Une croissance exponentielle
En 2024, la production d’électricité éolienne et solaire en Chine a augmenté de 25% par rapport à l’année précédente. Au premier semestre 2025, elle était déjà 27% plus élevée qu’au premier semestre 2024. Cette croissance est suffisante pour réduire la production d’électricité fossile de 2%. C’est la première fois que cela se produit. Le pic du charbon en Chine est peut-être déjà derrière nous. C’est une nouvelle monumentale pour le climat.
La Chine domine toute la chaîne de valeur des énergies renouvelables. Elle produit 92% des modules solaires mondiaux. 82% des éoliennes. Elle contrôle l’extraction et le raffinage des métaux rares nécessaires aux batteries et aux aimants. Cette domination est à la fois une force et une faiblesse. Une force parce qu’elle permet des économies d’échelle inégalées. Une faiblesse parce qu’elle crée une dépendance mondiale envers un seul fournisseur — et pas n’importe lequel.
L’objectif 2035 : 3 600 gigawatts
Xi Jinping a récemment relevé l’objectif chinois pour 2035 : 3 600 gigawatts de capacité éolienne et solaire. C’est 42% du total mondial prévu à cette date. C’est aussi, ironiquement, un objectif relativement modeste compte tenu du rythme actuel d’installation. Au rythme de 2024, la Chine pourrait atteindre cet objectif bien avant 2035. Pékin semble jouer la prudence — annoncer des objectifs qu’on est sûr de dépasser.
Cette stratégie de sous-estimation est typiquement chinoise. Elle permet de toujours surpasser les attentes, de toujours annoncer des victoires. Pendant des années, les analystes occidentaux ont sous-estimé la vitesse de la transition énergétique chinoise. Ils projetaient des chiffres prudents — et la Chine les dépassait systématiquement. Aujourd’hui, personne n’ose plus parier contre les ambitions chinoises en matière d’énergie renouvelable. Ils ont prouvé qu’ils peuvent accomplir l’impossible — ou du moins ce que nous pensions impossible.
Ces objectifs seront probablement au cœur du 15e Plan Quinquennal (2026-2030), attendu en mars 2026. Ce plan définira la stratégie énergétique chinoise pour les cinq prochaines années. Les analystes s’attendent à un accent accru sur la qualité plutôt que sur la quantité. L’ère de l’expansion effrénée pourrait céder la place à une phase de consolidation. Mais connaissant la Chine, même la « consolidation » pourrait impliquer des chiffres astronomiques.
3 600 gigawatts. C’est difficile à visualiser. Essayons quand même. C’est l’équivalent de 3 600 grandes centrales nucléaires. C’est assez pour alimenter toute l’Europe plusieurs fois. C’est plus que ce que le reste du monde possède actuellement en éolien et solaire combinés. Et la Chine pense pouvoir y arriver en moins de dix ans. Soit c’est de la mégalomanie pure. Soit c’est la plus grande transformation énergétique de l’histoire humaine. Probablement les deux à la fois. La Chine ne fait jamais les choses à moitié. Quand elle décide d’aller dans une direction, elle y va à fond. Le monde ferait bien de prendre note.
Le problème de la surcapacité
Quand la production dépasse la demande mondiale
La Chine a un problème : elle produit plus d’équipements renouvelables que le monde ne peut en absorber. Selon les projections, la capacité de production chinoise de modules solaires en 2030 sera de 1 255 gigawatts par an. C’est 65% de plus que le déploiement mondial prévu dans le scénario le plus optimiste de l’Agence Internationale de l’Énergie. En d’autres termes, même si le monde entier passait au 100% renouvelable à vitesse maximale, il y aurait encore trop d’usines chinoises.
Cette surcapacité a des conséquences brutales. Les prix s’effondrent. La concurrence devient féroce. Des entreprises font faillite malgré un marché en croissance. Le gouvernement chinois a dû intervenir avec des « accords d’autodiscipline » entre fabricants pour éviter une guerre des prix destructrice. En février 2025, Pékin a supprimé les tarifs de rachat garantis pour les nouvelles installations renouvelables. Désormais, les producteurs doivent affronter les prix du marché. C’est un changement radical après des années de subventions généreuses.
L’export comme solution?
Face à la surcapacité domestique, la Chine se tourne vers l’exportation. En 2024, les exportations d’équipements d’énergie verte ont atteint près de 180 milliards de dollars. Les panneaux solaires chinois inondent les marchés du monde entier — Europe, Asie, Afrique, Amérique latine. Les prix bas sont une aubaine pour les pays qui veulent accélérer leur transition énergétique. Mais ils sont un cauchemar pour les concurrents occidentaux.
L’Union européenne et les États-Unis ont réagi en imposant des tarifs douaniers sur les panneaux solaires chinois. Ils accusent Pékin de dumping — vendre en dessous du coût de production grâce aux subventions gouvernementales. La Chine répond que ses prix bas reflètent simplement son efficacité industrielle. La vérité est probablement quelque part entre les deux. Mais le résultat est une guerre commerciale larvée sur les technologies vertes — précisément celles dont le monde a besoin pour combattre le changement climatique.
La surcapacité chinoise est un casse-tête géopolitique. D’un côté, ces prix bas pourraient accélérer la transition énergétique mondiale. Des pays pauvres pourraient s’équiper en solaire pour une fraction du coût d’il y a dix ans. C’est potentiellement révolutionnaire pour le climat. De l’autre côté, cette domination chinoise crée une dépendance dangereuse. Si Pékin décidait de couper les approvisionnements — pour des raisons politiques, par exemple — le monde serait paralysé. C’est le dilemme du XXIe siècle : accepter l’aide de la Chine pour sauver le climat, ou la refuser pour préserver notre indépendance? Il n’y a pas de bonne réponse.
Le chaos organisé : comment fonctionne le modèle chinois
Planification centrale et concurrence féroce
Le modèle énergétique chinois est un hybride étrange : de la planification centrale combinée à une concurrence capitaliste acharnée. Le gouvernement fixe les objectifs, alloue les ressources, décide des priorités. Mais à l’intérieur de ce cadre, des centaines d’entreprises se battent pour les parts de marché. C’est du darwinisme économique sous supervision étatique. Les plus forts survivent. Les plus faibles disparaissent. Le marché décide qui gagne, mais l’État décide des règles du jeu.
Ce modèle a des avantages. Il permet une mobilisation rapide des ressources. Quand Pékin décide que le solaire est prioritaire, des milliards affluent vers le secteur. Des usines sortent de terre en quelques mois. Des innovations sont développées à un rythme effréné. Aucune démocratie ne peut égaler cette vitesse. Mais ce modèle a aussi des inconvénients. Il crée des bulles, du gaspillage, des investissements mal avisés. Et quand la bulle éclate, les dégâts sont proportionnels à la démesure initiale.
Le rôle des gouvernements locaux
Une particularité du système chinois : les gouvernements provinciaux sont en compétition entre eux. Chaque province veut attirer des investissements, créer des emplois, afficher une croissance impressionnante. Cela a conduit à une multiplication des projets renouvelables, parfois sans coordination nationale. Des parcs solaires ont été construits dans des régions sans lignes de transmission adéquates. De l’électricité verte a été produite… et gaspillée, faute de pouvoir être acheminée vers les consommateurs.
Le gouvernement central tente de mettre de l’ordre dans ce chaos. Il investit massivement dans les réseaux de transmission. Il développe des lignes à ultra-haute tension pour transporter l’électricité des régions productrices (le nord-ouest ensoleillé et venteux) vers les régions consommatrices (la côte est industrialisée). Mais ces infrastructures prennent du temps à construire. En attendant, une partie de la production renouvelable est tout simplement perdue.
Le système chinois est à la fois admirablement efficace et spectaculairement chaotique. Il peut accomplir en cinq ans ce que l’Occident met vingt ans à faire. Mais il peut aussi créer des gaspillages monumentaux, des bulles financières, des crises de surcapacité. C’est le prix de la vitesse. Le prix de l’ambition démesurée. La question est de savoir si le bilan net est positif. Si les avantages dépassent les inconvénients. Pour le climat, la réponse est probablement oui — mieux vaut trop de panneaux solaires que pas assez. Pour l’économie mondiale, c’est moins clair. La Chine exporte ses excédents, ce qui déstabilise les marchés ailleurs. C’est un cadeau empoisonné pour le reste du monde.
Les implications pour le reste du monde
Une opportunité pour la transition énergétique mondiale
La révolution verte chinoise pourrait être une bénédiction pour la planète. Les prix des panneaux solaires ont chuté de 90% en dix ans, en grande partie grâce aux économies d’échelle chinoises. Aujourd’hui, le solaire est la source d’électricité la moins chère de l’histoire dans de nombreuses régions du monde. Des pays qui n’auraient jamais pu se permettre une transition énergétique peuvent maintenant l’envisager. L’Afrique, l’Asie du Sud-Est, l’Amérique latine s’équipent en renouvelables à une vitesse inédite.
La revue Science a désigné la montée irrésistible des énergies renouvelables comme la « Découverte de l’année 2025 ». Ce n’est pas une découverte au sens traditionnel — c’est une transformation industrielle. Mais elle pourrait avoir plus d’impact sur l’avenir de l’humanité que n’importe quelle découverte scientifique. Si le monde parvient à décarboner son électricité, le reste suivra : les transports, le chauffage, l’industrie. Et la Chine, avec tous ses défauts, est au cœur de cette révolution.
Une menace pour les industries occidentales
Mais la domination chinoise crée aussi des tensions. Les fabricants occidentaux de panneaux solaires et d’éoliennes ne peuvent pas rivaliser avec les prix chinois. Des entreprises font faillite. Des emplois disparaissent. L’Europe et les États-Unis se retrouvent dépendants d’un fournisseur unique pour des équipements stratégiques. C’est une situation inconfortable — surtout quand ce fournisseur est aussi un rival géopolitique.
Les gouvernements occidentaux tentent de réagir. Ils subventionnent leurs propres industries vertes. Ils imposent des tarifs sur les importations chinoises. Ils cherchent à relocaliser la production. Mais reconstruire une base industrielle prend du temps — et coûte cher. Pendant ce temps, la Chine continue d’avancer. L’écart se creuse plutôt qu’il ne se réduit. La transition énergétique mondiale sera-t-elle « made in China »? C’est de plus en plus probable.
L’Occident a un choix à faire. Accepter la domination chinoise sur les technologies vertes et en profiter pour accélérer sa transition énergétique. Ou résister, protéger ses industries, et risquer de ralentir la lutte contre le changement climatique. Il n’y a pas de bonne option. Les deux comportent des risques. Mais le temps presse. Chaque année de retard dans la décarbonation aggrave le réchauffement climatique. Peut-être que la vraie question n’est pas « Comment battre la Chine? » mais « Comment utiliser la puissance industrielle chinoise au service du climat? » Ce serait un changement de perspective radical. Mais les temps sont radicaux.
L'avenir : sauver le monde ou le déstabiliser?
Le scénario optimiste
Dans le meilleur des cas, la révolution verte chinoise accélère la transition énergétique mondiale. Les émissions de CO2 commencent à baisser. Le réchauffement climatique est contenu sous les 2 degrés. La Chine elle-même atteint son pic d’émissions avant 2030 et la neutralité carbone d’ici 2060. Les technologies propres chinoises équipent le monde entier, des villages africains aux mégapoles asiatiques. La surcapacité se résorbe naturellement à mesure que la demande mondiale rattrape l’offre.
Ce scénario est possible. Il est même de plus en plus probable. Les indicateurs vont dans le bon sens. La croissance de l’énergie propre dépasse les prévisions les plus optimistes. Les coûts continuent de baisser. L’adoption s’accélère partout dans le monde. Si cette tendance se maintient, le XXIe siècle pourrait être celui de la grande transition — le moment où l’humanité a enfin cessé de brûler la planète.
Le scénario pessimiste
Mais il y a aussi des risques. La surcapacité pourrait provoquer un effondrement du secteur. Des entreprises feraient faillite en masse. L’investissement s’arrêterait net. La transition serait retardée de plusieurs années. Ou bien les tensions géopolitiques pourraient s’aggraver. Une guerre commerciale totale sur les technologies vertes. Des embargos. Des représailles. Le monde divisé en blocs qui ne coopèrent plus. Le climat serait la première victime.
Le pire scénario? Une Chine qui utilise sa domination sur les énergies renouvelables comme une arme géopolitique. Qui coupe les approvisionnements aux pays qui lui déplaisent. Qui impose ses conditions à ceux qui veulent ses panneaux solaires. La dépendance énergétique envers la Russie pour le gaz a montré les dangers de ce genre de situation. La dépendance envers la Chine pour le solaire pourrait être tout aussi problématique.
La révolution verte chinoise est un pari. Un pari gigantesque sur l’avenir de l’énergie mondiale. Personne ne sait vraiment comment ça va finir. Peut-être que la Chine va sauver le climat. Peut-être qu’elle va déstabiliser l’économie mondiale. Peut-être les deux à la fois. Ce qui est certain, c’est que rien de comparable ne s’est jamais produit dans l’histoire. Une transformation énergétique à cette échelle, à cette vitesse, avec ces enjeux. Nous sommes tous des spectateurs — et des cobayes — de cette expérience historique. Espérons qu’elle réussisse. Parce que l’alternative — un monde qui continue de brûler du charbon — est bien pire.
Sources
Sources primaires
Wired – China’s Renewable Energy Revolution Is a Huge Mess That Might Save the World (janvier 2026)
Sources secondaires
World Economic Forum – How China adds more renewable energy than any other economy (décembre 2025)
Ember – China Energy Transition Review 2025
Science – Science’s 2025 Breakthrough of the Year: The unstoppable rise of renewable energy
Bruegel – China can decarbonise the world – but even that won’t fix its overcapacity problem
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