Pourquoi Trump veut cette terre gelée
Le Groenland n’est pas juste une île. C’est un continent de glace et de pierre, plus grand que la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne réunis. Sous ses calottes glaciaires qui fondent année après année, dorment des trésors incalculables : terres rares, zinc, cuivre, uranium, pétrole, gaz. Jennifer Spence et Elizabeth Hanlon, du Belfer Center de Harvard, expliquent la chose avec une clarté brutale : « Le Groenland héberge la base spatiale de Pituffik, anciennement Thule Air Base, une installation militaire américaine essentielle pour l’alerte précoce de missiles et la défense ainsi que pour la surveillance spatiale. Le Groenland fait aussi partie du détroit GIUK (Groenland-Islande-Royaume-Uni), un goulot d’étranglement pour la guerre anti-sous-marine dans l’Atlantique Nord pendant la Guerre froide, qui reste important aujourd’hui pour surveiller et potentiellement restreindre les mouvements navals russes dans l’Atlantique Nord et l’océan Arctique. »
Mais la vérité, c’est que Trump n’en a pas besoin. Frank Rose, ancien sous-secrétaire d’État américain aux affaires militaires, l’a dit noir sur blanc : « Selon l’accord de défense de 1951 entre les États-Unis et le Danemark, nous pouvons pratiquement faire tout ce que nous voulons au Groenland. » L’armée américaine y opère déjà librement. Les satellites américains y ont des stations. Les radars américains y surveillent les missiles russes. Trump pourrait tout ce qu’il veut — la sécurité qu’il prétend rechercher — sans annexer quoi que ce soit. Alors pourquoi ? Pourquoi cette obsession ? Pourquoi ces menaces ?
Et c’est là que mon sang ne fait qu’un tour. C’est l’ego. C’est la vanité. C’est l’histoire qu’il veut écrire. Trump veut être le premier président américain depuis William McKinley à annexer un territoire. Il veut rejoindre les expansionnistes du passé — Theodore Roosevelt qui a pris Hawaï, James K. Polk qui a arraché le Mexique la moitié du sud-ouest américain. Il veut son nom dans les livres d’histoire, pas comme le président qui a divisé l’Amérique, mais comme celui qui l’a agrandie. Et pour ça, 56 000 Inuit ? Ils ne comptent pas. La souveraineté danoise ? Elle ne compte pas. L’ordre international ? Il ne compte pas. Seul compte l’ego d’un homme qui veut se sentir puissant. C’est tragique. C’est grotesque. Et c’est là, devant nos yeux, en train de se passer.
L’orgueil d’un peuple millénaire
Pituffik Space Base. Autrefois Thule Air Base. Construite pendant la Seconde Guerre mondiale, agrandie pendant la Guerre froide, elle est là, coincée entre des montagnes de glace et l’océan Arctique. Dans le hangar principal, le capitaine américain Mike Evans regarde les écrans de surveillance. Les radars tournent sans relâche, traquant les missiles qui pourraient venir de l’est, de la Russie de Vladimir Poutine qui a envahi l’Ukraine en 2022 et qui ne cesse d’étendre sa portée militaire. Mike a 34 ans, deux enfants, une femme qui l’attend en Virginie. Il ne comprend pas tout ce qui se passe politiquement. Il sait juste qu’il a un travail à faire : protéger l’Amérique depuis cette île lointaine où il fait moins 30 degrés en hiver.
À deux cents kilomètres de là, dans la capitale Nuuk, Múte B. Egede s’assoit devant les caméras. Il n’a que 39 ans, mais son visage porte des rides qui viennent des années de lutte pour l’autonomie de son peuple. Il lève les yeux vers les journalistes et dit les mots que personne ne veut entendre : « Le Groenland appartient au peuple groenlandais. Nous ne sommes pas à vendre. Nous ne sommes pas à prendre. » Derrière lui, les drapeaux groenlandais flottent au vent — rouge et blanc, le cercle qui représente le soleil qui se couche sur la glace. Les gens dans la rue regardent, certains craignent, d’autres en colère. Certains, surtout les plus jeunes, commencent même à penser que peut-être, l’indépendance complète est la seule voie. Puisque le Danemark ne peut pas les protéger, et que l’Amérique veut les prendre, peut-être qu’il faut être seul pour être libre.
Imaginez un instant. Imaginez que vous vivez dans votre village depuis des générations. Votre famille est là, vos ancêtres sont enterrés là, vos enfants sont nés là. Et puis un jour, un homme puissant dans un bureau lointain décrète que votre terre lui appartient. Pas votre gouvernement. Pas vous. Lui. Parce qu’il le veut. C’est ça qui me brise le cœur. La injustice crue. L’arrogance absolue. Comment est-ce qu’on peut faire ça à des gens ? Comment est-ce qu’un pays qui se dit « pays des libertés » peut juste dire : « Je prends » ? Et surtout : comment est-ce que le reste du monde peut juste regarder sans intervenir ? Les mots me manquent. La colère me prend à la gorge.
Section 3 : L'Europe écartelée
L’Est contre l’Ouest, la peur contre les principes
À Varsovie, le président polonais Andrzej Duda regarde les cartes militaires. La Russie est à l’est. L’Ukraine se bat pour sa survie à quelques centaines de kilomètres. L’armée américaine est en Pologne, des milliers de soldats, des chars, des avions. C’est ce qui protège son pays. C’est ce qui empêche Poutine d’aller plus loin. Et maintenant ? Trump menace l’un de ses alliés. Duda est tiraillé. S’il condamne Trump trop fort, s’il menace des représailles, Trump pourrait retirer ces soldats. Il pourrait abandonner l’Ukraine. Et la Pologne se retrouverait seule face à la Russie. C’est ce qu’il appelle du « réalisme stratégique » : mettre la sécurité avant les principes.
À Paris, le président Emmanuel Macron a une autre vue. Lui, il voit l’avenir de l’Europe. Il voit une Union qui doit savoir se défendre seule, qui doit avoir sa propre autonomie stratégique. Il en a parlé pendant des années, même quand les autres riaient. Et maintenant, avec la menace de Trump sur le Groenland, il voit l’occasion de prouver que l’Europe existe vraiment. Il envoie des navires de guerre vers le Groenland, des avions de reconnaissance, des troupes. C’est symbolique, bien sûr — quelques centaines d’hommes contre l’armée américaine, ça ne suffit pas. Mais le message est clair : l’Europe ne cédera pas.
Et là, la division est là, crue et douloureuse. D’un côté, l’Est qui a peur. De l’autre, l’Ouest qui veut se battre. Mais comment est-ce qu’on peut reprocher à l’Est d’avoir peur ? La Russie a envahi l’Ukraine. Elle menace la Pologne, les pays baltes, la Finlande. Ces pays-là, l’Amérique, c’est leur assurance-vie. Ils ne peuvent pas se permettre de la perdre. Et comment est-ce qu’on peut reprocher à l’Ouest de vouloir défendre les principes ? Si on accepte que Trump prenne le Groenland, quel est le message envoyé au monde ? Que la souveraineté, ça ne compte plus ? Que les règles, ça ne compte plus ? C’est un piège sans issue. Et c’est l’Europe qui est prise dedans.
L’Italie qui recule, la Grande-Bretagne qui hésite
À Rome, Giorgia Meloni regarde les chiffres. L’Italie est la deuxième économie la plus exposée aux tarifs douaniers de Trump, après l’Irlande. L’automobile, la mode, les produits chimiques — tous ces secteurs italiens dépendent du marché américain. Trump a menacé : dix pour cent de tarifs de base, plus vingt pour cent de tarifs dits « réciproques », plus des tarifs de protection sur l’acier et l’aluminium. Pour l’Italie, ça signifie des milliards de dollars de pertes. Des milliers d’emplois en danger. Usines qui ferment. Usines qui délocalisent. Meloni sait qu’elle ne peut pas se permettre ça. Donc quand la France et l’Allemagne proposent d’envoyer des troupes au Groenland, elle refuse. Elle préfère garder de bonnes relations avec Washington.
À Londres, Keir Starmer fait son propre calcul. La Grande-Bretagne n’est plus dans l’Union européenne, mais elle a besoin de l’Amérique. La « relation spéciale » — ça a toujours été important pour les Britanniques. Starmer a dit que l’approche de Trump était « absolument fausse », mais il n’a envoyé qu’un seul officier militaire au Groenland. Un seul. Face à la France qui a envoyé des navires, l’Allemagne qui a envoyé des forces spéciales, la Grande-Bretagne envoie une personne. Le message est clair : Londres veut la paix, pas la guerre. Comme le rapporte ZN.ua : « La réponse, comme Starmer a essayé de le montrer lors d’une conférence de presse lundi, était assez clairement ‘non’. Il a appelé au pragmatisme. »
C’est là que je perds espoir. Pas parce que je ne comprends pas leurs calculs. Je les comprends. Chaque pays fait ce qu’il pense être dans son intérêt. C’est la réalité de la politique internationale. Mais c’est ça le problème : quand chaque pays regarde seulement son propre intérêt, l’Europe ne peut pas agir. Elle se divise. Elle s’affaiblit. Et Trump ? Il en profite. Il voit les fissures. Il voit que l’Italie ne veut pas se battre. Il voit que la Grande-Bretagne hésite. Il voit que la Pologne a peur. Et il continue à pousser, toujours plus fort, parce qu’il sait qu’il peut gagner. C’est une stratégie du Machiavel pur : diviser pour régner. Et ça marche. Pour l’amour du ciel, quand est-ce que l’Europe va comprendre que seule, elle tombera ?
Section 4 : Le prix de la paralysie
Les chiffres qui font mal
Les économistes de Bruegel ont fait les calculs. Trump a proposé des tarifs qui feraient passer le taux moyen américain sur les importations européennes de 1,47 pour cent à 15,2 pour cent. C’est énorme. Ça représente une contraction de 0,3 pour cent du PIB de l’Union européenne. Pour les États-Unis, ce serait pire — 0,7 pour cent de contraction. Donc en théorie, l’Europe pourrait gagner une guerre commerciale. En théorie. Mais la théorie, c’est beau sur le papier. Dans la réalité, les coûts ne sont pas distribués uniformément. Certains pays en souffriraient beaucoup plus que d’autres.
L’Irlande serait la plus touchée. Son économie dépend fortement des exportations, et beaucoup d’entreprises pharmaceutiques américaines y sont installées. Si Trump applique ses tarifs, l’Irlande perdrait des milliards. L’Allemagne aussi serait durement touchée — Bruegel estime une contraction de 0,4 pour cent de son PIB. C’est un pays qui dépend de ses exportations vers les États-Unis, surtout dans l’automobile et la chimie. Et l’Italie, comme nous l’avons vu, serait frappée dans les secteurs des transports, de la mode et de l’automobile. Ces chiffres, c’est des économies. Des familles. Des vies qui vont basculer.
J’essaie de m’imaginer à la place d’un ouvrier allemand dans une usine BMW. Il travaille dur depuis vingt ans. Il a une maison, deux enfants, des rêves pour eux. Et puis un jour, son patron l’appelle et lui dit : « On doit réduire la production. L’Amérique nous impose des tarifs. On ne peut plus vendre comme avant. » Qu’est-ce qu’il ressent ? La peur. L’anxiété. Le sentiment d’impuissance. Et ce qui le tue ? C’est que ce n’est pas sa faute. C’est la faute d’un homme dans un bureau lointain qui veut prendre une île qu’il n’a jamais vue. C’est ça qui est insupportable. La souffrance des innocents pour l’ego d’un seul.
La stratégie de Trump : tester et exploiter
Mark Champion de Bloomberg a écrit l’analyse la plus lucide sur tout ça. Il explique : « Le point derrière toutes ces déclarations dures est correct : l’Europe a déjà enduré. Elle a fait tout ce qu’elle pouvait pour contenir Trump, l’apaiser, utiliser le levier, mais ces tentatives have échoué. Au lieu de ça, ça n’a fait que confirmer sa conviction que ses alliés les plus proches sont faibles, et ça l’encourage à pousser encore plus fort parce qu’il sent qu’il peut le faire. » C’est exactement ça. Trump teste. Il pousse un peu. Il regarde comment l’Europe réagit. Si elle recule, il pousse encore. Si elle hésite, il insiste. Si elle se divise, il attaque.
C’est une stratégie qu’il a utilisée toute sa vie. Dans les affaires, en politique, dans tout. Il cherche les points faibles. Il cherche les divisions. Et quand il les trouve, il les exploite. Avec l’Europe, il a trouvé un point faible énorme : la dépendance à l’Amérique pour la sécurité. L’Europe ne peut pas se défendre seule. Elle a besoin de l’armée américaine, des satellites américains, du renseignement américain. Trump le sait. Donc il utilise cette dépendance. Il menace. Il harcèle. Et l’Europe ? Elle ne sait pas quoi faire. Si elle résiste, elle risque de perdre sa protection. Si elle céde, elle perd son âme. C’est le dilemme qui déchire l’Europe.
Silence. Juste… silence. Je regarde les nouvelles. Je lis les déclarations. J’entends les promesses de résistance, les appels à l’unité. Et puis… plus rien. L’Europe retombe dans sa paralysie habituelle. Les réunions se succèdent, les communiqués sont publiés, les principes sont réaffirmés. Mais sur le terrain ? Rien de concret. Les navires français sont partis, les troupes allemandes sont revenues, les Britanniques ont rappelé leur unique officier. C’est comme un souffle qui s’éteint. Comme une flamme qui vacille et puis s’éteint. Et Trump continue de rire. Il continue de pousser. Parce qu’il sait que l’Europe n’a pas le courage de dire non.
Section 5 : Les leçons de l'histoire
Quand l’Amérique s’agrandissait
L’histoire américaine est remplie de moments d’expansion territoriale. En 1845, le président James K. Polk a annexé le Texas. Ensuite, il a fait la guerre contre le Mexique et a arraché à ce pays la Californie, le Nouveau-Mexique, l’Arizona, le Nevada, l’Utah — la moitié de ce qui est aujourd’hui le sud-ouest américain. En 1867, le secrétaire d’État William Seward a acheté l’Alaska à la Russie pour 7,2 millions de dollars — un prix ridiculement bas, vu les richesses qui s’y trouvent. En 1898, le président William McKinley a annexé Hawaï et a gagné la guerre hispano-américaine, obtenant Porto Rico, Guam et les Philippines.
Tous ces moments, ils ont une chose en commun : l’Amérique a pris des territoires qui n’étaient pas les siens. Mais il y a une différence cruciale. Le Texas avait une population américaine importante qui voulait l’annexion. Hawaï a été prise avec la complicité de business américains sur l’île. L’Alaska a été acheté. Mais le Groenland ? Les Groenlandais ne veulent pas être américains. Ils l’ont dit clairement. Le gouvernement groenlandais l’a dit clairement. Le gouvernement danois l’a dit clairement. Personne ne veut cette annexion. Sauf Trump.
Je pense à William McKinley. Il a été assassiné en 1901, six mois après avoir commencé son deuxième mandat. Theodore Roosevelt lui a succédé, et il a continué l’expansion américaine. Ils ont été célébrés comme des héros. Ils ont écrit leur nom dans l’histoire. Et Trump ? Il veut la même chose. Il veut être célébré. Il veut être dans les livres d’histoire. Mais il y a une différence : McKinley et Roosevelt vivaient dans une époque où l’expansion territoriale était acceptée. Ils vivaient avant 1945, avant l’ONU, avant les règles modernes du droit international. Trump ? Il vit aujourd’hui, dans un monde où l’annexion par la force est interdite. Et il s’en fiche. Il veut son héritage, peu importe les règles.
Le refus de l’ordre international
Après 1945, le monde a changé. Les horreurs de la Seconde Guerre mondiale — six millions de Juifs exterminés, des villes rasées, des continents dévastés — ont créé une nouvelle conception des relations internationales. L’Organisation des Nations Unies a été créée en 1945, avec la Charte des Nations Unies qui interdit l’acquisition territoriale par la force. L’OTAN a été créée en 1949, basée sur le principe de la défense collective. Le système commercial international a été bâti sur les règles plutôt que sur la puissance brute. Pendant des décennies, l’Amérique elle-même a défendu ce système. Elle en a été l’un des plus grands architectes.
Mais maintenant ? Trump rejette tout ça. Il dit que l’ordre international est une contrainte sur l’Amérique. Il dit que l’OTAN est injuste parce que l’Amérique paie trop. Il dit que l’ONU est inutile. Il dit que les règles ne s’appliquent pas à lui. C’est un changement radical dans la politique étrangère américaine. Et les conséquences pourraient être catastrophiques. Si l’Amérique, le pays qui a bâti l’ordre international, le rejette, qui le défendra ? La Chine ? La Russie ? Ces pays qui ont des ambitions territoriales dans leurs propres régions ? Si l’Amérique peut prendre le Groenland, pourquoi la Chine ne pourrait-elle pas prendre Taïwan ? Pourquoi la Russie ne pourrait-elle pas prendre d’autres parties de l’Ukraine ?
Je me pose la question : quand est-ce que ça va s’arrêter ? Trump veut le Groenland. Il a aussi menacé le canal de Panama. Il a fait des déclarations agressives contre le Canada. Il a dit que les pays de l’OTAN qui ne paient pas assez ne méritent pas la protection américaine. C’est un pattern. Il teste. Il pousse. Il menace. Et personne ne l’arrête. L’Europe hésite. L’Asie regarde. L’Afrique, l’Amérique latine — tous observent. Le message qui est envoyé est terrifiant : les règles ne comptent plus. La puissance seule compte. Et si c’est le nouveau monde, je ne veux pas y vivre.
Section 6 : L'avenir qui s'annonce
Scénario 1 : la capitulation graduelle
Le premier scénario, et peut-être le plus probable, c’est que l’Europe finit par céder. Pas tout de suite, bien sûr. Il y aura des déclarations fermes. Il y aura des réunions d’urgence. Il y aura des appels à la résistance. Mais au final, les calculs économiques l’emporteront sur les principes. L’Italie refusera d’aller plus loin. La Grande-Bretagne cherchera des compromis. L’Allemagne, craignant une guerre commerciale, poussera pour la diplomatie. Et la Pologne, terrifiée par la Russie, acceptera tout ce qui maintient la protection américaine.
Le résultat ? Trump obtiendra ce qu’il veut. Peut-être pas l’annexion formelle — ça serait trop difficile légalement — mais des droits militaires étendus, des privilèges économiques, une influence écrasante sur le Groenland. L’Europe perdra sa crédibilité comme défenseur de l’ordre international. La Chine et la Russie verront que l’Occident peut être intimidé. L’OTAN survivra, mais avec une cohesion sérieusement endommagée. Et l’Europe ? Elle continuera d’exister, mais elle sera diminuée. Elle sera un partenaire junior, pas un allié égal.
C’est le scénario qui me fait le plus peur. Parce qu’il est si plausible. Parce qu’il est déjà en train de se passer. L’Europe est déjà en train de céder. Pas complètement, pas encore, mais les signes sont là. L’Italie refuse de se battre. La Grande-Bretagne appelle au pragmatisme. L’Allemagne hésite. La Pologne a peur. Et Trump ? Il sent le sang. Il sent la faiblesse. Et il continue à pousser. Je veux croire que l’Europe trouvera le courage de résister. Mais j’ai peur. J’ai peur que le courage ne suffise pas contre la peur.
Scénario 2 : la résistance symbolique
Le deuxième scénario, c’est celui que nous voyons déjà se dérouler. L’Europe fait des gestes symboliques de résistance — des navires vers le Groenland, des déclarations fermes, des menaces de représailles économiques — mais en réalité, elle cherche des accommodements en coulisses. C’est ce que Keir Starmer appelle le « pragmatisme ». C’est une façon de sauver la face tout en évitant la confrontation directe. L’avantage, c’est que ça évite une guerre commerciale immédiate. L’inconvénient, c’est que ça ne résout rien. Trump continue d’exercer la pression. L’Europe continue de reculer graduellement. Et au final, on aboutit quand même à la capitulation, mais plus lentement.
Ce scénario pourrait durer des années. Des années de tension, de menaces, de négociations secrètes. L’Europe perdrait sa crédibilité progressivement, sans jamais avoir un moment dramatique de rupture. Ce serait une mort lente, pas une mort subite. Et pendant ce temps, Trump continuerait à tester d’autres fronts — Panama, le Canada, d’autres territoires. L’ordre international continuerait à s’éroder, sans que personne ne fasse rien pour l’arrêter.
Vous savez ce qui me tue dans ce scénario ? Le spectacle de l’Europe qui se ment à elle-même. Les déclarations grandiloquentes suivies des reculs silencieux. Les principes réaffirmés suivis des compromis honteux. C’est la mort par mille coupures. La mort par lâcheté graduée. Et le pire ? C’est que l’Europe finit par accepter ça comme normal. Comme si c’était ça la réalité de la politique internationale. Comme si les principes ne comptaient pas. Comme si le courage était un luxe qu’on ne peut pas se permettre. Quand est-ce que l’Europe va se réveiller ? Quand est-ce qu’elle va dire : assez ?
Section 7 : La voix du Groenland
Múte B. Egede : l’homme qui dit non
Múte B. Egede a 39 ans. Il est né à Nuuk, la capitale du Groenland. Sa mère était groenlandaise, son père danois. Il a grandi entre deux cultures, tiraillé entre deux identités. Il est devenu politicien parce qu’il voulait que son peuple décide de son propre avenir. En 2021, il est devenu Premier ministre, le plus jeune de l’histoire du Groenland. Et depuis ce jour, il a une mission : défendre l’autonomie de son île.
Quand Trump a commencé ses menaces, Egede n’a pas hésité. Il a pris la parole devant le monde entier. Il a dit : « Le Groenland n’est pas à vendre. Le Groenland n’est pas à prendre. » Il a dit que son peuple avait le droit à l’autodétermination. Il a dit que l’avenir du Groenland serait décidé par les Groenlandais, et par personne d’autre. C’est une position courageuse. C’est une position dangereuse. Un homme, 39 ans, face à la puissance américaine. Comment ne pas l’admirer ?
Je m’imagine dans le bureau de Múte B. Egede à Nuuk. La fenêtre donne sur le fjord, sur les montagnes enneigées au loin. Il est seul. Il pense à son peuple, à ses enfants, à l’avenir. Il sait que le monde regarde. Il sait que l’Europe hésite. Il sait que l’Amérique menace. Et pourtant, il reste debout. Il dit non. Pas un non timide, pas un non calculateur. Un non ferme. Un non absolu. C’est ça qui me donne espoir. C’est ça qui me rappelle que le courage existe encore. Que certains hommes, certains peuples, ne céderont jamais, quoi qu’il leur en coûte.
Le peuple groenlandais : une fierté ancestrale
À Ilulissat, une ville de 5 000 habitants sur la côte ouest, Aningaqaq a 67 ans. Elle est née dans un village traditionnel, a grandi avec les chiens de traîneau, a chassé le phoque et le morse avec son père. Elle se souvient d’une époque où le Groenland était encore très isolé, où les visiteurs étaient rares. Maintenant, elle regarde les nouvelles à la télévision. Elle entend parler de Trump, de ses menaces, de ses ambitions. Et elle rit. Un rire franc, un rire de femme qui a survécu à des hivers terribles, à des années difficiles, à une histoire longue et complexe.
« Ils ne nous comprennent pas, » dit-elle en groenlandais, avec sa petite-fille qui traduit. « Ils pensent que nous sommes faibles parce que nous sommes peu nombreux. Mais ils ne savent pas ce que nous avons survécu. Ils ne savent pas ce que nous avons surmonté. Nous étions ici avant que les Danois arrivent. Nous étions ici avant que les Américains arrivent. Nous serons ici après qu’ils soient partis. C’est notre terre. Toujours. » Elle sourit, et on voit dans ses yeux la détermination d’un peuple qui a traversé les millénaires.
Aningaqaq. 67 ans. Une vie entière sur cette île. Elle a vu le Groenland changer. Elle a vu le Danemark changer. Elle a vu le monde changer. Et maintenant, elle voit un homme américain menacer son foyer. Et elle rit. Pas un rire de nervosité. Un rire de confiance. De certitude. C’est beau. C’est puissant. C’est humain. Quand je pense à elle, je pense à toutes ces personnes à travers l’histoire qui ont dit non face à l’oppression. Les Juifs de Varsovie en 1943. Les Hongrois en 1956. Les Tchécoslovaques en 1968. Les Ukrainiens aujourd’hui. Ils étaient peu nombreux. Ils étaient faibles, en théorie. Mais ils avaient quelque chose que l’oppresseur n’avait pas : la fierté. La dignité. L’âme. Et ça, ça ne se prend pas.
Section 8 : Le point de non-retour
Quand l’Europe devra choisir
Bientôt, l’Europe n’aura plus le luxe de temporiser. Bientôt, elle devra faire un choix. Trump va continuer d’augmenter la pression. Il va peut-être annoncer des dates butoirs. Il va peut-être déplacer des troupes. Il va peut-être faire quelque chose d’irréversible. Et à ce moment-là, l’Europe devra décider : résister ou céder. Pas de compromis possible. Pas de voie médiane. Une décision binaire. Une décision qui définira l’avenir de l’Europe pour des générations.
Si l’Europe résiste, ce sera difficile. Très difficile. Il y aura des coûts économiques énormes. Des entreprises qui fermeront. Des emplois qui seront perdus. Des perturbations dans le commerce, les marchés financiers, les chaînes d’approvisionnement. Il y aura aussi des coûts de sécurité. Trump pourrait retirer des troupes d’Europe. Il pourrait refuser de soutenir l’OTAN. Il pourrait même chercher des arrangements avec la Russie. Ce serait une période de danger extrême. Ce serait un moment où l’Europe devra prouver qu’elle peut se défendre seule.
Je pose la question : l’Europe a-t-elle le courage de faire ce choix ? J’ai peur que la réponse soit non. Pas parce que les Européens sont lâches. Ils ne le sont pas. Ils ont prouvé leur courage maintes et maintes fois. Mais parce que le système est conçu pour éviter les décisions difficiles. L’Union européenne demande l’unanimité pour les décisions de politique étrangère. Comment obtenir l’unanimité quand l’Italie a peur, quand la Grande-Bretagne hésite, quand la Pologne a besoin de l’Amérique ? C’est impossible. Et Trump le sait. Il a conçu sa stratégie pour exploiter exactement cette faiblesse structurelle.
Le coût de la capitulation
Mais si l’Europe capitule, le coût sera encore plus élevé. Pas en termes économiques — peut-être que l’économie européenne ira mieux à court terme. Mais en termes de principes, de crédibilité, d’avenir. Si l’Europe accepte que Trump prenne le Groenland, elle accepte que les règles de l’ordre international ne s’appliquent plus. Elle accepte que la souveraineté peut être violée. Elle accepte que les alliances ne signifient rien.
Et ce message sera entendu partout. À Pékin, Xi Jinping regardera et apprendra. S’il peut prendre Taïwan, pourquoi pas ? S’il peut prendre les îles de la mer de Chine méridionale, pourquoi pas ? L’Amérique l’a fait, après tout. À Moscou, Vladimir Poutine regardera et apprendra. S’il peut prendre d’autres parties de l’Ukraine, pourquoi pas ? S’il peut reprendre les pays baltes, pourquoi pas ? L’Occident n’a rien fait pour arrêter Trump. Pourquoi ferait-il quelque chose pour arrêter la Russie ? Le dommage collatéral de la capitulation européenne serait énorme.
C’est là que le sang ne fait qu’un tour. L’Europe ne réalise pas ce qu’elle s’apprête à sacrifier. Elle pense que c’est juste une île lointaine, une affaire entre Trump et le Danemark. Elle ne comprend pas que c’est le test de tout le système international. Si l’Europe capitule ici, elle capitule partout. Elle abandonne les principes qu’elle a défendus depuis 1945. Elle abandonne l’ordre qu’elle a aidé à construire. Et pour quoi ? Pour éviter une guerre commerciale ? Pour ne pas offenser Trump ? Est-ce que ça vaut le coup ? Honnêtement, je ne le pense pas. Je ne le pense pas du tout.
Section 9 : L'espoir face au désespoir
Les chemins possibles vers la résistance
Même si la situation semble sombre, il y a des chemins possibles. L’Europe pourrait se réveiller. Les Européens pourraient réaliser que l’alternative — l’abandon des principes — est pire que les coûts de la résistance. Ils pourraient se rassembler, mettre de côté leurs divisions, et dire collectivement : assez. L’Union européenne pourrait utiliser ses instruments économiques — le marché unique, les tarifs, les sanctions — de manière plus efficace. Elle pourrait signer des accords commerciaux avec d’autres pays pour compenser les pertes américaines. Elle pourrait investir massivement dans sa propre défense.
Il y a aussi des signes encourageants. La Finlande et la Suède ont rejoint l’OTAN en 2023-2024, renforçant l’alliance dans l’Arctique. Les pays baltes, la Pologne, la Roumanie — tous ont augmenté leurs dépenses militaires. La France et l’Allemagne ont lancé des initiatives de défense commune. L’Europe n’est pas sans ressources. Elle a des économies puissantes, des industries de pointe, des militaires compétents. Ce qui lui manque, c’est la volonté politique.
J’essaie de garder espoir. Vraiment. Je vois ces signes, ces petits indicateurs que l’Europe pourrait se réveiller. Mais je ne peux pas m’empêcher de penser à tous les moments où l’Europe aurait dû se réveiller et ne l’a pas fait. En 1936, quand Hitler a remilitarisé la Rhénanie. En 1938, quand il a pris l’Autriche. En 1939, quand il a envahi la Tchécoslovaquie. Chaque fois, l’Europe a temporisé. Chaque fois, elle a pensé qu’elle pouvait éviter la guerre en cédant. Et chaque fois, elle a eu tort. J’ai peur que nous soyons à un moment similaire. J’ai peur que l’Europe fasse les mêmes erreurs.
Le rôle des États-Unis eux-mêmes
Il y a aussi la possibilité que les États-Unis eux-mêmes arrêtent Trump. Le Parti républicain n’est pas monolithique. Il y a des sénateurs, des représentants, des dirigeants qui s’inquiètent de ce que Trump fait à l’OTAN, à l’ordre international, à la crédibilité américaine. Ils ont exprimé des réserves. Ils ont émis des avertissements. Jusqu’à maintenant, ils n’ont pas réussi à le contenir. Mais peut-être que ça va changer.
Il y a aussi les institutions américaines. Le Congrès. Les tribunaux. Les médias. L’opinion publique. Trump n’est pas tout-puissant. Il y a des limites constitutionnelles, politiques, pratiques à ce qu’il peut faire. Peut-être que ces limites s’appliqueront ici. Peut-être que les Américains eux-mêmes diront : assez. Non pas parce qu’ils se soucient particulièrement du Groenland, mais parce qu’ils se soucient de l’Amérique, de sa réputation, de sa place dans le monde.
Je regarde les États-Unis avec mélange d’espoir et de peur. D’un côté, je vois un système qui a des contrepoids, des institutions, une tradition de limitation du pouvoir présidentiel. De l’autre, je vois un président qui a déjà brisé tellement de normes, qui a déjà défié tellement de conventions, qui a déjà montré que les contraintes traditionnelles ne s’appliquent pas à lui. Je ne sais pas ce qui va se passer. Je ne sais pas si les institutions américaines vont tenir. Je ne sait pas si les Américains vont se réveiller. Mais je sais une chose : l’Europe ne peut pas compter là-dessus. L’Europe doit être prête à se défendre seule, quoi qu’il arrive.
Conclusion : Le moment de vérité
L’Europe à la croisée des chemins
Nuuk, janvier 2026. Múte B. Egede regarde par la fenêtre. Dehors, la nuit arctique est tombée. Les étoiles brillent d’une intensité cruelle. Il pense à son peuple, à cette île immense et glacée qu’il aime tant. Il pense à l’Europe, à ces pays lointains qui devraient être ses alliés mais qui hésitent, qui calculent, qui s’effritent. Il pense à l’Amérique, à ce géant qui menace de tout prendre. Et dans le silence de la nuit, il se pose la question qui hante tous ceux qui observent cette crise : jusqu’où l’Europe cédera-t-elle ?
La réponse à cette question définira l’avenir de l’Europe pour des générations. Si l’Europe capitule, elle acceptera sa propre marginalisation. Elle deviendra un partenaire junior, dépendant de la bonne volonté de puissances qui n’ont aucun respect pour les principes qu’elle prétend défendre. Si l’Europe résiste, elle affrontera des épreuves terribles — coûts économiques, incertitudes de sécurité, divisions internes — mais elle sauvera peut-être son âme.
Je reviens à Aningaqaq, cette femme de 67 ans à Ilulissat qui rit face aux menaces américaines. Elle a raison de rire. Elle a raison d’avoir confiance. Parce que finalement, l’histoire ne se juge pas aux alliances, ni aux économies, ni aux puissances militaires. Elle se juge à la dignité humaine. À la capacité des gens ordinaires à dire non à l’oppression. À refuser de devenir les jouets des grands. L’Europe peut-elle trouver cette même fierté ? Peut-elle trouver ce même courage ? Je ne sais pas. Je veux y croire. Mais quand je regarde les divisions, quand je vois les calculs, quand j’entends les appels au pragmatisme… j’ai peur. J’ai peur que l’Europe ait déjà perdu. Pas la guerre contre Trump. Non. Pire : elle a perdu contre elle-même. Elle a perdu la capacité de croire en quelque chose de plus grand que l’intérêt immédiat. Et quand un peuple perd ça… il perd tout.
Sources
Sources primaires
ZN.ua / Bloomberg — « Le conflit au Groenland comme test de faiblesse : l’Europe peut-elle entrer en conflit avec Trump ? » par Mark Champion (20 janvier 2026)
Belfer Center for Science and International Affairs (Harvard) — « Explainer: The Geopolitical Significance of Greenland » par Jennifer Spence et Elizabeth Hanlon (16 janvier 2025)
Bruegel — « The Economic Impact of Trump’s Tariffs on Europe: An Initial Assessment » par Madalena Barata da Rocha, Nicolas Boivin et Niclas Poitiers (17 avril 2025)
Sources secondaires
The New York Times — « Buy Greenland? Take It? Why? An Old Pact Already Gives Trump a Wide Latitude in Greenland » (7 janvier 2026)
Yale Law School Avalon Project — « Defense of Greenland: Agreement Between the United States and Denmark » (1951)
Wikipedia — « Pituffik Space Base » (consulté en 2026)
History.com — « The 1951 Agreement Allowing US Military in Greenland »
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