L’exécutif sans freins
Dès son investiture, Trump a signé une avalanche de décrets présidentiels. Certains annulaient des politiques de l’administration Biden. D’autres allaient plus loin, testant les limites constitutionnelles du pouvoir exécutif. Les juristes se sont alarmés. Les tribunaux ont parfois bloqué. Mais dans l’ensemble, la machine Trump a roulé, écrasant les obstacles sur son passage.
L’administration a été purgée des voix dissidentes. Les fonctionnaires qui avaient osé témoigner lors des procédures d’impeachment ont été licenciés. Les agences fédérales ont été placées sous la coupe de loyalistes dont la compétence importait moins que la fidélité. Le Department of Justice, censé être indépendant, est devenu un instrument au service des intérêts présidentiels.
Le Congrès réduit à la figuration
Le Congrès républicain, théoriquement un contre-pouvoir, s’est révélé incapable — ou non désireux — de jouer ce rôle. Les quelques voix critiques au sein du GOP ont été marginalisées, menacées de primaires par des candidats pro-Trump. Le culte de la personnalité a remplacé le débat d’idées. Les républicains qui avaient voté l’impeachment en 2021 ont presque tous été évincés ou réduits au silence.
Les démocrates, minoritaires, ne peuvent que protester. Leurs auditions, leurs enquêtes, leurs appels à la responsabilité se heurtent à un mur d’indifférence. Le système des checks and balances — ces équilibres institutionnels vantés comme le génie de la Constitution américaine — s’est révélé dépendant de la bonne volonté des acteurs. Quand cette bonne volonté disparaît, les institutions ne sont plus que des coquilles vides.
Les Pères fondateurs avaient prévu beaucoup de choses. Ils avaient prévu l’ambition. Ils avaient prévu la corruption. Ils avaient prévu les factions. Ce qu’ils n’avaient pas prévu, c’est qu’un parti entier abandonnerait son rôle de contre-pouvoir pour devenir le bras armé d’un homme. Que des élus préféreraient leur carrière à leur serment. Que la loyauté envers un individu primerait sur la loyauté envers la Constitution. Cette faille dans le système, Trump l’a trouvée. Et il l’a exploitée jusqu’à la corde.
La politique étrangère du chaos
L’abandon des alliés
Sur la scène internationale, l’« année de l’anarchie » s’est traduite par une série de décisions qui ont sidéré les alliés américains. Les menaces sur le Groenland. Les tarifs douaniers contre l’Europe. Les signaux contradictoires sur l’Ukraine. L’appel téléphonique avec Rutte de l’OTAN pour discuter d’annexion plutôt que de défense collective. Chaque jour apporte son lot de surprises, rarement bonnes.
Les capitales européennes ne savent plus sur quel pied danser. Doivent-elles prendre Trump au sérieux? Attendre que la tempête passe? Se préparer au pire? Les diplomates passent leur temps à décrypter des tweets et des déclarations contradictoires, cherchant une cohérence qui n’existe peut-être pas. La politique étrangère américaine est devenue imprévisible — ce qui, dans les relations internationales, est synonyme de dangereuse.
Les cadeaux à Poutine
Le grand gagnant de cette « année de l’anarchie » pourrait bien être Vladimir Poutine. Pendant que l’Occident se déchire, la Russie poursuit sa guerre en Ukraine. 1 426 jours de conflit. 145 drones lancés cette nuit. L’attention mondiale, dispersée par les crises créées par Trump, se détourne du front ukrainien. C’est exactement ce que Moscou espérait.
Les analystes du Kremlin ont compris depuis longtemps que Trump était leur meilleur allié involontaire. Pas parce qu’il travaille pour la Russie — les théories de collusion n’ont jamais été prouvées. Mais parce que son chaos sert les intérêts russes. Diviser l’OTAN, affaiblir l’Europe, détourner l’attention de l’Ukraine — tout cela, Trump le fait sans que Poutine ait besoin de lever le petit doigt.
Il y a une ironie cruelle dans cette situation. Trump se présente comme le champion de l’Amérique, celui qui refuse de se laisser marcher sur les pieds par les puissances étrangères. Et pourtant, aucun président n’a autant servi les intérêts de l’adversaire historique des États-Unis. Non par trahison — par incompétence. Par narcissisme. Par incapacité à voir au-delà de ses propres intérêts immédiats. Poutine n’a pas eu besoin de recruter Trump. Il lui a suffi de le laisser faire.
La fin de la primauté américaine
Un leadership en lambeaux
Pendant des décennies, les États-Unis ont été le leader incontesté du « monde libre ». Le garant de l’ordre international. Le défenseur des démocraties. L’« année de l’anarchie » a porté un coup peut-être fatal à ce leadership. Comment prétendre défendre les valeurs démocratiques quand on menace d’annexer le territoire d’un allié? Comment incarner l’ordre quand on sème le chaos?
Les sondages internationaux montrent un effondrement de la confiance envers les États-Unis. Même dans des pays historiquement pro-américains, les opinions favorables ont chuté. L’image de l’Amérique comme « cité sur la colline », modèle pour le monde, s’est ternie. Peut-être de façon irréversible.
Le vide que d’autres rempliront
Un vide de pouvoir ne reste jamais longtemps vide. Si les États-Unis abdiquent leur rôle de leader mondial, d’autres prendront leur place. La Chine, qui patiente depuis des décennies. La Russie, qui rêve de revanche. Des puissances régionales qui n’attendaient qu’une occasion. Le monde multipolaire qui émerge ne sera pas nécessairement plus pacifique que l’ordre américain. Il pourrait être bien pire.
Les alliés européens tentent de s’adapter. L’Union européenne parle d’autonomie stratégique. Paris et Berlin renforcent leur coopération de défense. Mais construire une alternative au parapluie américain prendra des années. En attendant, l’Europe se retrouve exposée, vulnérable, dépendante d’un allié qui n’en est peut-être plus vraiment un.
Il aura fallu un seul homme pour détruire ce que des générations avaient construit. Un seul mandat — deux, en comptant le premier — pour transformer la superpuissance mondiale en source d’instabilité. L’Amérique de Trump n’est plus le gendarme du monde. Elle en est devenue le perturbateur. Et quand le gendarme devient voyou, qui maintient l’ordre? Cette question, nous allons devoir y répondre. Bientôt. Parce que le chaos ne patiente pas.
La démocratie américaine en question
Les institutions mises à l’épreuve
L’« année de l’anarchie » pose une question fondamentale sur la démocratie américaine. Le système peut-il survivre à un président qui ne respecte pas les règles non écrites? Qui teste constamment les limites? Qui traite les institutions comme des obstacles à contourner plutôt que des cadres à respecter? La réponse, pour l’instant, est incertaine.
Certains gardent espoir. Les tribunaux ont parfois bloqué les excès les plus flagrants. La presse, malgré les attaques, continue d’enquêter. La société civile se mobilise. Mais ces résistances semblent insuffisantes face à la machine que Trump a mise en place. Le prochain test sera les élections de mi-mandat en novembre. Verrons-nous un sursaut démocratique ou une normalisation de l’anarchie?
Un précédent dangereux
Même si Trump quitte un jour le pouvoir, le précédent qu’il a créé restera. Il a prouvé qu’un président pouvait aller très loin sans être arrêté. Que les garde-fous étaient plus symboliques que réels. Que le système dépendait de la bonne foi des acteurs — une bonne foi qu’on ne peut pas tenir pour acquise. Les futurs présidents, de droite comme de gauche, auront cette leçon en tête.
La démocratie américaine sortira-t-elle renforcée de cette épreuve, ses failles colmatées, ses institutions consolidées? Ou affaiblie, ses limites exposées, son modèle discrédité? L’histoire n’est pas encore écrite. Mais l’« année de l’anarchie » restera comme un avertissement : les démocraties ne meurent pas toujours dans le fracas des coups d’État. Parfois, elles s’érodent, lentement, sous les coups d’un pouvoir qui ne connaît pas de limites.
L’anarchie de Trump n’est pas un accident. C’est un projet. La déconstruction méthodique de tout ce qui limitait le pouvoir présidentiel. L’établissement d’un précédent où le président est au-dessus des lois, au-dessus des institutions, au-dessus de la vérité. Si ce projet réussit, l’Amérique que nous connaissions — imparfaite mais aspirant à ses idéaux — aura vécu. À sa place émergera autre chose. Quelque chose de moins libre. De moins juste. De moins américain. L’ironie ultime serait que celui qui prétend restaurer la grandeur de l’Amérique soit celui qui l’enterre définitivement.
Sources
Sources primaires
Foreign Affairs – Trump’s Year of Anarchy: The Unconstrained Presidency and the End of American Primacy (20 janvier 2026)
Sources secondaires
Euronews – Europe’s impossible puzzle (20 janvier 2026)
Ukraine Crisis Media Center – Day 1,426 (20 janvier 2026)
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