Une déclaration commune historique
Dimanche 18 janvier, quelque chose d’inhabituel s’est produit. Huit nations européennes — toutes membres de l’OTAN, toutes ciblées par les tarifs de Trump — ont publié une déclaration commune. D’une seule voix. Sans ambiguïté. « Les menaces tarifaires sapent les relations transatlantiques et risquent de déclencher une spirale descendante dangereuse. » Le Danemark, la Finlande, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Norvège, la Suède et le Royaume-Uni affirment leur « solidarité totale » avec le Danemark et le peuple du Groenland. Ils réaffirment leur engagement envers les principes de souveraineté et d’intégrité territoriale. Des mots qui, en temps normal, vont de soi entre alliés. En 2026, ils sonnent comme un acte de résistance.
La première ministre danoise Mette Frederiksen ne mâche pas ses mots : « L’Europe ne sera pas victime de chantage. » Le premier ministre britannique Keir Starmer dénonce des tarifs « complètement inacceptables » appliqués à des alliés pour avoir participé à la sécurité collective de l’OTAN. La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le président du Conseil européen António Costa promettent que l’Europe « restera unie, coordonnée et déterminée à défendre sa souveraineté ». L’Union européenne convoque un sommet d’urgence. On parle d’activer l’« instrument anti-coercition » — le fameux « bazooka commercial » qui permettrait de restreindre l’accès des entreprises américaines au marché européen. Pour la première fois de son histoire.
Il y a quelque chose de presque émouvant dans cette unité européenne. Ces pays qui, d’habitude, peinent à s’entendre sur le prix du beurre, se retrouvent soudain côte à côte face à la tempête. Pas par idéalisme. Par nécessité. Parce que si le Groenland peut être pris aujourd’hui, qui sera pris demain ? La chef de la diplomatie européenne Kaja Kallas l’a dit sans détour : « La Chine et la Russie doivent se régaler. Ce sont eux qui profitent des divisions entre alliés. » Elle a raison. Pendant que l’Occident se déchire, Moscou et Pékin observent. Et sourient.
Les textos qui font scandale
Trump a une méthode bien à lui pour gérer la diplomatie : il publie les messages privés de ses interlocuteurs. Dans la nuit de lundi, il partage sur Truth Social un échange de textos avec le président français Emmanuel Macron. Le dirigeant français, qui appelle Trump « mon ami », dit être « en ligne » avec lui sur la Syrie et l’Iran, mais avoue ne pas comprendre son raisonnement sur le Groenland. Une source proche de Macron confirme l’authenticité des messages à NBC News. La position de la France reste la même en public comme en privé, précise-t-on. Trump publie également un message du secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte, qui l’appelle « Cher Donald » et promet de trouver « une voie en avant sur le Groenland ».
Ces fuites calculées révèlent la stratégie de Trump : diviser pour régner. Montrer que certains dirigeants européens lui parlent en coulisses. Suggérer que la résistance s’effrite. Mais les faits disent autre chose. Mardi matin, Trump annonce avoir accepté une réunion à Davos avec « diverses parties » concernant le Groenland. Il doit s’exprimer au Forum économique mondial mercredi. Le chancelier allemand Friedrich Merz prévoit de le rencontrer. Le premier ministre norvégien Støre modifie son agenda pour être présent. Mais le Danemark, lui, boycotte. Le gouvernement danois confirme qu’il ne sera pas représenté à Davos cette semaine. Un message clair : on ne négocie pas sous la menace. On ne vend pas ce qui n’est pas à vendre.
Nuuk se soulève : la plus grande manifestation de l'histoire groenlandaise
5 000 voix dans le froid polaire
Samedi 17 janvier 2026. Nuuk, Groenland. Il fait moins quinze degrés. 5 000 personnes marchent dans les rues enneigées de la capitale. C’est un quart de la population de la ville. C’est la plus grande manifestation jamais organisée sur ce territoire. Ils partent du centre-ville et convergent vers le consulat américain. Ils chantent « Kalaallit Nunaat » — le nom du Groenland dans leur langue. Ils brandissent le drapeau groenlandais, rouge et blanc, qui claque dans le vent glacial. Ils portent des pancartes : « Le Groenland n’est pas à vendre ». « Yankee Go Home ». « Le Groenland appartient aux Groenlandais ». « Les États-Unis ont déjà assez de glace » — un jeu de mots sur ICE, l’agence d’immigration américaine.
Le premier ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen est là, au milieu de la foule. Il prend la parole devant le consulat. La foule l’acclame. « Nous ne sommes pas à vendre », dit-il. « Nous ne sommes pas un jouet. C’est notre maison. » Naja Holm, une fonctionnaire, explique à Reuters pourquoi elle manifeste. Malik Dollerup-Scheibel, 21 ans, apprend en direct l’annonce des tarifs de Trump. « Je pensais que cette journée ne pouvait pas être pire, mais elle vient de l’être », lâche-t-il. Tom Olsen, policier à Nuuk, observe la foule. C’est la plus grande qu’il ait jamais vue ici. « J’espère que ça peut lui montrer que nous sommes unis en Europe », dit-il. « Nous n’allons pas nous laisser faire sans nous battre. »
Il y a une image qui me reste. Une femme Inuit qui chante devant le consulat américain. Un chant traditionnel. Ancestral. Elle chante pour sa terre, pour son peuple, pour des siècles de résistance. D’abord les Danois qui les colonisaient. Maintenant les Américains qui veulent les acheter. Toujours cette même lutte : exister. Être reconnus comme des humains, pas comme des ressources. Jan Kohler, l’un des organisateurs, a un message pour Trump : « On ne peut pas échanger des gens. Nous sommes humains. Nous sommes des êtres humains. » Voilà. Tout est dit.
« Make America Go Away »
Les casquettes rouges sont partout dans la foule. Mais pas celles auxquelles vous pensez. Ces casquettes-là disent « Make America Go Away » — « Faites partir l’Amérique ». Une parodie cinglante du slogan MAGA de Trump. Lars Tonnesen, un Danois de 58 ans, les a créées après avoir réalisé que les menaces de Trump n’étaient pas une blague. « Quand une délégation américaine est montée au Groenland, on a compris que ce n’était pas de la téléréalité — c’est la réalité », explique-t-il. Les casquettes se sont vendues en quelques heures. Il en a commandé « plusieurs milliers » de plus. Une autre version porte l’inscription « Nu det NUUK! » — un jeu de mots sur l’expression danoise « Nu det nok » (« Maintenant ça suffit »), remplaçant « nok » par Nuuk, la capitale groenlandaise.
Des manifestations de solidarité ont lieu dans tout le royaume danois. À Copenhague, plusieurs milliers de personnes se rassemblent devant l’hôtel de ville puis marchent vers l’ambassade américaine. Ils brandissent des drapeaux groenlandais et danois. Elise Riechie, une manifestante, tient les deux drapeaux. « C’est important pour le monde entier », dit-elle. « Il y a beaucoup de petits pays. Aucun d’entre eux n’est à vendre. » Lars Hermansen, 76 ans, porte une casquette rouge « Make America Go Away ». « Je veux montrer mon soutien au Groenland et aussi montrer que je n’aime pas le président des États-Unis », dit-il simplement. Des rassemblements ont également lieu dans quatre autres communautés groenlandaises et jusqu’à Iqaluit, capitale du Nunavut au Canada, où vivent d’autres Inuits.
Pourquoi Trump veut-il le Groenland à tout prix ?
L’obsession stratégique
Ce n’est pas nouveau. Trump convoite le Groenland depuis son premier mandat. En 2019, il avait déjà évoqué l’idée de l’acheter. La première ministre danoise Mette Frederiksen avait qualifié cette proposition d’« absurde ». Trump avait annulé une visite prévue au Danemark en représailles. Mais cette fois, c’est différent. Les mots sont plus durs. Les menaces plus concrètes. L’intervention militaire américaine au Venezuela le 3 janvier 2026, qui a renversé le président Nicolás Maduro, a changé la donne. Trump a montré qu’il était prêt à utiliser la force. Et il refuse explicitement d’exclure cette option pour le Groenland. « No comment », répond-il quand on lui pose la question. En diplomatie, c’est un oui qui ne dit pas son nom.
Officiellement, c’est une question de sécurité nationale. Le Groenland, avec sa position entre l’Amérique du Nord, la Russie et l’Europe, est stratégiquement crucial. C’est le point le plus court entre les continents. Les États-Unis y maintiennent déjà la base de Thulé (aujourd’hui Pituffik Space Base), un élément clé de leur système de défense antimissile. Trump évoque le projet « Golden Dome », un bouclier antimissile qu’il veut développer. Mais il y a plus. Le Groenland recèle d’immenses réserves de minéraux de terres rares, essentiels pour les smartphones, les avions de chasse, les technologies vertes. La Chine domine actuellement ce marché. Trump veut changer la donne. Et la fonte des glaces due au réchauffement climatique rend ces ressources de plus en plus accessibles.
Vous voulez que je vous dise ce qui me frappe le plus ? Trump a admis au New York Times que posséder le Groenland était « psychologiquement important » pour lui. Psychologiquement. Pas stratégiquement. Pas économiquement. Psychologiquement. On parle d’un territoire de 57 000 habitants, d’une culture millénaire, d’un peuple qui se bat pour son autodétermination depuis des décennies. Et tout ça, pour la psychologie d’un seul homme. Pour son ego. Pour sa collection de trophées. Il y a des moments où les mots me manquent. C’est l’un d’eux.
Le refus groenlandais
Mais le Groenland ne veut pas des États-Unis. 85% des Groenlandais s’opposent à une prise de contrôle américaine. Près de la moitié considèrent l’intérêt de Trump comme une menace. Le premier ministre Jens-Frederik Nielsen l’a dit clairement : « Le Groenland n’est pas à vendre. Le Groenland ne sera pas possédé par les États-Unis. Le Groenland ne sera pas gouverné par les États-Unis. Le Groenland ne veut pas faire partie des États-Unis. » Son prédécesseur Múte Bourup Egede avait été tout aussi direct en janvier 2025 : « Nous ne voulons pas être Danois, nous ne voulons pas être Américains, nous voulons être Groenlandais. » Le parti Demokraatik, qui prône une approche graduelle vers l’indépendance, a remporté les élections parlementaires de mars 2025. Le message est clair : le Groenland veut tracer son propre chemin.
Naaja Nathanielsen, ministre des affaires économiques et des ressources minières du Groenland, témoigne à CNBC. « Les gens sont inquiets, les gens ont peur, les gens sont déconcertés », dit-elle. « Nous nous sommes toujours considérés comme un allié des États-Unis et avons essayé de répondre à leurs besoins au fil des années, et ce avec plaisir. Se retrouver soudainement au milieu d’une tempête où il s’agit de nous acquérir comme un produit ou une propriété, c’est vraiment difficile pour nous — sans parler des menaces de prendre le Groenland par la force. » Elle parle d’une menace « jamais vue auparavant ». D’une possible « destruction de notre culture » en cas d’occupation. « Je trouve cela assez dévastateur », conclut-elle. Ce n’est plus de la politique. C’est de la survie.
L'OTAN en crise : quand l'allié devient la menace
Le paradoxe de l’alliance
Voici le paradoxe vertigineux de janvier 2026 : le membre le plus puissant de l’OTAN menace d’annexer le territoire d’un autre membre de l’OTAN. L’alliance qui a garanti la sécurité de l’Europe pendant 77 ans vacille sur ses fondations. Trump qualifie les exercices militaires de ses alliés au Groenland de « très dangereux pour la sécurité et la survie de notre planète ». Des exercices entre pays de l’OTAN. Sur le territoire de l’OTAN. Pour défendre l’OTAN. C’est kafkaïen. Le ministre danois des affaires étrangères Lars Løkke Rasmussen rappelle que ces déploiements visent précisément à « renforcer la sécurité dans l’Arctique », conformément aux objectifs partagés de l’alliance. « C’est exactement pour cela que nous et nos partenaires de l’OTAN intensifions notre présence en toute transparence avec nos alliés américains », explique-t-il.
La semaine dernière, une délégation américaine comprenant le vice-président JD Vance et le secrétaire d’État Marco Rubio a rencontré des représentants danois et groenlandais à Washington. La réunion n’a rien résolu. « Il est clair que le président a ce souhait de conquérir le Groenland », a déclaré Rasmussen après les discussions. « C’est totalement inacceptable. » Les tarifs annoncés quelques jours plus tard l’ont pris par surprise, dit-il, après ce qu’il qualifiait de « réunion constructive ». Au Congrès américain, des voix bipartisanes s’élèvent. Le sénateur démocrate Chris Coons, qui dirige une délégation parlementaire à Copenhague, dénonce le « tempo des déclarations » de l’administration Trump. Les Démocrates au Sénat annoncent qu’ils présenteront une législation pour bloquer les tarifs.
Je me pose une question depuis des jours. Une question qui me hante. Si l’OTAN ne peut pas protéger ses propres membres contre… l’OTAN, alors à quoi sert-elle ? La première ministre danoise Mette Frederiksen l’a dit sans détour : une prise de contrôle américaine du Groenland « marquerait la fin de l’OTAN ». Elle a raison. Parce que l’alliance repose sur un principe simple : on ne se menace pas entre alliés. On ne s’annexe pas. On ne se fait pas chanter avec des tarifs. Si ce principe tombe, tout tombe. Et nous voilà, en 2026, à regarder ce principe s’effriter en direct.
Le Canada aussi dans la ligne de mire
Le Groenland n’est pas le seul territoire que Trump convoite. Le Canada aussi. Eric Trump, fils du président, a publié une image montrant un panier d’achat Amazon contenant le canal de Panama, le Groenland et le Canada. La légende : « We are so back!!! » Le premier ministre canadien Mark Carney envisage d’envoyer des soldats au Groenland pour les exercices militaires avec les alliés de l’OTAN. Une solidarité entre voisins nordiques face à un voisin du sud de plus en plus menaçant. Le roi Frederik X du Danemark, dans son premier discours de 2025, avait modifié les armoiries royales pour y inclure le Groenland de manière plus significative. « Nous appartenons ensemble », avait-il déclaré. Un message direct à Trump. Un rappel que certains liens ne se négocient pas.
Julie Rademacher, présidente de l’organisation Uagut qui représente les Groenlandais au Danemark, lance un avertissement. « Ce n’est pas seulement le Groenland qui est attaqué », dit-elle à Democracy Now!. « C’est la démocratie, la liberté et l’ordre mondial tel que nous le connaissons qui sont attaqués. » Tillie Martinussen, ancienne députée du parlement groenlandais, espère que l’administration Trump « abandonnera cette idée folle ». Mais elle sait que c’est peu probable. « Ils ont commencé par se présenter comme nos amis et alliés, disant qu’ils voulaient rendre le Groenland meilleur pour nous que ne le font les Danois », rappelle-t-elle. « Et maintenant ils nous menacent ouvertement. » Le masque est tombé. Il ne reste que la brutalité.
Davos : le face-à-face qui s'annonce
Trump arrive en conquérant
Donald Trump se rend au Forum économique mondial de Davos cette semaine. Il doit prononcer un discours mercredi. Et il a déjà donné le ton. « Il ne peut y avoir de retour en arrière », écrit-il mardi matin sur Truth Social. « Sur ce point, tout le monde est d’accord! » C’est faux, bien sûr. Personne en Europe n’est d’accord. Mais Trump ne s’embarrasse pas de nuances. « Les États-Unis d’Amérique sont le pays le plus puissant du globe, de loin », poursuit-il. « Nous sommes la seule PUISSANCE capable d’assurer la PAIX dans le monde entier — et cela se fait, tout simplement, par la force. » La paix par la force. L’argument de tous les empires. De tous les conquérants. De tous ceux qui confondent puissance et droit.
Aux journalistes qui lui demandent ce qu’il compte dire aux dirigeants européens à Davos, Trump répond : « Je ne pense pas qu’ils vont trop résister. » Il prédit que « les choses vont plutôt bien se passer ». Quand on lui demande jusqu’où il est prêt à aller pour acquérir le Groenland, il sourit. « Vous verrez. » C’est une menace à peine voilée. Le secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte, dans son message publié par Trump, promet d’utiliser ses interventions médiatiques à Davos pour « mettre en avant le travail du président ». Il se dit « engagé à trouver une voie en avant sur le Groenland ». Mais quelle voie ? Le Groenland n’est pas à vendre. Le Danemark ne cède pas. Et Trump ne recule pas.
« Il ne peut y avoir de retour en arrière. » Cette phrase me glace. Parce qu’elle signifie exactement ce qu’elle dit. Trump ne bluff pas. Il ne négocie pas vraiment. Il annonce. Il décrète. Il impose. Et quand le monde ne plie pas, il augmente la pression. Tarifs. Menaces. « Vous verrez. » On en est là. Un président américain qui traite le droit international comme un menu à la carte. Qui considère la souveraineté des autres nations comme un obstacle à contourner. Qui voit 57 000 personnes dans l’Arctique et ne voit que des ressources à exploiter. Où est la ligne rouge ? Existe-t-elle encore ?
L’Europe prépare sa riposte
L’Union européenne ne reste pas les bras croisés. Un sommet d’urgence est prévu jeudi pour discuter de la réponse aux menaces de Trump. On évoque l’activation de l’« instrument anti-coercition » — un mécanisme jamais utilisé qui permettrait de restreindre les importations américaines et l’accès des entreprises américaines au marché européen. Le chancelier allemand Friedrich Merz prévient : « Nous ne voulons pas d’un différend commercial. Mais si nous sommes confrontés à des tarifs que nous jugeons déraisonnables, nous sommes capables de répondre. » Le président français Emmanuel Macron avertit des « implications » des menaces de Trump. « Nous basculons vers un monde sans règles », dit-il. Un monde où la puissance fait le droit. Un monde où les petits pays n’ont plus de voix.
Pourtant, des divisions persistent. Certains dirigeants européens espèrent encore trouver un terrain d’entente. Rutte joue la carte de la diplomatie. Merz veut rencontrer Trump. On parle d’un compromis possible autour d’un accord de libre association (COFA) — un statut que les États-Unis ont avec la Micronésie, les Îles Marshall et les Palaos. Kuno Fencker, député du parlement groenlandais, a évoqué cette possibilité. Mais un tel accord nécessiterait l’approbation du Groenland et du Danemark. Et le Groenland a déjà choisi. « Si nous devons choisir entre les États-Unis et le Danemark ici et maintenant, nous choisissons le Danemark », a déclaré le premier ministre Nielsen. Le message ne peut pas être plus clair.
Un précédent dangereux pour le monde
Quand les règles ne comptent plus
Ce qui se joue au Groenland dépasse de loin l’Arctique. C’est l’ordre international lui-même qui est en jeu. Depuis la Seconde Guerre mondiale, un principe fondamental régit les relations entre nations : on n’annexe pas le territoire d’un autre pays par la force ou la coercition. C’est la base de la Charte des Nations Unies. C’est ce que l’Occident reproche à la Russie en Ukraine. C’est ce qui distingue, en théorie, les démocraties des autocraties. Et voilà que le leader de la plus grande démocratie du monde menace ouvertement de violer ce principe. « D’une manière ou d’une autre », dit Trump. « Nous l’aurons. » Mette Frederiksen a raison : « On ne peut pas annexer un autre pays. Pas même avec un argument de sécurité internationale. »
Si le Groenland peut être pris, pourquoi pas Taïwan ? Pourquoi pas les îles Kouriles ? Pourquoi pas n’importe quel petit territoire convoité par un voisin plus puissant ? Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie européenne, pose la question : « Si la sécurité du Groenland est en danger, nous pouvons régler cela au sein de l’OTAN. » C’est précisément le problème. L’OTAN existe pour protéger ses membres. Pas pour permettre à l’un d’eux de dévorer l’autre. Et c’est aussi un message aux petites nations du monde entier. Aux pays baltes. À Singapour. Au Luxembourg. Au Costa Rica. Vous pensiez que le droit international vous protégeait ? Détrompez-vous. Face à la puissance brute, vous n’êtes rien. À moins que le monde ne se lève pour dire non.
Je reviens à cette image de Nuuk. Cette femme Inuit qui chante. Ces 5 000 personnes qui marchent dans le froid. Ces casquettes rouges « Make America Go Away ». Et je me demande ce que nous ferons, nous, quand l’histoire nous demandera des comptes. Parce qu’elle nous les demandera. Elle demande toujours. Serons-nous du côté de ceux qui ont dit non ? De ceux qui ont refusé de normaliser l’innommable ? Ou serons-nous de ceux qui ont détourné le regard en se disant que ça ne nous concernait pas ? Le Groenland est loin. L’Arctique est froid. Mais ce qui s’y joue nous concerne tous. Parce que si un peuple peut être acheté comme une marchandise, alors aucun peuple n’est en sécurité. Nulle part. Jamais.
Ce qui reste à faire
Le combat n’est pas terminé. Les tarifs n’entrent en vigueur que le 1er février. Le Congrès américain pourrait intervenir. La Cour suprême doit statuer prochainement sur la capacité de Trump à utiliser les pouvoirs d’urgence pour imposer des tarifs — les juges semblent sceptiques. L’Union européenne prépare sa riposte. Et surtout, le Groenland reste debout. Ses habitants n’ont pas cédé. Ses dirigeants n’ont pas plié. Sa culture survit. « Les gens sont résilients », dit Aaja Chemnitz, députée groenlandaise au parlement danois. « On ne peut pas acheter un pays. Mais on ne peut pas non plus acheter une population. » C’est peut-être là que Trump se trompe le plus. Il voit le Groenland comme une propriété immobilière. Comme un deal à conclure. Mais le Groenland, ce sont des gens. Et les gens, ça ne s’achète pas.
À Davos, les masques vont tomber. Trump parlera de « sécurité mondiale » et de « paix par la force ». L’Europe tentera de maintenir un front uni tout en évitant une guerre commerciale dévastatrice. Le Danemark brillera par son absence — un silence plus éloquent que tous les discours. Et au Groenland, dans ces villages isolés où les températures descendent sous les moins trente, des hommes et des femmes continueront à vivre comme ils le font depuis des millénaires. À pêcher. À chasser. À transmettre leur langue et leur culture. À exister, tout simplement. Malgré les menaces d’un homme à des milliers de kilomètres qui pense pouvoir les posséder. Le Groenland n’est pas à vendre. Et peut-être que cette vérité simple finira par s’imposer. Même à Donald Trump.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels des gouvernements et institutions internationales, déclarations publiques des dirigeants politiques, rapports d’organisations intergouvernementales, dépêches d’agences de presse internationales reconnues (Reuters, Associated Press, Agence France-Presse, Bloomberg News).
Sources secondaires : publications spécialisées, médias d’information reconnus internationalement, analyses d’institutions de recherche établies (NBC News, CNN, BBC, Al Jazeera, NPR, PBS, CNBC, The Globe and Mail, Time, Yahoo News, CBS News, Democracy Now!, Euronews, Council on Foreign Relations).
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales. Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici.
Sources
Sources primaires
Truth Social – Publications de Donald Trump sur le Groenland et les tarifs – 17-20 janvier 2026
Gouvernement norvégien – Message de Trump au premier ministre Støre – 19 janvier 2026
Gouvernement danois – Déclaration conjointe des huit nations européennes – 18 janvier 2026
Commission européenne – Déclaration de von der Leyen et Costa – 18 janvier 2026
Gouvernement groenlandais – Déclarations du premier ministre Nielsen – 17-19 janvier 2026
Sources secondaires
NBC News – Trump shares texts from leaders and vows ‘no going back’ on Greenland – 20 janvier 2026
Time – Trump Says ‘No Going Back’ on Greenland and Lambasts UK Deal – 20 janvier 2026
CNN – Why does Trump want Greenland so much, and why is it so important strategically? – 18 janvier 2026
NPR – Trump says he’s pursuing Greenland after perceived Nobel Peace Prize snub – 19 janvier 2026
CBS News – Trump escalates Greenland standoff with allies, linking it to perceived Nobel Peace Prize snub – 19 janvier 2026
Al Jazeera – Trump announces new tariffs over Greenland: How have EU allies responded? – 18 janvier 2026
CNBC – Greenland devastated by Trump’s takeover threats – 20 janvier 2026
PBS – Thousands march in Greenland against Trump’s threats to take over the Arctic island – 17 janvier 2026
Wikipedia – Hands off Greenland protests – 19 janvier 2026
Council on Foreign Relations – The Trump Administration’s Push for Greenland: What to Know – janvier 2026
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.