Une Nobel qui refuse le silence
Oleksandra Matviichuk n’est pas une femme qui mâche ses mots. Cette avocate ukrainienne des droits humains, directrice du Centre pour les libertés civiles, a reçu le Prix Nobel de la paix en 2022 aux côtés de son organisation. Depuis, elle parcourt le monde pour porter la voix des victimes. Et ce qu’elle dit dérange. Ce qu’elle dit fait mal. Ce qu’elle dit, personne ne veut vraiment l’entendre.
« L’Union européenne n’a pas de stratégie, elle ne fait que réagir. Cela signifie que vous jouez selon les règles de Poutine. » Cette phrase, lancée dans un entretien récent, résume quatre années de frustration accumulée. L’Europe, empêtrée dans ses contradictions, ses divisions, ses calculs électoraux, n’a jamais réussi à prendre l’initiative. Elle a fourni des armes — tardivement. Elle a imposé des sanctions — insuffisantes. Elle a promis son soutien — inconstant.
L’échec du système international
Mais la critique de Matviichuk va plus loin. Elle dénonce un système international « obsolète », incapable de punir le crime d’agression commis par la direction russe. La Cour pénale internationale a émis un mandat d’arrêt contre Vladimir Poutine. Et alors? Le président russe continue de voyager, de serrer des mains, de présider des sommets. L’impunité, totale et assumée.
« Poutine voit l’Ukraine comme un pont vers l’Europe », explique Matviichuk. Cette phrase devrait faire frémir chaque citoyen européen. Car si l’Ukraine tombe, ce n’est pas la fin. C’est le début. Les pays baltes, la Pologne, la Moldavie — tous savent qu’ils pourraient être les prochains sur la liste. L’Ukraine ne se bat pas seulement pour elle-même. Elle se bat pour nous tous. Et nous, que faisons-nous?
Il y a quelque chose d’insupportable dans notre attitude collective. Nous applaudissons la résistance ukrainienne depuis nos canapés. Nous changeons nos photos de profil en bleu et jaune. Nous nous indignons sur les réseaux sociaux. Et puis nous retournons à nos vies. Pendant que là-bas, des gens meurent pour des valeurs que nous prétendons défendre. Cette hypocrisie me retourne l’estomac. Et vous, ça ne vous fait rien?
Le front : une guerre d'usure sans répit
Kupyansk, le symbole de la résistance
À Kupyansk, dans la région de Kharkiv, les combats font rage. L’unité Khartia de l’Ukraine maintient le contrôle du centre-ville et du bâtiment du conseil municipal, selon le commandant de la Garde nationale Oleksandr Pivnenko. L’Institute for the Study of War (ISW) rapporte que les forces ukrainiennes ont même avancé dans cette direction. Mais la propagande russe raconte une autre histoire.
Le commandement militaire russe prétend contrôler la ville. Les milbloggers russes — ces commentateurs militaires souvent plus fiables que les sources officielles — contredisent cette version : « Les déclarations sur le contrôle russe ne reflètent même pas de loin la situation réelle. » Ce décalage entre la propagande du Kremlin et la réalité du terrain est devenu une constante de cette guerre. Moscou ment. Systématiquement. Méthodiquement.
Les pertes : le tribut invisible
Les forces russes ont capturé Pavlivka dans la région de Zaporizhia et Novopavlivka dans celle de Donetsk. Deux villages de plus sur la carte des conquêtes russes. Mais à quel prix? Les estimations les plus conservatrices parlent de centaines de milliers de soldats russes tués ou blessés depuis le début de l’invasion. Côté ukrainien, le bilan reste un secret d’État, mais les cimetières qui s’étendent témoignent de l’ampleur du sacrifice.
Et puis il y a les crimes de guerre. Le SBU, le service de sécurité ukrainien, a arrêté un soldat russe soupçonné d’avoir exécuté neuf prisonniers de guerre ukrainiens en 2024. Neuf hommes, désarmés, à genoux, abattus. Ce n’est qu’un cas parmi des centaines documentés. La barbarie comme méthode. La terreur comme stratégie.
Neuf prisonniers de guerre exécutés. Neuf hommes qui avaient déposé les armes. Neuf fils, pères, frères, qui ne rentreront jamais chez eux. Et quelqu’un, quelque part, a donné l’ordre de les abattre. Ou pire : quelqu’un a décidé de le faire de sa propre initiative. Comment un être humain en arrive-t-il là? À quel moment l’humanité s’éteint-elle complètement dans un regard? Ces questions me hantent. Et je ne suis pas sûr de vouloir connaître les réponses.
L'énergie : la nouvelle arme de destruction massive
L’hiver comme allié de Moscou
La Russie a compris depuis longtemps que l’électricité était une arme. Chaque hiver, les frappes sur les infrastructures énergétiques ukrainiennes s’intensifient. L’objectif est clair : plonger la population dans le froid et l’obscurité, briser le moral, forcer la capitulation. Cette nuit, à Odessa, c’est une installation de DTEK — le plus grand opérateur énergétique privé d’Ukraine — qui a été touchée.
Le ministre ukrainien de l’Énergie a alerté l’AIEA : la Russie prépare de nouvelles frappes sur le secteur énergétique. Ce n’est plus une guerre conventionnelle. C’est une guerre contre les civils, contre le quotidien, contre la vie elle-même. Quand vous ne pouvez plus chauffer votre maison, quand vos enfants font leurs devoirs à la bougie, quand les hôpitaux fonctionnent sur des générateurs de fortune — c’est ça, la réalité ukrainienne en janvier 2026.
Une lueur dans les ténèbres : Zaporizhia
L’AIEA a confirmé une bonne nouvelle : la ligne électrique Ferosplavna-1 a été reconnectée à la centrale nucléaire de Zaporizhia. Cette plus grande centrale nucléaire d’Europe, occupée par les forces russes depuis mars 2022, reste une source d’inquiétude permanente. Chaque coupure d’alimentation fait craindre un accident. Chaque combat à proximité rappelle Tchernobyl.
Côté russe, les revenus pétroliers et gaziers du budget devraient chuter de 46% en janvier par rapport à 2025. Les sanctions, malgré leurs limites, commencent à mordre. Mais est-ce suffisant? Est-ce assez rapide? Pendant que les économistes débattent, les missiles continuent de tomber.
Imaginez-vous un instant. Il fait -15°C dehors. Votre appartement n’a pas de chauffage depuis trois jours. Vos enfants dorment avec leurs manteaux. Et vous entendez les sirènes, encore. Vous courez vers l’abri, pour la cinquième fois cette semaine. Pour la centième fois ce mois-ci. Pour la millième fois cette année. Et le monde parle du Groenland. Du cours du bitcoin. De la dernière série à la mode. Votre détresse n’est même plus une information. Juste un bruit de fond que personne n’écoute.
L'innovation militaire : survivre par l'ingéniosité
Le drone à hydrogène : une première mondiale
Au milieu de l’horreur, l’Ukraine innove. Le pays vient de déployer son premier drone à hydrogène en zone de combat — une première mondiale pour un aéronef de ce type engagé dans une guerre active. Le Raybird, développé par la société Skyeton, représente un bond technologique majeur dans la reconnaissance militaire.
Les caractéristiques de cet engin sont impressionnantes : 23 kg au décollage, une envergure de 4,7 mètres, une capacité de charge utile de 10 kg pour embarquer radars et capteurs optroniques. Mais surtout : 12 heures d’autonomie en vol avec le système hydrogène-électrique hybride. La version standard atteint même 28 heures. Une endurance qui permet de surveiller les mouvements de troupes, les centres logistiques, les positions d’artillerie loin derrière les lignes ennemies.
La discrétion absolue comme atout
L’avantage décisif du Raybird tient à sa furtivité. La propulsion hydrogène-électrique génère une signature thermique négligeable — quasi indétectable par les systèmes infrarouges russes. Le bruit est « significativement réduit » par rapport aux drones conventionnels. Pour les défenses anti-aériennes russes, c’est un cauchemar : un fantôme qui observe sans être vu.
Skyeton travaille déjà à étendre l’autonomie à 20 heures et prépare un déploiement opérationnel à plus grande échelle. Deux ans de tests en laboratoire ont été nécessaires pour résoudre le défi technique majeur : intégrer des réservoirs d’hydrogène plus volumineux tout en préservant l’équilibre et les performances de vol. Une prouesse d’ingénierie née de la nécessité de survie.
Il y a quelque chose de profondément humain dans cette course à l’innovation sous la contrainte. Face à un ennemi plus nombreux, mieux équipé, disposant de ressources quasi infinies, l’Ukraine répond par l’intelligence. Par la créativité. Par cette capacité proprement humaine à transformer l’adversité en tremplin. David contre Goliath, version XXIe siècle. Et comme dans le récit biblique, ce n’est pas toujours la force brute qui l’emporte.
La paix : un mirage qui s'éloigne
Moscou ne veut pas négocier
L’espoir d’une paix négociée s’amenuise de jour en jour. Viktor Medvetchouk, ex-politicien ukrainien pro-Kremlin réfugié à Moscou, a déclaré dans l’agence TASS qu’il n’y aurait « pas de paix en Ukraine en 2026 ». L’Institute for the Study of War analyse ce type de déclarations comme une stratégie délibérée du Kremlin pour justifier le rejet de toute proposition de paix qui ne satisferait pas l’intégralité des exigences russes.
Le commandant ukrainien Oleksandr Syrskyi confirme ce constat amer : Moscou ne montre « aucun intérêt pour la paix ». La Russie lance encore 1 000 drones par jour sur l’Ukraine. Mille. Chaque jour. Ce n’est pas le comportement d’un belligérant qui cherche la sortie de crise. C’est celui d’une puissance déterminée à écraser son adversaire, quel qu’en soit le coût.
Davos : le dernier espoir?
Le président Volodymyr Zelensky place ses espoirs dans le Forum économique mondial de Davos. Il souhaite y signer des documents de garanties de sécurité pour l’après-guerre. Des discussions « substantielles » ont eu lieu avec Jared Kushner et Steve Witkoff, conseillers de Trump, sur les questions de sécurité et d’économie. Mais dans quel contexte?
Pendant que Kyiv négocie, les dirigeants européens sont distraits par la crise du Groenland. L’envoyé russe Kirill Dmitriev sera lui aussi à Davos pour rencontrer la délégation américaine. La République tchèque a refusé de vendre ou donner ses avions L-159 à l’Ukraine pour des missions anti-drones. À chaque avancée, un recul. À chaque espoir, une déception.
On nous parle de paix comme d’un objectif raisonnable, atteignable, souhaitable pour tous. Mais quelle paix? Une paix qui récompense l’agresseur? Une paix qui entérine le viol d’un pays souverain? Une paix qui dit au monde : « Envahissez vos voisins, attendez quelques années, et vous garderez vos conquêtes »? Cette paix-là n’est pas la paix. C’est une capitulation déguisée. C’est une invitation à d’autres guerres, d’autres invasions, d’autres atrocités.
La société civile : résister au quotidien
Les survivants qui reconstruisent
Derrière les lignes de front, une autre guerre se livre. Celle de la reconstruction. Des survivants tentent de rebâtir ce qui a été détruit — leurs maisons, leurs vies, leurs espoirs. Les organisations humanitaires documentent ces efforts quotidiens, ces petites victoires arrachées à l’adversité. Un toit réparé. Une école rouverte. Un commerce relancé.
Des veuves cherchent la vérité sur le sort de leurs maris, prisonniers de guerre dont on reste sans nouvelles. L’incertitude est peut-être pire que le deuil. Au moins, le deuil permet de commencer à faire son chemin. L’attente, elle, maintient dans un entre-deux insupportable. Vivant? Mort? Torturé? Les questions sans réponse dévorent de l’intérieur.
Les élections : un défi impossible?
Oleh Didenko, le chef de la commission électorale ukrainienne, a reconnu les « défis énormes » que représenterait l’organisation des premières élections depuis l’invasion de 2022. Comment organiser un scrutin quand 20% de votre territoire est occupé? Quand des millions de vos citoyens sont réfugiés à l’étranger? Quand les sirènes retentissent plusieurs fois par jour?
Et pourtant, la démocratie doit survivre. C’est précisément ce qui distingue l’Ukraine de son agresseur. Poutine organise des scrutins-farces où il obtient 87% des voix. L’Ukraine, elle, se débat avec les vraies questions de la légitimité démocratique en temps de guerre. Cette différence, fondamentale, mérite d’être défendue.
Quatre ans. Quatre années à regarder un peuple se faire pilonner, envahir, massacrer. Quatre années à promettre un soutien « aussi longtemps qu’il le faudra » — tout en calculant si ça ne coûte pas trop cher. Quatre années de discours et de déclarations, pendant que les bombes tombent et que les cercueils s’accumulent. L’Ukraine mérite mieux. L’Ukraine mérite notre engagement total, pas nos demi-mesures. Et si nous ne sommes pas capables de ça, alors regardons-nous en face : ce n’est pas l’Ukraine qui nous aura déçus. C’est nous qui l’aurons trahie.
Sources
Sources primaires
Politis – Invasion de l’Ukraine : quatre années en enfer (janvier 2026)
Al Jazeera – Russia-Ukraine war: List of key events, day 1,426 (20 janvier 2026)
Sources secondaires
Ukraine Crisis Media Center – Day 1,426 (20 janvier 2026)
Generation NT – Discrétion absolue : l’Ukraine déploie son premier drone à hydrogène (19 janvier 2026)
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