’autres pays de l’UE. La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a déclaré que les forces européennes sont prêtes à sécuriser l’Arctique et que les tarifs brandis par Trump sont inappropriés. Mais cette fermeté de façade cache une réalité plus inquiétante : les autorités danoises reconnaissent en privé qu’il sera très difficile d’empêcher Trump d’annexer le Groenland s’il s’y décide vraiment. L’Europe est confrontée à un dilemme impossible : résister et risquer une rupture totale avec les États-Unis, ou céder et accepter que le droit international ne s’applique plus aux grandes puissances.
Cette crise du Groenland empoisonne les discussions sur l’Ukraine. Comment les Européens peuvent-ils exiger le respect de l’intégrité territoriale de l’Ukraine si leur principal allié menace ouvertement l’intégrité territoriale d’un membre de l’UE ? Comment peuvent-ils condamner les ambitions expansionnistes de Poutine tout en fermant les yeux sur celles de Trump ? La contradiction est flagrante, et Lavrov ne manque pas de l’exploiter. Pendant plusieurs années, l’Occident a bruyamment accusé la Russie de violer le droit international, mais maintenant ces mêmes voix se sont brusquement tues, a-t-il ironisé. L’Europe se retrouve piégée par ses propres principes, incapable de les appliquer de manière cohérente face à un allié qui les bafoue aussi ouvertement que l’adversaire qu’elle était censée combattre.
Section 6 : L'Ukraine, enjeu central d'un monde en mutation
Les garanties de sécurité au cœur des négociations
Pour l’Ukraine, la question des garanties de sécurité est existentielle. Zelensky a été clair : si Kiev ne peut pas rejoindre l’OTAN, alors elle a besoin de garanties de sécurité contre une future agression russe. Le président ukrainien a exprimé l’espoir que ces garanties puissent ressembler à la protection offerte par l’Article 5 de l’Alliance atlantique, même si elles ne seraient pas formellement l’Article 5 lui-même. Nous travaillons sur des garanties de sécurité qui ne sont pas l’Article 5 en soi, mais spécifiquement les forces et la protection que l’Article 5 fournit aux pays de l’OTAN, a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse. Un équilibre délicat qui vise à obtenir une protection de facto sans provoquer une escalade avec Moscou. Mais la Russie a déjà prévenu : tout déploiement de troupes de pays membres de l’OTAN sur le sol ukrainien est inacceptable. Le cercle semble impossible à carrer.
La situation sur le terrain reste critique. Zelensky a affirmé que la Russie perd au moins 1000 soldats tués par jour depuis décembre, un chiffre qui illustre l’intensité des combats. Mais ces pertes massives ne semblent pas décourager Moscou, qui continue son avancée lente mais inexorable dans le Donbass. Selon certaines analyses, si les combats se poursuivent au rythme actuel, les troupes russes pourraient avoir achevé la conquête de l’ensemble du Donbass d’ici un an. L’Ukraine a déjà perdu 89% de cette région et perdra très probablement le reste l’année prochaine, estime le professeur de Harvard Graham Allison. Le défi stratégique de l’Ukraine est de trouver un moyen d’échanger le reste du Donetsk contre des garanties de sécurité plus solides. Une équation cruelle qui revient à négocier le prix du territoire perdu.
L’Europe face à ses responsabilités historiques
L’Europe se trouve à un carrefour historique. Pour la première fois depuis la fin de la Guerre froide, le continent doit envisager sérieusement sa propre défense sans pouvoir compter de manière inconditionnelle sur le parapluie américain. L’Ukraine dispose désormais de la plus grande armée d’Europe, avec 800 000 militaires actifs selon Zelensky, une force qui a acquis une expérience de combat inégalée ces dernières années. L’intégration de l’industrie de défense ukrainienne dans l’écosystème européen, avec 300 millions d’euros prévus dans le cadre du nouveau programme européen de l’industrie de défense, pourrait faire de Kiev un partenaire de sécurité crucial alors que l’Europe se réarme. Mais cette perspective à long terme ne résout pas le problème immédiat : comment empêcher la Russie de dicter ses conditions à l’Ukraine et, par extension, à l’ensemble du continent ?
La réponse passe peut-être par ce que certains appellent l’autonomie stratégique européenne. Zelensky lui-même a appelé à la création d’une armée européenne unifiée capable de défier la Russie. L’idée, longtemps considérée comme utopique, gagne du terrain à mesure que les Européens réalisent qu’ils ne peuvent plus compter sur la protection américaine comme par le passé. Washington, dans le cas du Venezuela et du Groenland, semble adopter l’idéologie propre à la Russie, où les grandes puissances dictent leurs conditions dans leur arrière-cour, note un analyste de Chatham House. L’Europe doit donc choisir : rester un nain géopolitique dépendant du bon vouloir américain, ou devenir enfin un acteur à part entière sur la scène mondiale. Le choix est douloureux, mais il ne peut plus être évité.
Conclusion : L'heure des choix pour l'Europe
Un monde qui bascule sous nos yeux
Davos 2026 restera peut-être dans l’histoire comme le moment où le masque est définitivement tombé. L’ordre international libéral, celui des règles communes et du multilatéralisme, celui que l’Europe a contribué à construire et dont elle était le principal défenseur, est en train de s’effondrer. Les grandes puissances, États-Unis, Russie, Chine, reviennent à une logique de sphères d’influence et de rapport de force brut. Dans ce nouveau monde, les principes comptent moins que la puissance, le droit international moins que les intérêts nationaux. Lavrov l’a compris depuis longtemps. Trump l’assume désormais ouvertement. L’Europe, elle, semble encore hésiter, tiraillée entre ses valeurs proclamées et la réalité d’un environnement international de plus en plus hostile. Cette hésitation est un luxe qu’elle ne peut plus se permettre. Chaque jour qui passe sans décision claire est un jour de perdu dans la course à l’autonomie stratégique.
L’Ukraine est le test grandeur nature de la capacité européenne à défendre ses intérêts et ses valeurs. Si Kiev est sacrifiée sur l’autel d’un accord russo-américain conclu par-dessus la tête des Européens, le message sera clair : l’Europe ne compte plus. Poutine l’aura emporté, non pas en battant l’Ukraine sur le champ de bataille, mais en démontrant que l’Occident n’est plus capable de défendre un État souverain face à l’agression. Les conséquences iraient bien au-delà de l’Ukraine. Les pays baltes, la Pologne, la Finlande, tous les États qui vivent dans l’ombre de la Russie se demanderaient s’ils peuvent vraiment compter sur leurs alliés en cas de besoin. La crédibilité de l’OTAN elle-même serait en jeu. C’est pourquoi les dirigeants européens se précipitent à Davos, malgré l’humiliation que représente cette supplique collective auprès de Trump. Ils savent que l’enjeu dépasse largement l’Ukraine. C’est l’avenir même de la sécurité européenne qui se joue dans les couloirs feutrés du Congress Centre.
Je termine cet article avec un sentiment de vertige. Vertige devant l’ampleur des transformations en cours. Vertige devant l’impuissance apparente de l’Europe à peser sur son propre destin. Et pourtant, quelque part au fond de moi, une petite flamme refuse de s’éteindre. L’histoire n’est pas écrite d’avance. L’Europe a déjà su se relever de situations désespérées. Elle peut encore surprendre. Mais le temps presse. Chaque jour de tergiversation est un jour offert à ceux qui veulent nous voir divisés et faibles. Alors oui, les dirigeants européens mendient à Davos. Oui, c’est humiliant. Mais ce qui compte, ce n’est pas la posture. C’est le résultat. Et si, au bout du compte, ils parviennent à sauver quelque chose de l’Ukraine et de l’ordre international, alors peut-être que cette humiliation aura valu le coup. Peut-être.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels des gouvernements et institutions internationales, déclarations publiques des dirigeants politiques, rapports d’organisations intergouvernementales, dépêches d’agences de presse internationales reconnues (Reuters, Associated Press, Agence France-Presse, TASS, Sputnik).
Sources secondaires : publications spécialisées, médias d’information reconnus internationalement, analyses d’institutions de recherche établies (Euronews, NPR, CNBC, ABC News, Financial Times, Kyiv Independent, Izvestia, Chatham House).
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici.
Sources
Sources primaires
Antara News – Rusia: pemimpin Eropa berupaya pengaruhi kebijakan Trump soal Ukraina – 20 janvier 2026
Izvestia – Lavrov pointed to Europe’s attempts to convince Trump to change his position on Ukraine – 20 janvier 2026
Izvestia – Lavrov pointed out that the European elites had crossed out Trump’s plan for Ukraine – 20 janvier 2026
TASS – Déclarations du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov – janvier 2026
Sources secondaires
Euronews – World leaders gather at Davos as Trump reshapes global order – 18 janvier 2026
NPR – Trump attends World Economic Forum amid U.S.-European tensions over Greenland – 19 janvier 2026
CNBC – Global week ahead: Will cooler heads prevail at Davos WEF 2026? – 18 janvier 2026
CNBC – Trump is going to Davos — here are the big names who aren’t – 19 janvier 2026
ABC News – Inequality and unease are rising as elite Davos event opens with Trump set to attend – 19 janvier 2026
Kyiv Independent – US and Ukraine plan to sign $800 billion deal at Davos – janvier 2026
Zee Business – Davos 2026: Kyiv, EU allies seek clearer Ukraine commitment from Trump – janvier 2026
Chatham House – Zelenskyy’s reshuffle aims to neutralize political rivals, restore trust – janvier 2026
Russia Matters (Harvard) – Russia Analytical Report, Dec. 22, 2025–Jan. 5, 2026
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