Ce que Trump aurait dit à Rutte
Les détails précis de la conversation n’ont pas été rendus publics, mais les sources diplomatiques permettent de reconstituer les grandes lignes. Trump aurait réitéré sa position : le Groenland est « essentiel à la sécurité nationale américaine ». Il aurait évoqué la prétendue « menace chinoise » dans l’Arctique — un argument que Pékin a catégoriquement démenti. Et il aurait laissé entendre que la résistance européenne à ses projets pourrait avoir des « conséquences » sur l’engagement américain dans l’alliance.
Ce type de chantage n’est pas nouveau venant de Trump. Lors de son premier mandat, il avait déjà menacé de retirer les États-Unis de l’OTAN si les alliés européens n’augmentaient pas leurs dépenses militaires. Mais cette fois, la menace est différente. Il ne s’agit plus de négocier des budgets. Il s’agit de forcer un allié à céder son territoire. La ligne rouge, si tant est qu’il en existait une, a été franchie.
La position délicate de Rutte
Mark Rutte se retrouve dans une position impossible. En tant que secrétaire général, il doit maintenir l’unité de l’alliance. Mais comment défendre l’unité quand le membre le plus puissant en sape les fondements? Comment prêcher la défense collective quand celui qui devrait en être le garant menace un autre membre? Rutte, diplomate chevronné, doit naviguer dans des eaux inexplorées.
Les Pays-Bas, son pays d’origine, font partie des huit nations visées par les menaces de tarifs de Trump. Cette dimension personnelle ajoute à la complexité de sa position. Peut-il vraiment rester neutre quand son propre peuple est directement ciblé par les politiques coercitives de Washington? La question de sa crédibilité comme médiateur se pose inévitablement.
Rutte est un homme intelligent. Il sait que cet appel n’était pas une conversation entre alliés. C’était une mise en demeure. Trump ne cherche pas à convaincre — il cherche à intimider. Et le pire, c’est que ça pourrait marcher. Parce que l’Europe, malgré ses déclarations de fermeté, n’a jamais vraiment envisagé un monde sans le parapluie américain. Nous allons peut-être devoir apprendre. Vite.
L'OTAN face à sa plus grande crise existentielle
L’article 5 en question
L’article 5 du traité de l’Atlantique Nord est le cœur de l’alliance. Il stipule qu’une attaque contre un membre est une attaque contre tous. C’est cette garantie qui a assuré la paix en Europe occidentale pendant 75 ans. Mais que se passe-t-il quand la menace vient de l’intérieur? Quand un membre de l’alliance exerce une coercition économique contre un autre?
Le traité de Washington de 1949 n’avait pas prévu ce scénario. Ses rédacteurs imaginaient une agression soviétique, pas une agression américaine. Aujourd’hui, les juristes internationaux se penchent sur une question inédite : les menaces économiques de Trump contre le Danemark constituent-elles une violation de l’esprit, sinon de la lettre, du traité? La réponse n’est pas évidente. Mais le malaise est palpable.
Les réactions des alliés européens
Les capitales européennes suivent cette crise avec une inquiétude croissante. Paris, Berlin, Rome, Madrid — tous ont exprimé leur soutien au Danemark. La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a été claire : l’Europe défendra la souveraineté du Groenland. Emmanuel Macron a promis qu’aucune « intimidation » ne ferait plier la France.
Mais derrière ces déclarations de fermeté se cache une réalité plus nuancée. L’Europe dépend des États-Unis pour sa sécurité. Le parapluie nucléaire américain reste la garantie ultime contre une agression russe. Rompre avec Washington aurait des conséquences incalculables. Les dirigeants européens le savent. Trump aussi. C’est précisément sur cette asymétrie qu’il compte.
Nous voilà face au mur. Pendant des décennies, l’Europe s’est reposée sur la protection américaine comme un enfant sur l’épaule de son père. Et maintenant que le père menace de nous abandonner — ou pire, de nous frapper — nous réalisons à quel point nous sommes vulnérables. Cette dépendance, nous l’avons cultivée. Cette faiblesse, nous l’avons choisie. Il serait indécent de nous plaindre. Mais il serait suicidaire de ne pas en tirer les leçons.
Le Groenland : enjeu stratégique ou obsession personnelle?
Les vraies raisons de l’intérêt américain
Pourquoi Trump veut-il tant le Groenland? Les justifications officielles — la « menace chinoise », la « sécurité arctique » — ne convainquent personne. Les États-Unis disposent déjà de la base aérienne de Thulé sur l’île, un poste d’écoute crucial depuis la Guerre froide. L’accès militaire américain est garanti par des accords avec le Danemark. Alors pourquoi vouloir plus?
Plusieurs hypothèses circulent. Les ressources naturelles, d’abord : terres rares, pétrole, uranium. Le contrôle des routes maritimes arctiques, ensuite, que le réchauffement climatique rend progressivement navigables. Et puis il y a l’ego. Trump avait déjà évoqué l’achat du Groenland lors de son premier mandat, provoquant l’hilarité générale. Prouver qu’il avait raison, que c’était possible, pourrait être une motivation en soi.
Un précédent dangereux
Si Trump obtenait le Groenland par la coercition, les répercussions dépasseraient largement l’Arctique. Ce serait un signal envoyé au monde entier : les grandes puissances peuvent s’emparer de territoires souverains en exerçant des pressions économiques. Poutine en prendrait bonne note pour l’Ukraine. La Chine pour Taïwan. Le droit international deviendrait lettre morte.
Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez l’a dit sans ambages : une annexion du Groenland par les États-Unis « légitimerait l’invasion de l’Ukraine » par Poutine. Ce serait « l’arrêt de mort de l’OTAN ». Des mots forts, mais justes. L’alliance atlantique repose sur des principes. Si ces principes peuvent être bafoués par son membre le plus puissant, à quoi bon maintenir la fiction d’une alliance?
Trump ne veut pas le Groenland parce qu’il en a besoin. Il le veut parce qu’il le veut. Parce que personne ne pourra l’en empêcher. Parce que le pouvoir, pour certains, n’a de sens que s’il s’exerce sans limite. Cette pulsion de domination, habillée de justifications géostratégiques, est aussi vieille que l’humanité. Mais nous pensions — naïvement — que les démocraties en étaient préservées. Nous avions tort.
Les options de l'Europe : résister ou céder
L’instrument anti-coercition sur la table
L’Union européenne dispose d’une arme : l’instrument anti-coercition, adopté en 2023. Ce mécanisme permet de riposter contre toute puissance qui tenterait de faire plier un État membre par des pressions économiques. Gel de l’accès aux marchés publics européens, blocage des investissements, restrictions commerciales — l’arsenal est conséquent.
L’Europe envisage jusqu’à 93 milliards d’euros de tarifs sur les produits américains en représailles. Une guerre commerciale transatlantique serait douloureuse pour les deux parties. Mais l’Union européenne, avec son marché de 450 millions de consommateurs, n’est pas démunie. La question est de savoir si elle aura le courage politique d’utiliser cette force.
Vers une défense européenne autonome?
Cette crise pourrait accélérer un processus longtemps reporté : la construction d’une défense européenne autonome. L’idée, portée depuis des années par Paris, s’était toujours heurtée à l’attachement des autres capitales au parapluie américain. Aujourd’hui, cet attachement vacille. Même les plus atlantistes commencent à douter.
Construire une capacité de défense crédible prendra des années. Mais la première étape est psychologique : accepter que les États-Unis ne sont plus un allié fiable. Cette prise de conscience, aussi douloureuse soit-elle, est peut-être le seul legs positif de cette crise. L’Europe découvre qu’elle doit compter sur elle-même. Il était temps.
Un appel téléphonique entre Trump et Rutte. Quelques minutes de conversation qui révèlent l’état réel de l’alliance atlantique : une coquille vide, maintenue par l’habitude et la peur du changement. L’OTAN de 2026 n’est plus celle de 1949. Elle n’est peut-être plus rien du tout. Et nous, Européens, devons décider ce que nous voulons être : des vassaux qui obéissent, ou des nations qui se respectent. Ce choix-là, Trump ne peut pas le faire à notre place. Il nous appartient. Encore faut-il avoir le courage de le faire.
Sources
Sources primaires
The Straits Times – Trump says had a telephone call with NATO’s Rutte concerning Greenland (20 janvier 2026)
Sources secondaires
Euronews – Europe’s impossible puzzle (20 janvier 2026)
Franceinfo – L’Europe résiste à Donald Trump (18 janvier 2026)
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