Trump et l’Iran : une histoire de sang et de feu
Pour comprendre la violence de l’échange actuel, il faut remonter le fil d’une relation marquée par le sang. Donald Trump et l’Iran, c’est une histoire qui commence bien avant ce 20 janvier 2026. En 2018, lors de son premier mandat, Trump retire les États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien, le JCPOA, négocié sous Obama. Il impose alors une politique de « pression maximale » : sanctions économiques dévastatrices, isolement diplomatique, étranglement financier. L’objectif affiché : forcer Téhéran à renégocier un accord plus favorable à Washington. Le résultat réel : une économie iranienne en lambeaux et un régime qui se radicalise.
Puis vient le 3 janvier 2020. Une frappe de drone américain à l’aéroport de Bagdad pulvérise le convoi du général Qassem Soleimani, commandant de la Force Qods, l’homme le plus puissant d’Iran après Khamenei. Un acte de guerre, selon Téhéran. Une élimination ciblée d’un terroriste, selon Washington. La réponse iranienne — des tirs de missiles sur des bases américaines en Irak — fait peu de victimes mais marque un tournant. Pour la première fois depuis des décennies, l’Iran frappe directement des installations militaires américaines. Le message est clair : nous pouvons vous atteindre. Et nous n’avons pas peur de le faire.
Soleimani. Ce nom revient sans cesse dans cette histoire. Je me souviens de cette nuit de janvier 2020, quand la nouvelle est tombée. Le monde a retenu son souffle, persuadé que la guerre allait éclater. Elle n’a pas eu lieu. Pas cette fois. Mais quelque chose s’est brisé ce jour-là. Une ligne rouge a été franchie. Et depuis, chaque escalade nous rapproche un peu plus du précipice. La question n’est plus de savoir si la confrontation aura lieu, mais quand. Et à quel prix.
Juin 2025 : l’opération Midnight Hammer
Le 22 juin 2025 marque un nouveau tournant. Les États-Unis lancent l’opération Midnight Hammer, une série de frappes directes contre les installations nucléaires iraniennes. Trump, de retour à la Maison Blanche, a tenu sa promesse de campagne : empêcher l’Iran d’accéder à l’arme atomique, par tous les moyens nécessaires. Les dégâts sont considérables. Le programme nucléaire iranien est retardé de plusieurs années, selon les estimations du Pentagone. Mais la réponse de Téhéran reste étonnamment mesurée : une salve de missiles contre la base aérienne d’Al Udeid au Qatar, sans faire de victimes. Une retenue calculée ? Ou l’aveu d’une incapacité à riposter efficacement ?
Les analystes de Chatham House, le prestigieux think tank britannique, offrent une lecture plus nuancée. Selon Sanam Vakil, directrice du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord, le régime iranien a accepté ces frappes parce qu’elles restaient limitées. « Les Iraniens étaient prêts à tolérer l’assassinat de Soleimani et les frappes sur leurs installations nucléaires en raison de la nature limitée de ces attaques », explique-t-elle. Mais les protestations actuelles changent la donne. Elles représentent une menace existentielle pour le régime. Et face à une menace existentielle, même une attaque limitée pourrait déclencher une réponse disproportionnée. Le calcul rationnel cède la place à l’instinct de survie.
Section 3 : L'Iran en flammes
Un peuple qui se soulève
Les rues de Téhéran, d’Ispahan, de Chiraz et de dizaines d’autres villes iraniennes sont devenues des champs de bataille. Depuis le 28 décembre 2025, une vague de protestations sans précédent secoue le pays. Ce qui a commencé comme des manifestations contre la hausse des prix et l’effondrement du rial s’est transformé en un mouvement de contestation globale du régime. Les slogans ont évolué. On ne réclame plus seulement du pain. On réclame la liberté. On réclame la fin de la République islamique. On réclame la tête de Khamenei.
Les chiffres donnent le vertige. 4 484 morts selon l’agence HRANA, qui s’appuie sur un réseau d’activistes à l’intérieur du pays. Parmi eux, 1 847 manifestants et 135 membres des forces de sécurité. Plus de 26 000 personnes arrêtées. Le général Ahmad Reza Radan, chef de la police nationale, a lancé un ultimatum glaçant : ceux qui se sont « laissé tromper par les services de renseignement étrangers » ont trois jours pour se rendre. Passé ce délai, aucune clémence. Le régime parle de « reddition ». Les familles des détenus parlent de disparitions. Et le monde, privé d’images par le black-out internet, ne peut qu’imaginer l’horreur.
4 484 morts. J’ai relu ce chiffre plusieurs fois. Essayé de le rendre abstrait, de le voir comme une statistique. Je n’y arrive pas. Parce que derrière ce chiffre, il y a 4 484 familles qui ne reverront plus quelqu’un. Des mères qui attendent un fils qui ne rentrera jamais. Des enfants qui cherchent un père dans la foule. Et quelque part, dans les bureaux climatisés de Téhéran, des hommes en costume décident qui vivra et qui mourra. Comment peut-on gouverner ainsi ? Comment peut-on dormir la nuit ?
Le silence numérique
Depuis le 8 janvier 2026, l’Iran vit sous un black-out numérique total. Internet a été coupé. Les réseaux sociaux sont inaccessibles. Les communications avec l’extérieur sont quasi impossibles. Le régime a tiré les leçons des soulèvements précédents : en 2019, lors des protestations contre la hausse du prix de l’essence, les images de la répression avaient fait le tour du monde, provoquant une condamnation internationale. Cette fois, Téhéran a décidé de tuer dans l’ombre. Sans témoins. Sans preuves. Sans images virales pour émouvoir l’opinion mondiale.
Cette stratégie du silence a un coût. Les informations qui filtrent sont fragmentaires, difficiles à vérifier. Les chiffres de victimes pourraient être bien plus élevés que les estimations actuelles. Des témoignages évoquent des fosses communes, des exécutions sommaires, des disparitions massives. Mais sans accès au terrain, sans images, sans preuves tangibles, le monde reste dans l’incertitude. Et l’incertitude, pour un régime autoritaire, est une arme. Elle permet de nier, de minimiser, de réécrire l’histoire. Khamenei lui-même a évoqué « plusieurs milliers » de morts, tout en rejetant la responsabilité sur les États-Unis. La première reconnaissance officielle de l’ampleur du massacre. Et en même temps, une tentative de détourner la colère vers l’ennemi extérieur.
Section 4 : La réponse du régime iranien
Menaces et bravades
Face aux menaces de Trump, le régime iranien a choisi la surenchère. Le général Shekarchi n’est pas le seul à avoir haussé le ton. La télévision d’État a diffusé des images provocatrices, notamment cette photo de Trump ensanglanté à Butler avec la légende menaçante en farsi. Un message clair : nous pouvons vous atteindre. Nous l’avons presque fait. Et nous recommencerons. Le Secret Service américain a confirmé être « au courant » de cette menace. Une formulation diplomatique qui cache mal l’inquiétude réelle des services de protection du président.
Mais derrière les bravades, quelle est la capacité réelle de l’Iran à frapper les États-Unis ? Les experts sont divisés. Le réseau d’alliés régionaux de Téhéran — le fameux « axe de la résistance » — a été sévèrement affaibli. Le Hamas et le Hezbollah ont été décimés par les opérations israéliennes à Gaza et au Liban. Bachar al-Assad, allié de longue date, est tombé en Syrie. Même Nicolas Maduro au Venezuela, l’un des derniers alliés de Téhéran hors du Moyen-Orient, a été capturé par les forces américaines. L’Iran n’a jamais été aussi isolé. Mais un régime acculé est aussi un régime imprévisible.
Cette photo de Butler me hante. Trump, le poing levé, le sang coulant sur son visage, défiant la mort. Et maintenant, cette même image utilisée comme menace par un régime qui parle d’assassinat comme d’autres parlent de météo. On en est là. À brandir des photos de tentatives de meurtre comme des trophées. À promettre que « cette fois, la balle ne ratera pas ». Qu’est-ce qui nous arrive ? À quel moment avons-nous accepté que ce niveau de violence verbale devienne normal ?
La stratégie de la survie
Pour le régime iranien, les protestations actuelles représentent la plus grande menace depuis la révolution de 1979. Plus grave que la guerre contre l’Irak dans les années 1980. Plus grave que les sanctions internationales. Plus grave que les frappes américaines. Parce que cette fois, l’ennemi est à l’intérieur. Des millions d’Iraniens qui n’ont plus rien à perdre. Qui ont vu leurs économies s’évaporer avec l’effondrement du rial. Qui ne croient plus aux promesses du régime. Qui sont prêts à mourir pour un changement.
Face à cette menace existentielle, le régime a choisi la répression totale. Mais cette stratégie a un coût. Chaque mort crée de nouveaux martyrs. Chaque arrestation radicalise des familles entières. Et surtout, la violence du régime donne des arguments à ceux qui, à Washington, plaident pour une intervention militaire. Trump a tracé deux lignes rouges : pas de massacres de manifestants pacifiques, pas d’exécutions massives. Le régime a franchi la première. S’il franchit la seconde, les conséquences pourraient être cataclysmiques.
Section 5 : Les options militaires américaines
L’USS Abraham Lincoln en route
Les mots de Trump ne sont pas que de la rhétorique. Ils s’accompagnent de mouvements militaires concrets. L’USS Abraham Lincoln, porte-avions nucléaire de la marine américaine, a quitté la mer de Chine méridionale et fait route vers le Moyen-Orient. Trois destroyers l’accompagnent. Des systèmes de défense antimissile sont en cours de déploiement pour protéger les bases américaines et alliées dans la région. Le Pentagone refuse de confirmer officiellement la destination du groupe aéronaval, mais les données de suivi maritime ne laissent aucun doute : l’Abraham Lincoln sera en position de frappe dans quelques jours.
Ce n’est pas la première fois qu’un porte-avions américain est redirigé vers le Moyen-Orient en réponse à une crise iranienne. En 2024, l’Abraham Lincoln avait déjà été déployé dans la région. En juin 2025, c’est le groupe du USS Nimitz qui avait été envoyé en renfort avant l’opération Midnight Hammer. Mais le contexte actuel est différent. Les protestations en Iran créent une fenêtre d’opportunité que certains à Washington veulent exploiter. Le sénateur Lindsey Graham, proche de Trump, s’est rendu en Israël cette semaine pour plaider en faveur d’une action militaire. « Tous les moyens nécessaires », a-t-il déclaré. Le message est clair.
Un porte-avions nucléaire qui traverse les océans. Des destroyers chargés de missiles. Des systèmes de défense antimissile déployés. On parle de ça comme on parlerait d’un déménagement de meubles. Avec la même banalité. La même normalité apparente. Mais derrière ces mouvements logistiques, il y a la possibilité d’une guerre. D’une vraie guerre. Avec des bombes qui tombent et des gens qui meurent. Est-ce que nous réalisons vraiment ce qui se joue ? Ou sommes-nous devenus tellement habitués à la rhétorique guerrière que nous avons oublié ce qu’elle signifie concrètement ?
Les scénarios du Pentagone
Quelles sont les options militaires réellement sur la table ? Les analystes du Center for Strategic and International Studies (CSIS) ont identifié plusieurs scénarios. Le premier, le plus limité, consisterait en des frappes ciblées contre les infrastructures du régime — centres de commandement, installations de communication, bases des Gardiens de la Révolution. L’objectif : affaiblir la capacité de répression du régime sans provoquer une guerre totale. Le risque : une escalade incontrôlée si l’Iran décide de riposter.
Le deuxième scénario, plus ambitieux, viserait une « frappe de décapitation » — l’élimination de Khamenei et des principaux dirigeants du régime. C’est ce que Trump semble suggérer quand il parle de « rayer l’Iran de la surface de la Terre ». Mais les experts mettent en garde contre les conséquences imprévisibles d’une telle action. L’élimination de Soleimani n’a pas fait tomber le régime. Celle de Khamenei pourrait créer un chaos encore plus grand, avec des factions rivales se disputant le pouvoir et potentiellement un accès aux restes du programme nucléaire iranien. Le remède pourrait être pire que le mal.
Section 6 : L'analyse géopolitique
La doctrine Trump face à l’Iran
Pour comprendre la stratégie de Trump, il faut revenir à sa National Security Strategy publiée en décembre 2025. Ce document fondateur de sa politique étrangère prône un désengagement du Moyen-Orient, région jugée moins stratégique qu’auparavant pour les intérêts américains. Il affirme également un engagement en faveur du non-interventionnisme. Alors pourquoi cette escalade avec l’Iran ? Selon Sanam Vakil de Chatham House, l’objectif de Trump n’est pas le changement de régime au sens classique, mais la « soumission stratégique » de l’Iran.
Cette soumission stratégique impliquerait que Téhéran accepte des contraintes permanentes sur son programme nucléaire, réduise son rôle régional et reconnaisse que les États-Unis sont prêts à escalader brutalement si leurs lignes rouges sont franchies. Trump utilise la pression et l’imprévisibilité comme armes. Il veut que le régime iranien comprenne qu’il ne peut plus compter sur la retenue américaine. Que chaque provocation pourrait être la dernière. Que le coût de la résistance est devenu insupportable. Une stratégie risquée, qui repose sur l’hypothèse que Téhéran finira par céder. Mais que se passe-t-il si le régime, acculé, décide de jouer le tout pour le tout ?
« Soumission stratégique. » Les mots des experts ont parfois une froideur qui me glace. On parle de soumettre un pays de 88 millions d’habitants comme on parlerait de dresser un animal récalcitrant. Je comprends la logique géopolitique. Je comprends les enjeux de sécurité. Mais je ne peux m’empêcher de penser aux gens ordinaires, là-bas, pris entre un régime qui les massacre et une superpuissance qui menace de les anéantir. Quelle est leur place dans ces calculs stratégiques ? Qui parle en leur nom ?
L’Iran au plus bas
L’Iran n’a jamais été aussi vulnérable depuis la fondation de la République islamique. Son réseau d’alliés régionaux est en lambeaux. Le Hamas a été décimé par l’offensive israélienne à Gaza. Le Hezbollah a subi des pertes catastrophiques au Liban. Assad est tombé en Syrie, remplacé par des forces hostiles à Téhéran. Militairement, les frappes israéliennes de 2024 ont détruit une grande partie des défenses aériennes iraniennes. Israël revendique désormais un « contrôle total » de l’espace aérien iranien. Une affirmation peut-être exagérée, mais qui reflète une réalité : l’Iran ne peut plus se défendre efficacement contre une attaque aérienne massive.
Économiquement, la situation est catastrophique. Le rial a perdu plus de 90% de sa valeur. L’inflation rend la vie quotidienne impossible pour des millions d’Iraniens. Les sanctions américaines, renforcées par Trump, étranglent l’économie. Et maintenant, le président américain menace d’imposer des tarifs de 25% à tout pays ou entreprise faisant affaire avec Téhéran. Une escalade économique qui vise à couper les dernières lignes de survie du régime. Pour les faucons de Washington, c’est le moment idéal pour porter le coup de grâce. Pour les analystes plus prudents, c’est précisément ce qui rend la situation si dangereuse.
Section 7 : La question nucléaire
Un programme en ruines ?
L’opération Midnight Hammer de juin 2025 a-t-elle vraiment enterré le programme nucléaire iranien, comme l’affirme Trump ? Les évaluations varient. Le Pentagone estime que les frappes ont retardé le programme de un à deux ans. Les services de renseignement israéliens sont plus optimistes, parlant d’un retard de trois à cinq ans. Mais tous s’accordent sur un point : le programme n’a pas été détruit. Les connaissances scientifiques sont toujours là. Les centrifugeuses peuvent être reconstruites. Et surtout, la volonté politique de Téhéran d’accéder à l’arme nucléaire n’a probablement jamais été aussi forte.
L’Iran a officiellement cessé l’enrichissement d’uranium après les frappes américaines. Mais le régime continue d’affirmer son « droit » à l’enrichissement et au renforcement de ses capacités de défense. Une position qui laisse la porte ouverte à une reprise du programme dès que les conditions le permettront. Pour Trump, c’est inacceptable. Son envoyé spécial, Steve Witkoff, a énuméré les conditions américaines pour une normalisation : abandon définitif de l’enrichissement, remise de l’uranium hautement enrichi, réduction du programme de missiles balistiques, fin du soutien aux « proxies » comme le Hezbollah. Une liste qui ressemble davantage à une demande de capitulation qu’à une base de négociation.
Le nucléaire. Toujours le nucléaire. Ce spectre qui hante toutes les discussions sur l’Iran depuis des décennies. Je me souviens des débats interminables sur l’accord de 2015, des promesses de paix, des espoirs déçus. Et nous voilà, dix ans plus tard, plus près que jamais d’une confrontation nucléaire. Pas parce que l’Iran a la bombe — il ne l’a pas, pas encore. Mais parce que la peur qu’il l’obtienne justifie des menaces d’anéantissement. Nous sommes prisonniers d’une logique de terreur qui s’auto-alimente. Et je ne vois pas comment nous en sortirons.
Les risques d’escalade nucléaire
Les analystes de PBS News mettent en garde contre les risques nucléaires de la crise actuelle. Même si l’Iran ne possède pas l’arme atomique, une escalade militaire pourrait avoir des conséquences nucléaires. Premièrement, des frappes américaines massives pourraient pousser le régime à accélérer son programme clandestin, dans une course désespérée pour acquérir une capacité de dissuasion avant qu’il ne soit trop tard. Deuxièmement, l’effondrement du régime pourrait créer un chaos dans lequel des matériaux nucléaires tomberaient entre de mauvaises mains. Troisièmement, une guerre régionale pourrait impliquer Israël, seule puissance nucléaire du Moyen-Orient, avec des conséquences imprévisibles.
Ces scénarios catastrophiques ne sont pas de la science-fiction. Ils sont activement étudiés par les planificateurs militaires des deux côtés. Et c’est précisément ce qui rend la rhétorique de Trump si dangereuse. Quand un président américain parle de « rayer un pays de la surface de la Terre », il évoque implicitement l’option nucléaire. Même s’il ne le dit pas explicitement. Même si ses conseillers assurent qu’il s’agit d’une hyperbole. Les mots ont un poids. Et dans le contexte actuel, ils pourraient avoir des conséquences irréversibles.
Section 8 : La diplomatie est-elle encore possible ?
Les conditions impossibles
Steve Witkoff, l’envoyé spécial de Trump, affirme espérer une « résolution diplomatique ». Mais les conditions qu’il pose ressemblent davantage à un ultimatum qu’à une ouverture de négociation. Abandon de l’enrichissement. Remise de l’uranium enrichi. Démantèlement du programme de missiles. Fin du soutien aux alliés régionaux. En échange ? Des promesses vagues de « réintégration dans la communauté des nations » et de « soulagement économique ». Pour Trita Parsi, vice-président exécutif du Quincy Institute, ces demandes équivalent à une exigence de capitulation pure et simple.
« Je ne vois pas de probabilité que la diplomatie réussisse à moins d’une recalibration profonde de ce que les États-Unis cherchent réellement à accomplir », analyse Parsi. Le problème fondamental est que Washington et Téhéran ont des définitions radicalement différentes du succès. Pour Trump, le succès signifie la soumission totale de l’Iran. Pour le régime iranien, le succès signifie la survie. Ces objectifs sont incompatibles. Et tant qu’ils le resteront, la diplomatie sera un exercice de façade, une pause entre deux escalades plutôt qu’un chemin vers la paix.
La diplomatie. Ce mot sonne creux dans le contexte actuel. On parle de négociations alors que des gens meurent dans les rues de Téhéran. On parle de compromis alors que les deux parties exigent la reddition de l’autre. On parle de paix alors que des porte-avions traversent les océans. Je voudrais croire que la raison finira par l’emporter. Que des adultes responsables trouveront une sortie de crise. Mais plus les jours passent, plus cette croyance ressemble à un vœu pieux. Nous glissons vers l’abîme, et personne ne semble capable d’arrêter la chute.
Les signaux contradictoires
Trump lui-même envoie des signaux contradictoires. D’un côté, les menaces d’anéantissement. De l’autre, des références à vouloir « rendre l’Iran grand à nouveau » — un clin d’œil à son slogan de campagne qui suggère une ouverture à un accord. Jeudi dernier, il a remercié l’Iran pour avoir annulé « plus de 800 exécutions » prévues, un geste qu’il a qualifié de « très respectueux ». Un changement de ton surprenant après des semaines de rhétorique incendiaire. Calcul tactique ou véritable ouverture ? Impossible à dire.
Barbara Slavin, du Stimson Center, suggère qu’un accord limité reste possible. L’Iran pourrait accepter de remettre son uranium enrichi en échange d’un allègement des sanctions. « Ce serait très controversé. Beaucoup accuseraient Trump de trahir les manifestants. Mais je peux imaginer qu’il accepte ce genre d’accord et le présente comme une grande victoire », analyse-t-elle. Un scénario qui satisferait peut-être les intérêts géopolitiques américains, mais qui laisserait le peuple iranien face à un régime toujours en place, toujours brutal, toujours déterminé à écraser toute opposition.
Section 9 : Les alliés du Golfe dans la tourmente
L’inquiétude des monarchies
Les pays du Golfe observent la confrontation américano-iranienne avec une inquiétude croissante. L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar, le Koweït, Bahreïn — tous ces États seraient en première ligne en cas de guerre. Leurs infrastructures pétrolières, leurs villes, leurs populations seraient des cibles potentielles pour les missiles iraniens. Et malgré leurs différends historiques avec Téhéran, aucun d’entre eux ne souhaite une conflagration régionale qui pourrait les emporter.
Selon Al Jazeera, les monarchies du Golfe ont intensifié leurs efforts diplomatiques pour éviter une escalade. Des contacts discrets ont été établis avec Téhéran. Des messages ont été transmis à Washington. Le message est clair : nous ne voulons pas d’une guerre sur notre sol. Nous ne voulons pas être le champ de bataille d’un conflit entre superpuissances. Mais ces voix de la modération seront-elles entendues ? Dans le climat actuel, rien n’est moins sûr.
Les pays du Golfe. Ces monarchies richissimes, assises sur des océans de pétrole, qui regardent le monde brûler autour d’elles. Je ne peux m’empêcher de penser à l’ironie de la situation. Ces régimes qui ont financé des guerres par procuration, qui ont alimenté des conflits sectaires, qui ont joué avec le feu pendant des décennies — les voilà maintenant terrifiés à l’idée que le feu les atteigne. La géopolitique a parfois un sens de l’humour cruel.
Le facteur israélien
Israël occupe une place centrale dans l’équation. L’État hébreu a mené des opérations militaires dévastatrices contre les alliés de l’Iran — Hamas à Gaza, Hezbollah au Liban. Il a frappé directement le territoire iranien à plusieurs reprises. Et il pousse activement pour une action américaine plus agressive contre Téhéran. La visite du sénateur Graham en Israël cette semaine n’est pas une coïncidence. Elle s’inscrit dans une coordination étroite entre Washington et Tel-Aviv sur la question iranienne.
Pour Israël, l’affaiblissement de l’Iran est une priorité stratégique absolue. Le régime des mollahs est perçu comme une menace existentielle — un État qui appelle ouvertement à la destruction d’Israël et qui cherche à acquérir l’arme nucléaire. Dans cette optique, les protestations en Iran représentent une opportunité historique. Une chance de voir le régime s’effondrer de l’intérieur, ou du moins d’être suffisamment affaibli pour ne plus représenter une menace. Mais cette vision optimiste ignore les risques d’une escalade incontrôlée qui pourrait embraser toute la région.
Section 10 : L'opinion publique américaine
La fatigue de la guerre
Après les fiascos d’Irak et d’Afghanistan, l’opinion publique américaine est profondément réticente à de nouvelles aventures militaires au Moyen-Orient. Trump lui-même a fait campagne sur une promesse de désengagement, de fin des « guerres sans fin ». Sa base électorale, le mouvement « America First », est largement opposée à l’interventionnisme. Alors comment concilier cette réalité politique avec la rhétorique guerrière actuelle ?
Trita Parsi note que même l’opération au Venezuela — la capture de Maduro — n’a pas suscité l’enthousiasme populaire. « Je ne pense pas que sa base soit excitée par tout ça. Je pense que la base se demande pourquoi il est encore si concentré sur les questions de politique étrangère au lieu de se concentrer sur les problèmes domestiques qu’ils considèrent comme bien plus importants pour leurs préoccupations. » Un avertissement pour Trump : une guerre avec l’Iran pourrait lui coûter cher politiquement, surtout à l’approche des élections de mi-mandat de 2026.
Le piège humanitaire
Mais Trump s’est peut-être piégé lui-même. En traçant des lignes rouges sur les massacres de manifestants et les exécutions, il s’est positionné comme un « interventionniste humanitaire » — une posture en contradiction totale avec sa philosophie « America First ». Si le régime iranien continue de tuer et que Trump ne réagit pas, il sera accusé de faiblesse. S’il réagit militairement, il risque de s’enliser dans un conflit que sa base ne veut pas. Un dilemme sans solution facile.
Les sondages montrent une opinion américaine divisée. Une majorité s’oppose à une intervention militaire directe. Mais une majorité soutient également des sanctions plus sévères et un soutien aux manifestants iraniens. Trump navigue entre ces courants contradictoires, essayant de projeter la force sans s’engager dans une guerre. Une stratégie d’équilibriste qui pourrait fonctionner — ou qui pourrait s’effondrer au premier faux pas.
Section 11 : Les scénarios de l'avenir
Scénario 1 : L’escalade contrôlée
Le premier scénario, le plus optimiste, verrait les deux parties maintenir une escalade verbale sans franchir le seuil de la guerre ouverte. Trump continuerait ses menaces. L’Iran continuerait ses bravades. Mais ni l’un ni l’autre ne passerait à l’acte. Les protestations en Iran finiraient par s’essouffler sous le poids de la répression. Le régime survivrait, affaibli mais toujours en place. Et la confrontation se poursuivrait à bas bruit, comme elle le fait depuis des décennies.
Ce scénario suppose que les deux parties sont rationnelles et qu’elles comprennent les coûts catastrophiques d’une guerre ouverte. Il suppose également que les protestations en Iran ne reprennent pas avec une intensité accrue, et que le régime ne commet pas d’acte — comme des exécutions massives — qui forcerait Trump à réagir. Des hypothèses fragiles dans un contexte aussi volatile.
L’escalade contrôlée. C’est le scénario que tout le monde espère. Celui où les adultes dans la pièce finissent par l’emporter. Où la raison triomphe de la passion. Où personne ne fait le geste irréparable. Mais je regarde les acteurs en présence — Trump, Khamenei, les Gardiens de la Révolution, les faucons de Washington — et je me demande : où sont les adultes ? Qui, dans cette équation, est capable de retenue ? Qui est prêt à faire le premier pas vers la désescalade ? Je cherche. Je ne trouve pas.
Scénario 2 : La guerre limitée
Le deuxième scénario verrait les États-Unis lancer des frappes limitées contre l’Iran — ciblant les infrastructures du régime, les bases des Gardiens de la Révolution, peut-être les installations nucléaires restantes. L’objectif serait d’affaiblir le régime sans chercher à le renverser. Une « punition » pour les massacres de manifestants, suivie d’un retour à la situation antérieure.
Mais ce scénario comporte des risques majeurs. Comment l’Iran réagirait-il ? Une riposte contre les bases américaines dans la région ? Des attaques contre les alliés du Golfe ? Des opérations terroristes à l’étranger ? Et surtout, comment Trump réagirait-il à une riposte iranienne ? L’escalade pourrait rapidement devenir incontrôlable, transformant une « guerre limitée » en conflit régional majeur.
Scénario 3 : L’effondrement du régime
Le troisième scénario, le plus radical, verrait le régime iranien s’effondrer sous la pression combinée des protestations internes et de la pression externe. Khamenei tomberait. La République islamique cesserait d’exister. Un nouveau gouvernement, plus modéré, prendrait le pouvoir. C’est le rêve des faucons de Washington et de Tel-Aviv. Mais c’est aussi le scénario le plus imprévisible.
L’effondrement d’un régime autoritaire ne mène pas automatiquement à la démocratie. Il peut mener au chaos, à la guerre civile, à l’émergence de factions encore plus radicales. L’Irak après Saddam, la Libye après Kadhafi, la Syrie après le début de la guerre civile — autant d’exemples de ce qui peut mal tourner quand un régime autoritaire s’effondre sans transition ordonnée. L’Iran, avec ses 88 millions d’habitants, ses divisions ethniques, ses arsenaux militaires, pourrait devenir un cauchemar bien pire que tout ce que nous avons vu jusqu’ici.
Conclusion : Au bord du gouffre
L’heure des choix
Nous sommes au bord du gouffre. Les mots de Trump — « les rayer de la surface de cette Terre » — ne sont pas de la rhétorique vide. Ils reflètent une volonté réelle d’utiliser la force si les lignes rouges sont franchies. Les mouvements militaires américains — le porte-avions, les destroyers, les systèmes antimissile — ne sont pas des exercices. Ils préparent le terrain pour une action potentielle. Et le régime iranien, acculé, blessé, désespéré, pourrait commettre l’erreur fatale qui déclencherait l’irréparable.
Les prochaines semaines seront décisives. Les protestations en Iran vont-elles reprendre ? Le régime va-t-il procéder à des exécutions massives ? Trump va-t-il ordonner des frappes ? L’Iran va-t-il riposter ? Chaque question ouvre sur des scénarios catastrophiques. Et personne — ni à Washington, ni à Téhéran, ni dans les capitales du monde entier — ne semble avoir de réponse claire sur comment éviter le pire.
Ce qui reste de l’humanité
Au milieu de cette tempête géopolitique, il y a des êtres humains. Des Iraniens qui manifestent pour leur liberté et qui meurent pour elle. Des familles américaines qui se demandent si leurs enfants en uniforme seront envoyés au combat. Des habitants du Golfe qui regardent le ciel en se demandant si des missiles vont tomber. Des diplomates qui travaillent dans l’ombre pour trouver une issue. Des journalistes qui essaient de raconter ce qui se passe malgré le black-out. Des gens ordinaires, partout dans le monde, qui espèrent que la raison finira par l’emporter.
Je termine cet article avec un sentiment de vertige. Pas le vertige de l’altitude, mais celui du vide. Le vide de sens face à des dirigeants qui parlent d’anéantir des nations entières. Le vide moral d’un monde où la vie humaine se mesure en calculs stratégiques. Le vide de l’espoir quand on regarde les acteurs en présence et qu’on cherche en vain celui qui fera le geste de paix. Et pourtant. Et pourtant, quelque part en Iran, des gens continuent de manifester. Malgré les balles. Malgré les arrestations. Malgré la mort. Ils croient encore que demain peut être différent. Peut-être que c’est ça, finalement, qui nous sauvera. Pas les calculs des stratèges. Pas les menaces des présidents. Mais le courage ordinaire de gens ordinaires qui refusent d’accepter l’inacceptable. Je veux y croire. J’ai besoin d’y croire.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements de puissance globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : déclarations officielles du président Trump sur NewsNation, communiqués des forces armées iraniennes, données de l’agence Human Rights Activists News Agency (HRANA), rapports du Pentagone.
Sources secondaires : analyses de Chatham House, PBS News, Al Jazeera, Fox News, The Hindu, commentaires d’experts du Quincy Institute et du Stimson Center.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités. Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici.
Sources
Sources primaires
The Hindu – Trump says U.S. will wipe out Iran if it assassinates him – 21 janvier 2026
NewsNation – Interview exclusive de Donald Trump par Katie Pavlich – 20 janvier 2026
PBS News – Iran warns Trump not to take action against Supreme Leader Khamenei – 20 janvier 2026
Human Rights Activists News Agency (HRANA) – Bilan des victimes des protestations iraniennes – janvier 2026
Sources secondaires
Al Jazeera – US-Iran tensions: Trump has no path to an easy ‘win’ despite Tehran’s woes – 17 janvier 2026
Chatham House – Trump’s objective is to force Iran into strategic submission – Dr Sanam Vakil – 16 janvier 2026
Fox News – Secret Service aware after Iranian state TV airs Trump threat featuring photo of Butler assassination attempt – 16 janvier 2026
Quincy Institute – Analyses de Trita Parsi sur la diplomatie américano-iranienne – janvier 2026
Stimson Center – Commentaires de Barbara Slavin sur les options diplomatiques – janvier 2026
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