Un drone nommé Chorus
« Chorus ». C’est le nom de code de ce drone militaire multiusages qui va bientôt sortir des usines Renault. Conçu en collaboration avec Turgis Gaillard, une entreprise de défense française de 400 salariés, cet engin n’est pas n’importe quel drone. C’est une munition téléopérée à longue portée, similaire au redoutable Shahed iranien que la Russie utilise aujourd’hui en Ukraine pour frapper des cibles à moindre coût. Mais Chorus sera aussi capable de remplir des missions d’observation et de renseignement. Polyvalent. Mortel. Et produit à l’échelle industrielle.
Le drone Chorus est imposant : environ 10 mètres de long pour 8 mètres de large. Il pourra atteindre la vitesse de 400 km/h et voler jusqu’à 5000 mètres d’altitude. Une bête de guerre conçue avec les techniques de l’automobile. Matériaux issus des véhicules. Rivetage autoperçant, un mode d’assemblage courant sur les chaînes automobiles. Toutes ces recettes appliquées pour réduire les coûts et optimiser la production. Comme si on parlait de produire des voitures. Sauf qu’ici, on ne parle pas de transport. On parle de destruction.
La massification de la mort
L’objectif est clair : produire à une échelle industrielle. Jusqu’à 600 exemplaires par mois. C’est ce que vise le projet. Six cents drones militaires chaque mois, sortant des usines françaises, prêt à être expédiés vers des zones de conflit. Six cents machines capables de porter la mort à des milliers de kilomètres. L’usine ACI du Mans va voir naître une chaîne dédiée qui impliquera entre 100 et 200 des 1800 salariés qui conçoivent et fabriquent actuellement des châssis automobiles. Sur la base du volontariat, précise-t-on. Mais que signifie vraiment le volontariat quand votre emploi est en jeu ?
600 drones par mois. Je me demande si les gens réalisent ce que ça représente. 600 machines de mort, chaque mois, année après année. C’est 7200 drones par an. 72 000 drones sur dix ans. 72 000 engins qui vont servir à tuer. 72 000 raisons de plus pour que des êtres humains meurent. Et tout ça, produit en France, dans des usines que nous connaissons tous, par des gens que nous croisons peut-être tous les jours. C’est cette banalisation qui m’effraie. Cette façon de transformer la production d’armes en un projet industriel comme un autre. Comme si on parlait de produire des pièces détachées pour des réfrigérateurs. Sauf que là, on ne produit pas du froid. On produit la fin.
Section 3 : la France à la traîne, la course à l'armement
Le retard français
Le projet Chorus s’inscrit dans un contexte bien précis. La France est à la traîne dans le domaine des drones militaires. Depuis plusieurs années, le pays ne parvient pas à massifier la production de drones consommables, potentiellement à usage unique. « Soyons clairs, nous sommes en retard », a reconnu Emmanuel Macron lui-même le 15 janvier dernier à Istres. Le chef de l’État a estimé qu’il fallait « aller plus vite » au vu de « la capacité d’innovation et l’accélération sur le théâtre ukrainien ». La guerre en Ukraine a tout changé. Elle a montré au monde entier l’importance cruciale des drones dans les conflits modernes.
C’est dans ce contexte que le Pacte drones a été signé entre l’État et les industriels de la défense. Une initiative pour dynamiser la filière des drones militaires et mieux aligner les besoins des forces armées avec l’industrie. Le rôle de Renault dans cette histoire ? Faire des recommandations pour réduire la complexité des produits et concevoir un article productible en masse. Le constructeur automobile a été sollicité par le ministère des Armées pour « mettre son expertise au service du développement d’une filière française de drones ». Une expertise qui consiste à concevoir, industrialiser et produire en grande série des objets hautement technologiques, tout en maîtrisant la qualité, les coûts et les délais.
Le modèle iranien comme inspiration
Le drone Chorus s’inspire directement du Shahed iranien. C’est dit clairement dans les documents. Ce drone, produit aujourd’hui à plusieurs centaines d’exemplaires chaque mois par la Russie, permet de frapper des cibles pour un coût beaucoup moins élevé qu’avec un missile classique. C’est cette efficacité économique de la mort que la France veut reproduire. La guerre moderne ne se joue plus seulement avec des chars et des avions. Elle se joue aussi avec ces engins bon marché capables de semer la terreur à grande échelle.
Et là, je m’arrête. Je m’arrête et je pose la question qui me hante : quand sommes-nous passés de l’autre côté ? Quand avons-nous décidé que la façon de « gagner » en guerre, c’était de copier les méthodes de ceux que nous dénonçons ? L’Iran. La Russie. Ce sont nos adversaires. Et là, nous les prenons comme modèles. Nous copions leurs techniques. Nous imitons leurs méthodes. Nous reproduisons leurs armes. Au nom de quoi ? De l’efficacité ? Du réalisme ? De la nécessité ? Je veux bien croire que la France doit se défendre. Je veux bien comprendre que le monde est dangereux. Mais est-ce que la défense doit ressembler à l’attaque ? Est-ce que pour se protéger, on doit devenir ce qu’on combat ? Où est la limite ?
Section 4 : l'usine Ampère de Cléon, entre survie et compromission
Une usine en difficulté
L’usine Ampère de Cléon, en Normandie, est une autre pièce centrale de ce projet. Ce site, qui fabrique actuellement des moteurs thermiques pour les véhicules Renault, va participer au projet en fabriquant et modifiant les moteurs qui propulseront les drones. Une activité « bienvenue pour le site, qui tourne aujourd’hui au ralenti », précisent nos informations. La transition vers l’électrique a laissé cette usine en difficulté. Les emplois sont menacés. L’avenir est incertain. Et là, comme par miracle, arrive un nouveau contrat. Une nouvelle activité. Un nouveau souffle.
Mais à quel prix ? Les salariés de Cléon, comme ceux du Mans, se retrouvent face à un dilemme impossible. Travailler pour leur survie économique ou refuser la compromission morale ? Ce n’est pas un choix facile. Quand on a une famille à nourrir, des factures à payer, un avenir à construire, on ne peut pas se permettre le luxe de l’indignation pure. On doit faire avec. On doit accepter. On doit s’adapter. Même si ça brûle à l’intérieur. Même si ça déchire.
Le volontariat sous contrainte
Renault précise que la participation au projet se fera « sur la base du volontariat ». Un mot qui sonne bien, mais qui cache une réalité plus complexe. Qu’est-ce que le volontariat quand votre alternative, c’est le chômage ? Quand le seul moyen de garder votre emploi, c’est d’accepter de fabriquer des armes ? Comment peut-on vraiment parler de choix libre dans un contexte où les options sont si limitées ? L’éthique devient un luxe que peu peuvent se permettre.
Vous imaginez la scène ? Vous êtes ouvrier depuis vingt ans. Vous avez construit des milliers de moteurs. Vous connaissez chaque boulon, chaque joint, chaque piece. Et un jour, on vous dit : « maintenant, on va utiliser ces moteurs pour faire voler des drones de guerre ». Qu’est-ce que vous faites ? Vous refusez ? Vous perdez votre emploi ? Vous laissez votre famille sans revenus ? Ou vous acceptez ? Vous serrez les dents et vous faites le travail ? Y a-t-il vraiment une bonne réponse ? Moi, je ne sais pas. Je ne sais pas ce que je ferais à leur place. Et ça me terrifie. De penser que dans notre société, des milliers de gens sont forcés de faire ce genre de choix impossible. Quand la survie exige la compromission, qui porte la responsabilité ?
Section 5 : le retour de Renault à la défense, une tradition revisitée
Un siècle d’histoire
Ce n’est pas la première fois que Renault s’aventure sur le terrain de la défense. Il y a un siècle, en 1917, le constructeur français produisait des chars de combat qui ont fait merveille sur les champs de bataille de la Première Guerre mondiale. Les commentaires sur les articles rappellent cette histoire. « Retour de Renault à une tradition séculaire », écrit un lecteur. « Son char a fait merveille », dit un autre. Comme si l’histoire justifiait le présent. Comme si le fait d’avoir déjà produit des armes il y a cent ans rendait acceptable d’en produire aujourd’hui.
Mais le monde a changé. La guerre a changé. Les chars de 1917 n’avaient rien de commun avec les drones de 2026. Et surtout, les attentes envers les entreprises ont changé. Aujourd’hui, nous demandons aux entreprises d’être responsables, de penser à leur impact social, de contribuer au mieux-être. Pas de participer à la destruction. Comment réconcilier ces deux réalités ? Comment une entreprise peut-elle se présenter comme acteur du progrès tout en produisant des instruments de mort ?
Une promesse trahie
Ce qui me frappe le plus, c’est cette idée de trahison. Pas une trahison politique ou stratégique. Une trahison d’une promesse plus fondamentale. Celle que l’industrie automobile a faite au monde au XXe siècle : la promesse de liberté, de mouvement, de possibilités. La voiture comme instrument d’émancipation. Et là, cette même industrie se retourne contre cette promesse. Les mêmes mains qui construisaient les véhicules qui emmenaient les gens vers l’aventure vont maintenant construire les engins qui empêchent d’autres gens d’avoir une aventure. C’est le même métal. La même technologie. La même expertise. Mais pour une fin radicalement différente.
Je pense à toutes ces publicités Renault qu’on a vues. Les familles souriantes dans des camping. Les jeunes couples sur les routes de vacances. Les vieux parents qui retrouvent leurs enfants. Toutes ces images de vie. Et demain, ces mêmes usines vont produire des images de mort. Comment ne pas voir cette contradiction ? Comment ne pas ressentir cette dissonance ? C’est comme si un chef qui cuisinait des repas pour des fêtes se mettait soudainement à préparer des poisons. Les compétences sont les mêmes. La cuisine est la même. Mais le but s’est inversé. Est-ce qu’on peut vraiment séparer l’outil de l’usage ? Est-ce qu’on peut dire « je fabrique des moteurs, ce qu’on en fait ne me regarde pas » ? J’ai peur que la réponse soit non. Que notre responsabilité commence là où s’arrête notre conscience.
Section 6 : les réactions, entre résignation et espoir
Le silence des syndicats
Renault a précisé qu’il ne pouvait pas confirmer les sites concernés « pour respecter le processus de consultation des instances représentatives du personnel ». Une manière de dire que les syndicats devront être informés, consultés, impliqués. Mais quelle sera leur réaction ? Pourront-ils s’opposer ? Pourront-ils refuser ? Ou devront-ils accepter le compromis, comme d’habitude ? L’histoire des relations sociales en France nous apprend que les syndicats n’ont que rarement le pouvoir de bloquer ce type de décisions stratégiques. Ils peuvent négocier. Ils peuvent aménager. Mais peuvent-ils vraiment dire « non » ?
Les premières réactions des salariés, quand la rumeur a commencé à circuler, étaient claires. « Inquiétude », « incompréhension », « angoisse ». Certains se sont sentis trahis. D’autres perdus. Mais aujourd’hui, que va-t-il rester de cette émotion initiale ? La réalité économique va finir par s’imposer. Les contrats seront signés. Les chaînes seront installées. Les drones seront produits. Et petit à petit, l’indignation se transformera en résignation. Comme toujours. Comme dans toutes les histoires où la morale s’efface devant la nécessité.
Les commentaires du public
Les commentaires sous les articles racontent une autre histoire. « Enfin on se réveille un peu en France », écrit un lecteur du Figaro. « Renault avait été célèbre pour ses chars de combat il y a un siècle. Il ne reste plus qu’à envoyer les commandes, ce qui est une autre paire de manches ». D’autres rappellent l’histoire de l’entreprise. « Retour de Renault à une tradition séculaire ». Il y a même de l’enthousiasme dans certains commentaires. Comme si produire des drones militaires était une victoire. Une preuve de puissance. Une manifestation de souveraineté.
Ces commentaires me terrifient. Pas parce qu’ils sont violemment opposés. Parce qu’ils sont si… banals. Comme si produire des armes était normal. Comme si c’était une bonne nouvelle. « Enfin on se réveille ». Mais on se réveille à quoi ? À quoi ? À notre capacité à tuer plus efficacement ? À notre talent pour produire des machines de mort industrielles ? C’est ça, la victoire ? C’est ça, la puissance ? J’ai envie de prendre ces gens par les épaules et de leur dire : « mais regardez ce que vous dites ! Regardez ce que vous célébrez ! » Nous ne parlons pas de progrès scientifique. Pas d’innovation médicale. Pas de découverte technologique qui va améliorer des vies. Nous parlons de la capacité à détruire des vies. Et ça, c’est censé être une raison de fierté ? Quand est-ce que nous avons perdu le sens des mots ?
Section 7 : l'argent, le moteur caché de la guerre
Un milliard d’euros en jeu
Le contrat avec la DGA pourrait rapporter un milliard d’euros à Renault sur dix ans. C’est beaucoup d’argent. C’est la survie de sites industriels en difficulté. C’est des milliers d’emplois préservés. C’est une bouffée d’oxygène pour une entreprise qui traverse des temps difficiles. L’argument économique est imparable. Comment peut-on refuser un milliard d’euros quand on a des usines en difficulté ? Comment peut-on dire non à la préservation de l’emploi quand le chômage menace ? L’argent devient ainsi le moteur de cette transformation. La raison ultime qui justifie tout.
Mais qu’est-ce que cet un milliard d’euros représente vraiment ? C’est le coût de dix années de production de drones. C’est le prix payé pour que des milliers d’engins de mort sortent des usines françaises. C’est l’investissement dans une industrie qui ne produit pas de richesse, mais qui détruit de la valeur. La valeur de la vie humaine. La valeur des maisons bombardées. La valeur des familles détruites. Tout ça, pour un milliard d’euros. Est-ce que ça vaut le coup ?
La guerre comme business
Ce projet Chorus nous ramène à une réalité cruelle : la guerre est un business. Un business lucratif. Un business qui attire les entreprises les plus prestigieuses. Renault n’est pas le premier constructeur automobile à se tourner vers la défense. D’autres l’ont fait avant lui. D’autres le feront après. Mais chaque fois, ça me frappe de la même manière. Cette capacité de l’industrie à s’adapter à n’importe quel marché. À n’importe quelle demande. Si le marché demande des voitures électriques, l’industrie produit des voitures électriques. Si le marché demande des drones militaires, l’industrie produit des drones militaires. C’est cette neutralité qui me glace. Cette capacité à ne pas se poser de questions morales. À juste suivre l’argent.
Un milliard d’euros. Je me demande ce que représente cette somme pour les victimes de ces drones. Pour les familles qui vont perdre des proches. Pour les enfants qui vont perdre leurs parents. Combien vaut une vie humaine ? Un milliard divisé par combien ? Par mille ? Par dix mille ? Par cent mille ? Quelle est la formule qui permet de calculer ça ? J’essaie de faire le calcul et je m’y perds. Il n’y a pas de formule. Il n’y a pas d’équation. C’est juste de l’argent. De l’argent contre du sang. Et nous, nous acceptons ça. Nous acceptons que des entreprises fassent des profits sur la mort. Nous acceptons que l’économie de guerre soit une économie comme une autre. Depuis quand est-ce que ça a été acceptable ? Depuis quand est-ce que la mort est devenue une ligne dans un compte de résultats ?
Section 8 : l'Ukraine, le contexte qui justifie tout
La guerre comme justification
On ne peut pas comprendre ce projet Chorus sans le replacer dans le contexte de la guerre en Ukraine. Depuis février 2022, le monde a découvert l’importance stratégique des drones dans les conflits modernes. L’Ukraine utilise des drones pour se défendre. La Russie utilise des drones pour attaquer. Et les pays occidentaux, dont la France, ont réalisé qu’ils étaient à la traîne dans ce domaine. Le pacte drones, lancé par le ministère des Armées, est une réponse directe à cette prise de conscience. Il s’agit de rattraper le retard. De se préparer aux conflits de demain. De ne plus dépendre de technologies étrangères.
L’argument est puissant. Il faut se défendre. Il faut être prêt. Il faut soutenir nos alliés. Qui peut contester ça ? Qui peut dire que la France ne doit pas avoir les moyens de sa défense ? Mais là encore, quelque chose me dérange. Cette façon d’utiliser la légitime défense pour justifier n’importe quoi. Comme si le droit à se défendre donnait le droit de tout faire. Comme si la nécessité de se protéger effaçait toute considération morale. Jusqu’où peut-on aller au nom de la légitime défense ?
La spirale de l’escalade
En se lançant dans la production de drones militaires, la France s’engage dans une spirale d’escalade. Chaque pays développe des armes plus sophistiquées. Chaque pays investit massivement dans la défense. Et la course continue. La Russie produit des Shahed. L’Iran développe des drones. La Chine investit dans les technologies militaires. Et la France, pour ne pas être en reste, doit suivre. C’est la logique de la guerre moderne. Une logique sans fin. Une logique qui ne connaît que le « toujours plus ».
L’Ukraine. La guerre en Ukraine. C’est l’argument ultime. La carte maîtresse qu’on joue quand on veut justifier n’importe quoi. « Mais regardez ce qui se passe en Ukraine ! Regardez les bombardements ! Regardez les morts ! » Oui. Je regarde. Et ça me brise le cœur. Vraiment. Mais est-ce que la réponse à la guerre en Ukraine, c’est de produire encore plus d’armes ? Est-ce que la solution à la violence, c’est de renforcer notre capacité à être violents ? J’ai l’impression d’être dans un cauchemar. Un cauchemar où tout le monde reconnaît que la guerre est horrible, mais où tout le monde continue à préparer la prochaine guerre. Comme si la paix n’était pas une option. Comme si la seule alternative à être victime, c’était d’être bourreau. N’y a-t-il vraiment aucune autre voie ? Aucune autre façon de répondre à la violence ?
Section 9 : l'avenir, quand l'industrie automobile devient l'industrie de guerre
Un précédent dangereux
Ce qui se passe aujourd’hui avec Renault pourrait bien être un précédent. Si un grand constructeur automobile français peut se lancer dans la production de drones militaires, pourquoi pas les autres ? Pourquoi pas Peugeot ? Pourquoi pas Citroën ? Pourquoi pas les équipementiers automobiles ? L’industrie automobile possède des compétences, des usines, des capacités de production qui sont parfaitement adaptées à la production d’armes. La logique voudrait qu’elle s’en serve. La logique économique, en tout cas. La logique morale, c’est une autre histoire.
Et ce n’est pas seulement l’industrie automobile. L’industrie aérospatiale, l’industrie électronique, l’industrie des technologies… toutes ces industries pourraient être sollicitées pour contribuer à l’effort de défense. Nous entrons peut-être dans une nouvelle ère. Une ère où la frontière entre l’industrie civile et l’industrie militaire devient de plus en plus floue. Une ère où chaque entreprise, chaque usine, chaque travailleur pourrait être appelé à participer à l’effort de guerre. C’est ça l’avenir qui nous attend ?
La normalisation de l’industrie de guerre
Ce qui m’inquiète le plus, c’est cette normalisation. Aujourd’hui, l’annonce que Renault va produire des drones fait les gros titres. Demain, ce sera une nouvelle normale. Quelque chose dont on ne parle même plus. Comme si produire des armes était devenu une activité industrielle comme une autre. Comme si la guerre était devenue un secteur économique standard. Cette normalisation me terrifie parce qu’elle nous endort. Elle nous fait accepter l’inacceptable. Elle nous fait perdre notre capacité à nous indigner, à nous révolter, à dire « non ».
Je pense à l’avenir. Je pense à mes enfants. Je pense au monde dans lequel ils vont vivre. Un monde où Renault produit des drones. Un monde où Peugeot produit des chars. Un monde où chaque usine, chaque entreprise, chaque travailleur peut être mobilisé pour l’effort de guerre. Est-ce que c’est vraiment le monde qu’on veut leur laisser ? Un monde où l’économie de guerre est devenue l’économie tout court ? Un monde où la production de mort est devenue une activité industrielle banale ? J’ai peur que oui. J’ai peur qu’on soit déjà en train d’y aller. Sans même nous en rendre compte. Un pas après l’autre. Une justification après l’autre. Jusqu’au jour où on se réveillera et on réalisera qu’on est devenus ce qu’on ne voulait jamais être. Des machines de guerre.
Conclusion : le choix qui nous est imposé
L’illusion du choix
Renault va produire des drones militaires. C’est décidé. Les contrats sont signés. Les usines vont être transformées. Les travailleurs vont être formés. Et dans quelques mois, les premiers drones Chorus sortiront des chaînes de montage. Tout ça se passera sans que nous, le public, soyons vraiment consultés. Sans que nous ayons notre mot à dire. On nous expliquera que c’est nécessaire. Qu’on n’a pas le choix. Que le monde est dangereux. Que la France doit se défendre. Et on acceptera. Comme toujours. Parce que les alternatives semblent pires.
Mais est-ce vraiment vrai ? Est-ce qu’on n’a vraiment pas le choix ? Est-ce qu’on ne peut vraiment pas dire « non » à cette transformation de notre industrie automobile en industrie de guerre ? Je ne crois pas que ce soit aussi simple. Je crois qu’il y a des choix possibles. Des voies alternatives. Des façons de répondre aux défis de sécurité sans transformer nos usines de voitures en usines de mort. Mais ces choix exigent du courage. Ils exigent de remettre en question des certitudes établies. Ils exigent d’imaginer un autre avenir.
Les ouvriers du Mans et de Cléon
Je pense aux ouvriers du Mans et de Cléon. À ceux qui vont devoir faire ce travail. À ceux qui vont devoir assembler ces drones. À ceux qui vont devoir vivre avec le savoir que ce qu’ils produisent servira à tuer. Ils n’ont pas choisi ça. Ils ont choisi de travailler dans l’industrie automobile. Ils ont choisi de construire des voitures. Et là, sans qu’ils aient leur mot à dire, leur choix leur est enlevé. Ils deviennent, malgré eux, des acteurs de la guerre. Est-ce que c’est ça, la liberté ? Est-ce que c’est ça, la dignité du travail ?
Je reviens à cette phrase : « On a signé pour fabriquer des voitures, pas des armes ». Elle me reste en tête. Elle résonne. Elle hante. Parce qu’elle dit tout. Tout ce qui ne va pas dans cette histoire. Tout ce qui est brisé. Tout ce qui est perdu. Les ouvriers de Renault n’ont pas choisi la guerre. Ils n’ont pas choisi de produire des machines de mort. Ils ont choisi de construire des véhicules pour emmener des gens vers leurs rêves. Et là, sans qu’ils aient leur mot à dire, leurs rêves sont transformés en cauchemars. Qui sommes-nous pour imposer ça ? Qui sommes-nous pour transformer des vies comme ça ? Et moi qui vous parle maintenant, qui suis-je ? Un spectateur. Un témoin. Quelqu’un qui observe et commente. Mais qui ne fait rien. Qui ne peut rien faire. Qui doit accepter que le monde continue de tourner vers l’abîme. Est-ce que c’est ça, être un adulte ? Accepter l’inacceptable ? Se taire et regarder ? Ou est-ce qu’il reste un espace, quelque part, pour dire non ? Un espace pour résister ? Un espace pour espérer ? Je ne sais pas. Je ne sais plus. Mais cette phrase me reste en tête. « On a signé pour fabriquer des voitures, pas des armes. » Et chaque fois que je la relis, je veux croire qu’elle peut changer quelque chose. Qu’elle peut éveiller quelque chose. Qu’elle peut nous faire dire, enfin, « stop ».
Encadré de transparence du chroniqueur
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur. Je suis analyste, observateur des dynamiques géopolitiques et commerciales qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à anticiper les virages que prennent nos dirigeants. Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel. Je prétends à la lucidité, à l’analyse sincère, à la compréhension profonde des enjeux qui nous concernent tous.
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et commentaires interprétatifs. Les informations factuelles présentées dans cet article proviennent de sources officielles et vérifiables, notamment les communiqués de Renault, les déclarations du ministère des Armées, les rapports de la Direction générale de l’armement (DGA), ainsi que les articles de presse de BFMTV, L’Usine Nouvelle et Le Figaro publiés en janvier 2026. Les chiffres mentionnés (contrat d’un milliard d’euros sur dix ans, production de 600 drones par mois, implication de 100 à 200 salariés au Mans, 1800 salariés sur le site ACI) sont issus de ces sources et ont été croisés pour vérification.
Les analyses et interprétations présentées représentent une synthèse critique basée sur les informations disponibles. Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser, de leur donner un sens. Toute évolution ultérieure pourrait modifier les perspectives présentées ici. Le ton adopté, les questions soulevées et les prises de position exprimées relèvent de l’analyse chroniqueurale et non du reportage journalistique traditionnel.
Sources
Sources primaires
BFMTV – Défense: le groupe Renault va produire des drones militaires (20 janvier 2026)
BFM Business – Renault va produire des drones pour l’armée française au Mans et à Cléon, un contrat estimé à un milliard d’euros (19 janvier 2026)
Le Figaro – Drones militaires : Renault se lance dans un partenariat pour créer une filière française (19 janvier 2026)
Sources secondaires
L’Usine Nouvelle – Un contrat potentiel d’un milliard d’euros : Renault va fabriquer des drones militaires dans ses usines du Mans et de Cléon (19 janvier 2026)
20 Minutes – Renault va créer une filière française de drones militaires avec l’entreprise Turgis (19 janvier 2026)
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