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Trump retourne sa veste sur les Chagos et révèle le vrai visage de l’Amérique impériale
Crédit: Adobe Stock

Les fantômes de Diego Garcia

Dans tout ce brouhaha diplomatique, il y a des gens qu’on n’entend pas. Des gens qu’on ne mentionne même pas. Les Chagossiens. Entre 1 500 et 2 500 personnes, selon les sources, qui vivaient paisiblement sur ces atolls depuis le XVIIIe siècle. Des descendants d’esclaves africains et de travailleurs indiens qui avaient fait de ces îles leur foyer, leur univers, leur identité. En 1965, trois ans avant l’indépendance de Maurice, le Royaume-Uni détache l’archipel pour créer le Territoire britannique de l’océan Indien. Un an plus tard, Londres signe un accord secret avec Washington. Les États-Unis veulent une base militaire dans l’océan Indien. Le prix de l’effacement d’une dette de 14 millions de livres pour des sous-marins Polaris. Mais il y a une condition, une exigence américaine non négociable. L’île doit être « nettoyée et libérée de ses habitants susceptibles de se laisser influencer par la propagande communiste ». Ce sont les termes exacts du contrat. Nettoyée. Comme on nettoie une surface de travail. Comme on élimine une salissure.

Ce qui suit est l’un des épisodes les plus sombres de la décolonisation britannique. Entre 1967 et 1973, les Chagossiens sont systématiquement expulsés de leurs îles. Londres coupe l’approvisionnement en nourriture et en médicaments. Les chiens des habitants sont gazés ou empoisonnés, une cruauté délibérée pour briser les dernières résistances. Liseby Elyse, alors âgée de 20 ans et enceinte, témoignera des décennies plus tard devant la Cour internationale de justice de ce voyage vers l’exil. « Nous étions comme des animaux dans ce bateau négrier », dira-t-elle. « Les gens mouraient de tristesse. » Son enfant était mort-né. Un haut responsable britannique avait ordonné de sauver les chevaux des îles. Les chevaux, pas les enfants. Dans un câble diplomatique révélé par WikiLeaks, un fonctionnaire britannique décrivait les Chagossiens comme « quelques Tarzans ou Vendredis ». Des sous-hommes, donc. Des obstacles à déplacer.

Je reste longtemps sur ces images. Les chiens gazés. Les femmes enceintes sur des bateaux de fortune. Les chevaux sauvés pendant que des familles entières sombrent dans le désespoir. Et je me demande : où était la « sécurité nationale » américaine quand ces gens mouraient de tristesse? Où était la grandeur de l’Occident quand on exterminait les animaux de compagnie d’un peuple pour le forcer à partir? Trump parle de « faiblesse ». Mais la vraie faiblesse, c’est quoi? C’est restituer un territoire volé ou c’est effacer un peuple pour construire une piste d’atterrissage?

Soixante ans d’exil et de combats

Aujourd’hui, on estime qu’environ 10 000 Chagossiens et leurs descendants vivent en exil. La plupart se trouvent à l’île Maurice, dans les bidonvilles de Port-Louis où ils ont échoué sans ressources, sans papiers, apatrides pendant des décennies. D’autres ont fini au Royaume-Uni, principalement à Crawley, dans le West Sussex, où ils forment une communauté soudée par le souvenir et la lutte. Depuis cinquante ans, ils se battent devant les tribunaux britanniques pour obtenir le droit de rentrer chez eux. En 2000, la Haute Cour de justice de Londres leur donne raison. En 2006 et 2007, les tribunaux confirment leur droit au retour. Mais en 2008, la Chambre des lords casse tout. Aucune possibilité de retour. La sécurité nationale prime. En 2019, la Cour internationale de justice rend un avis consultatif. L’occupation britannique est « illicite ». Les Chagos doivent être restitués à Maurice. L’Assemblée générale des Nations unies vote une résolution exigeant la restitution dans les six mois. 116 pays votent pour. Le Royaume-Uni et les États-Unis votent contre.

Human Rights Watch a publié un rapport accablant intitulé « C’est là que le cauchemar a commencé ». La conclusion est sans appel : l’expulsion des Chagossiens par les gouvernements britannique et américain constitue un crime contre l’humanité. Déplacement forcé de population. Persécution d’un groupe ethnique. Les deux critères sont remplis. Mais personne n’a jamais été jugé. Personne n’a jamais payé. Et aujourd’hui, quand Trump fulmine contre l’accord de restitution, il ne mentionne jamais ces gens. Pas une fois. Dans son long post rageur sur Truth Social, le mot « Chagossien » n’apparaît pas. Ils n’existent pas dans son univers mental. Ils ne sont que le bruit de fond d’une partie d’échecs géopolitique où seuls comptent les pions militaires et les ressources stratégiques.

Sources

Sources primaires

Donald Trump – Publication sur Truth Social – 20 janvier 2026
Marco Rubio – Déclaration officielle du Département d’État – Mai 2025
Cour internationale de justice – Avis consultatif sur les Chagos – 25 février 2019
Assemblée générale des Nations unies – Résolution sur les Chagos – 22 mai 2019
Gouvernement britannique – Communiqué officiel sur l’accord – 20 janvier 2026

Sources secondaires

La Libre Belgique – Trump qualifie de grande stupidité l’accord de restitution – 20 janvier 2026
Boursorama/Reuters – Trump, les yeux rivés sur le Groenland – 20 janvier 2026
Euronews – Trump says UK’s Chagos Islands deal is act of great stupidity – 20 janvier 2026
CBS News – Trump U-turns on UK Chagos Islands deal – 20 janvier 2026
ABC News/Associated Press – What to know about the Chagos Islands – 20 janvier 2026
The Hill – Trump labels UK-Chagos Islands plan great stupidity – 20 janvier 2026
The National – Donald Trump rails against UK’s stupid Chagos deal – 20 janvier 2026
Human Rights Watch – C’est là que le cauchemar a commencé – Février 2023
Wikipedia – Archipel des Chagos et Chagossiens – Janvier 2026

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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