Une arme juridique sans précédent
Adopté en 2023, l’instrument anti-coercition de l’UE est unique au monde. Il permet à l’Union de prendre des contre-mesures économiques contre tout pays qui tente d’influencer les politiques européennes par la pression commerciale. Autrement dit : si tu nous menaces de tarifs, nous pouvons te frapper en retour. Fort.
Les options de représailles sont nombreuses. Fermer l’accès aux marchés publics européens — un marché de centaines de milliards d’euros où les entreprises américaines sont très présentes. Bloquer les investissements dans des secteurs stratégiques. Restreindre l’accès au secteur des services. Imposer des droits de douane ciblés sur des produits américains. L’arsenal est vaste et peut faire très mal.
Les conditions d’activation
Pour activer l’instrument, il faut l’approbation de 55% des États membres représentant au moins 65% de la population de l’UE. Un seuil élevé, mais atteignable si la volonté politique existe. Face aux menaces de Trump sur le Groenland et les tarifs douaniers contre huit pays européens, cette volonté semble enfin se manifester.
Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale française, a été claire : « C’est un outil parfaitement adapté à la situation actuelle. Nous ne devons pas hésiter à le brandir, voire à l’utiliser si nécessaire. » Les mots sont forts. Mais les mots ne suffisent pas. Il faudra des actes.
L’Europe a toujours eu un problème avec la confrontation. Nous préférons négocier, discuter, temporiser. C’est souvent une force — la diplomatie vaut mieux que la guerre. Mais face à quelqu’un comme Trump, la diplomatie seule est une faiblesse. Il ne comprend que le rapport de force. Il ne respecte que ceux qui peuvent lui faire mal. L’instrument anti-coercition est notre chance de parler son langage. Ne la gâchons pas en hésitant trop longtemps.
Pourquoi maintenant?
Les menaces qui ont fait déborder le vase
Trump a annoncé des tarifs de 10%, pouvant grimper jusqu’à 25%, sur les importations en provenance du Danemark, de la Norvège, de la Suède, de la France, de l’Allemagne, du Royaume-Uni, des Pays-Bas et de la Finlande. La condition pour lever ces tarifs? Que le Danemark cède le Groenland aux États-Unis.
C’est du chantage. Du chantage pur et simple exercé par un allié sur des alliés. Et pour la première fois, l’Europe semble prête à répondre autrement que par des protestations diplomatiques. Sébastien Jean, professeur au Conservatoire national des arts et métiers, pose la question qui tue : « Si on ne l’utilise pas maintenant, pourquoi avoir voté un tel outil? »
L’honneur européen en jeu
Au-delà des considérations économiques, c’est l’honneur de l’Europe qui est en jeu. Accepter le chantage de Trump sur le Groenland reviendrait à admettre que l’UE peut être contrainte par des menaces commerciales. Que nos territoires sont négociables si le prix est assez élevé. Que notre souveraineté s’arrête là où commencent les intérêts américains.
Ce précédent serait catastrophique. Si Trump réussit avec le Groenland, qu’est-ce qui l’empêcherait de recommencer? Demain, ce sera peut-être les Açores. Ou la Guyane française. Ou n’importe quel territoire qui attire sa convoitise. L’Europe doit tracer une ligne rouge. Et elle doit la défendre.
Nous sommes à un moment charnière de l’histoire européenne. Le moment où nous décidons si nous sommes un acteur géopolitique sérieux ou un nain politique qui se couche devant le premier venu. Trump nous teste. Il veut savoir jusqu’où il peut aller. Si nous cédons maintenant, nous lui donnons la réponse : aussi loin qu’il veut. Si nous résistons, nous envoyons un message au monde entier : l’Europe se défend. Le choix nous appartient. Et ce choix définira notre avenir.
Les obstacles à surmonter
L’unanimité impossible?
L’activation de l’instrument anti-coercition nécessite une majorité qualifiée, pas l’unanimité. C’est une bonne nouvelle — l’unanimité est souvent impossible à atteindre dans l’UE. Mais même une majorité qualifiée n’est pas garantie. Certains États membres pourraient hésiter à entrer en confrontation directe avec les États-Unis.
Les pays les plus dépendants du commerce américain calculeront les risques. Les pays qui espèrent des faveurs de Washington temporiseront. Les pays qui craignent les représailles chercheront des compromis. La solidarité européenne sera mise à l’épreuve. Et l’histoire montre que cette solidarité n’est pas toujours au rendez-vous.
L’accord commercial fantôme
Un accord commercial négocié précédemment entre les États-Unis et l’Europe sur les tarifs douaniers reste non ratifié par les autorités européennes. Cette situation ajoute de la complexité aux négociations actuelles. Certains pourraient argumenter qu’il vaudrait mieux ratifier cet accord plutôt que d’escalader vers une guerre commerciale.
Mais ratifier sous la menace serait une capitulation. Cela montrerait que le chantage fonctionne. Que pour obtenir ce qu’il veut de l’Europe, il suffit de menacer assez fort. Ce signal serait désastreux, non seulement vis-à-vis de Trump, mais vis-à-vis de tous les acteurs qui observent notre réaction.
L’Europe est face à elle-même. Toutes nos belles paroles sur l’autonomie stratégique, la souveraineté européenne, la puissance géopolitique — tout cela va être testé. Pas dans dix ans. Maintenant. Trump nous force à montrer ce que nous sommes vraiment. Un géant économique capable de se défendre? Ou un colosse aux pieds d’argile qui s’effondre à la première pression? La réponse ne dépend pas de Trump. Elle dépend de nous.
La riposte en marche
Les premières mesures envisagées
Si l’instrument anti-coercition est activé, les premières mesures pourraient cibler les entreprises américaines les plus dépendantes du marché européen. Les géants technologiques. Les constructeurs automobiles. Les entreprises agroalimentaires. L’Europe représente un marché de 450 millions de consommateurs — un marché qu’aucune multinationale ne peut ignorer.
Les lobbyistes américains à Washington pourraient alors devenir les meilleurs alliés de l’Europe. Si les entreprises américaines commencent à perdre de l’argent à cause des tarifs de Trump, elles feront pression sur lui pour qu’il recule. C’est le calcul des stratèges européens : frapper là où ça fait mal pour que la douleur remonte jusqu’à la Maison Blanche.
Une guerre commerciale totale?
Le risque existe que la situation dégénère en guerre commerciale totale. Trump n’est pas du genre à reculer facilement. Il pourrait escalader plutôt que de céder. Les tarifs pourraient augmenter. Les restrictions pourraient se multiplier. Les deux économies pourraient souffrir.
Mais l’alternative — céder au chantage — est pire. Une Europe qui se soumet aux menaces américaines perd toute crédibilité sur la scène internationale. Elle invite d’autres puissances à la traiter de la même façon. Elle renonce à son statut d’acteur géopolitique autonome. Parfois, le coût de la résistance est inférieur au coût de la soumission.
L’Europe résiste. Enfin. Après des semaines d’hésitations, de divisions, de tergiversations, quelque chose bouge. L’instrument anti-coercition sort du tiroir. Les menaces de représailles se précisent. Les dirigeants européens commencent à parler d’une seule voix. Ce n’est peut-être pas suffisant. Ce n’est certainement pas trop tard. Mais c’est un début. Trump nous a sous-estimés. Il pensait que nous céderions sans combattre. Il va découvrir que l’Europe, quand elle est poussée dans ses retranchements, sait mordre. Pas toujours fort. Pas toujours vite. Mais elle mord. Et cette morsure pourrait lui coûter cher.
Sources
Sources primaires
Franceinfo – Menace d’annexion du Groenland : l’Europe résiste à Donald Trump (18 janvier 2026)
Sources secondaires
Euronews – Europe’s impossible puzzle (20 janvier 2026)
Foreign Affairs – Trump’s Year of Anarchy (20 janvier 2026)
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