Une ville encerclée par trois côtés
Si Rybne représente une défaite tactique, Pokrovsk incarne l’enjeu stratégique majeur de ce début d’année 2026. Cette ville de l’ouest de l’oblast de Donetsk est le verrou qui protège encore une partie du territoire ukrainien dans cette région. Depuis novembre 2025, les forces russes ont pénétré dans la ville, et les combats se poursuivent dans ses rues désertes. L’Institut pour l’étude de la guerre (ISW) évalue que la Russie contrôlait 67,63% de Pokrovsk en décembre. Mais les Ukrainiens tiennent encore la partie nord de la ville, bloquant les tentatives d’avancée russes vers le centre. Ce qui rend la situation particulièrement critique, c’est l’évolution autour de Rodynske et Bilytske, ces localités au nord de Pokrovsk par lesquelles passe le dernier couloir logistique permettant de ravitailler les défenseurs de Myrnohrad.
Le commandant adjoint d’une brigade d’artillerie ukrainienne opérant dans le secteur de Pokrovsk a décrit à l’ISW, le 10 janvier, les tactiques russes actuelles. Les forces ennemies exploitent les mauvaises conditions météorologiques pour s’infiltrer dans les localités au nord de Pokrovsk, utilisant des groupes de un à trois soldats. Elles lancent également des assauts mécanisés et motorisés avec des véhicules blindés, des automobiles légères, des quads et des motos pour tenter de s’emparer de Rodynske et Bilytske et poursuivre leur offensive vers Dobropillia, au nord-ouest de Pokrovsk. Chaque jour, les forces russes larguent entre 20 et 30 bombes planantes guidées (KAB) sur les positions ukrainiennes pour détruire les infrastructures et empêcher les soldats de prendre des positions défensives efficaces. Une guerre d’attrition méthodique, impitoyable, qui use les défenseurs jour après jour.
Vingt à trente bombes planantes. Par jour. Sur un seul secteur du front. Je me demande parfois si nous réalisons vraiment ce que cela signifie. Nous parlons de ces chiffres comme on parlerait d’un score sportif, avec un détachement qui confine à l’indécence. Derrière chaque bombe, il y a des soldats ukrainiens dans des tranchées qui espèrent que ce ne sera pas leur position qui sera touchée cette fois. Des hommes et des femmes qui tiennent depuis des mois, parfois sans rotation, parfois sans renforts. Et nous, on regarde les cartes changer de couleur en sirotant notre café matinal.
La tactique russe : encercler plutôt qu’attaquer frontalement
La Russie ne cherche plus à prendre les villes d’assaut frontal. Elle les contourne, les encercle, coupe leurs lignes logistiques. Selon des sources de RBC-Ukraine, la tactique actuelle comporte trois composantes. Premièrement, contourner les villes et les encercler sur trois côtés. Deuxièmement, laisser le gros des troupes à l’extérieur pendant qu’une force plus réduite commence à s’infiltrer et à engager le combat à l’intérieur. Troisièmement, couper la logistique à l’aide de drones. C’est avec cette tactique que les Russes ont progressé à Pokrovsk et Myrnohrad. C’est avec cette même tactique qu’ils comptent s’attaquer à l’agglomération Kramatorsk-Kostiantynivka, la ceinture de défense la plus fortifiée de l’Ukraine dans la région.
Les objectifs russes pour 2026 sont clairs, selon les sources ukrainiennes : Moscou prévoit d’occuper l’ensemble de la région de Donetsk d’ici le 1er avril. Un calendrier ambitieux, peut-être irréaliste, mais qui témoigne de la pression exercée sur les défenseurs ukrainiens. Vladimir Poutine a déclaré lors d’une réunion avec ses commandants que les forces russes avançaient «pratiquement sur les épaules de l’ennemi» et que l’intérêt de Moscou pour un retrait des formations militaires ukrainiennes des territoires qu’elles occupent encore «est en fait réduit à zéro». En d’autres termes : la Russie ne veut plus négocier. Elle veut prendre par la force ce qu’elle n’a pas pu obtenir par la diplomatie. Et sur le terrain, jour après jour, village après village, elle progresse.
L'oblast de Zaporijjia : moins de 20% sous contrôle ukrainien
Une région qui se rétrécit comme une peau de chagrin
La chute de Rybne s’inscrit dans une tendance plus large et plus inquiétante pour l’Ukraine. Selon plusieurs sources, la zone sous contrôle des forces armées ukrainiennes dans la région de Zaporijjia s’est réduite à moins de 20% du territoire. L’année dernière, lorsqu’une carte des territoires contrôlés avait été présentée à la Maison-Blanche, l’Ukraine contrôlait encore plus de 25% de la région. Cette érosion territoriale constante illustre le défi auquel font face les défenseurs : ils empêchent les effondrements catastrophiques, mais ne parviennent pas à inverser la tendance. Les villages tombent les uns après les autres. Nove, Novomykolaïvka, Novouspenivske, Okhotnyche, Solodke… À cause du brouillard dense et de la pression accrue, les forces ukrainiennes ont dû se retirer de ces localités dans l’est de Zaporijjia.
Ce qui rend la situation particulièrement préoccupante, c’est l’importance stratégique de Houliapole comme nœud de transport et logistique entre Pokrovske et la capitale régionale de Zaporijjia. Si les Russes parviennent à franchir la rivière Haïchour, ils pourront réaliser des avancées «opérationnellement significatives» vers l’ouest, selon l’ISW. L’objectif ultime n’est pas Houliapole en soi. C’est Zaporijjia, cette grande ville industrielle qui a réussi à rester hors de portée des forces russes depuis le début de l’invasion. Les défenses ukrainiennes orientées vers le sud autour d’Orikhiv et de Zaporijjia ont jusqu’ici ralenti les avancées russes à un rythme de «pas de fourmi». Mais l’attaque par l’est change la donne. Elle prend ces défenses à revers.
Les pertes russes : un prix exorbitant, mais accepté
L’avancée russe se paie au prix fort. Selon les données de l’État-major ukrainien, la Russie a subi 416 570 pertes en 2025, soit environ 78 victimes par kilomètre carré conquis. Un ratio qui défie l’entendement. Pour chaque village comme Rybne, pour chaque kilomètre de terrain boueux, des centaines de soldats russes tombent. Le 2 janvier, dans le seul secteur de Pokrovsk, les forces russes ont perdu 46 soldats tués et 12 blessés en une journée. Et pourtant, ils continuent. Le commandant en chef des forces ukrainiennes, Oleksandr Syrsky, a noté que les Russes avaient «significativement avancé» malgré ces pertes, ajoutant que les forces ukrainiennes «tiennent» mais que la situation reste critique.
Selon les analystes militaires, la Russie a saisi 4 831 km² de territoire ukrainien en 2025, tout en regagnant environ 473 km² dans l’oblast de Koursk. C’est environ 0,8% du territoire ukrainien, soit plus que les 3 604 km² conquis en 2024. L’avancée moyenne était de 13,24 km² par jour, avec un pic à 20,99 en novembre avant de retomber à 15 en décembre. Ces chiffres froids masquent une réalité humaine terrible : des villes transformées en ruines, des populations déplacées, des soldats épuisés qui tiennent des positions pendant des mois sans rotation. Selon un soldat du 2e bataillon de la 102e brigade de défense territoriale, son unité a repoussé activement les assauts russes près de Houliapole depuis juin, tout en subissant des pertes constantes en personnel et équipement. Le bataillon n’a presque pas reçu de renforts.
Quatre cent seize mille pertes russes en 2025. Ce chiffre devrait nous glacer le sang. Il devrait nous faire comprendre l’ampleur de ce que le Kremlin est prêt à sacrifier pour quelques kilomètres carrés de terre ukrainienne. Et il devrait nous faire réfléchir à ce que cela signifie pour l’avenir. Car si Moscou accepte de payer ce prix, c’est qu’il estime que le jeu en vaut la chandelle. Que la fatigue de l’Occident, les hésitations des alliés, les calculs électoraux des dirigeants européens finiront par avoir raison de la résistance ukrainienne. Et si nous ne faisons rien pour prouver le contraire, il aura peut-être raison.
Le facteur humain : des soldats au bout du rouleau
La crise des effectifs ukrainiens
Ce qui s’est passé à Houliapole illustre de manière tragique le dilemme auquel fait face l’armée ukrainienne. Le 26 décembre 2025, les forces russes ont capturé le poste de commandement et d’observation d’un bataillon de la 102e brigade de défense territoriale situé au centre de la ville. L’unité s’est avérée être le 1er bataillon de la 106e brigade de défense territoriale, qui faisait partie de la 102e brigade avant les réformes de l’été 2025. Une vidéo publiée par les forces russes a révélé que non seulement le QG avait été capturé, mais que les soldats avaient laissé derrière eux des smartphones déverrouillés, des ordinateurs portables et des documents. Un officier militaire ayant parlé à Hromadske a expliqué que les forces russes s’étaient approchées du QG du bataillon, forçant les soldats à se replier sans avoir reçu l’ordre de retrait.
Selon un membre de la famille d’un soldat servant dans le 1er bataillon de la 106e brigade, les soldats ont été encerclés dans la ville pendant un mois avant de réussir à briser l’encerclement le 20 décembre. Immédiatement après, le bataillon a été transféré au 225e régiment d’assaut et a reçu l’ordre de retourner en position à Houliapole. Les familles des soldats exigent maintenant une révision officielle des actions du commandement. Ce qui s’est passé à Houliapole va au cœur du dilemme militaire ukrainien : ses troupes sont largement dépassées en nombre sur certaines parties de la ligne de front de 1 000 kilomètres et peinent à mobiliser des forces supplémentaires pour compenser les pertes. «Cela signifie que les commandants doivent faire des choix difficiles sur où attaquer, où défendre et où espérer que les Russes n’exploitent pas les brèches», a écrit l’analyste David Axe.
L’infiltration : la nouvelle tactique russe
Les forces russes ont adapté leurs tactiques au terrain et aux conditions. Selon Maksym Bakouline, responsable des communications de la 14e brigade Chervona Kalyna, les Russes ne lancent plus d’assauts massifs de groupes de trois à six personnes comme il y a un an. Ils s’infiltrent maintenant en petits groupes et savent garder leurs distances les uns des autres. «Il y a un an, un seul drone qui atteignait sa cible suffisait à toucher deux ou trois soldats. Maintenant, ils s’infiltrent en petits groupes et savent garder leurs distances», a expliqué le représentant de la brigade. En début 2026, des rapports ont émergé selon lesquels il y aurait moins de troupes russes près de Pokrovsk. Bakouline a rejeté cette affirmation : leurs effectifs n’ont pas diminué, ils ont changé de tactique.
Le brouillard hivernal joue également en faveur des assaillants. Le commandant adjoint d’une brigade d’artillerie ukrainienne a rapporté que les forces russes exploitent les mauvaises conditions météorologiques pour s’infiltrer dans les localités au nord de Pokrovsk. Les drones ukrainiens, qui ont été l’un des avantages technologiques majeurs des défenseurs, sont moins efficaces dans ces conditions. Selon les analystes, l’incapacité à effectuer des frappes de drones précises pendant les périodes de mauvais temps donne aux Russes des fenêtres d’opportunité pour avancer. C’est pendant ces fenêtres que les villages comme Rybne tombent. C’est pendant ces moments de vulnérabilité que la carte se redessine imperceptiblement, un point rouge à la fois.
Des smartphones déverrouillés laissés derrière. Des documents abandonnés. Des soldats encerclés pendant un mois. Ces détails racontent une histoire que les communiqués officiels ne disent pas : celle d’une armée ukrainienne poussée jusqu’à ses limites. Ce ne sont pas des lâches. Ce ne sont pas des incompétents. Ce sont des hommes et des femmes épuisés, en sous-effectif, qui tiennent des positions impossibles depuis des mois. Et quand la situation devient intenable, quand le commandement tarde à donner l’ordre de repli, ce sont eux qui paient le prix. Avec leur vie parfois. Avec leur liberté souvent. Avec leur dignité toujours.
Les enjeux géopolitiques : la course contre la montre
Trump, les négociations et la ligne de contact
La bataille pour Rybne, Pokrovsk et Houliapole ne se joue pas seulement sur le terrain. Elle se joue aussi dans les couloirs diplomatiques, où chaque kilomètre conquis ou perdu influence les négociations potentielles. Selon des sources proches des discussions, l’un des points du «plan de paix Trump» prévoirait que la ligne de front dans la région de Zaporijjia soit fixée en fonction de son état au moment de l’accord. Le contrôle de la centrale nucléaire de Zaporijjia serait quant à lui transféré aux États-Unis. Cette perspective explique en partie l’acharnement russe à grignoter du terrain avant toute négociation potentielle. Chaque village pris aujourd’hui pourrait devenir un fait accompli demain.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déclaré que l’Ukraine et les États-Unis étaient «à 90% du chemin» vers un accord de paix, mais que le sort de la centrale nucléaire de Zaporijjia faisait partie des «10% encore en litige». Selon le New York Times, la centrale, avec ses six réacteurs et une capacité de six gigawatts pouvant alimenter «un pays de taille moyenne comme le Portugal», est actuellement à l’arrêt et régulièrement menacée par les bombardements qui coupent les lignes haute tension nécessaires au refroidissement. Lors d’une réunion à Djeddah, en Arabie saoudite, le secrétaire d’État américain Marco Rubio aurait étalé une grande carte de l’Ukraine sur une table, et le ministre ukrainien de la Défense Rustem Oumerov aurait tracé au marqueur la ligne de contact à travers les oblasts de Kharkiv, Louhansk, Donetsk, Zaporijjia et Kherson, puis encerclé la centrale nucléaire. C’était, selon un responsable américain, «le moment de rupture» – la première fois que Zelensky, par l’intermédiaire de ses représentants, acceptait de céder 20% de son pays pour atteindre la paix.
Poutine et la stratégie du fait accompli
Du côté russe, la stratégie est claire : maximiser les gains territoriaux avant toute négociation. Vladimir Poutine a déclaré lors d’une réunion avec ses commandants que «l’intérêt de la Russie pour le retrait des formations militaires ukrainiennes des territoires qu’elles occupent encore est en fait réduit à zéro», avertissant que «si les autorités de Kiev ne souhaitent pas régler l’affaire par des moyens pacifiques, nous résoudrons toutes les tâches qui nous attendent dans le cadre de l’opération militaire spéciale par des moyens militaires». En d’autres termes : la Russie n’a plus besoin de négocier ce qu’elle peut prendre de force. L’analyste militaire Michael Kofman a noté que Poutine avait fait deux paris en 2025 : d’abord, que «s’ils continuent à faire pression, tôt ou tard le front s’effondrera quelque part et il y aura des percées au niveau opérationnel», ce qui «ne s’est pas produit» ; ensuite, que «la diplomatie russe pourrait sortir les États-Unis du jeu, et si cela se produit, toute l’aide occidentale partira avec les États-Unis et le front s’effondrera», mais «aucun de ces deux paris ne s’est concrétisé en 2025».
Pourtant, Kofman a conclu que «la situation au front n’est pas si critique que l’Ukraine doive accepter n’importe quelles conditions», soulignant que les Européens «ont annoncé avoir trouvé un moyen de financer les besoins de l’Ukraine pour les deux prochaines années» et que la Russie «combattra longtemps pour cette partie de la région de Donetsk qu’elle veut obtenir sans combat selon ses propres conditions de paix». L’analyste a ajouté que «même après un retrait de Pokrovsk, je ne vois pas de grandes chances qu’il y ait une percée de leur côté ou que le front s’effondre». Ces paroles offrent une lueur d’espoir, mais ne changent rien à la réalité quotidienne des soldats ukrainiens qui tiennent les lignes à Rybne, à Pokrovsk, à Houliapole. Pour eux, les analyses géopolitiques ne sont que du bruit de fond. Ce qui compte, c’est le prochain assaut, la prochaine bombe planante, la prochaine nuit de veille dans une tranchée glacée.
Vingt pour cent du pays. C’est ce que Zelensky serait prêt à céder, selon les fuites diplomatiques. Vingt pour cent. Je ne sais pas comment on peut écrire ces mots sans que la main tremble. Vingt pour cent d’un pays qui a vu des centaines de milliers de ses fils et filles mourir pour le défendre. Vingt pour cent de terres où des familles ont vécu pendant des générations, où des enfants sont nés, où des vieux ont été enterrés. Peut-être que c’est le prix de la paix. Peut-être qu’il n’y a pas d’autre choix. Mais je refuse de considérer cela comme une victoire pour quiconque. C’est une défaite collective. La nôtre aussi.
L'avenir immédiat : ce qui attend l'Ukraine
Les objectifs russes pour 2026
Les sources ukrainiennes dessinent un tableau sombre des objectifs russes pour 2026. Moscou prévoit d’occuper l’ensemble de la région de Donetsk d’ici le 1er avril. Les forces russes prévoient également de prendre le contrôle de Stepnohirsk pour pouvoir bombarder la ville de Zaporijjia à partir de là. Selon des interlocuteurs des forces de défense ukrainiennes cités par RBC-Ukraine, la Russie pourrait recourir à des actions de sabotage ou de provocation dans d’autres zones du front. «Chaque commandant de leur armée a pour mission d’avancer. Ils n’ont pas de situation où certains peuvent rester en retrait et où seuls deux ou trois mènent des opérations», a expliqué une source. Les Russes pourraient tenter des provocations «en direction des îles près de Kherson, en direction de Nikopol, et dans nos régions frontalières du nord – Soumy et Kharkiv».
Du côté ukrainien, la priorité est de tenir les positions clés tout en préparant les négociations potentielles. Le président Zelensky a rencontré les dirigeants de la Coalition des volontaires à Paris le 6 janvier pour discuter des garanties de sécurité possibles pour l’Ukraine d’après-guerre. Il a également proposé de nommer Mykhailo Fedorov, actuel ministre de la Transformation numérique, au poste de ministre de la Défense, espérant que son expérience dans la facilitation du projet «Ligne de drones» de l’Ukraine et la numérisation des services étatiques pourrait être mise à profit dans le secteur de la défense. Ces remaniements suggèrent une préparation à une nouvelle phase du conflit – une phase où la technologie et la coordination avec les alliés occidentaux pourraient jouer un rôle encore plus crucial.
La question des renforts et de la mobilisation
Le problème fondamental de l’Ukraine reste celui des effectifs. Selon l’analyste David Axe, «quelques bataillons territoriaux ne peuvent pas espérer tenir face à une brigade motorisée russe, surtout si les territoriaux manquent d’un soutien solide de l’artillerie et des unités de drones adjacentes». Le manque de commandement cohérent parmi les forces ukrainiennes dans le sud et la décision de prioriser la défense d’autres zones comme Pokrovsk et Koupiansk ont probablement contribué à la dégradation de la situation dans le sud. Un officier ukrainien du SBU a décrit la situation dans la région comme «intense», expliquant que l’ennemi utilise des petits groupes d’infanterie «qui essaient de percer par tous les moyens, par toute voie, vers les positions les moins protégées».
Les données de l’observateur militaire ukrainien Konstantyn Machovets suggèrent que les forces russes sont peu susceptibles de générer un surplus de plus de 70 000 soldats en 2026 pour constituer une réserve stratégique – un nombre insuffisant pour former les 17 divisions de manœuvre prévues. Cependant, les forces russes ont abandonné la formation de divisions de fusiliers motorisés selon les structures d’avant-guerre au profit de divisions d’infanterie d’assaut et de véhicules légers qui déploient des véhicules de combat blindés et des camions limités avec des éléments organiques minimaux de défense aérienne, d’artillerie et de logistique. Cette adaptation aux réalités de la guerre de position suggère que Moscou est prêt à poursuivre son offensive d’usure aussi longtemps qu’il le faudra.
Conclusion : Un village de plus, un monde qui regarde
Ce que Rybne nous dit sur l’avenir
La chute de Rybne ne changera pas le cours de la guerre. Ce village de l’oblast de Zaporijjia n’était pas stratégiquement vital. Il ne figurera probablement pas dans les livres d’histoire. Et pourtant, il incarne parfaitement ce que cette guerre est devenue : une lutte d’usure où chaque mètre de terrain se paie en vies humaines, où les lignes bougent si lentement qu’on finit par ne plus les voir bouger, où la victoire et la défaite se mesurent en points rouges sur une carte numérique. Les habitants de Rybne – ceux qui n’ont pas fui – se réveillent ce matin sous occupation russe. Pour eux, la guerre n’est pas terminée. Elle prend simplement une autre forme. Celle de l’occupation, de la «filtration», de la surveillance, de la peur quotidienne.
Pendant ce temps, à Pokrovsk, les combats continuent dans les rues désertes. À Houliapole, les derniers défenseurs tiennent la partie ouest de la ville. À Myrnohrad, la logistique devient chaque jour plus compliquée. Et quelque part dans les chancelleries occidentales, des diplomates tracent des lignes sur des cartes, calculent des pourcentages de territoire, négocient le prix de la paix. Zelensky a dit être prêt à céder 20% de son pays. Poutine a dit n’avoir plus besoin de négocier. Entre ces deux positions, il y a des millions d’Ukrainiens qui attendent de savoir quel sera leur sort. Et des centaines de soldats qui se demandent si le village qu’ils défendent aujourd’hui sera le prochain point rouge sur la carte de demain.
Je termine cet article sans savoir comment le conclure. Parce qu’il n’y a pas de conclusion possible à ce qui se passe en Ukraine. Pas de fin nette, pas de point final satisfaisant. Juste cette guerre qui continue, jour après jour, village après village. Rybne aujourd’hui. Quel village demain ? Et celui d’après-demain ? Nous avons pris l’habitude de cette horreur. Nous l’avons normalisée. Les cartes changent de couleur et nous commentons cela comme un match de football – qui avance, qui recule, qui marque des points. Mais ce ne sont pas des points. Ce sont des vies. Des maisons. Des souvenirs. Des gens qui ont cru que leur village resterait ukrainien et qui se réveillent ce matin sous le drapeau d’un occupant. Je ne sais pas ce qu’on peut faire de plus que témoigner. Alors je témoigne. Rybne est tombé. Le monde continue de tourner.
Ce qui reste à faire
La situation militaire en Ukraine au 20 janvier 2026 peut se résumer ainsi : les forces russes avancent, lentement mais sûrement, dans plusieurs secteurs du front. L’oblast de Zaporijjia passe sous contrôle russe village après village. Pokrovsk est encerclée sur trois côtés. Houliapole est devenue une zone grise. Les forces ukrainiennes tiennent, mais elles sont épuisées, en sous-effectif, et manquent de rotations. Les négociations de paix sont dans l’air, mais personne ne sait si elles aboutiront, ni à quelles conditions. Ce qui est certain, c’est que chaque jour qui passe sans accord est un jour où la carte continue de changer. Un jour où des villages comme Rybne tombent dans l’oubli de l’occupation.
Les Européens ont annoncé avoir trouvé un moyen de financer les besoins de l’Ukraine pour les deux prochaines années. C’est une bonne nouvelle, mais insuffisante. Ce dont l’Ukraine a besoin, ce n’est pas seulement d’argent. C’est de soldats pour tenir les lignes. De munitions pour répondre aux 400 frappes d’artillerie quotidiennes dans le secteur de Houliapole. De systèmes de défense aérienne pour contrer les 20 à 30 bombes planantes quotidiennes sur Pokrovsk. De volonté politique pour dire à Poutine que la stratégie du fait accompli ne fonctionnera pas. Que chaque village pris aujourd’hui devra être rendu demain. Que l’Occident ne cédera pas à la fatigue. Mais avons-nous vraiment cette volonté ? La question reste ouverte. Aussi ouverte que le sort de Rybne ce matin, sous un ciel gris de janvier ukrainien.
Sources
Sources primaires
DeepState – Analyses militaires ukrainiennes sur les avancées territoriales – 20 janvier 2026
Ukrainska Pravda – Rapport sur l’occupation de Rybne et les avancées russes – 20 janvier 2026
Institute for the Study of War (ISW) – Russian Offensive Campaign Assessment – Janvier 2026
État-major général des Forces armées ukrainiennes – Rapports quotidiens sur les engagements de combat – Janvier 2026
Sources secondaires
CNN – Ukrainian forces under ‘intense’ pressure in south – Janvier 2026
The New Voice of Ukraine – Winter fighting on Pokrovsk axis – 18 janvier 2026
RBC-Ukraine – War forecast for 2026 et analyses sur les tactiques russes – Janvier 2026
Wikipedia – Huliaipole offensive et Timeline of the Russo-Ukrainian war – Janvier 2026
MilitaryLand.net – Fall of Huliaipole: Command Failures and Exhausted Defenders – Janvier 2026
Russia Matters – Russia Analytical Report, Dec. 22, 2025–Jan. 5, 2026
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.