Un président qui ne connaît que la force
Donald Trump a une vision du monde. Elle est simple. Brutale. Efficace. Les États-Unis d’abord. Les États-Unis toujours. Les États-Unis seuls contre tous s’il le faut. Cette vision, il l’a baptisée la « Doctrine Donroe », un jeu de mots avec son prénom et la célèbre Doctrine Monroe de 1823. L’Amérique aux Américains. Le monde à Trump. Et tant pis pour les alliés. Tant pis pour les traités. Tant pis pour les promesses. Le samedi 17 janvier, il a franchi une ligne rouge. Dans un message sur Truth Social, il a annoncé des tarifs douaniers de 10% sur huit pays européens. Danemark. Norvège. Suède. France. Allemagne. Royaume-Uni. Pays-Bas. Finlande. Tous coupables du même crime. Avoir envoyé des soldats au Groenland pour des exercices militaires.
La justification de Trump ? La sécurité nationale. « La Chine et la Russie veulent le Groenland, et il n’y a rien que le Danemark puisse faire pour les en empêcher », a-t-il écrit. Une affirmation qui ferait rire si elle n’était pas aussi dangereuse. Le Danemark est membre de l’OTAN. Le Groenland abrite la base aérienne américaine de Thulé depuis la Guerre froide. L’Alliance atlantique a toujours considéré l’Arctique comme une zone d’intérêt stratégique commun. Mais pour Trump, cela ne suffit plus. Il veut la propriété totale. L’annexion pure et simple. Et il utilise les tarifs comme une arme pour y parvenir. « Ce tarif sera dû et payable jusqu’à ce qu’un accord soit conclu pour l’achat complet et total du Groenland », a-t-il précisé. Les mots sont clairs. C’est du chantage. Du chantage économique exercé par la première puissance mondiale contre ses propres alliés.
J’ai relu trois fois ce message de Trump. Trois fois. Parce que je voulais être sûr de bien comprendre. Un président américain menace des alliés de l’OTAN de sanctions économiques pour les forcer à vendre un territoire souverain. C’est ça, la nouvelle diplomatie américaine ? C’est ça, le leadership du monde libre ? Il y a quelque chose de profondément obscène dans cette situation. Et le pire, c’est que personne ne semble vraiment surpris.
L’accord commercial de juillet en lambeaux
Il y a six mois à peine, en juillet 2025, l’Union européenne et les États-Unis avaient signé un accord commercial historique. Des tarifs plafonnés à 15% sur la plupart des produits européens. Des concessions mutuelles. Une poignée de main entre alliés. Von der Leyen le rappelle amèrement à Davos. « En politique comme en affaires, un accord est un accord. Et quand des amis se serrent la main, cela doit signifier quelque chose ». Mais pour Trump, les accords ne valent que tant qu’ils servent ses intérêts. Manfred Weber, président du Parti populaire européen, la plus grande formation politique du Parlement européen, l’a compris. « Étant donné les menaces de Donald Trump concernant le Groenland, l’approbation n’est pas possible à ce stade », a-t-il déclaré. En clair, l’accord de juillet est mort. Enterré sous les tweets rageurs d’un président américain qui ne reconnaît aucune contrainte.
Les conséquences économiques sont vertigineuses. L’Allemagne à elle seule échange 236 milliards de dollars de marchandises avec les États-Unis chaque année. Le Royaume-Uni, 147 milliards. Les Pays-Bas, 122 milliards. La France, 103 milliards. Des secteurs entiers de l’économie européenne dépendent de ce commerce. L’automobile allemande. La pharmacie danoise. Le luxe français. Les produits chimiques néerlandais. Tous menacés par les humeurs d’un homme qui a décidé de réécrire les règles du commerce international au gré de ses caprices. Et ce n’est pas tout. Trump a menacé Emmanuel Macron d’un tarif de 200% sur les vins et champagnes français si le président français refusait de participer à son « Conseil de la Paix ». Une menace tellement grotesque qu’elle en serait comique. Si elle ne concernait pas des milliers d’emplois, des millions de bouteilles, des siècles de tradition viticole.
L'Europe se réveille : l'indépendance n'est plus un rêve
Le moment de vérité européen
Pendant des années, les dirigeants européens ont parlé d’autonomie stratégique. Un concept flou, souvent moqué, rarement concrétisé. Aujourd’hui, l’autonomie stratégique n’est plus un sujet de colloques universitaires. C’est une question de survie. Von der Leyen l’a compris. À Davos, elle a prononcé un discours qui restera dans l’histoire. « L’Europe doit accélérer sa quête d’indépendance, de la sécurité à l’économie, de la défense à la démocratie », a-t-elle déclaré. « Le monde a changé de façon permanente. Nous devons changer avec lui ». Ces mots ne sont pas des vœux pieux. Ils sont accompagnés d’actes concrets. L’UE prépare une nouvelle stratégie de sécurité qui inclut une révision de sa politique arctique. Elle envisage de financer un brise-glace européen, symbole de sa présence renforcée dans les eaux glacées du Grand Nord. Elle négocie avec l’Inde ce que von der Leyen appelle « l’accord commercial le plus important de tous les temps ».
L’Europe bouge. Enfin. Sous la pression de Trump, certes. Mais elle bouge. Le 22 janvier, un sommet d’urgence se tiendra à Bruxelles. Les 27 chefs d’État et de gouvernement se réuniront pour discuter des mesures de représailles. Antonio Costa, le nouveau président du Conseil européen, a prévenu. L’UE est « unie dans son soutien au Danemark et au Groenland » et « prête à se défendre contre toute forme de coercition ». Les options sur la table sont multiples. Des tarifs de rétorsion sur les produits américains, bien sûr. Mais aussi l’activation de l’instrument anti-coercition, ce « bazooka » juridique qui permet de suspendre des licences, de taxer des services, de bloquer des investissements. L’Europe a les moyens de riposter. La question est de savoir si elle en a la volonté. Et pour la première fois depuis longtemps, la réponse semble être oui.
Il y a quelque chose de paradoxal dans cette crise. Trump voulait affaiblir l’Europe. Il pourrait bien la renforcer. En poussant les Européens dans leurs retranchements, il les oblige à faire ce qu’ils auraient dû faire depuis des décennies. Se prendre en main. Assumer leur destin. Cesser de dépendre d’un allié qui n’en est plus vraiment un. C’est peut-être le seul cadeau que Trump fera jamais à l’Europe. Sans le vouloir, évidemment.
L’Ukraine au cœur de la tempête
Pendant que Trump s’acharne sur le Groenland, la guerre fait toujours rage en Ukraine. Von der Leyen n’a pas oublié Kyiv. À Davos, elle a annoncé que les États membres de l’UE fourniraient 90 milliards d’euros de soutien à l’Ukraine au cours des deux prochaines années. Un engagement colossal. Une preuve que l’Europe ne lâchera pas son voisin agressé par la Russie. « Quatre ans après, la Russie ne montre aucun signe de ralentissement, aucun signe de paix », a-t-elle rappelé. « La Russie intensifie ses attaques, tuant des civils chaque jour pendant que nous parlons. Cela doit cesser ». Elle a reconnu le rôle de Trump dans la relance du processus de paix. Mais elle a insisté sur un point crucial. L’Ukraine doit négocier en position de force. Pas sous la contrainte. Pas sous la menace.
Le contraste est saisissant. D’un côté, Trump veut s’approprier un territoire souverain par la force économique. De l’autre, l’Europe défend le droit d’une nation à exister face à l’agression militaire. Deux visions du monde qui s’affrontent. Deux conceptions de la souveraineté. Kaja Kallas, la cheffe de la diplomatie européenne, a résumé l’absurdité de la situation. « La Chine et la Russie doivent être aux anges. Ce sont eux qui profitent des divisions entre alliés », a-t-elle écrit sur X. « Si la sécurité du Groenland est menacée, nous pouvons régler cela au sein de l’OTAN ». Un rappel de bon sens dans un océan de folie. Mais Trump n’écoute pas. Il ne négocie pas. Il exige. Et quand on ne lui donne pas ce qu’il veut, il punit.
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Le Danemark en première ligne
Le Danemark est au cœur de la tempête. C’est son territoire que Trump convoite. Sa souveraineté qu’il menace. Son économie qu’il cherche à étrangler. Lars Løkke Rasmussen, le ministre danois des Affaires étrangères, n’en revient toujours pas. L’annonce des tarifs est venue « comme une surprise », a-t-il déclaré, après une « réunion constructive » avec le vice-président JD Vance et le secrétaire d’État Marco Rubio. Une surprise. Le mot est faible. C’est une trahison. Copenhagen croyait pouvoir dialoguer avec Washington. Copenhagen espérait que la raison l’emporterait. Copenhagen s’est trompé. Le ministre de la Défense, Troels Lund Poulsen, a rencontré Mark Rutte à Bruxelles. Son verdict est sans appel. La question du Groenland pose des défis « fondamentaux pour l’Europe et, d’ailleurs, pour l’avenir de l’OTAN ».
L’OTAN justement. L’Alliance atlantique est censée protéger ses membres contre les agressions extérieures. Mais que se passe-t-il quand l’agresseur est le leader de l’Alliance lui-même ? La question est existentielle. Les dirigeants européens l’ont soulevée à demi-mot. Toute tentative des États-Unis de prendre le Groenland par la force pourrait signifier la fin de l’OTAN. Fin d’une alliance de 75 ans. Fin d’un système de sécurité collective qui a maintenu la paix en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Trump semble s’en moquer. Il a interprété le déploiement de troupes européennes au Groenland comme une « provocation ». Des exercices militaires de routine, menés par des alliés de l’OTAN sur un territoire de l’OTAN. Une provocation. La logique trumpienne défie l’entendement.
Allemagne, France, Royaume-Uni : les géants européens réagissent
L’Allemagne est le plus gros perdant potentiel de cette guerre commerciale. 236 milliards de dollars d’échanges avec les États-Unis. Des constructeurs automobiles comme Volkswagen, BMW et Mercedes qui exportent massivement outre-Atlantique. Des géants de la chimie comme BASF qui dépendent du marché américain. Les actions des constructeurs automobiles allemands ont chuté dès l’annonce des tarifs. Berlin mesure l’ampleur du désastre potentiel. Mais l’Allemagne fait front. Elle a envoyé des soldats au Groenland. Elle refuse de céder au chantage. Emmanuel Macron a qualifié les menaces de Trump d’« inacceptables ». Le président français a demandé une réponse européenne coordonnée. Il a poussé pour l’activation du « bazooka » commercial. Paris ne pliera pas. Paris ne vendra pas le Groenland, même si c’est Copenhagen qui le possède.
Keir Starmer, le Premier ministre britannique, a réagi avec une indignation froide. « Appliquer des tarifs à des alliés pour avoir poursuivi la sécurité collective des alliés de l’OTAN est complètement erroné », a-t-il déclaré. Le Royaume-Uni post-Brexit cherchait à renforcer ses liens avec les États-Unis. Il se retrouve dans le collimateur de Washington. Les premiers ministres norvégien et finlandais ont tenu des propos similaires. « Les menaces n’ont pas leur place entre alliés », a déclaré Jonas Gahr Støre. « Les problèmes entre partenaires se règlent par le dialogue », a ajouté Alexander Stubb. Des mots raisonnables dans un monde devenu fou. Huit pays. Huit démocraties. Huit alliés historiques des États-Unis. Tous traités comme des ennemis parce qu’ils refusent de vendre ce qui ne leur appartient même pas.
Imaginez une seconde. Vous êtes un industriel allemand. Vous avez passé trente ans à construire des relations commerciales avec les États-Unis. Vous employez des milliers de personnes. Et du jour au lendemain, un homme décide que tout cela ne vaut rien. Parce qu’il veut une île de l’Arctique. Une île qui ne vous appartient pas. Une île dont vous n’aviez jamais entendu parler avant cette semaine. C’est ça, la nouvelle économie mondiale selon Trump.
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Les richesses cachées sous la glace
Pourquoi Trump veut-il le Groenland à ce point ? La réponse se trouve sous deux millions de kilomètres carrés de glace. Le Groenland recèle des terres rares essentielles à la fabrication des smartphones, des voitures électriques, des éoliennes. Du pétrole potentiel dans ses eaux territoriales. De l’uranium. Du zinc. Du fer. Des ressources que la fonte des glaces rend chaque année plus accessibles. Le réchauffement climatique ouvre de nouvelles routes maritimes à travers l’Arctique. Des routes qui pourraient révolutionner le commerce mondial. Celui qui contrôle le Groenland contrôle l’accès à ces routes. Contrôle ces ressources. Contrôle l’Arctique. Washington possède déjà la base aérienne de Thulé, un poste d’écoute stratégique depuis la Guerre froide. Mais pour Trump, ce n’est pas assez. Il veut tout.
Les présidents américains ont longtemps rêvé du Groenland. En 1867, le secrétaire d’État William Seward avait tenté de l’acheter après avoir acquis l’Alaska. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont occupé l’île après l’invasion du Danemark par l’Allemagne nazie. En 1946, Harry Truman a proposé 100 millions de dollars pour l’acquérir. Refusé. En 2019, lors de son premier mandat, Trump avait déjà exprimé son intérêt. Moqué par les Danois, il avait annulé une visite officielle à Copenhagen. Mais l’obsession est restée. Elle s’est transformée en politique officielle. En ultimatum. En guerre commerciale. La différence entre Truman et Trump ? Truman proposait d’acheter. Trump exige qu’on lui donne. Sous la menace.
Les Groenlandais ont leur mot à dire
Dans tout ce tumulte, une voix est souvent oubliée. Celle des Groenlandais eux-mêmes. Cinquante-six mille personnes vivent sur cette île immense. Des Inuits pour la plupart, descendants de peuples qui habitaient ces terres bien avant que les Européens ne les « découvrent ». Le 17 janvier, ils ont manifesté dans les rues de Nuuk, la capitale. Des drapeaux groenlandais rouge et blanc partout. Des pancartes proclamant « Nous ne sommes pas à vendre ». Des visages déterminés sous les capuches. Le Groenland jouit d’une large autonomie au sein du Royaume du Danemark. Il a le droit à l’autodétermination. Si un jour il décide de devenir indépendant, ce sera sa décision. Pas celle de Washington. Pas celle de Copenhagen. Pas celle de Bruxelles.
Múte Bourup Egede, le Premier ministre groenlandais, a multiplié les déclarations ces derniers jours. Le Groenland n’est pas une marchandise. Le Groenland n’est pas un pion sur l’échiquier géopolitique. Le Groenland est un peuple, une culture, une nation en devenir. Mais Trump ne voit que des ressources. Que des positions stratégiques. Que des opportunités commerciales. Il parle de « sécurité nationale » américaine. Mais quid de la sécurité des Groenlandais ? Quid de leur droit à décider de leur avenir ? Ces questions ne semblent pas l’intéresser. Dans sa vision du monde, les petits peuples n’existent que pour servir les intérêts des grandes puissances. Une vision coloniale, archaïque, révoltante. Une vision que l’Europe refuse désormais d’accepter.
Je pense à ces manifestants de Nuuk. À ces visages que j’ai vus sur les photos. Des pêcheurs, des enseignants, des étudiants. Des gens ordinaires qui refusent d’être traités comme des objets. Leur courage me touche. Leur dignité m’inspire. Et leur combat est le nôtre. Parce que si on laisse Trump acheter des peuples comme on achète des terrains, alors plus rien n’a de sens. Plus rien ne nous protège.
Le bazooka européen : menace réelle ou tigre de papier ?
L’instrument anti-coercition activé
L’Union européenne dispose d’une arme que peu connaissent. L’instrument anti-coercition, adopté en 2023, permet à Bruxelles de riposter contre tout pays qui utilise des mesures économiques pour faire pression sur l’UE ou ses États membres. C’est exactement ce que Trump fait avec ses tarifs liés au Groenland. Emmanuel Macron a demandé son activation dès dimanche. Les options sont vastes. Suspension de licences pour les entreprises américaines opérant en Europe. Taxes sur les services américains, notamment les géants de la tech. Restrictions sur les investissements. Blocage des marchés publics. Le potentiel de représailles atteint 108 milliards de dollars, selon les estimations. De quoi faire réfléchir même le plus téméraire des présidents américains.
Mais activer cette arme prend du temps. Des mois, selon les experts. Dan Hamilton, du think tank Brookings Institution, prévient que la procédure est complexe. L’UE devra d’abord prouver que les tarifs de Trump constituent bien une « coercition économique ». Puis consulter ses partenaires commerciaux. Puis décider des mesures à prendre. Pendant ce temps, les entreprises européennes souffriront. Les exportateurs allemands perdront des parts de marché. Les viticulteurs français verront leurs bouteilles bloquées aux douanes américaines. L’incertitude pèsera sur les investissements, les embauches, la croissance. Carsten Brzeski, économiste chez ING, estime que les tarifs pourraient coûter un quart de point de PIB à l’Europe cette année. Un prix élevé pour défendre des principes. Un prix que l’Europe semble prête à payer.
Les limites de la riposte européenne
L’Europe a des moyens de pression. Mais elle a aussi des faiblesses. Elle reste dépendante des États-Unis sur de nombreux plans. La défense, d’abord. Malgré tous les discours sur l’autonomie stratégique, le parapluie nucléaire américain protège encore le continent. L’énergie, ensuite. Les importations de gaz naturel liquéfié américain ont explosé depuis la rupture avec la Russie. La technologie, enfin. Les géants du numérique qui dominent l’économie mondiale sont presque tous américains. Une guerre commerciale totale ferait mal à l’Europe. Elle ferait aussi mal aux États-Unis. Mais qui souffrirait le plus ? La question reste ouverte. Trump parie que l’Europe cédera avant lui. L’Europe parie qu’elle peut tenir. Le bras de fer promet d’être long et douloureux.
Et puis il y a la politique intérieure. Les gouvernements européens doivent composer avec leurs opinions publiques. La hausse des prix, le chômage, l’incertitude économique sont impopulaires. Si la guerre commerciale s’éternise, certains dirigeants pourraient être tentés de chercher un compromis. De négocier avec Trump. De lui donner une partie de ce qu’il veut pour avoir la paix. C’est le danger principal. L’Europe est forte quand elle est unie. Elle est faible quand elle se divise. Von der Leyen le sait. C’est pourquoi elle a tant insisté sur l’unité à Davos. « Ferme, unie et proportionnelle ». Les trois mots clés. Ferme pour ne pas céder. Unie pour ne pas se diviser. Proportionnelle pour ne pas déclencher une escalade incontrôlable.
La doctrine de l'indépendance : l'Europe face à son destin
Un tournant historique
Le discours de von der Leyen à Davos restera peut-être dans les livres d’histoire. Pas seulement pour sa réponse à Trump. Mais pour sa vision d’une Europe émancipée. « L’indépendance européenne », voilà le concept qu’elle a martelé. Un concept longtemps tabou. Synonyme de protectionnisme pour les uns. D’isolement pour les autres. Mais aujourd’hui, il prend un sens nouveau. L’indépendance, ce n’est pas se couper du monde. C’est ne plus dépendre d’un seul allié. C’est diversifier ses partenaires. C’est construire ses propres capacités. En énergie. En défense. En technologie. L’UE négocie avec l’Inde un accord commercial majeur. Elle renforce ses liens avec le Mercosur sud-américain. Elle investit dans l’Arctique groenlandais. Elle prépare sa propre stratégie de sécurité.
« Le monde a changé de façon permanente », a dit von der Leyen. « Nous devons changer avec lui ». Ces mots sonnent comme un manifeste. L’Europe de l’après-Trump ne sera plus celle d’avant. Elle sera plus autonome. Plus méfiante. Moins naïve. Elle saura que même ses meilleurs amis peuvent devenir des adversaires. Que les accords peuvent être déchirés du jour au lendemain. Que la seule sécurité durable est celle qu’on construit soi-même. C’est une leçon cruelle. Mais c’est peut-être une leçon nécessaire. L’Europe a trop longtemps vécu dans l’illusion d’un ordre mondial stable, garanti par les États-Unis. Cette illusion est morte. Il faut maintenant construire autre chose.
En regardant von der Leyen quitter la scène de Davos, j’ai eu une pensée étrange. Peut-être que dans vingt ans, on se souviendra de ce jour comme du moment où l’Europe a grandi. Où elle a cessé d’être l’enfant protégé de l’Amérique. Où elle a commencé à marcher seule. Ce ne sera pas facile. Ce sera douloureux. Ce sera incertain. Mais c’est peut-être la seule voie possible. Trump nous a fait un cadeau empoisonné. À nous de le transformer en opportunité. À nous de prouver que l’Europe peut être forte. Unie. Indépendante. À nous de montrer que la souveraineté, ça se défend. Toujours.
L’avenir se joue maintenant
Le sommet d’urgence du 22 janvier sera décisif. Les 27 devront s’entendre sur une stratégie commune. Riposter ensemble ou se diviser et tomber un par un. Trump sera à Davos le lendemain. Il rencontrera peut-être des dirigeants européens. Il leur parlera de « deals ». De « business ». De « winning ». Il ne comprendra sans doute pas pourquoi ils refusent de lui vendre le Groenland. Pour lui, tout s’achète. Tout se négocie. Tout a un prix. Mais certaines choses n’ont pas de prix. La souveraineté d’un peuple. La dignité d’une nation. Le droit de décider de son propre avenir. Ces choses-là, l’Europe les défendra. Jusqu’au bout.
La bataille du Groenland ne fait que commencer. Elle durera des mois. Peut-être des années. Elle aura des hauts et des bas. Des moments de tension et des moments d’accalmie. Mais une chose est certaine. L’Europe de janvier 2026 n’est plus l’Europe de 2019. Elle a appris. Elle a souffert. Elle a mûri. Et face à un président américain qui ne respecte que la force, elle a décidé de montrer la sienne. Pas par les armes. Pas par la violence. Mais par l’unité. Par la détermination. Par l’investissement massif dans ce territoire arctique que Washington convoite. L’Europe ne vendra pas le Groenland. L’Europe l’aidera à prospérer. Et si Trump n’aime pas ça, tant pis pour lui.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels de la Commission européenne, déclarations publiques de Ursula von der Leyen au Forum économique mondial de Davos, messages officiels de Donald Trump sur Truth Social, dépêches d’agences de presse internationales reconnues (Reuters, Associated Press, Agence France-Presse, Bloomberg News).
Sources secondaires : Euronews, CNN, CNBC, The Tribune India, ABC News, Al Jazeera, The Globe and Mail, Yahoo Finance, NBC News.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées. Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici.
Sources
Sources primaires
Euronews – In Davos, von der Leyen pitches ‘European independence’ versus Trump’s worldview – 20 janvier 2026
Bloomberg/Yahoo Finance – EU Tells Trump ‘a Deal Is a Deal’ as Greenland Threats Escalate – 20 janvier 2026
The Tribune India – Extra US tariffs on European allies over Greenland would be a « mistake »: EU Commission Prez von der Leyen at WEF 2026 – 20 janvier 2026
ABC News – EU leaders talk coordination over Greenland as Trump readies for Davos – 20 janvier 2026
Sources secondaires
CNN – Trump threatens new tariffs on European allies over Greenland until deal reached – 17 janvier 2026
CNBC – Trump says 8 European nations face tariffs rising to 25% if Greenland isn’t sold to the U.S. – 17 janvier 2026
NBC News – Trump announces 10% tariff on eight European countries until there is a deal to buy Greenland – 17 janvier 2026
Al Jazeera – Trump announces new tariffs over Greenland: How have EU allies responded? – 18 janvier 2026
The Globe and Mail – EU chief warns of ‘unflinching’ response to Trump’s Greenland tariff threat – 20 janvier 2026
Liberty Times Net (Taiwan) – 歐盟主席矢言大舉投資格陵蘭 反制川普威脅 – 20 janvier 2026
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