Un désir vieux de plusieurs années
L’obsession de Trump pour le Groenland ne date pas d’hier. Déjà lors de son premier mandat, en 2019, il avait proposé d’acheter ce territoire danois autonome. La réponse avait été claire : le Groenland n’est pas à vendre. Mette Frederiksen, la Première ministre danoise, avait qualifié l’idée d’absurde. Trump avait annulé une visite d’État au Danemark en représailles. Mais depuis son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025, cette obsession s’est transformée en véritable campagne d’annexion.
Les arguments avancés par Washington? La sécurité nationale. Les ressources minérales. La position stratégique face à la Russie et la Chine. Le projet Golden Dome de défense antimissile. Trump répète que les États-Unis tentent cette acquisition depuis plus de 150 ans. Il oublie commodément que le Groenland abrite déjà la base spatiale américaine de Pituffik et environ 150 soldats américains. Un accord de 1951 garantit l’accès militaire américain au territoire. Les Danois et les Groenlandais ont proposé d’élargir cette présence. Mais Trump veut tout. Le contrôle total et complet.
Contrôle total et complet. Ces mots résonnent dans ma tête. On parle d’un peuple. De 56 000 êtres humains qui vivent au Groenland. Qui ont leur culture, leur langue, leur identité. Et le président de la plus grande démocratie du monde les traite comme une parcelle immobilière à acquérir. Jens-Frederik Nielsen, le Premier ministre groenlandais de 34 ans, l’a dit avec une dignité remarquable : nous choisissons le Danemark. Nous choisissons l’OTAN. La réponse de Trump? Je ne suis pas d’accord avec lui. Je ne sais pas qui il est. Mais ça va lui poser un gros problème. La menace, à peine voilée, d’un président envers le dirigeant démocratiquement élu d’un territoire allié.
Des menaces militaires à peine déguisées
Trump n’a jamais exclu l’usage de la force. JD Vance, son vice-président, a visité la base de Pituffik en mars. Stephen Miller, conseiller adjoint de la Maison-Blanche, a déclaré que les États-Unis avaient le droit de prendre le Groenland. Sa femme, Katie Miller, a publié une carte du Groenland recouverte du drapeau américain avec le mot BIENTÔT. Le Service de renseignement danois a, pour la première fois de son histoire, mentionné les États-Unis comme une menace pour la sécurité nationale — aux côtés de la Russie et de la Chine.
La réponse danoise a été ferme. Le ministère de la Défense a confirmé que les troupes danoises riposteraient immédiatement en cas d’invasion. Rasmus Jarlov, président du Comité de défense, a déclaré que le Danemark invoquerait l’Article 5 de l’OTAN si les États-Unis attaquaient. Andrius Kubilius, commissaire européen à la défense, a averti qu’une invasion américaine signifierait la fin de l’OTAN. Nous en sommes là. Des alliés de 75 ans qui discutent ouvertement de se défendre l’un contre l’autre.
Les manifestations groenlandaises : un peuple dit non
Nuuk se lève
Vendredi 17 janvier 2026. Nuuk, capitale du Groenland. Des centaines de personnes marchent vers le consulat américain. Certains portent des pancartes : le Groenland n’est pas à vendre. Yankee Go Home. Selon les estimations, près d’un quart de la population de la capitale est descendue dans les rues. Pour un territoire de 56 000 habitants, c’est un soulèvement populaire massif. Les sondages montrent que les Groenlandais rejettent massivement l’idée de rejoindre les États-Unis.
Le même jour, des manifestations similaires ont éclaté à Copenhague, Aarhus, Aalborg et Odense. Le slogan Hands off Greenland — Bas les pattes du Groenland — résonnait dans les rues danoises. Vivian Motzfeldt, ministre des Affaires étrangères du Groenland, a réitéré la position de son peuple : le Groenland ne veut pas être possédé, gouverné ou faire partie des États-Unis. Point final.
Imaginez un instant. Vous vivez dans votre pays depuis des générations. Votre peuple a survécu dans l’Arctique pendant des millénaires. Et soudain, un homme à des milliers de kilomètres décide que votre terre lui appartient. Que vous n’avez pas votre mot à dire. Que votre démocratie, votre autonomie, votre identité ne comptent pas face à ses calculs géostratégiques. Les Groenlandais ne manifestent pas par idéologie. Ils manifestent pour leur existence même en tant que peuple. Et le monde regarde, stupéfait, un président américain traiter un allié comme un bien immobilier à acquérir de force.
Le paradoxe de la Loi sur l’autonomie
Ce que Trump semble ignorer — ou choisit d’ignorer — c’est que même le Danemark ne peut pas vendre le Groenland. La Loi sur l’autonomie de 2009 donne aux Groenlandais le dernier mot sur leur avenir. Seul un référendum local pourrait décider d’un changement de statut. Et les sondages montrent clairement que la population refuse toute annexion américaine. Trump négocie donc pour acheter quelque chose que personne n’a l’autorité légale de lui vendre.
Les représentants du gouvernement danois ne sont d’ailleurs pas attendus au Forum économique mondial de Davos cette semaine, a confirmé un porte-parole du WEF. La crise a atteint un niveau où même les rencontres diplomatiques habituelles sont suspendues. Trump lui-même se rend à Davos, où il devrait croiser le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte. L’atmosphère promet d’être glaciale — dans tous les sens du terme.
La guerre commerciale : l'Europe prépare sa riposte
Le bazooka commercial européen
Les tarifs de 10% annoncés par Trump doivent entrer en vigueur le 1er février, puis augmenter à 25% le 1er juin. Ils resteraient en place jusqu’à un accord pour l’achat du Groenland. Autrement dit, jusqu’à ce que l’Europe capitule. La réponse européenne se prépare. Emmanuel Macron a confirmé qu’il demanderait l’activation de l’Instrument anti-coercition de l’UE — surnommé le bazooka commercial.
Cet instrument permettrait à l’Europe d’imposer des restrictions sévères sur les biens et services américains. Restrictions sur les investissements américains dans l’UE. Blocages d’accès aux marchés publics. Limitations des protections de propriété intellectuelle pour les entreprises américaines. L’Union européenne a également suspendu l’accord commercial négocié en 2025 avec les États-Unis. Des tarifs de représailles de 93 milliards d’euros, actuellement gelés, pourraient être réactivés.
Une guerre commerciale transatlantique. En 2026. Entre alliés. Parce qu’un président a mal interprété un exercice militaire de routine. Je me demande si, quelque part dans un bureau du Kremlin ou à Pékin, quelqu’un ne se frotte pas les mains. Kaja Kallas, la cheffe de la politique étrangère de l’UE, l’a dit sans détour : la Chine et la Russie doivent se réjouir. Ce sont eux qui bénéficient des divisions entre alliés. Trump prétend protéger l’Amérique des menaces russe et chinoise. En pratique, il fait exactement ce que Poutine et Xi espéraient : fracturant l’alliance occidentale de l’intérieur.
Les républicains eux-mêmes s’inquiètent
La critique ne vient pas que d’Europe. Aux États-Unis, des voix républicaines s’élèvent. Le sénateur Thom Tillis a qualifié les tarifs de catastrophiques pour l’Amérique et ses alliés. C’est génial pour Poutine, Xi et les autres adversaires qui veulent voir l’OTAN divisée. Le représentant Mike Turner, président du Comité du renseignement, a rappelé qu’il n’existe certainement aucune autorité permettant au président d’utiliser la force militaire pour saisir le territoire d’un pays de l’OTAN.
Une délégation bipartisane de membres du Congrès s’est même rendue au Groenland pour rassurer les Danois. Leur message : de nombreux membres du Congrès ne soutiennent aucun effort des États-Unis pour acquérir le Groenland. Le sénateur démocrate Chuck Schumer a annoncé que les démocrates présenteraient une législation pour bloquer les tarifs liés au Groenland. L’Amérique elle-même est divisée sur cette aventure.
La lettre au Nobel : quand Trump lie paix et prix
Une justification surréaliste
Dimanche 19 janvier, Trump a envoyé une lettre au Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre. Son contenu, révélé par PBS News, a stupéfié les observateurs. Trump y écrit que, considérant que votre pays a décidé de ne pas me donner le prix Nobel de la paix, je ne me sens plus obligé de penser uniquement à la paix. Il conclut : le monde n’est pas en sécurité tant que nous n’avons pas le contrôle total et complet du Groenland.
Le Comité Nobel norvégien, qui attribue le prix Nobel de la paix, est indépendant du gouvernement. Trump semble confondre les deux. Ou utilise cette confusion comme prétexte. Dans tous les cas, il lie explicitement sa volonté de recourir à des moyens non pacifiques au fait de ne pas avoir reçu un prix. Charles Kupchan, ancien conseiller au Conseil de sécurité nationale sous Obama, a qualifié cette déclaration de très étrange.
Je relis cette phrase. Je ne me sens plus obligé de penser uniquement à la paix. Parce qu’on ne lui a pas donné un prix. C’est le président des États-Unis qui parle. L’homme qui contrôle le plus grand arsenal militaire de l’histoire humaine. Qui menace un allié de l’OTAN. Parce qu’un comité indépendant en Norvège n’a pas reconnu ses mérites. Les mots me manquent. Vraiment. Comment en sommes-nous arrivés à un point où ce niveau de raisonnement dirige la politique étrangère de la première puissance mondiale?
Le Danemark refuse de plier
Face à cette escalade, le Danemark reste ferme. Mette Frederiksen a déclaré : l’Europe ne se laissera pas faire chanter. Lars Løkke Rasmussen, ministre des Affaires étrangères, a répété que le dialogue reste ouvert, mais que le Danemark ne cédera pas sur la souveraineté. On ne peut rien exclure tant que le président lui-même n’a pas décidé d’exclure quoi que ce soit, a-t-il reconnu, interrogé sur la possibilité d’une invasion américaine.
Le Danemark a alloué 6,5 milliards de dollars au renforcement de sa présence militaire dans l’Arctique. Le chef de l’armée royale danoise, le général Peter Harling Boysen, s’est personnellement déployé au Groenland avec des renforts substantiels. Lundi 20 janvier, une contribution importante de troupes de combat danoises est arrivée à Kangerlussuaq. Le message est clair : le Danemark défendra son territoire.
L'aveu de Trump : des informations erronées
Un retournement embarrassant
Puis vint l’aveu. Après avoir déclenché une crise diplomatique majeure, après avoir menacé ses alliés de représailles économiques, après avoir qualifié leur action de dangereuse pour la survie de la planète, Donald Trump a reconnu avoir agi sur la base de mauvaises informations. Les troupes européennes n’étaient pas là pour s’opposer aux États-Unis. Elles participaient à un exercice de sécurité arctique coordonné avec l’OTAN. Exactement le type d’action que Washington réclamait.
Giorgia Meloni l’avait dit : le déploiement avait été mal compris par Washington. Il ne visait pas les États-Unis mais d’autres acteurs. Les services de renseignement américains avaient-ils failli? Trump avait-il ignoré leurs briefings? Avait-il simplement réagi impulsivement à des titres de presse? Aucune explication n’a été fournie. Les tarifs, eux, restent en place. La reconnaissance de l’erreur n’a pas entraîné de correction de la politique.
Je me suis trompé. Trois mots. Combien de dirigeants ont la capacité de les prononcer? Trump, à sa manière, l’a fait. Mais sans conséquence. Sans retrait des sanctions. Sans excuse aux alliés humiliés. C’est peut-être ça le plus troublant. L’admission que toute cette crise reposait sur un malentendu — et le refus d’en tirer les conclusions logiques. Quelque part au Groenland, des familles regardent la neige tomber en se demandant si demain, des soldats américains débarqueront sur leurs côtes. Parce qu’un homme puissant a mal lu un briefing. Et refuse de l’admettre pleinement.
Et maintenant?
Lundi 20 janvier, Trump a maintenu sa position. Je ne pense pas qu’ils vont trop résister, a-t-il dit à propos de l’UE. Regardez, nous devons l’avoir. Le sommet extraordinaire des 27 dirigeants européens est prévu jeudi à Bruxelles. Les options de riposte seront discutées. Le Canada envisage d’envoyer ses propres troupes au Groenland en soutien. Mark Carney, le Premier ministre canadien, a réaffirmé que le Canada soutiendrait toujours la souveraineté et l’intégrité territoriale du Danemark.
La crise la plus grave des relations transatlantiques depuis des générations continue. Un président américain qui admet s’être trompé mais refuse de corriger le tir. Des alliés de 75 ans qui discutent ouvertement de se défendre l’un contre l’autre. Un petit peuple arctique pris en otage entre des forces géopolitiques qui le dépassent. Et quelque part, probablement, Vladimir Poutine sourit.
Conclusion : L'alliance transatlantique au bord du gouffre
Ce que cette crise révèle
Cette crise du Groenland dépasse largement la question territoriale. Elle révèle la fragilité d’alliances que nous pensions inébranlables. Elle montre qu’un seul homme, agissant sur de mauvaises informations, peut faire vaciller 75 ans de partenariat transatlantique en un week-end. Elle démontre que les institutions internationales — l’OTAN, l’UE, les accords de défense collective — ne valent que ce que leurs dirigeants décident d’en faire.
Les Européens ont tiré une leçon douloureuse. Trump doit être pris au sérieux. Il faut planifier pour ce qui semblait impensable. L’ancien secrétaire général de l’OTAN Anders Fogh Rasmussen l’a dit sans détour : Trump parle comme un gangster. L’ancien ministre danois des Affaires étrangères Per Stig Møller a comparé le comportement de Trump aux exigences allemandes sur le territoire polonais dans les années 1930. Nous en sommes là.
Un monde qui bascule
Au Groenland, les habitants ont augmenté leurs achats d’équipement de survie. Les commerçants de Nuuk rapportent une hausse significative des ventes. Les locaux s’inquiètent d’une action militaire ou d’autres formes d’instabilité. Un peuple qui, il y a quelques mois encore, vivait paisiblement dans l’un des endroits les plus reculés de la planète, se prépare désormais à l’impensable.
Comment en sommes-nous arrivés là? Comment les États-Unis, champions autoproclamés de la démocratie et de la souveraineté des nations, en sont-ils venus à menacer d’envahir le territoire d’un allié? Comment un exercice militaire de routine impliquant trente soldats a-t-il déclenché la plus grave crise transatlantique depuis des générations? Et surtout — comment un président peut-il admettre s’être trompé, puis continuer exactement sur la même voie?
Ces questions resteront sans réponse satisfaisante. Ce qui est certain, c’est que le monde d’hier — celui où l’OTAN représentait un bloc uni, où les alliés pouvaient compter les uns sur les autres, où certaines lignes ne seraient jamais franchies — ce monde n’existe plus. Et personne ne sait vraiment ce qui le remplacera.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements diplomatiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels des gouvernements et institutions internationales, déclarations publiques des dirigeants politiques, rapports d’organisations intergouvernementales, dépêches d’agences de presse internationales reconnues (Reuters, Associated Press, Agence France-Presse).
Sources secondaires : publications spécialisées, médias d’information reconnus internationalement, analyses d’institutions de recherche établies (ABC News, CNN, PBS News, CNBC, The Washington Post, Time Magazine, Al Jazeera, Euronews, NPR, Council on Foreign Relations, Responsible Statecraft).
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées.
Sources
Sources primaires
ABC News – Europe mobilizes as Trump again demands complete and total control of Greenland – 19-20 janvier 2026
CNN – A stunned Europe gathers to respond after Trump increases pressure over Greenland – 18 janvier 2026
PBS News – European leaders warn of downward spiral as Trump threatens tariffs over Greenland – 18-19 janvier 2026
CNBC – Trump says EU won’t push back too much as Denmark sends extra troops to Greenland – 20 janvier 2026
Sources secondaires
Time Magazine – Trump Announces Tariffs on European Allies for Sending Troops to Greenland – 17 janvier 2026
Fortune – Trump launches trade war against NATO after European countries sent troops to Greenland – 17 janvier 2026
Al Jazeera – Denmark sends more troops to Greenland amid tensions with Trump – 20 janvier 2026
Euronews – EU troops in Greenland will not impact Trump’s plans, White House says – 15 janvier 2026
NPR – European leaders warn Trump’s Greenland tariffs threaten dangerous downward spiral – 18 janvier 2026
Council on Foreign Relations – Everything but Territory: Europe’s Response to Trump’s Greenland Threats – janvier 2026
Responsible Statecraft – Trump digs in as Europe sends troops to Greenland – 20 janvier 2026
Wikipedia – Greenland crisis – consulté le 20 janvier 2026
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.