La stratégie de la visualisation
Les experts en communication politique le savent : une image s’ancre dans les esprits bien plus profondément qu’un discours. Trump, maître du spectacle médiatique, l’a compris mieux que quiconque. En publiant ces visuels du Groenland américain, il ne fait pas que menacer — il normalise. Il habitue le regard. Il installe l’idée dans l’inconscient collectif.
C’est une technique vieille comme la propagande. Montrer ce qui n’existe pas encore comme si c’était déjà réel. Répéter jusqu’à ce que l’impensable devienne évident. Les régimes autoritaires du XXe siècle utilisaient les affiches. Trump utilise Truth Social. Les outils changent, la méthode reste la même.
Le message aux Groenlandais
Pour les 57 000 habitants du Groenland, ces images sont une gifle. Une négation de leur existence, de leur identité, de leur droit à l’autodétermination. Trump ne leur parle pas — il parle d’eux, comme on parle d’un bien immobilier à acquérir. Ils ne sont pas des citoyens avec des droits. Ils sont des occupants temporaires d’un territoire qui leur sera bientôt retiré.
Les manifestations à Nuuk ont rassemblé un quart de la population de la capitale. Un quart. Imaginez l’équivalent à Washington ou à Paris. C’est un cri de colère que Trump choisit d’ignorer. Pour lui, ces gens ne comptent pas. Seule compte l’image — celle qu’il projette, celle qu’il construit, celle qu’il impose.
On mesure la santé d’une démocratie à la façon dont elle traite ceux qui n’ont pas de pouvoir. Les Groenlandais n’ont pas de pouvoir. Pas d’armée. Pas de poids économique. Pas de voix qui porte sur la scène mondiale. Et Trump le sait. Il peut publier ce qu’il veut, menacer ce qu’il veut, fantasmer ce qu’il veut. Qui va l’arrêter? Certainement pas les 57 000 Inuits dont il redessine le destin à coups de posts sur les réseaux sociaux.
Les réactions internationales
La Chine monte au créneau
Ironie de l’histoire : c’est la Chine qui a réagi le plus fermement aux publications de Trump. Pékin a fustigé la rhétorique américaine sur le Groenland, y voyant — non sans raison — un précédent dangereux. Si les États-Unis peuvent revendiquer un territoire étranger au nom de la « sécurité nationale », qu’est-ce qui empêche d’autres puissances de faire de même?
La Chine sait de quoi elle parle. Elle-même revendique Taïwan, la mer de Chine méridionale, des territoires contestés avec l’Inde. Mais elle le fait en invoquant l’histoire, la culture, des liens ancestraux. Trump, lui, revendique le Groenland parce qu’il le veut. Point. Cette brutalité décomplexée choque même ceux qui pratiquent l’expansionnisme.
L’Europe tétanisée
Face à ces images, l’Europe reste étrangement silencieuse. Quelques protestations de forme. Quelques déclarations outrées. Mais pas de riposte à la hauteur de la provocation. Comment répondre à des mèmes? Comment contrer une propagande visuelle avec des communiqués de presse? L’Europe est désarmée face à cette nouvelle forme de guerre informationnelle.
Le Danemark, directement concerné, oscille entre indignation et impuissance. Copenhague a réaffirmé que le Groenland n’était pas à vendre. Mais que peut un petit royaume nordique face à la première puissance mondiale? Les mots semblent dérisoires quand l’autre camp a choisi le langage des images.
Nous vivons une époque étrange où les images publiées sur un réseau social ont plus d’impact que les traités internationaux. Où un président peut redessiner les frontières du monde sur son téléphone, entre deux parties de golf. Où la réalité se plie aux fantasmes de celui qui crie le plus fort. Trump a compris quelque chose que nous refusons d’admettre : dans le monde d’aujourd’hui, la perception est la réalité. Et celui qui contrôle les images contrôle la perception.
La sécurité nationale comme prétexte universel
L’argument qui justifie tout
Trump insiste : le Groenland est « vital pour la sécurité nationale et mondiale ». Cet argument de sécurité nationale est devenu le joker universel de la politique américaine. Il justifie les tarifs douaniers. Il justifie les interventions militaires. Il justifie maintenant les revendications territoriales sur des terres appartenant à des alliés.
Mais qu’est-ce qui menace vraiment la sécurité des États-Unis au Groenland? La Chine? Elle n’y a aucune présence militaire. La Russie? Elle a d’autres priorités. La vraie menace, c’est peut-être que le Groenland existe sans appartenir aux États-Unis. Pour Trump, c’est insupportable. Ce qui n’est pas américain doit le devenir.
Le précédent qui effraie
Si les États-Unis obtiennent le Groenland par la coercition, quel message envoient-ils au monde? Que les grandes puissances peuvent s’approprier les territoires des petits pays si elles le désirent assez fort? Que le droit international ne s’applique qu’aux faibles? Que les alliances ne protègent de rien?
Pedro Sánchez, le Premier ministre espagnol, l’a dit sans détours : si Trump réussit à s’emparer du Groenland, Poutine sera « l’homme le plus heureux du monde ». Parce que cela légitimera rétroactivement l’invasion de l’Ukraine. Et sonnera peut-être « le glas de l’OTAN ».
Des images sur un réseau social. Ça paraît dérisoire. Ça paraît anodin. C’est tout sauf anodin. Ces images sont des déclarations de guerre. Des affirmations de puissance. Des négations de souveraineté. Trump ne photographie pas le monde tel qu’il est — il photographie le monde tel qu’il veut qu’il soit. Et chaque jour qui passe sans réponse ferme rapproche ce fantasme de la réalité. Les images créent le réel. Trump l’a compris. Nous ferions bien de le comprendre aussi, avant qu’il ne soit trop tard.
Sources
Sources primaires
Dimsum Daily – Trump fuels Greenland controversy with images claiming U.S. control (20 janvier 2026)
Sources secondaires
CNN – A stunned Europe gathers to respond after Trump increases pressure over Greenland (18 janvier 2026)
Dân Trí – La Chine répond aux accusations de Trump (20 janvier 2026)
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.