La physique de la destruction silencieuse
Une arme à micro-ondes de haute puissance — ou HPM pour High-Power Microwave — fonctionne sur un principe simple mais dévastateur. Elle génère un faisceau concentré d’ondes électromagnétiques à très haute énergie. Ces ondes, similaires à celles de votre four à micro-ondes domestique mais des millions de fois plus puissantes, pénètrent dans les circuits électroniques des drones ennemis et provoquent une surcharge instantanée. Les composants grillent. Les processeurs fondent. Le drone tombe.
L’avantage par rapport aux armes conventionnelles est triple. D’abord, le coût par tir est dérisoire — quelques dollars d’électricité contre des millions pour un missile Patriot. Ensuite, la capacité de tir est quasi illimitée — tant qu’il y a de l’électricité, l’arme peut tirer encore et encore. Enfin, le faisceau peut toucher plusieurs cibles simultanément, ce qui le rend particulièrement efficace contre les essaims de drones qui saturent les défenses traditionnelles.
Les systèmes en développement
Plusieurs systèmes HPM sont actuellement en développement ou en test dans le monde. Le plus avancé est probablement le Leonidas américain, développé par la société Epirus. Lors d’un test récent, le Leonidas a réussi à neutraliser 49 drones quadricoptères simultanément avec un seul faisceau. C’est un résultat spectaculaire qui a fait sensation dans les milieux militaires. Les États-Unis envisagent sérieusement de déployer ce système.
Le Royaume-Uni développe de son côté le RapidDestroyer, qui a également montré des résultats prometteurs. Lors d’essais, ce système monté sur un camion a traqué et neutralisé plus de 100 drones au total, dont deux essaims de huit drones chacun. La Royal Navy s’intéresse particulièrement à cette technologie pour protéger ses navires contre les attaques de drones. Le système Meteor, prévu pour des tests en 2026, pourrait même être capable d’intercepter des missiles balistiques anti-navires.
Les armes à micro-ondes représentent un changement de paradigme. Depuis des millénaires, la guerre consiste à projeter de la matière — des pierres, des flèches, des balles, des missiles — vers l’ennemi. Les HPM projettent de l’énergie pure. C’est une abstraction devenue mortelle. Cette technologie pourrait rendre les drones obsolètes en quelques années. Ou elle pourrait être contournée par de nouveaux blindages. La course technologique ne s’arrête jamais. Ce qui est révolutionnaire aujourd’hui sera dépassé demain. C’est la nature de la guerre moderne.
L'Ukraine comme laboratoire mondial
Le terrain d’essai ultime
L’Ukraine est devenue, malgré elle, le plus grand laboratoire de guerre moderne au monde. Chaque nouvelle technologie, chaque nouvelle tactique, chaque nouvelle doctrine est testée en conditions réelles sur ses champs de bataille. Les armes à micro-ondes ne font pas exception. Selon des sources militaires, l’Ukraine a commencé à tester des prototypes HPM contre les drones russes, avec des résultats encourageants mais encore limités.
Le problème principal est la maturité technologique. Une analyse récente de la corporation RAND conclut que les armes à énergie dirigée, y compris les HPM et les lasers de combat, ne sont pas encore prêtes pour un déploiement à grande échelle en Ukraine. Les systèmes actuels sont trop volumineux, trop gourmands en énergie, et pas assez fiables pour un usage intensif en zone de combat. Le Leonidas, par exemple, nécessite un camion entier pour son alimentation électrique.
Les défis spécifiques à l’Ukraine
L’environnement ukrainien pose des défis particuliers. Les conditions météorologiques extrêmes — froid intense en hiver, chaleur en été — affectent les performances des systèmes électroniques sophistiqués. La disponibilité en électricité est problématique dans un pays dont le réseau énergétique est constamment attaqué. Et la vulnérabilité de ces systèmes coûteux et complexes aux contre-attaques russes est préoccupante.
De plus, les HPM ont une portée limitée — généralement quelques kilomètres, parfois moins. Ils sont efficaces contre les drones à basse altitude, mais les Shahed volent souvent à plusieurs kilomètres de hauteur pour éviter les défenses. Le Leonidas remplit actuellement le même créneau que les canons anti-aériens traditionnels, avec l’avantage du coût mais le désavantage de la portée. C’est une pièce du puzzle, pas la solution miracle.
L’Ukraine n’a pas le luxe d’attendre que les technologies soient parfaites. Elle doit tester maintenant, apprendre maintenant, adapter maintenant. Chaque jour de retard se mesure en vies perdues. Les chercheurs occidentaux, confortablement installés dans leurs laboratoires, peuvent se permettre des années de développement. Les Ukrainiens n’ont que des mois, parfois des semaines, pour transformer des prototypes en armes opérationnelles. Cette pression accélère l’innovation mais multiplie aussi les risques. C’est un pari permanent avec la mort.
Les drones à fibre optique : le nouveau défi
L’immunité au brouillage
L’une des raisons principales pour lesquelles l’Ukraine s’intéresse aux HPM est l’émergence des drones à fibre optique. Ces FPV nouvelle génération sont reliés à leur opérateur par un câble de fibre optique plutôt que par radio. Résultat : ils sont totalement immunisés au brouillage électronique. Les systèmes de guerre électronique qui neutralisaient efficacement les premiers drones sont devenus inutiles contre cette nouvelle génération.
Selon certaines estimations, 30 à 50% des FPV russes sur le front sont désormais guidés par fibre optique. C’est une proportion en augmentation constante. L’Ukraine utilise également cette technologie, mais la Russie a massivement investi dans sa production. Face à ces drones impossibles à brouiller, les options sont limitées : les abattre physiquement avec des balles ou des missiles, les capturer avec des filets… ou griller leurs circuits avec des micro-ondes.
L’avantage des HPM contre la fibre optique
C’est là que les armes à micro-ondes brillent. Peu importe que le drone soit guidé par radio, par GPS, par IA autonome ou par fibre optique : il contient toujours des circuits électroniques. Et ces circuits peuvent être grillés par un faisceau HPM. Le Leonidas a prouvé qu’il pouvait neutraliser des drones à fibre optique aussi facilement que des drones conventionnels. C’est un avantage décisif que les systèmes de brouillage n’offrent pas.
Cette capacité pourrait changer l’équilibre sur le champ de bataille. Les drones à fibre optique sont actuellement une menace majeure pour les positions ukrainiennes. Ils peuvent repérer les cibles, guider l’artillerie, frapper les véhicules et les fortifications sans risque d’être brouillés. Avec des HPM déployés en nombre suffisant, cette menace pourrait être considérablement réduite. Mais nous en sommes encore loin.
La guerre technologique est une course sans fin. Chaque innovation appelle une contre-innovation. Les drones ont révolutionné le champ de bataille. Le brouillage a tenté de les neutraliser. La fibre optique a contourné le brouillage. Les micro-ondes pourraient neutraliser la fibre optique. Et demain, quelqu’un inventera un blindage contre les micro-ondes. Cette spirale est aussi vieille que la guerre elle-même. L’épée a créé le bouclier. Le bouclier a créé l’arbalète. L’arbalète a créé l’armure. Ce qui change, c’est la vitesse de l’innovation. Ce qui ne change pas, c’est la nature humaine.
Les autres armes à énergie dirigée
Les lasers de combat
Les micro-ondes ne sont pas les seules armes à énergie dirigée en développement. Les lasers de combat progressent également rapidement. Ces systèmes projettent un faisceau de lumière concentré capable de brûler les drones, de faire exploser leurs réservoirs de carburant, ou de détruire leurs capteurs optiques. Plusieurs pays, dont les États-Unis, Israël et la Chine, ont développé des prototypes opérationnels.
L’avantage des lasers est leur précision extrême. Contrairement aux HPM qui émettent un faisceau large, un laser peut viser un point précis sur un drone — par exemple son capteur ou son moteur. Mais cette précision est aussi une faiblesse : il faut maintenir le faisceau sur la cible pendant plusieurs secondes pour causer des dégâts, ce qui est difficile contre des cibles en mouvement rapide. Les HPM agissent instantanément, ce qui les rend plus adaptés contre les essaims.
Le système américain THOR
Les États-Unis ont développé plusieurs systèmes prometteurs. Le THOR — Tactical High-power Operational Responder — est un canon à micro-ondes monté sur container, conçu pour protéger les bases aériennes contre les attaques de drones. Son successeur, le Mjolnir, est plus compact et plus mobile. La Marine américaine teste également le projet Meteor, prévu pour 2026, qui pourrait être capable d’intercepter des missiles balistiques anti-navires.
Ces systèmes pourraient être déployés en Ukraine si les États-Unis décidaient de franchir ce pas. Mais pour l’instant, Washington reste prudent. Envoyer des armes expérimentales sur un champ de bataille actif présente des risques : elles pourraient tomber aux mains des Russes, qui les analyseraient pour développer des contre-mesures. C’est le dilemme classique de l’innovation militaire en temps de guerre.
On pourrait se demander pourquoi l’Occident hésite à envoyer ces armes révolutionnaires en Ukraine. La réponse officielle est la prudence technologique. La vraie réponse est probablement plus complexe. Certains ne veulent pas que l’Ukraine gagne trop vite. D’autres craignent l’escalade avec la Russie. D’autres encore protègent leurs secrets industriels. L’Ukraine meurt, et nous calculons. C’est peut-être la leçon la plus amère de cette guerre : nos principes ont un prix, et ce prix a des limites.
L'avenir de la défense anti-drone
Une défense multicouche
Les experts s’accordent sur un point : l’avenir de la défense anti-drone sera multicouche. Aucun système unique ne peut répondre à toutes les menaces. Les missiles sol-air resteront nécessaires pour les cibles à haute altitude et les missiles balistiques. Les canons anti-aériens et les mitrailleuses couvriront la courte portée. Les drones intercepteurs chasseront les Shahed. Et les armes à énergie dirigée — HPM et lasers — compléteront l’ensemble contre les essaims et les drones à fibre optique.
L’Ukraine construit déjà cette architecture. Le nouveau commandant adjoint de l’armée de l’Air, Pavlo Yelizarov, est chargé de développer un « dôme anti-drone » au-dessus du pays. Ce dôme combinera tous les systèmes disponibles — occidentaux et ukrainiens, conventionnels et expérimentaux — dans un réseau intégré capable de détecter et neutraliser les menaces à tous les niveaux. C’est un projet ambitieux, mais l’Ukraine n’a pas le choix.
Le budget de la défense anti-drone
Les chiffres donnent une idée de l’ampleur du défi. Le budget de défense américain pour 2026 prévoit environ 7,5 milliards de dollars pour les systèmes anti-drones. C’est une augmentation considérable par rapport aux années précédentes, tirée par les leçons de la guerre en Ukraine. Les drones FPV sont devenus l’arme la plus meurtrière du conflit, responsables de 70 à 80% des pertes selon certaines estimations.
Pour l’Ukraine, ces budgets sont inaccessibles. Elle doit faire plus avec moins. C’est pourquoi la production de 1 500 drones intercepteurs par jour est si importante. C’est pourquoi chaque système Patriot livré par l’Occident compte. C’est pourquoi les tests de technologies expérimentales comme les HPM sont si urgents. L’Ukraine se bat avec ce qu’elle a — et parfois avec ce qu’elle invente au jour le jour.
La guerre des drones a commencé. Elle ne fait que s’intensifier. Dans quelques années, les champs de bataille seront dominés par des essaims de machines autonomes, capables de prendre des décisions sans intervention humaine. Les armes à micro-ondes et à laser seront peut-être les seules défenses efficaces contre ces essaims. L’Ukraine, malgré sa souffrance, malgré ses pertes, est en train d’écrire le manuel de cette guerre future. Les leçons qu’elle apprend chaque nuit, sous les missiles et les drones, seront étudiées pendant des décennies. C’est une gloire triste, payée au prix du sang. Mais c’est une gloire quand même. L’Ukraine invente le futur de la guerre. Le monde devrait lui dire merci — et l’aider davantage.
Sources
Sources primaires
Militarnyi – Ukraine Tests Microwave Weapons in Response to New Threats (janvier 2026)
Defense Express – Combat Lasers and Microwaves Are Not Ready for Ukraine Yet (janvier 2026)
Sources secondaires
SlashGear – This Microwave Weapon Just Wiped Out 49 Drones (janvier 2026)
The Gaze – UK Tests Microwave Weapon Capable of Disabling Drone Swarms (janvier 2026)
Euromaidan Press – A weapon to surpass fiber optic drones (15 janvier 2026)
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.