Du « deal immobilier » à la menace militaire
Tout a commencé comme une mauvaise blague. En 2019, lors de son premier mandat, Donald Trump avait proposé d’« acheter » le Groenland. « Un gros deal immobilier », avait-il dit. Mette Frederiksen avait qualifié l’idée d’« absurde ». Le Groenland n’était pas à vendre. L’affaire semblait close. Mais Trump n’oublie jamais. De retour à la Maison-Blanche en janvier 2025, il a remis le sujet sur la table. Cette fois, le ton était différent. Plus menaçant. Le 9 janvier 2026, il a déclaré vouloir prendre l’île « de la manière facile ou de la manière difficile ». Quelques jours plus tard, le 6 janvier, la Maison-Blanche a confirmé que « l’option militaire est toujours sur la table ».
L’engrenage s’est accéléré après l’intervention américaine au Venezuela. Le 4 janvier 2026, les États-Unis ont capturé le président Nicolás Maduro lors d’une opération militaire. Dans les heures qui ont suivi, Katie Miller, épouse du conseiller Stephen Miller, a posté sur X une carte du Groenland recouverte du drapeau américain avec la légende : « BIENTÔT ». Le message était clair. Si les États-Unis pouvaient renverser un gouvernement au Venezuela, pourquoi pas au Groenland ? Stephen Miller lui-même a déclaré sur Fox News : « Personne ne va combattre les États-Unis militairement pour le Groenland. » Il avait tort.
Les tarifs douaniers comme arme de guerre économique
Face à la résistance européenne, Trump a sorti une autre arme : les tarifs douaniers. Le 16 janvier 2026, il a annoncé des taxes de 10% sur les importations en provenance des pays qui s’opposent à ses ambitions sur le Groenland. Le Danemark, la Norvège, la Suède, l’Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Finlande sont visés. Ces taxes passeront à 25% le 1er juin 2026 si le Groenland n’est pas cédé. C’est du chantage économique à l’échelle continentale. Une forme de punition collective contre l’Europe entière pour avoir osé dire non.
Dans un message au Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre, Trump a exigé « le contrôle complet et total du Groenland » — avec les majuscules. Plus révélateur encore, il a lié son attitude à son échec à obtenir le prix Nobel de la paix 2025, écrivant qu’il ne se sentait plus « obligé de penser uniquement à la paix ». Un président des États-Unis qui admet explicitement qu’il abandonne la diplomatie parce qu’il n’a pas eu un prix. On croirait lire une mauvaise fiction. Sauf que c’est réel. Et que les conséquences sont tangibles.
J’ai relu cette phrase trois fois. « Je ne me sens plus obligé de penser uniquement à la paix. » Un président américain. La première puissance mondiale. Qui dit ça. Publiquement. À propos d’un allié. Parce qu’il n’a pas eu un prix. Je ne sais pas ce qui me choque le plus. L’arrogance ou la petitesse. L’idée qu’un homme puisse menacer la stabilité mondiale parce que son ego a été blessé. On parle de 57 000 vies. De 57 000 personnes qui n’ont rien demandé à personne. Qui veulent juste vivre sur leur terre. Et un homme décide qu’ils lui appartiennent. Comment on en est arrivés là ?
La réponse danoise : mobilisation générale dans l'Arctique
88 milliards de couronnes pour défendre le Grand Nord
Le Danemark ne se contente pas de mots. Le 19 janvier 2026, le ministre de la Défense Troels Lund Poulsen a annoncé un plan de 88 milliards de couronnes danoises — soit environ 13,8 milliards de dollars — pour renforcer la sécurité arctique. C’est le plus gros investissement militaire de l’histoire du Danemark dans la région. Le plan prévoit de nouveaux navires brise-glace, des drones longue portée, des systèmes de défense aérienne incluant des batteries Patriot et IRIS-T, ainsi que la modernisation des aéroports pour accueillir les chasseurs F-35 danois. L’objectif : montrer au monde que le Groenland n’est pas sans défense.
Sur le terrain, les mouvements ont commencé. Le 20 janvier 2026, une « contribution substantielle » de troupes danoises a atterri à Kangerlussuaq. Environ 200 soldats supplémentaires ont rejoint les forces déjà présentes, portant l’effectif total à plus de 350 militaires. Le général Søren Andersen, commandant du Commandement arctique danois, supervise les opérations depuis Nuuk. Ces troupes participent à l’Opération Arctic Endurance, un exercice multinational impliquant plusieurs pays de l’OTAN — tous à l’exception des États-Unis, qui ont pourtant été invités. Le message est limpide : l’Europe défendra le Groenland avec ou sans Washington.
L’unité nordique face à la menace américaine
Le Danemark n’est pas seul. Le Premier ministre suédois Ulf Kristersson a condamné la « rhétorique menaçante » des États-Unis lors d’une conférence sur la défense à Sälen. « La Suède, les pays nordiques, les États baltes et plusieurs grands pays européens se tiennent aux côtés de nos amis danois », a-t-il déclaré. Il a ajouté qu’une prise de contrôle américaine du Groenland constituerait « une violation du droit international et risquerait d’encourager d’autres pays à agir exactement de la même manière ». Le parallèle avec l’invasion russe de l’Ukraine n’est pas innocent.
La France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Finlande, la Norvège et les Pays-Bas ont tous annoncé l’envoi de personnels militaires au Groenland pour des exercices conjoints. Le Royaume-Uni prépare des plans pour déployer des navires de guerre et des avions dans la région. Le ministre belge de la Défense Theo Francken a proposé que l’OTAN lance une opération permanente dans l’Arctique. Une mission appelée « Arctic Sentry », sur le modèle de « Baltic Sentry », est en discussion. L’Europe se mobilise comme elle ne l’a jamais fait — non pas contre la Russie cette fois, mais contre son propre allié.
Le Groenland dit non : la voix d'un peuple qu'on refuse d'entendre
85% des Groenlandais opposés à l’annexion américaine
Au milieu de cette tempête géopolitique, il y a un peuple. 57 000 personnes qui vivent sur la plus grande île du monde. Des Inuits pour la plupart, dont les ancêtres parcourent ces terres depuis le XIIIe siècle. Un sondage publié en janvier 2025 par le journal Berlingske révèle que 85% des Groenlandais s’opposent à rejoindre les États-Unis. Seulement 6% y sont favorables. Le message ne pourrait pas être plus clair. Et pourtant, Trump persiste. « Nous aurons le Groenland », répète-t-il. Comme si les voix de ces 57 000 personnes n’existaient pas. Comme si leurs opinions ne comptaient pas.
Le Premier ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen a été catégorique. « Trump n’aura pas le Groenland. Le Groenland n’est pas à vendre. Nous ne sommes pas à vendre. » Lors d’une conférence de presse le 17 janvier 2026, il a participé à une manifestation massive à Nuuk, brandissant le drapeau groenlandais devant des milliers de ses concitoyens. Tous les partis du Parlement groenlandais — sans exception — ont publié une déclaration commune exigeant que les États-Unis « fassent preuve de respect » et affirmant clairement : « Nous ne voulons pas devenir Américains. » Face au choix entre les États-Unis et le Danemark, le Groenland a choisi le Danemark.
Imaginez une seconde. Vous vivez sur une île. Votre famille y vit depuis des générations. Vous avez votre culture, votre langue, vos traditions. Et un jour, un homme à l’autre bout du monde décide que cette île lui appartient. Sans vous demander. Sans vous consulter. Sans même vous regarder. Il parle de « deal immobilier ». Comme si votre maison était un bien commercial. Comme si votre histoire était un actif à liquider. 85% de votre peuple dit non. Mais il n’entend pas. Ou il s’en fiche. C’est ça, le colonialisme. En 2026. Avec un costume et une cravate.
Les manifestations « Hands off Greenland » : quand un peuple se lève
Le 17 janvier 2026, les rues de Copenhague et de Nuuk se sont remplies comme jamais. Plus de 15 000 personnes ont manifesté dans la capitale danoise, formant une mer de drapeaux rouge et blanc. À Nuuk, environ 5 000 personnes — soit près de 25% de la population de la ville — sont descendues dans les rues. C’est la plus grande manifestation de l’histoire du Groenland. Les slogans fusaient : « Le Groenland n’est pas à vendre ! », « Yankee, rentre chez toi ! », « Non veut dire non ! ». Des casquettes parodiant les « MAGA » de Trump arboraient l’inscription « Make America Go Away » — « Fais partir l’Amérique ».
Les manifestants venaient de tous horizons. Des familles avec enfants, des vétérans, des jeunes, des anciens. Flemming Almind, 57 ans, vétéran de l’armée danoise, participait à sa première manifestation de sa vie. « En Afghanistan et en Irak, les Danois ont combattu aux côtés des soldats américains. Le Danemark a perdu, per capita, beaucoup de soldats », a-t-il confié à NBC News. « Avec le recul, on doit se demander : est-ce que ça en valait la peine ? » Une question qui résonne. Ces hommes et ces femmes qui ont versé leur sang pour l’alliance se retrouvent maintenant menacés par ceux-là mêmes qu’ils ont défendus.
L'OTAN en péril : l'alliance peut-elle survivre à cette crise ?
Article 5 : le paradoxe juridique d’une attaque américaine
L’article 5 du traité de l’OTAN stipule qu’une attaque armée contre un membre est considérée comme une attaque contre tous les membres. C’est le cœur de l’alliance, sa raison d’être. Mais que se passe-t-il si l’agresseur est lui-même un membre ? Rasmus Jarlov a été clair : en cas d’attaque américaine, le Danemark invoquerait l’article 5. Juridiquement, cela obligerait les autres membres à défendre le Danemark. Contre les États-Unis. L’absurdité de la situation illustre à quel point Trump a poussé l’alliance dans ses retranchements. Depuis 1949, l’article 5 n’a été invoqué qu’une seule fois : après les attentats du 11 septembre 2001. Et le Danemark avait répondu présent.
Les analystes sont pessimistes. Georgios Samaras, professeur au King’s College de Londres, estime que l’OTAN ne pourrait pas stopper les États-Unis. « Comment pourrait-elle, quand nous parlons d’une superpuissance qui dispose de tant de bases militaires à travers le continent ? » Mais il ajoute : « Si un membre de l’OTAN menace un autre membre, cela rend la promesse de défense mutuelle conditionnelle et politique. Ce serait la fin de l’OTAN. » Jamie Shea, ancien responsable de l’OTAN et chercheur à Chatham House, partage cette analyse : « Ils voudraient éviter un affrontement direct avec les États-Unis, ce qui signerait la fin de l’OTAN et du soutien américain à l’Ukraine. »
L’Europe face à un choix impossible
L’Europe se trouve devant un dilemme cornélien. D’un côté, défendre le Danemark et risquer de briser l’alliance avec les États-Unis. De l’autre, accepter l’annexion et admettre que la souveraineté d’un membre de l’OTAN peut être violée par un autre. La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a réaffirmé « la nécessité de respecter sans équivoque la souveraineté » du Danemark et du Groenland. « C’est d’une importance capitale pour notre relation transatlantique », a-t-elle déclaré lors d’une rencontre avec des diplomates américains à Davos.
Mais derrière les déclarations, l’inquiétude est palpable. Si Trump peut menacer un allié pour obtenir un territoire, qu’est-ce qui l’empêchera de recommencer ? Le Canada est déjà dans son viseur — il a évoqué l’idée d’en faire le « 51e État ». Des conseillers américains affirment en privé que Trump se plaint régulièrement de la « vulnérabilité » du Canada face aux adversaires des États-Unis dans l’Arctique. L’ancien ambassadeur du Canada à l’ONU, Bob Rae, a averti que Trump « ne prend pas au sérieux la souveraineté du Canada ». L’ordre international fondé sur des règles, tel que nous le connaissons, est menacé.
On parle beaucoup de la menace russe. De la menace chinoise. Des dictateurs qui veulent redessiner les frontières par la force. Et puis un matin, on se réveille et la menace vient de notre plus proche allié. Celui avec qui on a combattu. Celui pour qui on a versé du sang. L’ironie est cruelle. Les Européens ont passé des décennies à dépendre de l’Amérique pour leur sécurité. Et maintenant, ils réalisent que cette dépendance pourrait être leur perte. Parce que l’Amérique a changé. Ou peut-être qu’elle a toujours été comme ça, et qu’on ne voulait pas le voir.
Les enjeux stratégiques : pourquoi le Groenland fascine tant Trump
Richesses minières et routes maritimes de l’Arctique
Le Groenland n’est pas qu’une étendue de glace. Sous ses glaciers se cachent des trésors miniers colossaux. Terres rares, uranium, zinc, fer, plomb, or… Des ressources stratégiques essentielles pour les technologies vertes et l’industrie de défense. Avec le réchauffement climatique, ces gisements deviennent de plus en plus accessibles. Le Groenland pourrait devenir l’un des principaux fournisseurs mondiaux de terres rares, actuellement dominé par la Chine. Pour Trump, c’est une opportunité en or. Contrôler le Groenland, c’est contrôler l’accès à ces ressources.
Mais l’intérêt est aussi géographique. Avec la fonte des glaces, de nouvelles routes maritimes arctiques s’ouvrent. Ces passages pourraient réduire considérablement les temps de transport entre l’Asie, l’Europe et l’Amérique du Nord. Le Groenland, situé à la croisée de ces routes, deviendrait un carrefour stratégique mondial. La Russie et la Chine l’ont compris et investissent massivement dans la région. Pour Trump, laisser le Groenland à d’autres serait une « erreur stratégique ». Le problème, c’est que le Groenland appartient déjà à quelqu’un. Et ce quelqu’un n’est pas les États-Unis.
La base de Pituffik : une présence américaine déjà établie
Ironiquement, les États-Unis disposent déjà d’une présence militaire significative au Groenland. La base spatiale de Pituffik, anciennement connue sous le nom de Thule Air Base, est située à 750 milles au nord du cercle polaire arctique. Elle joue un rôle crucial dans le système d’alerte antimissile américain et la surveillance spatiale. Environ 150 militaires américains y sont stationnés en permanence. L’accord de défense de 1951 entre le Danemark et les États-Unis permet à Washington d’étendre sa présence si nécessaire — avec l’accord de Copenhague.
Lin Mortensgaard, spécialiste de l’Arctique à l’Institut danois des études internationales, le confirme : « Dans cet accord de défense, les États-Unis ont des options très larges pour étendre leur présence militaire au Groenland — avec des bases, des troupes supplémentaires, de nouvelles installations radar. Beaucoup de choses peuvent être faites sous cet accord. » Alors pourquoi cette obsession pour l’annexion totale ? Les analystes évoquent l’ego de Trump, son besoin de « victoires » spectaculaires, sa vision du monde comme une série de « deals » à conclure. Mais peu importe les motivations, les conséquences sont réelles. Et potentiellement catastrophiques.
Le soutien bipartisan américain au Danemark
Des élus républicains et démocrates unis contre Trump
Au Congrès américain, la résistance s’organise. Une délégation bipartisane de 10 élus — sénateurs et représentants des deux partis — s’est rendue à Copenhague pour exprimer son soutien au Danemark. Le sénateur démocrate Chris Coons, qui menait la délégation, a été clair : « Si les États-Unis devaient mener l’une des menaces actuelles contre le Groenland, cela briserait l’OTAN. Nous ne voulons pas de cela. » Il a ajouté qu’il n’existait « aucune menace sécuritaire pressante » contre le Groenland justifiant la position de l’administration Trump.
Le représentant républicain Don Bacon, avec son collègue démocrate Bill Keating, a introduit le « No Funds for NATO Invasion Act » — une loi qui interdirait l’utilisation de fonds fédéraux pour envahir un membre de l’OTAN. Un sondage Reuters/Ipsos révèle que seuls 17% des Américains approuvent les efforts de Trump pour acquérir le Groenland. Les majorités des électeurs républicains et démocrates s’opposent à l’usage de la force militaire. Même dans son propre camp, Trump est isolé. Mais il persiste. Et les institutions peinent à le freiner.
Il y a quelque chose de rassurant à voir des élus américains se lever contre cette folie. Républicains et démocrates, ensemble. Comme si certaines lignes étaient encore sacrées. Comme si l’idée d’envahir un allié restait impensable pour la plupart des Américains. Mais en même temps, je me demande : est-ce que ça suffira ? Trump s’est affranchi de tant de règles, de tant de normes, de tant de « lignes rouges ». Chaque fois qu’on pensait qu’il était allé trop loin, il est allé plus loin encore. Et chaque fois, on s’est habitués. C’est ça le danger. L’habitude. La normalisation de l’impensable.
Un sondage révélateur : 8% des Américains soutiennent une invasion
Un sondage YouGov de janvier 2026 révèle que seulement 8% des Américains soutiennent l’idée d’une invasion militaire du Groenland. Huit pour cent. C’est moins que la marge d’erreur de la plupart des sondages. Trump a qualifié ces chiffres de « fake » — son réflexe habituel face à toute donnée qui le contrarie. Mais les chiffres sont têtus. L’immense majorité des Américains ne veut pas d’une guerre contre le Danemark. Le problème, c’est que dans le système américain actuel, la volonté populaire semble avoir peu de poids face aux décisions présidentielles.
Les manifestants à Copenhague ont remarqué la visite des élus américains. « Ça fait une énorme différence que des membres du Congrès viennent ici et écoutent », a confié Kristime Due, une manifestante. Mais d’autres sont plus sceptiques. « La délégation ne comptait que deux républicains que Trump n’écoute même pas », a souligné Else Hatmann, une autre participante. L’espoir est fragile. La crainte, omniprésente. Parce que tout le monde sait que Trump agit souvent seul, sans égard pour l’opinion publique ou les avis contraires.
Les soldats danois : prêts à se battre pour leur terre
La patrouille Sirius : ces hommes qui gardent le Grand Nord
Trump a moqué la défense danoise du Groenland, affirmant qu’elle se résumait à « deux traîneaux à chiens ». Kasper Damsø sait de quoi il parle. Ce soldat d’élite des forces spéciales danoises a passé deux ans, dans les années 1990, à patrouiller les étendues glacées du nord-est du Groenland. Souvent seul avec onze chiens et un camarade, par des températures de -50°C. La Sirius Dog Sled Patrol subit un entraînement comparable à celui des Navy SEALs américains, avec en plus une formation à la résilience mentale développée par la NASA. « Ces patrouilles ne sont pas une blague », affirme Damsø.
Mais au-delà des patrouilles, c’est toute l’armée danoise qui se mobilise. Le général Peter Boysen a déclaré être « prêt à défendre le Groenland ». Les soldats qui ont débarqué à Nuuk et Kangerlussuaq savent pourquoi ils sont là. Ils connaissent le décret royal de 1952. En cas d’attaque, ils n’attendront pas d’ordres. Ils riposteront. Martin Aaholm, vétéran danois qui a perdu ses deux jambes sur un IED en Afghanistan, résume le sentiment de beaucoup : « En tant que soldat qui a combattu pour l’OTAN et qui a aidé quand les États-Unis ont invoqué l’article 5, je me sens offensé. Je me sens blessé. »
L’honneur d’une nation : le Danemark refuse de plier
Le Danemark est un petit pays. 5,9 millions d’habitants. Une armée de taille modeste. Face aux États-Unis, il n’aurait aucune chance dans un conflit prolongé. Et pourtant, il refuse de céder. Pourquoi ? Parce que certaines valeurs ne se négocient pas. La souveraineté. L’autodétermination des peuples. Le respect du droit international. Le Danemark a été l’un des 12 membres fondateurs de l’OTAN en 1949. Ses soldats ont combattu en Afghanistan, en Irak, au Kosovo. Ils ont versé leur sang pour l’alliance. Et maintenant, on leur demande de se soumettre à un chantage ?
La Première ministre Frederiksen a posé la question qui hante tous les Européens : « Si les États-Unis peuvent prendre le Groenland par la force, que vaut encore l’OTAN ? Que valent encore les traités ? Que vaut encore la parole donnée ? » Le Premier ministre suédois Kristersson a répondu indirectement : une annexion américaine du Groenland « encouragerait d’autres pays à agir exactement de la même manière ». En d’autres termes : si les États-Unis violent le droit international, pourquoi la Russie ou la Chine se gêneraient-elles ? L’ordre mondial est en jeu. Et le Danemark se retrouve, malgré lui, en première ligne de sa défense.
Je pense à Martin Aaholm. Cet homme qui a laissé ses deux jambes en Afghanistan. Pour l’OTAN. Pour les États-Unis. Il a encore effectué 29 missions en solo en Ukraine pour livrer des fournitures aux forces de première ligne. Et aujourd’hui, le pays pour lequel il s’est battu menace le sien. Comment peut-on demander à ces hommes et ces femmes de croire encore à l’alliance ? Comment peut-on leur demander de continuer à se sacrifier alors que leur sacrifice est piétiné par celui-là même qu’ils ont défendu ? Il y a des trahisons qui ne se pardonnent pas. Celle-ci en fait partie.
L'onde de choc mondiale : les réactions internationales
L’Europe unie derrière le Danemark
Rarement l’Europe aura affiché une telle unité. Les dirigeants de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, de la Pologne, de l’Espagne et du Royaume-Uni ont publié une déclaration commune aux côtés de Mette Frederiksen, affirmant que le Groenland « appartient à son peuple ». « C’est au Danemark et au Groenland, et à eux seuls, de décider des questions concernant le Danemark et le Groenland », précise le texte. Le Premier ministre canadien Mark Carney a exprimé son soutien et annoncé la visite au Groenland de la Gouverneure générale Mary Simon, elle-même d’origine inuite.
Le secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte a rencontré les ministres danois et groenlandais à Bruxelles pour discuter de la situation. Il a souligné l’importance de l’Arctique pour « notre sécurité collective » et salué les investissements danois dans la défense. Mais la position de l’OTAN reste délicate : comment condamner les menaces d’un de ses membres les plus puissants sans provoquer une fracture définitive ? Pour l’instant, l’alliance marche sur des œufs. Et personne ne sait combien de temps cette situation pourra durer.
Le spectre de la désintégration transatlantique
Les observateurs parlent de la « plus grande crise transatlantique depuis des générations ». Certains vont plus loin : ils évoquent une potentielle « désintégration » de la relation États-Unis-Europe telle qu’on la connaît depuis 1945. La confiance, une fois brisée, est difficile à reconstruire. Même si Trump renonçait demain à ses ambitions sur le Groenland, le mal serait fait. Les Européens ont vu de quoi les États-Unis étaient capables. Ils ont entendu les menaces. Ils ont ressenti la peur.
L’ancienne ambassadrice américaine au Danemark, Alan Leventhal, l’a dit clairement à CNN : « L’OTAN ne sera plus jamais la même si les États-Unis prennent une action militaire au Groenland. » Plus jamais la même. Ces mots résonnent comme un glas. 77 ans de coopération, de sacrifices partagés, de sécurité collective. Remis en question par les lubies d’un seul homme. L’Europe commence à réaliser qu’elle ne peut plus compter aveuglément sur les États-Unis. Et cette prise de conscience, aussi douloureuse soit-elle, pourrait redéfinir l’avenir du continent.
Conclusion : L'heure des choix pour l'Occident
Un moment décisif pour l’ordre international
Nous sommes à un carrefour historique. La crise du Groenland n’est pas qu’une dispute territoriale. C’est un test. Un test pour l’OTAN, pour l’Europe, pour l’ordre international fondé sur le droit. Si les États-Unis peuvent annexer un territoire allié par la menace ou la force, alors les règles qui ont maintenu la paix depuis 1945 ne valent plus rien. La Russie l’a fait avec la Crimée. La Chine menace de le faire avec Taïwan. Et maintenant, les États-Unis voudraient faire de même avec le Groenland ?
Le Danemark a tracé une ligne. Il a dit non. Il a envoyé ses soldats. Il a mis son honneur et peut-être son existence en jeu. Parce que certaines batailles méritent d’être menées, même quand on sait qu’on ne peut pas gagner. Les Groenlandais ont parlé. 85% d’entre eux refusent l’annexion. 5 000 personnes ont manifesté à Nuuk — 25% de la population. Leur voix est claire. Leur volonté est ferme. Reste à savoir si le reste du monde les entendra.
L’avenir suspendu à un fil
Personne ne sait comment cette crise se terminera. Trump peut-il être dissuadé ? Reculera-t-il face à l’opposition internationale ? Ou ira-t-il jusqu’au bout, quitte à détruire l’alliance qui a protégé l’Occident pendant près de huit décennies ? Les négociations se poursuivent. Les ministres des Affaires étrangères danois et groenlandais ont rencontré le secrétaire d’État Marco Rubio et le vice-président JD Vance. Ils sont repartis sans avoir changé la position américaine. « Si c’est le cas, la série de réunions sera courte », a murmuré le ministre danois Lars Løkke Rasmussen.
Pendant ce temps, les soldats danois restent en poste au Groenland. Les manifestants rangent leurs pancartes mais restent vigilants. Et 57 000 Groenlandais attendent, le cœur serré, de savoir ce que demain leur réserve. Ils n’ont pas choisi cette crise. Ils n’ont pas demandé à être au centre d’une confrontation géopolitique mondiale. Ils veulent juste vivre sur leur terre, comme leurs ancêtres l’ont fait depuis des siècles. Est-ce vraiment trop demander ?
Je termine cet article avec un sentiment étrange. De la colère, oui. De l’indignation, certainement. Mais aussi quelque chose qui ressemble à de l’espoir. Parce que face à la folie, il y a des gens qui résistent. Des soldats danois qui se tiennent prêts. Des manifestants qui descendent dans la rue. Des élus américains qui traversent l’Atlantique pour dire : pas en notre nom. Des Groenlandais qui refusent d’être vendus comme des marchandises. L’histoire nous enseigne que les empires finissent toujours par chuter. Que l’arrogance précède la chute. Que les peuples qui résistent, même quand tout semble perdu, finissent souvent par triompher. Je ne sais pas comment cette histoire se terminera. Mais je sais de quel côté je me tiens. Et vous ?
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements de puissance, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent l’ordre mondial.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : déclarations officielles des gouvernements danois, groenlandais et américain, communiqués du ministère danois de la Défense, déclarations des responsables de l’OTAN, textes des traités internationaux.
Sources secondaires : CNN, Al Jazeera, NPR, NBC News, The Intercept, TIME Magazine, Reuters, Agence France-Presse, CNBC, PBS NewsHour, France 24, Euronews, The Irish Times, Wikipedia.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales. Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées.
Sources
Sources primaires
CNN – Interview de Rasmus Jarlov par Jim Sciutto – 19 janvier 2026
Ministère danois de la Défense – Communiqué sur le déploiement de troupes au Groenland – 19-20 janvier 2026
TV2 Danemark – Interview de Mette Frederiksen – janvier 2026
Parlement groenlandais – Déclaration commune des partis politiques – janvier 2026
Sources secondaires
Al Jazeera – Denmark’s PM says Greenland showdown at ‘decisive moment’ – 12 janvier 2026
TIME Magazine – Inside the Danish Campaign to Keep Greenland – 18 janvier 2026
NPR – ‘Not for sale’: massive protest in Copenhagen – 17 janvier 2026
NBC News – ‘Make America Go Away’: Denmark incensed by Trump’s push – 18 janvier 2026
The Intercept – Danish Forces Are Mandated to Fire Back – 14 janvier 2026
CNBC – Trump is desperate to take Greenland. Can NATO defend itself? – 9 janvier 2026
Wikipedia – Greenland crisis, Hands off Greenland protests – janvier 2026
Fox News – Denmark ramps up defenses in Greenland – 20 janvier 2026
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