Les termes d’un compromis historique
L’accord signé en mai 2025 entre le Royaume-Uni et Maurice représentait l’aboutissement de décennies de bataille juridique et diplomatique. Sous ses termes, Londres cède la souveraineté des îles Chagos à Maurice, mettant fin à plus de 200 ans de contrôle britannique. En échange, le Royaume-Uni conserve un bail de 99 ans sur Diego Garcia, permettant à la base militaire conjointe américano-britannique de continuer à opérer sans interruption. Le coût pour les contribuables britanniques est astronomique : 101 millions de livres par an, soit environ 3,4 milliards de livres sur la durée du bail. Les premières années verront des paiements encore plus élevés : 165 millions de livres annuellement pendant les trois premières années, puis 120 millions pendant les dix années suivantes.
Lorsque l’accord a été finalisé, l’administration Trump l’a non seulement accepté, mais célébré. Le secrétaire d’État Marco Rubio a publié une déclaration officielle saluant cet accord historique qui sécurise l’opération stable et efficace à long terme de l’installation militaire conjointe américano-britannique de Diego Garcia. Rubio a félicité le leadership et la vision des deux gouvernements et s’est dit impatient de renforcer la collaboration au service de la paix et de la stabilité régionales. Trump lui-même, lors de sa rencontre avec Starmer à la Maison-Blanche, avait déclaré que le bail de 140 ans lui semblait raisonnable et que les États-Unis seraient enclins à suivre le Royaume-Uni sur ce dossier. L’Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande, l’Inde, le Japon et la Corée du Sud ont également soutenu l’accord.
Vous savez ce qui me frappe le plus dans cette histoire? Ce n’est pas le retournement de Trump, on commence à s’y habituer. C’est le silence assourdissant sur les vrais perdants de ce jeu géopolitique. Les Chagossiens. Personne ne leur a demandé leur avis en 1965 quand on les a arrachés à leurs îles. Personne ne leur a demandé leur avis en 2025 quand on a négocié le sort de leur terre ancestrale. Et personne ne leur demandera leur avis maintenant que Trump décide de tout remettre en question. Ils sont invisibles. Effacés de leur propre histoire. Pendant que les grandes puissances se disputent leur archipel comme des enfants autour d’un jouet.
Pourquoi Londres a-t-il cédé?
La décision britannique n’était pas un caprice. Elle résultait de décennies de pression juridique internationale croissante. En 2019, la Cour internationale de Justice avait rendu un avis consultatif dévastateur pour Londres, déclarant que la séparation des Chagos de Maurice en 1965 n’avait pas été fondée sur l’expression libre et authentique de la volonté des peuples concernés et que le démembrement de la colonie était contraire au droit international. L’Assemblée générale des Nations Unies avait ensuite demandé au Royaume-Uni de mettre fin à son administration coloniale des îles. Le gouvernement britannique justifie sa décision en expliquant que la base de Diego Garcia était menacée par ces décisions de justice qui sapaient la position britannique et auraient empêché la base de fonctionner comme prévu à l’avenir.
Le ministre de la Défense britannique John Healey a été encore plus direct lors de la signature de l’accord. Il a affirmé que la Chine, la Russie et l’Iran voulaient voir cet accord s’effondrer, tandis que les alliés comme les États-Unis, l’Inde, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Canada le soutenaient. Le Premier ministre Starmer a qualifié le pacte d’investissement essentiel dans notre sécurité nationale. Ce mardi matin, face à l’attaque de Trump, un porte-parole du gouvernement britannique a répondu avec fermeté : le Royaume-Uni ne compromettra jamais sa sécurité nationale. L’accord sécurise les opérations de la base conjointe américano-britannique de Diego Garcia pour les générations à venir, avec des dispositions robustes pour maintenir ses capacités uniques intactes et garder nos adversaires à l’écart.
Le drame oublié : l'expulsion des Chagossiens
Comment on a vidé un paradis de ses habitants
Avant de devenir une pièce sur l’échiquier géopolitique des grandes puissances, les îles Chagos étaient un foyer. Un paradis de plages de sable blanc et de végétation luxuriante où vivaient les Chagossiens, un peuple d’origine africaine, indienne et malaise dont les ancêtres avaient été amenés sur ces îles au XVIIIe siècle. Ils y avaient construit une société unique, avec leurs villages, leur école, leur hôpital, leur église. Ils parlaient leur propre langue, le créole chagossien. Ils vivaient de la pêche, de l’agriculture et des plantations de cocotiers. La vie était facile, c’était comme le paradis, se souvient Louis Marcel Humbert, un Chagossien expulsé. J’étais très triste quand j’ai réalisé que nous ne pourrions jamais y retourner.
Entre 1968 et 1973, le gouvernement britannique, à la demande des États-Unis, a procédé à l’expulsion systématique de toute la population. Les méthodes utilisées étaient d’une brutalité glaçante. Les Chagossiens qui se rendaient à Maurice pour des soins médicaux ou des visites familiales se voyaient soudainement interdire de remonter sur le bateau du retour. On leur disait que leurs contrats de travail avaient expiré. Des familles entières se sont retrouvées séparées sans avertissement. Ceux qui restaient sur les îles ont été menacés. Certains témoignent qu’on leur a dit qu’ils seraient fusillés ou bombardés s’ils ne partaient pas. Un vieil homme a raconté au Washington Post qu’un officier américain lui avait dit : Si vous ne partez pas, vous ne serez plus nourris.
Il y a un détail dans cette histoire qui me hante. Les chiens. Quand les derniers Chagossiens ont été forcés de partir, les autorités britanniques et les équipes de la marine américaine ont tué tous les chiens de l’île. Ils les ont d’abord abattus. Puis empoisonnés. Puis gazés et brûlés dans des hangars scellés. Les animaux de compagnie de familles qui vivaient là depuis des générations. Comme si effacer les habitants ne suffisait pas. Comme s’il fallait aussi effacer la preuve qu’une vie avait existé là. Comment peut-on faire ça et ensuite prétendre défendre les valeurs démocratiques?
Un crime contre l’humanité selon Human Rights Watch
Le traitement des Chagossiens n’est pas qu’une page sombre de l’histoire coloniale. Human Rights Watch le qualifie de crime contre l’humanité. L’organisation a documenté comment le Royaume-Uni a délibérément menti aux Nations Unies en prétendant que les Chagos n’avaient pas de population permanente, afin d’éviter d’avoir à rendre des comptes sur son administration coloniale. Dans des documents internes rendus publics des décennies plus tard, des hauts fonctionnaires britanniques décrivaient les Chagossiens comme des hommes Vendredi dont les origines sont obscures, révélant le racisme systémique qui justifiait leur traitement. Un diplomate britannique de l’époque a décrit l’expulsion comme le déplacement de quelques Tarzans et hommes Vendredi.
Après leur expulsion, les Chagossiens ont été débarqués sur les quais de Maurice et des Seychelles sans aucune aide à la réinstallation. Ils ont sombré dans ce que le Washington Post a appelé une misère abjecte. Des décennies plus tard, le gouvernement britannique a fini par verser une compensation dérisoire, environ 4 000 dollars par personne, suffisant à peine pour éponger les dettes accumulées depuis l’expulsion ou acheter un premier logement décent dans les bidonvilles de Port-Louis. Aujourd’hui, on estime à 10 000 le nombre de Chagossiens et de leurs descendants dispersés principalement au Royaume-Uni, à Maurice et aux Seychelles. Beaucoup rêvent encore de rentrer chez eux. Mais l’accord de 2025, négocié sans eux, leur interdit de s’installer sur Diego Garcia même s’il prévoit un fonds pour faciliter leur retour sur d’autres îles de l’archipel.
La vraie raison de la colère de Trump : le Groenland
Comment Diego Garcia est devenu un argument pour annexer le Groenland
Pour comprendre le tweet incendiaire de Trump, il faut regarder vers le nord. Très au nord. Le président américain est obsédé par le Groenland, ce territoire autonome du Danemark qu’il convoite depuis son premier mandat. Ces dernières semaines, cette obsession a atteint des sommets inédits. Trump a menacé d’envahir le Groenland, d’imposer des tarifs douaniers aux pays européens qui s’opposent à son acquisition, et a partagé des images générées par intelligence artificielle le montrant en train de planter le drapeau américain sur le sol groenlandais avec l’inscription Groenland – Territoire américain – Est. 2026. Dans son esprit, les îles Chagos et le Groenland sont liés par une même logique : la faiblesse des alliés justifie l’expansion américaine.
Dans son tweet du 20 janvier, Trump écrit explicitement que la décision britannique de céder les Chagos constitue une raison supplémentaire dans une très longue liste de raisons de sécurité nationale pour lesquelles le Groenland doit être acquis. La logique est tordue mais cohérente dans l’univers trumpien : si le Royaume-Uni cède des îles stratégiques, c’est que les alliés européens ne peuvent pas protéger leurs territoires. Donc les États-Unis doivent prendre le contrôle du Groenland pour compenser. Il n’y a aucun doute que la Chine et la Russie ont remarqué cet acte de faiblesse totale, écrit Trump. Ce sont des puissances internationales qui ne reconnaissent que la FORCE, c’est pourquoi les États-Unis d’Amérique, sous ma direction, sont maintenant, après seulement un an, respectés comme jamais auparavant.
Je me suis arrêté longtemps sur cette phrase. Respectés comme jamais auparavant. Pendant que Trump écrit ces mots, des milliers de Groenlandais manifestent contre lui. Des troupes danoises, françaises, allemandes et néerlandaises se déploient au Groenland dans le cadre de l’opération Arctic Endurance pour montrer leur solidarité. Le Danemark menace de considérer toute action militaire américaine comme la fin de l’OTAN. Et les sondages montrent que moins d’un Américain sur cinq soutient l’idée d’acquérir le Groenland. Respecté? Par qui exactement?
La crise du Groenland s’intensifie
Le 18 janvier 2026, Trump a annoncé des tarifs douaniers de 10% sur huit pays européens, dont le Danemark, la Norvège, la Suède, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Finlande. Ces tarifs, effectifs à partir du 1er février, passeront à 25% le 1er juin si aucun accord n’est trouvé pour l’achat complet et total du Groenland. La Première ministre danoise Mette Frederiksen a répondu avec une fermeté inhabituelle, déclarant que si les États-Unis choisissaient d’attaquer militairement un autre pays de l’OTAN, tout s’arrêterait. Le chef du gouvernement groenlandais Jens-Frederik Nielsen a qualifié l’idée d’un contrôle américain de fantaisie.
Les estimations internes américaines suggèrent que l’achat du Groenland pourrait coûter jusqu’à 700 milliards de dollars, soit plus de la moitié du budget annuel du Pentagone. Mais le Groenland n’est pas à vendre, répètent inlassablement les autorités danoises et groenlandaises. Interrogé lundi sur l’éventualité d’utiliser la force pour s’emparer du territoire, Trump a répondu sans commentaire. Une délégation bipartisane de sénateurs américains s’est rendue à Copenhague pour rassurer les Danois et les Groenlandais, affirmant que la plupart des Américains ne soutiennent pas le plan du président. La sénatrice républicaine de l’Alaska Lisa Murkowski a déclaré que le Groenland devait être traité comme un allié, pas comme un actif.
Les réactions à l'attaque de Trump
Londres maintient le cap malgré la tempête
Face à l’attaque présidentielle, le gouvernement britannique a choisi la fermeté polie. Le ministre du Cabinet Darren Jones a rappelé que l’accord sécurise cette base militaire pour les cent prochaines années et que le traité a déjà été signé, ajoutant qu’il ne peut pas être modifié. Un porte-parole du gouvernement a souligné que l’accord avait été publiquement salué par les États-Unis, l’Australie et tous les autres alliés des Five Eyes, ainsi que par des partenaires internationaux clés comme l’Inde, le Japon et la Corée du Sud. Autrement dit : c’est Trump qui a changé d’avis, pas le reste du monde. Le gouvernement britannique maintient que l’accord était nécessaire pour protéger la base des défis juridiques internationaux qui menaçaient son fonctionnement futur.
L’opposition conservatrice britannique, en revanche, jubile. La cheffe du Parti conservateur Kemi Badenoch a déclaré que l’accord affaiblit la sécurité britannique et cède notre territoire souverain, ajoutant que Trump avait raison et que Starmer devait changer de cap. L’ancienne ministre de l’Intérieur Priti Patel a renchéri : Le président Trump a dit ce que nous disons depuis le début. La reddition des Chagos par les travaillistes pour 35 milliards de livres est un mauvais accord pour la Grande-Bretagne et mauvais pour notre sécurité nationale. Le leader de Reform UK Nigel Farage a résumé sa position en dix mots : Dieu merci, Trump a mis son veto à la reddition des îles Chagos.
Farage qui remercie Dieu pour Trump. Voilà où nous en sommes. Un président américain qui dénonce un accord qu’il avait lui-même approuvé, et des politiciens britanniques qui applaudissent cette volte-face comme une victoire. Pendant ce temps, à Maurice, le Premier ministre Ramgoolam parle d’une grande victoire pour la nation mauricienne qui complète le processus total de décolonisation. Et les Chagossiens? Toujours dans les limbes. Toujours sans voix. Toujours à regarder les autres décider de leur sort.
Maurice célèbre, les Chagossiens s’interrogent
Pour Maurice, l’accord de mai 2025 représentait l’aboutissement d’une bataille de plusieurs décennies pour récupérer ce que les Mauriciens considèrent comme une partie intégrante de leur territoire, arrachée par la puissance coloniale britannique trois ans avant l’indépendance. Le Premier ministre Navin Ramgoolam avait célébré une grande victoire pour la nation mauricienne. Mais la réaction de Trump jette une ombre sur cette victoire. Les critiques de l’accord, au Royaume-Uni comme aux États-Unis, pointent les liens économiques étroits entre Maurice et la Chine. Le géant des télécommunications Huawei domine le marché mauricien. Le système de surveillance chinois Safe Cities, avec ses milliers de caméras, a été déployé sur l’île.
Pour les Chagossiens eux-mêmes, l’accord reste profondément insatisfaisant. Deux femmes chagossiennes, Bernadette Dugasse et Bertrice Pompe, nées sur Diego Garcia, ont contesté l’accord devant les tribunaux britanniques, arguant qu’il sera encore plus difficile de retourner chez elles une fois que Maurice prendra le contrôle. Quelques jours avant le tweet de Trump, le Premier ministre chagossien Misley Mandarin avait écrit directement au président américain, décrivant l’arrangement comme un très mauvais accord qui menaçait la base de Diego Garcia. Cette lettre a-t-elle influencé le retournement de Trump? Nul ne le sait. Mais elle illustre à quel point les Chagossiens sont prêts à s’allier avec n’importe qui, même un Trump imprévisible, pour faire entendre leur voix.
Diego Garcia : une base indispensable face aux menaces croissantes
Au cœur de la stratégie anti-iranienne
L’importance de Diego Garcia n’a fait que croître ces derniers mois face aux tensions avec l’Iran. La base se trouve à environ 4 700 kilomètres au sud-ouest de Téhéran, hors de portée des missiles balistiques iraniens les plus avancés, dont la portée maximale est estimée à environ 2 000 kilomètres. Cette distance de sécurité en fait une plateforme idéale pour des frappes contre des cibles iraniennes, notamment les installations nucléaires enterrées de Fordow, Natanz, Ispahan ou Bushehr. Les bombardiers B-2 Spirit déployés sur l’île sont les seuls appareils américains capables d’emporter le GBU-57 Massive Ordnance Penetrator, une bombe de 13 600 kilogrammes conçue pour pénétrer des dizaines de mètres de béton renforcé avant d’exploser.
En octobre 2024, des B-2 ont été utilisés pour frapper les Houthis au Yémen, envoyant un message clair aux parrains iraniens des rebelles. Depuis mars 2025, la présence de bombardiers sur l’île s’est intensifiée de manière spectaculaire. Des images satellites montrent jusqu’à dix bombardiers lourds, six B-2 et quatre B-52, stationnés simultanément sur le tarmac de Diego Garcia, accompagnés de ravitailleurs KC-135 et d’avions de transport C-17. Cette concentration représente une force de frappe considérable, capable de projeter une puissance dévastatrice sur n’importe quel point de l’arc de crise s’étendant du Moyen-Orient à l’Asie du Sud. Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a prolongé le déploiement du porte-avions USS Harry S. Truman au Moyen-Orient et ordonné au groupe aéronaval de l’USS Carl Vinson de rejoindre les opérations régionales.
Quand je regarde ces images satellites de Diego Garcia, avec ses rangées de bombardiers furtifs capables d’anéantir des villes entières, je ne peux m’empêcher de penser aux Chagossiens. Là où se dressent aujourd’hui des hangars climatisés pour protéger la surface sensible des B-2, il y avait autrefois des villages. Des maisons. Des familles. On a vidé ce paradis pour en faire une rampe de lancement pour l’apocalypse. Et maintenant, des présidents se disputent pour savoir qui aura le droit de le garder. C’est quoi exactement qu’on défend ici? La liberté? La démocratie? Ou juste le droit de projeter la mort à des milliers de kilomètres?
La base la plus protégée de l’océan Indien
Ce qui rend Diego Garcia particulièrement précieuse, c’est son isolement. Contrairement aux bases américaines au Qatar, aux Émirats arabes unis ou en Arabie saoudite, l’île n’est soumise à aucune contrainte politique locale. Aucun gouvernement ne peut demander aux Américains de partir ou de limiter leurs opérations. Aucune manifestation ne vient perturber les activités. L’accès à l’île est strictement contrôlé : depuis 1971, il est techniquement illégal pour quiconque sans autorisation militaire de se trouver sur les Chagos. Cette isolation permet des opérations que d’autres bases ne pourraient pas accueillir. Des documents déclassifiés révèlent que Diego Garcia a été utilisée pour des vols de rendition de suspects terroristes dans le cadre de la guerre contre le terrorisme lancée après le 11 septembre.
La base abrite également un escadron de navires de pré-positionnement du Military Sealift Command, chargé de véhicules militaires, de munitions et de matériel prêt à être déployé rapidement en cas de crise. Des installations de renseignement avancées, des systèmes de défense aérienne et des capacités de cyberguerre complètent cet arsenal. Les analystes du Foreign Policy Research Institute décrivent Diego Garcia comme un nœud clé pour la logistique, la surveillance, le renseignement et la dissuasion stratégique des États-Unis. La perte de cette base, ou même une dégradation de ses capacités opérationnelles, représenterait un coup sévère pour la projection de puissance américaine dans une région où les tensions ne cessent de monter.
Conclusion : Une tempête dans un océan de contradictions
L’alliance spéciale à l’épreuve des tweets
La relation spéciale entre les États-Unis et le Royaume-Uni, forgée dans les épreuves de la Seconde Guerre mondiale et cimentée par des décennies de coopération militaire et diplomatique, traverse une zone de turbulences inédite. Keir Starmer avait réussi l’exploit de devenir le premier dirigeant étranger à obtenir de Trump un allègement de certains tarifs douaniers. Il pensait avoir établi une relation de confiance avec l’imprévisible président. Le tweet du 20 janvier a balayé ces illusions. Trump traite les alliances comme des transactions : ce qui était acceptable hier peut devenir inacceptable demain si cela sert un autre objectif politique. Aujourd’hui, cet objectif s’appelle Groenland.
Le paradoxe de cette crise réside dans le fait que l’accord sur les Chagos ne change pratiquement rien aux opérations de Diego Garcia. La base continuera à fonctionner comme avant. Les bombardiers continueront à décoller et atterrir. Les sous-marins continueront à accoster. La seule différence, c’est que le drapeau qui flottera sur l’archipel sera mauricien plutôt que britannique. Mais dans l’univers trumpien, les symboles comptent autant que la substance. Céder une souveraineté, même symbolique, c’est montrer de la faiblesse. Et montrer de la faiblesse, c’est inviter l’agression chinoise et russe. Cette logique, aussi simpliste soit-elle, structure désormais la politique étrangère américaine. Pour le meilleur ou pour le pire, probablement pour le pire.
Je termine cet article avec une image en tête. Celle de Lucienne Sagaie et Lucie Tiatous, deux sœurs octogénaires nées aux Chagos, qui jouent au bingo dans un centre communautaire près de Londres. Plus de cinquante ans après leur expulsion, elles pensent encore au sable blanc de leur enfance. Elles ont vu passer des gouvernements britanniques et américains, des accords et des contre-accords, des promesses et des trahisons. Et ce matin, elles ont probablement vu passer le tweet de Trump. Encore un homme puissant qui parle de leur île sans jamais les mentionner. Encore une bataille entre géants où elles ne sont que des spectateurs impuissants. Combien de temps encore les Chagossiens devront-ils regarder les autres décider de leur destin?
Ce qui reste en suspens
L’accord de mai 2025 n’a pas encore été ratifié par le Parlement britannique. Les conservateurs tentent de le bloquer en amendant le projet de loi pour exiger un vote parlementaire annuel avant chaque paiement à Maurice. La critique de Trump pourrait galvaniser cette opposition. Mais le gouvernement Starmer dispose d’une majorité confortable et semble déterminé à aller de l’avant. Le traité a été signé. Les engagements ont été pris. Revenir en arrière maintenant créerait une crise diplomatique avec Maurice et potentiellement de nouvelles batailles juridiques internationales. Le Royaume-Uni se retrouve coincé entre un allié américain devenu imprévisible et des obligations légales et morales qu’il a lui-même contractées.
Pour Diego Garcia, l’avenir immédiat reste stable. Les B-2 continueront à stationner sur l’île. Les opérations anti-Houthis et la pression sur l’Iran se poursuivront. Mais à plus long terme, les questions s’accumulent. Que se passera-t-il si Maurice, sous pression économique chinoise, décide de compliquer la vie des opérateurs de la base? Que se passera-t-il si les Chagossiens, frustrés par leur exclusion de Diego Garcia, multiplient les batailles juridiques? Et que se passera-t-il si Trump, dans un de ses accès de colère matinaux, décide de dénoncer l’accord américano-britannique sur la base? Dans ce monde de tweets incendiaires et de retournements spectaculaires, plus rien ne semble impossible. Même l’impensable.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels des gouvernements britannique et américain, déclarations publiques de Donald Trump sur Truth Social, déclarations de Marco Rubio et du gouvernement britannique, rapports de la Cour internationale de Justice.
Sources secondaires : publications spécialisées et médias d’information reconnus internationalement (CNBC, Reuters, BBC, ABC News, CBS News, Euronews, The National, GB News, Washington Post, Human Rights Watch).
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées. Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici.
Sources
Sources primaires
CNBC – Trump blasts NATO ally, the UK, over Chagos Mauritius deal – 20 janvier 2026
Euronews – Trump says UK’s Chagos Islands deal with Mauritius is an act of great stupidity – 20 janvier 2026
CBS News – Trump U-turns on U.K.’s Chagos Islands deal, claims it’s another reason Greenland has to be acquired – 20 janvier 2026
ABC News – What to know about the Chagos Islands as Trump slams the UK’s sovereignty deal – 20 janvier 2026
Reuters – Factbox: Key facts about Chagos Islands deal signed by UK and Mauritius – 20 janvier 2026
Sources secondaires
Federation of American Scientists – Half of Operational B-2 Force Deploys to Diego Garcia – avril 2025
Air and Space Forces Magazine – B-2 Bombers Arrive on Diego Garcia in Unusual Show of Force – mars 2025
Human Rights Watch – UK and US Forced Displacement of the Chagossians and Ongoing Colonial Crimes – février 2023
Wikipedia – Expulsion of the Chagossians – mis à jour novembre 2025
The War Zone – B-52s Join B-2s On Diego Garcia, 10 Bombers Now At Indian Ocean Island – mai 2025
Hudson Institute – The Chagos Deal Is a Threat to National Security – février 2025
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.