Une organisation qui prépare la guerre tout en perdant ses membres
Le diagnostic de Lavrov sur l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord tient en une phrase cinglante : l’OTAN se prépare sérieusement à une guerre contre la Russie. Mais ce qui frappe davantage, c’est cette autre révélation : en Occident même, des voix s’élèvent pour dire qu’il serait temps de fermer cette alliance. Pas la réformer. Pas la repenser. La fermer. Quand vos propres membres commencent à remettre en question votre existence, c’est généralement le signe que quelque chose de fondamental s’est brisé. L’alliance qui devait protéger l’Europe de la menace soviétique pendant la Guerre froide semble aujourd’hui incapable de définir son propre rôle dans un monde où son principal allié — les États-Unis — menace d’annexer le territoire d’un de ses membres fondateurs.
Car c’est bien là le paradoxe qui dévore l’OTAN de l’intérieur : comment peut-on prétendre défendre la souveraineté européenne quand Washington réclame ouvertement le Groenland au Danemark ? Comment peut-on invoquer l’article 5 — celui qui garantit la défense mutuelle — quand le président américain menace ses alliés de droits de douane de 25% pour les forcer à céder un territoire ? La Première ministre danoise Mette Frederiksen l’a dit sans détour : une attaque américaine sur le Groenland serait la fin de l’OTAN. Pas une crise. Pas une tension. La fin. Et pourtant, l’alliance continue de fonctionner comme si de rien n’était, organisant des exercices militaires, publiant des communiqués, préparant des plans de bataille contre Moscou. Une organisation schizophrène qui ne sait plus si son ennemi est à l’Est ou de l’autre côté de l’Atlantique.
Le choc Trump : l’Europe sidérée par son propre protecteur
Lavrov a touché un point sensible en évoquant le choc que représente la politique de Donald Trump pour l’Europe. Ce mot — choc — n’est pas choisi au hasard. Il décrit parfaitement l’état de sidération dans lequel se trouvent les capitales européennes depuis le retour du milliardaire à la Maison-Blanche. La politique consistant à imposer les règles de conduite sur la scène internationale sans consultation, sans négociation, sans égard pour les alliances historiques, a pris tout le monde de court. L’enlèvement de Maduro au Venezuela, les menaces sur le canal de Panama, les sanctions contre la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni — tout cela en moins de trois semaines. L’Europe découvre avec effroi qu’elle n’est plus un partenaire privilégié. Elle est devenue un obstacle à éliminer ou un vassal à soumettre.
La réponse de Lavrov à cette situation révèle toute l’ironie de la position russe : si les pays occidentaux veulent se parler selon leurs propres codes, c’est leur affaire. En d’autres termes, Moscou observe avec un mélange de satisfaction et de prudence le spectacle d’un Occident qui s’autodétruit. La Russie n’a même plus besoin de diviser pour régner — ses adversaires s’en chargent très bien tout seuls. Les manifestations à Nuuk, au Groenland, où des milliers de personnes arborent des casquettes Make America Go Away, sont le symbole parfait de cette fracture. L’Amérique, censée protéger l’Europe, est devenue la menace que les Européens redoutent le plus. Et Lavrov, du haut de son podium moscovite, n’a qu’à constater les dégâts.
Vous savez ce qui me frappe le plus dans cette histoire ? C’est le silence. Le silence des institutions européennes face à l’impensable. Trump menace d’annexer un territoire européen — car oui, les Groenlandais sont des citoyens européens — et la réponse se limite à des communiqués indignés et des réunions d’urgence. Pas de sanctions. Pas de représailles économiques. Pas de rupture diplomatique. Juste des mots. Toujours des mots. Pendant ce temps, Lavrov observe. Et il note. Et il comprend que l’Occident ne sait plus se défendre, même contre lui-même.
L'OSCE à l'agonie : autopsie d'une institution moribonde
Cinquante ans après Helsinki, le rêve s’éteint
L’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe devait célébrer en 2025 le cinquantième anniversaire des Accords d’Helsinki. Ces accords historiques, signés en pleine Guerre froide, avaient posé les bases d’un dialogue Est-Ouest fondé sur des principes communs : respect des frontières, droits de l’homme, coopération économique. Cinquante ans plus tard, selon Lavrov, l’organisation est à l’agonie. Le mot est fort. Il est volontairement brutal. Mais il décrit une réalité que personne ne peut nier : l’OSCE n’a plus adopté de budget depuis 2021. Ses postes de direction sont restés vacants pendant des mois. Trois de ses officiels sont détenus dans le Donbass depuis près de trois ans. L’institution qui devait incarner la sécurité collective européenne est devenue le symbole de son échec.
Le nouveau secrétaire général, le diplomate turc Feridun Sinirlioglu, a hérité d’une mission impossible. Lors de sa visite à Moscou en mars 2025, il a tenté de renouer le dialogue, proposant les services de l’organisation pour un éventuel cessez-le-feu en Ukraine. Lavrov l’a accueilli avec une courtoisie glaciale, saluant son expérience tout en exprimant des doutes sur la capacité d’un seul homme à résoudre la crise systémique de l’organisation. Le message est clair : la Russie ne croit plus en l’OSCE. Elle ne sait même pas si cette institution aura sa place dans les futures architectures de sécurité euroasiatiques. Cinquante ans de diplomatie multilatérale, réduits à néant par des années de confrontation et d’incompréhension mutuelle.
Le consensus brisé : quand le dialogue devient impossible
Le problème fondamental de l’OSCE, selon Moscou, tient en un mot : le consensus. Depuis sa création, l’organisation fonctionne sur le principe que toute décision majeure doit être approuvée par l’ensemble des 57 États participants. Ce mécanisme, conçu pour protéger les intérêts de chacun, est devenu un piège mortel. La Russie accuse les pays de l’OTAN et de l’UE d’avoir tenté de contourner cette règle, de transformer l’organisation en instrument anti-russe, de l’utiliser pour promouvoir une agenda russophobe. Les Occidentaux, de leur côté, reprochent à Moscou de bloquer toute initiative, de paralyser les mécanismes de décision, de rendre impossible le moindre progrès.
Le résultat ? Une organisation paralysée, incapable d’agir, condamnée à répéter des formules creuses pendant que le continent s’enfonce dans la confrontation. Le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Alexandre Grouchko, l’a dit clairement lors d’une réunion avec Sinirlioglu en décembre 2025 : il est inadmissible d’abandonner la règle du consensus. Mais il est tout aussi inadmissible, selon lui, de continuer à politiser les travaux de l’organisation. Un cercle vicieux dont personne ne semble pouvoir sortir. L’OSCE meurt à petit feu, étouffée par ses propres règles, abandonnée par ceux qui l’avaient créée pour construire un monde meilleur.
L’OSCE qui meurt, c’est le rêve d’Helsinki qui s’éteint. C’est l’idée que des adversaires peuvent s’asseoir autour d’une table et trouver des compromis. C’est la conviction que la sécurité collective est possible en Europe. Quand on regarde les archives, on voit des photos de dirigeants soviétiques et occidentaux signant des accords, souriant pour les caméras, croyant construire quelque chose de durable. Cinquante ans plus tard, leurs successeurs ne se parlent plus. Ils s’accusent. Ils se menacent. Et l’institution qu’ils avaient créée ensemble agonise dans l’indifférence générale. Est-ce vraiment ce que nous voulions ?
Le Groenland : quand Trump fait voler en éclats l'ordre international
La Crimée de Washington : le parallèle qui fait mal
Lavrov a trouvé les mots pour mettre l’Occident face à ses contradictions. En comparant les ambitions américaines sur le Groenland à la situation de la Crimée, il a posé une question qui fait mal : pourquoi ce qui est condamnable quand Moscou le fait serait-il acceptable quand Washington le réclame ? La Crimée, redevenue russe en 2014, est tout aussi importante pour la sécurité du pays que le Groenland l’est pour les États-Unis, a-t-il affirmé. Le parallèle est provocateur. Il est aussi terriblement efficace. Car il met en lumière l’hypocrisie d’un ordre international où les règles s’appliquent différemment selon qu’on est une superpuissance occidentale ou un adversaire désigné.
La réponse de Lavrov aux rumeurs d’ambitions russes ou chinoises sur le Groenland a été sans ambiguïté : ni la Russie ni la Chine n’ont l’intention d’annexer ce territoire. Il a ajouté, avec une pointe d’ironie, qu’il ne doutait pas que Washington savait parfaitement bien qu’il n’existait aucun plan de ce genre de la part de Moscou ou de Pékin. En d’autres termes, l’argument sécuritaire avancé par Trump — protéger le Groenland des menaces russe et chinoise — est un prétexte. Une fiction commode pour justifier des ambitions impériales qui n’ont rien à voir avec la défense de l’Arctique. Le chef de la diplomatie russe a toutefois précisé que Moscou observait attentivement cette grave situation géopolitique et en tirerait les conclusions appropriées.
Le Groenland n’est pas danois : la bombe coloniale
L’autre observation de Lavrov sur le Groenland touche à un sujet encore plus sensible : le colonialisme. Le Groenland, a-t-il rappelé, n’est pas une partie naturelle du Danemark. C’est une conquête coloniale. Cette phrase, prononcée par le ministre des Affaires étrangères d’une puissance qui possède elle-même le plus vaste territoire du monde, a une portée considérable. Elle résonne avec les revendications d’indépendance des Groenlandais, avec les débats sur la décolonisation, avec les questions que l’Europe préférerait ne pas se poser sur son propre passé. Lavrov a précisé que la question des anciennes possessions coloniales était aujourd’hui plus grave que jamais. Un message adressé autant à l’Afrique qu’à l’Europe.
Car c’est bien là que Moscou construit son offensive diplomatique. En se posant comme le défenseur des peuples colonisés, en rappelant les crimes du passé occidental, la Russie cherche à rallier le Sud global à sa cause. L’annonce de l’ouverture de quatre nouvelles ambassades en Afrique — en Gambie, au Libéria, au Togo et aux Comores — portant le total à 49 représentations diplomatiques sur le continent, s’inscrit dans cette stratégie. Le troisième sommet Russie-Afrique est en préparation. Lavrov construit patiemment un réseau d’alliances qui contourne l’Occident, qui parle aux déçus de la mondialisation, qui offre une alternative à ceux qui ne veulent plus dépendre de Washington ou de Bruxelles.
Fermez les yeux. Imaginez que vous êtes Groenlandais. Votre île, habitée par 57 000 personnes, devient soudain l’enjeu d’un bras de fer entre les plus grandes puissances du monde. Le président américain veut vous acheter — comme on achète une maison, un terrain, une marchandise. Le ministre russe rappelle que vous êtes une conquête coloniale. Les Européens envoient des soldats pour vous protéger — mais de qui exactement ? De votre propre allié ? Vous manifestez sous la pluie de Nuuk, avec votre casquette Make America Go Away, et vous vous demandez si quelqu’un, quelque part, se soucie vraiment de ce que vous voulez. La réponse, vous la connaissez déjà.
L'Ukraine : la Russie pose ses conditions
Kiev en situation critique : le constat sans appel
Sur le dossier ukrainien, Lavrov n’a pas mâché ses mots. L’Ukraine se trouve actuellement dans une situation très critique, tant sur le front que sur le plan politique. Ce n’est pas une analyse. C’est un constat de terrain corroboré par les observateurs les plus divers. Les forces russes continuent de progresser dans le Donbass, gagnant du terrain village après village. Les frappes du missile Orechnik sur les infrastructures ukrainiennes ont démontré des capacités que Kiev ne peut pas contrer. Et sur le plan politique, le régime de Zelensky — que Lavrov qualifie systématiquement de nazi — peine à mobiliser de nouvelles troupes, à maintenir le moral de sa population, à convaincre ses alliés de maintenir leur soutien.
La position russe sur les négociations est claire et inflexible : toute proposition de règlement visant à préserver le régime de Kiev est absolument inacceptable. Moscou ne permettra pas à l’Ukraine de se réarmer pendant un éventuel cessez-le-feu. La Russie défendra toujours ses intérêts, en respectant les droits légitimes des autres, mais en veillant à ce que ses propres droits ne soient pas bafoués. Ces formulations diplomatiques masquent mal une réalité brutale : Moscou exige une capitulation, pas un compromis. Les tentatives de Zelensky et de l’Europe d’imposer à Washington l’idée d’un cessez-le-feu sont décrites comme désespérées. Le mot en dit long sur la façon dont le Kremlin perçoit la situation.
Washington : le seul interlocuteur valable ?
Dans ce tableau sombre, Lavrov a toutefois laissé entrevoir une ouverture. Les États-Unis, a-t-il affirmé, sont le seul pays occidental conscient de la nécessité de s’attaquer aux causes du conflit. Cette phrase, qui pourrait sembler anodine, est en réalité une main tendue vers l’administration Trump. Elle suggère que Moscou voit en Washington un partenaire potentiel pour mettre fin à la guerre — à condition que les Américains acceptent de traiter les causes profondes du conflit, c’est-à-dire, dans la logique russe, l’expansion de l’OTAN, la menace perçue contre la sécurité de la Russie, et le soutien occidental au régime de Kiev.
Le chef de la diplomatie russe a révélé un détail significatif de son dialogue avec le nouveau secrétaire d’État américain Marco Rubio : ce dernier aurait déclaré que la politique étrangère américaine sous la présidence Trump est déterminée par les intérêts nationaux et le bon sens. Pour Lavrov, c’est un langage qu’il peut comprendre. Fini l’idéalisme des administrations précédentes, fini les discours sur les valeurs et la démocratie. Place au pragmatisme, aux rapports de force, aux intérêts bien compris. C’est dans ce cadre que Moscou espère négocier — non pas avec une Europe jugée irresponsable et russophobe, mais directement avec Washington, entre grandes puissances qui se respectent.
Je lis les déclarations de Lavrov et je me demande ce que pensent les soldats ukrainiens dans leurs tranchées. Ceux qui se battent depuis bientôt quatre ans. Ceux qui ont vu leurs villes détruites, leurs familles déplacées, leur pays saigné. Pour eux, ce n’est pas de la géopolitique. C’est leur vie. Et ils découvrent que leur sort se joue peut-être dans des conversations entre Moscou et Washington, sans eux, sans leur avis, sans égard pour leurs sacrifices. Zelensky a raison sur un point : l’Ukraine doit être à la table. Mais sera-t-elle écoutée ? Rien n’est moins sûr.
L'Afrique et le Sahel : le nouveau front de la guerre d'influence
La France accusée de soutenir les terroristes via l’Ukraine
L’une des accusations les plus graves de la conférence concerne l’Afrique. Selon Lavrov, la France, en utilisant des instructeurs ukrainiens, fait tout son possible pour empêcher le rétablissement des gouvernements au Sahel. Cette accusation, qui circule depuis plusieurs mois dans les cercles diplomatiques africains, prend une dimension officielle quand elle est prononcée par le ministre des Affaires étrangères d’une puissance mondiale. Moscou affirme disposer de preuves que des instructeurs militaires ukrainiens forment des groupes djihadistes au Mali, leur fournissant des drones, des renseignements et des moyens de communication. Une accusation que Kiev dément catégoriquement, mais que l’Alliance des États du Sahel — Mali, Burkina Faso et Niger — a reprise dans une lettre officielle au Conseil de sécurité de l’ONU.
Cette bataille narrative a des conséquences concrètes. Le Mali et le Niger ont rompu leurs relations diplomatiques avec l’Ukraine en 2024, accusant Kiev de soutien au terrorisme international. La France, dont les troupes ont été chassées du Sahel ces dernières années, se retrouve désormais associée à cette accusation. Pour Moscou, c’est une opportunité en or : se présenter comme le défenseur des peuples africains contre leurs anciens colonisateurs, tout en renforçant sa présence militaire via l’Africa Corps (ex-Wagner). L’ouverture de quatre nouvelles ambassades et la préparation du troisième sommet Russie-Afrique s’inscrivent dans cette offensive diplomatique de grande ampleur.
La multipolarité comme horizon : le pari russe
Au-delà des accusations, Lavrov a développé une vision du monde qui tranche avec le discours occidental. L’isolement de la Russie que recherchait l’Occident n’a pas eu lieu, a-t-il affirmé. Les cérémonies du 80e anniversaire de la victoire contre le nazisme, en mai 2025, ont attiré de nombreux dignitaires étrangers, démontrant selon lui que Moscou n’est pas seul. Tous les pays BRICS sont de bons partenaires, a-t-il ajouté, soulignant l’importance de ce bloc émergent qui regroupe désormais certaines des plus grandes économies de la planète. La multipolarité ne disparaîtra plus, a-t-il proclamé. Un jour ou l’autre, il faudra s’entendre.
Cette vision d’un monde post-occidental, où les anciennes puissances coloniales perdent leur influence au profit de nouveaux centres de pouvoir, est au cœur de la stratégie russe. Aujourd’hui, a résumé Lavrov, le monde joue à un jeu où le plus fort a raison. Une formule qui sonne comme un aveu autant que comme un défi. Moscou ne prétend plus respecter un ordre international qu’elle considère comme biaisé en faveur de l’Occident. Elle joue selon ses propres règles, dans un monde où la force prime sur le droit, où les alliances se font et se défont au gré des intérêts, où les anciennes certitudes s’effondrent les unes après les autres.
La multipolarité dont parle Lavrov, c’est quoi exactement ? C’est un monde sans gendarme, sans arbitre, sans règles communes. Un monde où chaque puissance défend ses intérêts par tous les moyens. Un monde où les petits pays sont condamnés à choisir leur camp ou à être écrasés. Est-ce vraiment mieux que l’ordre américain imparfait qu’on connaissait ? Je n’en suis pas sûr. Mais une chose est certaine : le monde d’avant ne reviendra pas. Et nous ferions bien de nous préparer à celui qui vient.
Macron et l'Europe : l'insolence qui ne mène nulle part
La diplomatie du mégaphone : quand Paris s’agite dans le vide
Lavrov a réservé un traitement particulier au président français. Les multiples déclarations d’Emmanuel Macron sur son intention de contacter Vladimir Poutine ont été qualifiées de peu sérieuses. Tout cela est destiné à amuser la galerie, a tranché le chef de la diplomatie russe. C’est de la diplomatie du microphone ou du mégaphone qui n’a jamais mené à rien de bon. La critique est cinglante. Elle vise un président qui s’est positionné comme le défenseur de la souveraineté européenne, qui a multiplié les déclarations martiales sur l’Ukraine, qui a évoqué l’envoi de troupes occidentales, mais qui n’a obtenu aucun résultat tangible sur le plan diplomatique.
Macron a également été accusé d’avoir fait preuve d’insolence et de mépris envers la Russie. Mais Moscou, a précisé Lavrov, est au-dessus de cette rhétorique. La formule traduit le sentiment d’une puissance qui se considère comme l’égale des États-Unis, et qui refuse de prendre au sérieux les gesticulations d’une Europe perçue comme divisée et impuissante. Pendant que Macron parle, Trump agit. Pendant que Paris s’indigne des menaces sur le Groenland, Washington impose des sanctions. C’est cette asymétrie que Lavrov souligne avec une satisfaction à peine dissimulée.
L’UE : une crise existentielle
Plus largement, c’est toute l’Union européenne qui est visée par le diagnostic du Kremlin. L’UE est en crise profonde, a affirmé Lavrov. Les dirigeants européens maintiennent dans leurs plans l’idée d’infliger une défaite stratégique à la Russie, même s’ils ne l’expriment plus aussi ouvertement qu’avant. Cette obsession anti-russe, selon Moscou, empêche l’Europe de voir ses propres intérêts. Elle la conduit à se soumettre à Washington, à sacrifier son économie sur l’autel de sanctions contre-productives, à perdre son autonomie stratégique au moment même où son principal allié se retourne contre elle.
Les divisions internes de l’UE sur la question ukrainienne, sur les relations avec les États-Unis, sur la politique énergétique, sur l’avenir même du projet européen, font le jeu de Moscou. Lavrov n’a même pas besoin d’insister. Les faits parlent d’eux-mêmes : une Commission incapable d’imposer une ligne commune, des États membres qui négocient chacun de leur côté avec Trump, des opinions publiques de plus en plus sceptiques sur le soutien à l’Ukraine. L’Europe que décrit le chef de la diplomatie russe n’est pas un adversaire redoutable. C’est un géant paralysé par ses contradictions, incapable de définir ce qu’il veut et comment l’obtenir.
Macron qui veut appeler Poutine. Macron qui envoie quinze soldats au Groenland. Macron qui parle de souveraineté européenne. Et puis quoi ? Où sont les résultats ? Où est la stratégie ? Où est la vision ? Je regarde l’Europe depuis des années et je vois une puissance qui ne sait plus ce qu’elle est. Une puissance qui a renoncé à la guerre mais qui n’a pas trouvé d’alternative. Une puissance qui parle de valeurs mais qui ferme les yeux sur les dictatures quand ça l’arrange. Lavrov a raison sur un point : la diplomatie du mégaphone, ça ne marche pas. Il serait temps de l’admettre.
Le Venezuela et l'Iran : les fronts périphériques
L’invasion brutale du Venezuela : le précédent qui inquiète
Lavrov n’a pas manqué de mentionner la situation au Venezuela, où les États-Unis ont, selon ses termes, envahi le pays de manière brutale. La capture du président Nicolás Maduro le 3 janvier 2026 — une opération militaire sans précédent dans l’hémisphère occidental — est présentée par Moscou comme la preuve que Washington n’hésite plus à violer ouvertement la souveraineté des nations. Les menaces qui pèsent sur d’autres pays d’Amérique latine — Cuba, le Mexique, la Colombie — sont également évoquées. Pour Lavrov, c’est la confirmation que la mondialisation telle qu’on la connaissait est tombée à l’eau à cause des actions américaines.
Ce précédent vénézuélien résonne particulièrement en Europe. Si les États-Unis peuvent renverser un gouvernement en Amérique latine, qu’est-ce qui les empêcherait de prendre le contrôle du Groenland par la force ? La question n’est plus théorique. Elle se pose concrètement dans les états-majors européens, dans les ministères, dans les chancelleries. Le monde que construit Trump est un monde où la force prime, où les traités ne valent rien, où les alliances sont des contraintes dont on peut se débarrasser quand elles deviennent gênantes. Lavrov observe ce chaos avec un mélange de satisfaction et de prudence. Car si l’Amérique peut agir ainsi impunément, la Russie aussi pourrait en tirer des leçons.
L’Iran : la déstabilisation en marche
Sur le front iranien, Moscou s’est dit profondément préoccupé par les tentatives manifestes de déstabilisation de la situation. Les émeutes qui ont secoué l’Iran ces dernières semaines, avec leurs 350 mosquées incendiées selon Téhéran, sont attribuées par le Kremlin à une ingérence extérieure. La Russie a également révélé avoir reçu des propositions concrètes concernant un Conseil de paix sur Gaza, sans préciser de qui elles émanaient ni ce qu’elles contenaient. Sur ce dossier comme sur les autres, Moscou se positionne comme une puissance incontournable, capable de dialoguer avec tous les acteurs, de l’Iran à Israël, des pays du Golfe aux mouvements palestiniens.
Cette capacité à maintenir des relations avec des parties adverses est présentée comme un atout face à un Occident qui a choisi son camp. La Russie ne condamne pas Israël pour ses opérations à Gaza, mais elle ne rompt pas non plus avec l’Iran. Elle critique l’Ukraine mais maintient des canaux de communication. Elle dénonce les États-Unis mais dialogue avec Trump. Cette diplomatie équilibriste, que certains qualifient de cynique, est présentée par Lavrov comme la seule approche réaliste dans un monde où les certitudes d’hier se sont effondrées.
Le Venezuela. L’Iran. Le Groenland. L’Ukraine. Tous ces fronts qui s’embrasent en même temps. Tous ces conflits qui se croisent, s’alimentent, se renforcent mutuellement. On a l’impression d’un monde au bord du précipice, où chaque crise peut en déclencher une autre, où personne ne contrôle vraiment ce qui se passe. Et au milieu de ce chaos, Lavrov qui pose son diagnostic avec le calme de celui qui a vu beaucoup de choses. Est-ce du sang-froid ou de l’indifférence ? Je ne sais pas. Mais je sais que ce qu’il décrit me fait peur.
Conclusion : le crépuscule de l'ordre ancien
Un monde sans règles : la nouvelle normalité
La conférence de presse de Sergueï Lavrov restera peut-être comme l’un de ces moments où l’histoire bascule. Non pas à cause de ce qu’il a annoncé — aucune rupture diplomatique, aucune déclaration de guerre, aucune initiative spectaculaire — mais à cause de ce qu’il a décrit. Un Occident fracturé, une Europe impuissante, des États-Unis devenus imprévisibles, des institutions internationales moribondes. Ce tableau n’est pas le fruit de l’imagination du Kremlin. C’est la réalité que nous vivons depuis ce 20 janvier 2026. Une réalité où les certitudes d’hier — l’alliance atlantique, la solidarité européenne, le droit international — s’effritent jour après jour.
Le monde que dessine Lavrov n’est pas un monde meilleur. C’est un monde plus dangereux, plus instable, plus imprévisible. Un monde où le plus fort a raison, où les petits pays tremblent, où les grandes puissances se regardent en chiens de faïence. La Russie y trouve son compte — pour l’instant. Elle a survécu aux sanctions, maintenu ses alliances, progressé en Ukraine, renforcé sa présence en Afrique. Mais même Moscou sait que ce chaos ne peut pas durer éternellement. Un jour ou l’autre, a concédé Lavrov, il faudra s’entendre. La question est de savoir combien de destructions, combien de souffrances, combien de morts il faudra encore avant d’en arriver là.
Je referme mes notes et je me demande : où allons-nous ? L’OTAN se fissure. L’OSCE agonise. L’Europe ne sait plus qui elle est. Les États-Unis menacent leurs propres alliés. La Russie avance ses pions. Et nous, simples spectateurs de ce grand bouleversement, nous regardons le monde d’hier s’effondrer sans savoir ce qui viendra après. Lavrov a raison sur un point : la multipolarité est là. Elle ne partira plus. Mais quel visage aura-t-elle ? Celui de la coopération ou celui de la confrontation ? Celui du dialogue ou celui des missiles ? Personne ne le sait. Et c’est peut-être ça, le plus effrayant. Ce n’est pas la guerre qui fait peur. C’est l’incertitude. C’est ce vide qui s’ouvre devant nous. C’est cette question qui nous hante tous : que reste-t-il quand plus rien ne tient ?
Encadré de transparence du chroniqueur
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur. Je suis analyste, observateur des dynamiques géopolitiques et commerciales qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à anticiper les virages que prennent nos dirigeants. Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel. Je prétends à la lucidité, à l’analyse sincère, à la compréhension profonde des enjeux qui nous concernent tous.
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et commentaires interprétatifs. Les informations factuelles présentées dans cet article proviennent de sources officielles et vérifiables, notamment les communiqués du ministère russe des Affaires étrangères, les déclarations officielles des dirigeants politiques, les rapports d’agences de presse internationales reconnues telles que Reuters, AFP, TASS, ainsi que les données d’organisations internationales comme l’OSCE et l’ONU.
Les analyses et interprétations présentées représentent une synthèse critique basée sur les informations disponibles. Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser, de leur donner un sens. Toute évolution ultérieure pourrait modifier les perspectives présentées ici.
Sources
Sources primaires
Sputnik Afrique – Conférence de presse de Sergueï Lavrov sur les résultats de la diplomatie russe en 2025 (20 janvier 2026)
TeleSUR – Lavrov accuse l’Europe et l’OTAN de préparer une guerre contre la Russie (20 janvier 2026)
TASS – All OSCE fundamental principles severely violated, ignored — Lavrov (mars 2025)
OSCE – OSCE Secretary General concludes visit to Moscow (12 mars 2025)
Sources secondaires
La Presse – Trump annonce de nouveaux droits de douane pour huit pays européens (17 janvier 2026)
Franceinfo – Menace d’annexion du Groenland : quatre questions sur les nouveaux droits de douane (18 janvier 2026)
Wikipédia – Sommet entre les États-Unis et la Russie de 2025
Pravda FR – Lavrov : la mondialisation est tombée à l’eau à cause des actions des États-Unis (14 janvier 2026)
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.