L’ironie cruelle du thème 2026
Le Forum économique mondial de Davos 2026 s’ouvre cette semaine sous le thème « Un esprit de dialogue ». L’ironie est si épaisse qu’elle pourrait être découpée au couteau. Car de dialogue, il n’y en a guère dans les corridors feutrés de cette station suisse où les jets privés se bousculent sur le tarmac. Cette année, près de 3 000 participants de plus de 130 pays convergent vers les Alpes, dont un nombre record de 400 dirigeants politiques et 65 chefs d’État. C’est la plus grande assemblée de l’histoire du WEF. Mais il y a une absence remarquée, une chaise vide qui en dit plus long que tous les discours : le Danemark ne sera pas là. Copenhague a choisi le boycott. Un geste fort, symbolique, désespéré peut-être, mais d’une dignité qui force le respect.
« Le gouvernement danois ne sera pas représenté à Davos cette semaine », a confirmé un porte-parole du Forum. Une décision qui s’est prise après l’annonce samedi des nouveaux tarifs douaniers — 10% dès le 1er février, grimpant à 25% le 1er juin — sur huit pays européens qui osent résister aux ambitions territoriales de Washington. Danemark, Norvège, Suède, France, Allemagne, Royaume-Uni, Pays-Bas, Finlande : la liste se lit comme le who’s who des démocraties occidentales. Des alliés de toujours, des partenaires de l’OTAN, des nations qui ont combattu aux côtés des Américains en Afghanistan, en Irak, partout où Washington a appelé. Aujourd’hui, ils sont traités en ennemis parce qu’ils refusent de brader un territoire qui n’est pas à vendre.
Les absents ont toujours tort — mais cette fois, ils ont raison
Pendant que le Danemark choisit la dignité de l’absence, Trump débarque avec la plus grande délégation américaine jamais vue à Davos. Le secrétaire d’État Marco Rubio, le secrétaire au Trésor Scott Bessent, l’envoyé spécial Steve Witkoff — tout le gratin de l’administration Trump sera présent. Le président lui-même doit prononcer un discours mercredi, son premier en personne au Forum depuis 2020. Six ans d’absence, et voilà qu’il revient au moment où les tensions transatlantiques atteignent leur paroxysme. Le timing n’est pas anodin. Il est calculé, chirurgical, provocateur. Trump veut montrer sa force, exhiber sa puissance, prouver au monde que les États-Unis n’ont besoin de personne — et que tous les autres ont besoin d’eux.
Vous savez ce qui me frappe dans toute cette histoire ? C’est le contraste entre le thème officiel — « Un esprit de dialogue » — et la réalité sur le terrain. Quel dialogue ? Avec qui ? Trump n’est pas venu dialoguer. Il est venu dicter ses conditions. Il est venu montrer que quand l’Amérique veut quelque chose, elle le prend. Par la négociation si possible, par la force économique si nécessaire, par d’autres moyens si rien d’autre ne fonctionne. Ce n’est plus de la diplomatie. C’est du racket institutionnalisé. Et le pire, c’est que le monde regarde, impuissant, cette démolition en règle de l’ordre international d’après-guerre.
Le Premier ministre groenlandais face à l'impossible : « Nous choisissons le Danemark »
Jens-Frederik Nielsen, l’homme qui dit non à l’Amérique
Il s’appelle Jens-Frederik Nielsen. Il a 34 ans. Il est le premier membre du parti Demokraatit à diriger le Groenland. Et depuis des semaines, il porte sur ses épaules le poids d’une crise géopolitique que son petit territoire de 56 000 habitants n’a jamais connue. Ce mardi, debout aux côtés de la première ministre danoise Mette Frederiksen à Copenhague, il a prononcé des mots qui resteront dans l’histoire : « Nous sommes face à une crise géopolitique. Si nous devons choisir entre les États-Unis et le Danemark, ici et maintenant, nous choisissons le Danemark. Nous choisissons l’OTAN. Nous choisissons le Royaume du Danemark. Nous choisissons l’Union européenne. »
Des mots simples. Des mots clairs. Des mots qui ne laissent aucune place à l’ambiguïté. Le Groenland ne veut pas être acheté. Le Groenland ne veut pas être gouverné par Washington. Le Groenland veut rester ce qu’il est : une terre autonome au sein du Royaume du Danemark, protégée par l’OTAN, membre de l’espace européen. Quand on lui a demandé ce qu’il pensait de l’idée d’un achat, Nielsen a répondu avec une dignité qui contraste violemment avec l’arrogance de son interlocuteur américain : « L’idée même que l’on puisse acheter un autre peuple est irrespectueuse. » Acheter un peuple. Voilà ce que propose le président de la première puissance mondiale en 2026. Acheter des êtres humains comme on achète un terrain vague.
La réponse de Trump : « Ça va être un gros problème pour lui »
Quand les journalistes ont rapporté à Trump les déclarations du premier ministre groenlandais, la réponse du président américain a été aussi brutale que prévisible : « C’est leur problème. Je ne suis pas d’accord avec eux. Je ne sais pas qui c’est, je ne connais rien de lui, mais ça va être un gros problème pour lui. » Je ne sais pas qui c’est. Le président des États-Unis ne sait pas qui dirige le territoire qu’il veut annexer. Il ne connaît même pas le nom de l’homme avec qui il prétend négocier. Cette ignorance assumée, cette arrogance décontractée, ce mépris à peine voilé pour un dirigeant élu démocratiquement — tout cela résume parfaitement l’approche trumpienne de la géopolitique. Les faits ne comptent pas. Les gens ne comptent pas. Seul compte le résultat final.
« Je ne sais pas qui c’est. » Ces cinq mots me hantent. Comment peut-on vouloir prendre le contrôle d’un territoire sans même connaître le nom de son dirigeant ? Comment peut-on parler de « sécurité nationale » sans avoir pris la peine de comprendre l’histoire, la culture, les aspirations d’un peuple ? Jens-Frederik Nielsen est un homme qui a grandi en étant moqué pour ses origines mixtes, qui a représenté son pays au badminton, qui s’est battu toute sa vie pour que le Groenland trouve sa voie. Et Trump ne sait même pas qui il est. C’est insultant. C’est révoltant. C’est, d’une certaine manière, parfaitement cohérent avec tout ce que nous avons vu de cette administration.
Les tarifs comme arme de guerre : l'Europe dans le viseur
108 milliards de dollars : le prix de la résistance
Samedi dernier, Trump a frappé. Sur Truth Social, il a annoncé des tarifs douaniers de 10% sur « tous les biens » en provenance de huit pays européens, à compter du 1er février 2026. Si aucun accord n’est trouvé d’ici le 1er juin, ces tarifs grimperont à 25%. Le message est clair : vendez-moi le Groenland, ou payez le prix de votre insolence. C’est du chantage pur et simple, du protectionnisme weaponisé, de la diplomatie du bâton sans même la carotte. L’Union européenne n’a pas tardé à réagir. Les ambassadeurs des 27 se sont réunis en urgence dimanche, et les discussions portent déjà sur des représailles massives : jusqu’à 108 milliards de dollars de tarifs sur les produits américains.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil européen, António Costa, ont publié une déclaration commune cinglante : « L’UE est en totale solidarité avec le Danemark et le peuple du Groenland. Seuls le Danemark et le Groenland décident des questions concernant le Danemark et le Groenland. » Le président français Emmanuel Macron a qualifié les menaces de tarifs d’« inacceptables », ajoutant que l’Europe répondrait de manière coordonnée. Le premier ministre britannique Keir Starmer a été tout aussi direct : « Appliquer des tarifs à des alliés pour avoir poursuivi la sécurité collective de l’OTAN est complètement inacceptable. »
La déclaration des huit : une rare unité européenne
Dimanche, huit nations — Royaume-Uni, Danemark, Finlande, France, Allemagne, Pays-Bas, Norvège et Suède — ont publié une déclaration commune d’une fermeté inhabituelle. Ces pays, tous membres de l’OTAN, ont averti que les actions de Trump sur le Groenland risquent une « spirale descendante dangereuse » et minent les relations transatlantiques. C’est l’un des messages les plus durs adressés à Washington depuis des décennies. Ces mêmes nations avaient participé à un exercice militaire conjoint au Groenland — « Arctic Endurance » — en signe de solidarité avec Copenhague. Trump a immédiatement qualifié cette présence militaire de « situation très dangereuse pour la sécurité et la survie de notre planète ». Des alliés qui s’entraînent ensemble représentent une menace existentielle. Bienvenue en 2026.
Imaginez un instant. Vous êtes un soldat allemand, français ou britannique. Vous avez peut-être servi en Afghanistan aux côtés des Américains. Vous avez peut-être perdu des camarades dans des opérations conjointes. Et aujourd’hui, le président des États-Unis vous traite de menace parce que vous participez à un exercice de l’OTAN dans un territoire de l’OTAN. Le monde à l’envers. La logique inversée. L’ami devient l’ennemi, l’allié devient l’adversaire. Et pendant ce temps, à Moscou et à Pékin, on doit se frotter les mains de satisfaction en regardant l’Occident s’entre-déchirer.
Le Nobel de la paix et la vengeance présidentielle
Une obsession personnelle transformée en politique étrangère
Dans un message sidérant adressé au premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre, Trump a révélé ce qui semble être la véritable motivation derrière sa croisade arctique. « Considérant que votre pays a décidé de ne pas me donner le prix Nobel de la paix pour avoir arrêté 8 guerres et plus, je ne me sens plus obligé de penser uniquement à la paix, même si elle restera prédominante, mais je peux maintenant penser à ce qui est bon et approprié pour les États-Unis d’Amérique. » Le message est ahurissant à plus d’un titre. D’abord, parce que le gouvernement norvégien ne décerne pas le prix Nobel de la paix — c’est un comité indépendant de cinq personnes nommées par le Parlement. Gahr Støre l’a d’ailleurs rappelé poliment.
Mais surtout, ce message révèle une dimension personnelle, presque psychologique, dans la quête du Groenland. Trump ne poursuit pas seulement un objectif stratégique — il poursuit une revanche. Il n’a pas obtenu ce qu’il estimait mériter, alors il prend ce qu’il veut d’une autre manière. Le Groenland comme lot de consolation d’un ego blessé. La politique étrangère américaine réduite à un règlement de comptes personnel. C’est vertigineux. C’est terrifiant. Et c’est exactement ce qui se passe sous nos yeux, en temps réel, documenté par les propres déclarations du président.
Mark Rutte : l’équilibriste de l’OTAN
Mark Rutte, le secrétaire général de l’OTAN, se retrouve dans une position impossible. D’un côté, il doit maintenir la cohésion de l’alliance. De l’autre, le principal contributeur de cette alliance menace d’en annexer un membre par la force économique — voire militaire. Lors d’une audition au Parlement européen mardi, Rutte a esquivé les questions les plus directes avec la dextérité d’un diplomate chevronné. Quand on lui a demandé si un allié pouvait accepter qu’un autre menace de prendre son territoire par la force, il a préféré parler de « sécurité dans l’Arctique ». Quand on l’a pressé de condamner les propos de Trump, il a répondu qu’il ne commenterait pas publiquement les disputes entre alliés.
J’ai de la peine pour Mark Rutte. Sincèrement. Voilà un homme qui a passé sa carrière à construire des ponts, à négocier des compromis, à maintenir le fragile équilibre des relations internationales. Et le voilà contraint de faire comme si tout était normal, comme si un président américain menaçant d’annexer un territoire allié était juste un « sujet de discussion entre amis ». Il ne peut pas condamner. Il ne peut pas approuver. Il ne peut que naviguer entre les écueils en espérant que le bateau ne coule pas. Mais combien de temps peut-on faire semblant que l’iceberg n’est pas là ?
La réunion de Davos : espoir ou illusion ?
Les « diverses parties » : qui sera autour de la table ?
Trump a été délibérément vague sur l’identité des « diverses parties » qui se rencontreront à Davos. Le Danemark ayant boycotté le Forum, il est peu probable que Copenhague participe à cette réunion. Le Groenland n’a pas été mentionné comme invité. Alors qui ? Mark Rutte a confirmé qu’il rencontrerait Trump cette semaine. Des représentants européens seront présents — Macron, von der Leyen, le chancelier allemand Friedrich Merz. Mais une réunion sans les principaux concernés — le Danemark et le Groenland — ressemble davantage à un tribunal où l’accusé est jugé par contumace qu’à une véritable négociation.
Le président français Emmanuel Macron a laissé entendre qu’il pourrait inviter les Ukrainiens, les Danois, les Syriens et même les Russes à des discussions en marge du Forum. L’idée est de créer des canaux de dialogue alternatifs, de contourner l’approche frontale de Trump. Mais peut-on vraiment dialoguer avec quelqu’un qui a déjà décidé de l’issue de la conversation ? Peut-on négocier quand l’autre partie a clairement indiqué que « il ne peut y avoir de retour en arrière » ? La diplomatie européenne va être mise à rude épreuve cette semaine. Et l’issue de ces discussions pourrait déterminer l’avenir des relations transatlantiques pour les années à venir.
Le « Golden Dome » : la justification stratégique
Trump invoque constamment la « sécurité nationale » pour justifier sa quête du Groenland. Il parle du « Golden Dome », un projet de système de défense antimissile qui nécessiterait, selon lui, un contrôle américain du territoire arctique. Il évoque les menaces de la Russie et de la Chine dans la région, les routes maritimes qui s’ouvrent avec la fonte des glaces, les terres rares enfouies sous le permafrost groenlandais. Des arguments qui ne sont pas dénués de fondement stratégique. L’Arctique est effectivement devenu un enjeu majeur de la géopolitique mondiale. Mais ces préoccupations légitimes ne justifient pas les méthodes employées.
Voici ce que je ne comprends pas. Les États-Unis ont déjà une base militaire au Groenland — Pituffik Space Base. Ils ont un accord de défense avec le Danemark qui date de 1951. Ils peuvent, en coordination avec leurs alliés, renforcer leur présence dans l’Arctique autant qu’ils le souhaitent. Le Danemark a même dit qu’il serait « complètement détendu » à l’idée d’une présence américaine accrue. Alors pourquoi cette obsession de la propriété ? Pourquoi cette insistance à « posséder » plutôt qu’à coopérer ? La réponse, je crains, n’a rien à voir avec la stratégie. Elle a tout à voir avec l’ego.
L'Europe face à son destin : résister ou capituler ?
Le « bazooka commercial » de l’UE
L’Union européenne dispose d’une arme dont elle n’a encore jamais fait usage : l’instrument anti-coercition, surnommé le « bazooka commercial ». Ce mécanisme permettrait de restreindre l’accès des entreprises américaines au marché européen, de les exclure des appels d’offres publics, d’imposer des limites aux investissements directs étrangers. La France pousse pour son activation. L’Allemagne, traditionnellement plus prudente, hésite encore. Mais les lignes bougent. Le ministre français des Finances, Roland Lescure, a déclaré que l’UE « doit être prête » à utiliser ce mécanisme si nécessaire.
Les enjeux économiques sont colossaux. En 2024, les États-Unis ont échangé 236 milliards de dollars de marchandises avec l’Allemagne, 147 milliards avec le Royaume-Uni, 122 milliards avec les Pays-Bas, 103 milliards avec la France. Une guerre commerciale totale ferait des ravages des deux côtés de l’Atlantique. Les marchés ont d’ailleurs commencé à réagir : le dollar a plongé, les actions des constructeurs automobiles européens ont chuté, les entreprises de luxe françaises ont perdu plusieurs points. L’incertitude économique s’installe, et avec elle, la peur d’un affrontement dont personne ne sortirait gagnant.
La solidarité européenne à l’épreuve
Rarement l’Europe a-t-elle été aussi unie face à une menace extérieure. Les déclarations se multiplient, les solidarités s’affirment, les positions se durcissent. Même la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, d’habitude mesurée, a pris un ton inhabituellement ferme : « La souveraineté n’est pas à négocier. Nous n’avons pas intérêt à chercher la confrontation, mais nous défendrons nos positions. L’Europe dispose de toute une palette d’outils pour protéger ses intérêts. » Sur les réseaux sociaux, elle a ajouté que « la Chine et la Russie doivent se régaler » en observant les divisions occidentales. Une pique assassine, qui dit tout de l’absurdité de la situation.
C’est peut-être la grande ironie de cette crise. Trump prétend vouloir le Groenland pour contrer la Russie et la Chine. Mais sa méthode — diviser les alliés, menacer les partenaires, mépriser les institutions — est exactement ce que Moscou et Pékin auraient rêvé de faire eux-mêmes. Il affaiblit l’Occident de l’intérieur, fracture l’OTAN, sape la confiance transatlantique. Et tout cela pour un morceau de glace qu’il pourrait sécuriser par la coopération plutôt que par la coercition. C’est d’une tristesse sans nom.
Les Groenlandais : ces oubliés de l'histoire en train de s'écrire
À Nuuk, sous la pluie glaciale, un peuple debout
Samedi dernier, à Nuuk, des centaines de Groenlandais ont bravé les températures glaciales, la pluie battante et les rues verglacées pour manifester leur attachement à leur terre. Ils brandissaient leurs drapeaux rouge et blanc, chantaient des chansons traditionnelles, portaient des pancartes où l’on pouvait lire : « Nous façonnons notre avenir », « Le Groenland n’est pas à vendre », « Le Groenland est déjà GRAND ». Ce dernier slogan, un clin d’œil sarcastique au « Make America Great Again », résume l’état d’esprit d’un peuple qui refuse d’être traité comme une marchandise. Des rassemblements similaires ont eu lieu dans tout le Royaume du Danemark, rassemblant des milliers de personnes solidaires.
Le premier ministre Nielsen s’est joint aux manifestants. Il a marché avec eux, sous la pluie, parmi les siens. Un geste fort, personnel, qui contraste avec les déclarations à distance de celui qui veut lui prendre son pays. Dans un message sur Facebook, il a ensuite écrit : « Les dernières déclarations des États-Unis, y compris les menaces de tarifs, ne changent pas notre ligne. Nous ne serons pas soumis à la pression. Nous restons fermes sur le dialogue, sur le respect et sur le droit international. » Des mots dignes, mesurés, qui ne trahissent pas la colère qu’il doit ressentir. Mais cette dignité, cette retenue, cette classe — ce sont peut-être les meilleures armes du Groenland face à la brutalité de son adversaire.
Une identité en jeu, une histoire à défendre
Le Groenland n’est pas qu’un enjeu stratégique. C’est une terre habitée depuis des millénaires par les Inuits, une culture unique, une langue vivante, une identité forgée par les glaces et le temps. Les 56 000 habitants de ce territoire immense — la plus grande île du monde — ont leur propre gouvernement, leur propre parlement, leur propre drapeau. Ils sont Groenlandais d’abord, Danois ensuite, et ils ont le droit de décider de leur avenir. Ce droit à l’autodétermination, inscrit dans le droit international, est précisément ce que Trump refuse de reconnaître. Pour lui, le Groenland est un « deal » à conclure, pas un peuple à respecter.
Je pense à cette femme que j’ai vue sur une photo de la manifestation de Nuuk. Elle devait avoir 70 ans, peut-être plus. Elle portait une pancarte qui disait simplement : « Notre terre, notre choix. » Trois mots. Tout est dit. Cette femme a vécu toute sa vie sur cette île. Ses ancêtres y vivaient bien avant que Christophe Colomb ne découvre l’Amérique. Et voilà qu’un homme à Washington, qui ne sait même pas qui est son premier ministre, prétend décider de son avenir. L’arrogance coloniale n’est pas morte. Elle a juste changé de costume.
L'OTAN dans la tourmente : peut-elle survivre à Trump ?
L’alliance la plus durable de l’histoire mise à l’épreuve
L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord a été fondée en 1949, dans les cendres de la Seconde Guerre mondiale, pour garantir la sécurité collective de l’Occident. L’article 5 — l’engagement qu’une attaque contre un membre est une attaque contre tous — est la pierre angulaire de cette alliance. Aujourd’hui, pour la première fois de son histoire, un membre menace ouvertement d’en prendre le contrôle d’un autre. Le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, a tenté de rassurer en déclarant que les États-Unis resteraient dans l’OTAN. Mais ses mots ont un arrière-goût amer : « Les Européens finiront par reprendre leurs esprits et réaliser qu’ils ont besoin de rester sous le parapluie de sécurité américain. » Reprendre leurs esprits. Comme si résister à l’annexion d’un territoire allié était une forme de folie.
Le Wall Street Journal a titré que l’OTAN entre dans « sa crise la plus profonde depuis la Seconde Guerre mondiale ». Ce n’est pas une exagération. L’alliance repose sur la confiance mutuelle, sur l’assurance que chaque membre défendra les autres. Quand cette confiance s’effrite, quand les menaces viennent de l’intérieur, tout l’édifice vacille. Et derrière les Alpes enneigées de Davos, dans les couloirs feutrés du Forum économique mondial, c’est peut-être l’avenir même de l’ordre international d’après-guerre qui se joue cette semaine.
La question qui hante l’Europe : et si Trump réussit ?
Personne n’ose la poser à voix haute, mais tout le monde y pense : et si Trump obtenait ce qu’il veut ? Et si, sous la pression des tarifs, sous la menace économique, l’Europe finissait par céder ? Le précédent serait catastrophique. Si l’Amérique peut prendre le Groenland aujourd’hui, pourquoi pas un autre territoire demain ? Si les menaces économiques suffisent à faire plier les alliés, pourquoi s’embarrasser de diplomatie ? Le message envoyé au monde serait désastreux : la force prime sur le droit, la puissance sur les principes, l’intimidation sur le dialogue.
Je termine cette chronique avec une boule dans la gorge. Nous sommes en janvier 2026, et le monde que nous connaissions s’effrite sous nos yeux. Un président américain menace ses propres alliés. L’OTAN, garante de notre sécurité depuis 77 ans, tremble sur ses fondations. Un peuple de 56 000 âmes se demande s’il sera encore libre demain. Et à Davos, sous le thème sardonique d’un « esprit de dialogue », les puissants du monde vont se croiser, négocier, manœuvrer — pendant que quelque part à Nuuk, une vieille femme serre son drapeau contre son cœur en espérant que son pays ne sera pas vendu au plus offrant. Combien de temps encore pourrons-nous prétendre que tout va bien ? Combien de crises avant que quelque chose ne cède définitivement ? Je n’ai pas la réponse. Mais je sais une chose : l’histoire se souviendra de ce que nous aurons fait — ou pas fait — cette semaine.
Encadré de transparence du chroniqueur
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur. Je suis analyste, observateur des dynamiques géopolitiques et commerciales qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à anticiper les virages que prennent nos dirigeants. Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel. Je prétends à la lucidité, à l’analyse sincère, à la compréhension profonde des enjeux qui nous concernent tous.
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et commentaires interprétatifs. Les informations factuelles présentées dans cet article proviennent de sources officielles et vérifiables, notamment les communiqués gouvernementaux, les déclarations officielles des dirigeants politiques, les rapports d’agences de presse internationales reconnues telles que Reuters, Bloomberg, CNBC, NPR, CNN, Al Jazeera, The Hill, ainsi que les données d’organisations internationales comme l’OTAN et le Forum économique mondial.
Les analyses et interprétations présentées représentent une synthèse critique basée sur les informations disponibles. Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser, de leur donner un sens. Toute évolution ultérieure pourrait modifier les perspectives présentées ici.
Sources
Sources primaires
Korea Times / AFP – Trump says agreed to Greenland meeting in Davos (20 janvier 2026)
Irish Times – Trump has ‘very good’ telephone call with Nato’s Rutte about Greenland (20 janvier 2026)
NPR – Trump says he’s pursuing Greenland after perceived Nobel Peace Prize snub (20 janvier 2026)
CNBC – Greenland’s PM has a blunt message for Trump: ‘We choose Denmark’ over the U.S. (13 janvier 2026)
Sources secondaires
NBC News – Trump announces 10% tariff on eight European countries until there is a deal to buy Greenland (17-18 janvier 2026)
CNN – Trump threatens new tariffs on European allies over Greenland until deal reached (17 janvier 2026)
Bloomberg – Denmark Officials Set to Skip Davos as Greenland Spat Escalates (19 janvier 2026)
CNBC – Trump is going to Davos — here are the big names who aren’t (19 janvier 2026)
The Hill – NATO’s Mark Rutte meets with Danish, Greenlandic officials to discuss security (19 janvier 2026)
Al Jazeera – ‘We choose Denmark’ over joining US, says Greenland PM Nielsen (13 janvier 2026)
CNBC – Europe mulls counter-tariffs, ACI against the U.S. amid Greenland crisis (19 janvier 2026)
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