Ce que Trump a réellement écrit
Reprenons depuis le début. Le dimanche 19 janvier 2026, le journaliste de PBS Nick Schifrin révèle le contenu d’une lettre envoyée par Donald Trump au premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre. Le texte est stupéfiant de franchise dans sa démesure. « Cher Jonas », commence le président américain, « considérant que votre pays a décidé de ne pas me donner le prix Nobel de la paix pour avoir arrêté 8 guerres PLUS, je ne me sens plus obligé de penser purement à la paix ». La phrase suivante est encore plus glaçante : « bien que cela restera toujours prédominant, je peux maintenant penser à ce qui est bon et approprié pour les États-Unis d’Amérique ».
Trump enchaîne ensuite sur le Groenland, affirmant que le Danemark ne peut pas protéger ce territoire contre la Russie ou la Chine. Il questionne même le droit de propriété danois sur l’île : « Pourquoi ont-ils un « droit de propriété » de toute façon? Il n’y a pas de documents écrits, c’est seulement qu’un bateau a atterri là il y a des centaines d’années, mais nous avions aussi des bateaux qui atterrissaient là ». Et de conclure : « Le monde n’est pas en sécurité à moins que nous ayons un contrôle complet et total du Groenland ». Contrôle complet et total. Les mots résonnent. Ils glacent.
Il y a quelque chose de profondément troublant dans cette lettre. Ce n’est pas juste de la mauvaise diplomatie. C’est le raisonnement d’un homme qui pense que le monde lui doit quelque chose. Qui croit sincèrement qu’un prix Nobel — décerné par un comité indépendant que le gouvernement norvégien ne contrôle même pas — est une offense personnelle méritant une réponse géopolitique. C’est la logique d’un narcissique blessé avec les codes nucléaires. Et ça, ça devrait terrifier tout le monde.
La confusion volontaire sur le prix Nobel
Petit rappel pour ceux qui l’auraient oublié : le prix Nobel de la paix n’est pas décerné par le gouvernement norvégien. Il est attribué par un comité de cinq personnes choisi par le parlement norvégien, mais ce comité est totalement indépendant. Le premier ministre Støre l’a d’ailleurs rappelé dans sa réponse : « J’ai clairement expliqué, y compris au président Trump, ce qui est bien connu : le prix est décerné par un comité Nobel indépendant et non par le gouvernement norvégien ». Le prix Nobel de la paix 2025 a été attribué à María Corina Machado, leader de l’opposition vénézuélienne. Elle l’a d’ailleurs symboliquement offert à Trump la semaine dernière — un geste que le président a accepté en déclarant qu’il comptait le garder, même si le comité Nobel a précisé que le prix ne peut être ni révoqué, ni transféré, ni partagé.
Mais Trump refuse cette réalité. Dans une interview avec NBC News le lundi suivant, il a réaffirmé : « La Norvège contrôle totalement le prix malgré ce qu’ils disent ». Cette obstination dans l’erreur factuelle est révélatrice. Le président des États-Unis soit ne comprend pas comment fonctionne le prix Nobel, soit il s’en fiche éperdument. Dans les deux cas, c’est problématique. Quand on lui a demandé s’il utiliserait la force militaire pour s’emparer du Groenland, sa réponse a été glaçante : « Pas de commentaire ».
Section 3 : Le Groenland — l'obsession qui divise l'OTAN
Une fixation qui remonte à son premier mandat
L’obsession de Trump pour le Groenland n’est pas nouvelle. Déjà lors de son premier mandat en 2019, il avait évoqué l’idée d’acheter ce territoire autonome danois. L’idée avait été accueillie avec une stupéfaction polie par le Danemark et le reste du monde. Mais cette fois, c’est différent. Trump ne se contente plus de flotter l’idée. Il menace. Il punit. Il impose des tarifs douaniers contre des alliés de longue date. Il suggère que la force militaire pourrait être une option. Le samedi 18 janvier, il a annoncé sur Truth Social que huit pays de l’OTAN — le Danemark, la Norvège, la Suède, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Finlande — seraient frappés de tarifs de 10% à partir du 1er février.
La raison invoquée? Ces pays ont envoyé des troupes au Groenland pour participer à l’opération Arctic Endurance, un exercice militaire danois de routine. Pour Trump, c’est une provocation. Pour le reste du monde, c’est simplement l’OTAN qui fait son travail. « Ces pays, qui jouent à ce jeu très dangereux, ont mis en jeu un niveau de risque qui n’est ni tenable ni durable », a écrit le président. Les dirigeants européens ont répondu d’une seule voix : les tarifs sont « inacceptables », constituent du « chantage », et menacent « une spirale descendante dangereuse ».
Imaginez un instant. Vous êtes citoyen danois, français, allemand. Votre pays est allié des États-Unis depuis plus de 75 ans. Vos grands-parents ont peut-être combattu ensemble pendant la Seconde Guerre mondiale. Votre pays a invoqué l’article 5 de l’OTAN après le 11 septembre — la seule fois dans l’histoire où cet article a été activé. Et maintenant, le président américain vous traite en ennemi parce que vous avez fait des exercices militaires dans l’Arctique. Parce qu’il veut votre île. Comment peut-on encore parler d’alliance après ça?
L’Europe unie face à la menace
La réponse européenne a été remarquablement coordonnée. Le dimanche 19 janvier, les dirigeants des huit pays ciblés ont publié une déclaration commune condamnant les menaces américaines. « En tant que membres de l’OTAN, nous sommes engagés à renforcer la sécurité arctique comme un intérêt transatlantique partagé », ont-ils écrit. « L’exercice danois pré-coordonné « Arctic Endurance » répond à cette nécessité. Il ne représente une menace pour personne ». Le président du Conseil européen Antonio Costa a convoqué un sommet extraordinaire pour le jeudi suivant. L’Union européenne envisage même d’utiliser son « instrument anti-coercition » — un outil de représailles commerciales jamais utilisé — contre les États-Unis.
Le premier ministre britannique Keir Starmer a été inhabituellement direct : « Appliquer des tarifs sur des alliés pour avoir poursuivi la sécurité collective des alliés de l’OTAN est complètement faux ». Le président français Emmanuel Macron a déclaré qu’« aucune intimidation ni menace ne nous influencera ». Le chancelier allemand Friedrich Merz a averti que si les pays européens sont « confrontés à des tarifs que nous considérons déraisonnables, alors nous sommes capables de répondre ». Même le premier ministre canadien Mark Carney s’est joint au concert : « Le Canada soutient les principes de souveraineté et d’intégrité territoriale universellement, y compris en ce qui concerne le Groenland et le Royaume du Danemark ».
Section 4 : Le 25e amendement — l'arme constitutionnelle de dernier recours
Ce que dit vraiment la Constitution
Le 25e amendement a été ratifié le 10 février 1967, quatre ans après l’assassinat du président Kennedy. Il clarifie la succession présidentielle et établit des procédures pour remplacer un président ou un vice-président décédé, démissionnaire ou incapable d’exercer ses fonctions. La section 4, celle qui nous concerne ici, est la plus dramatique. Elle stipule que si le vice-président et une majorité du cabinet (ou d’un autre organisme désigné par le Congrès) déclarent par écrit que le président est « incapable d’exercer les pouvoirs et les devoirs de sa charge », le vice-président assume immédiatement les fonctions de président par intérim.
Le président peut contester cette déclaration. S’il le fait, le vice-président et le cabinet ont quatre jours pour maintenir leur position. Le Congrès doit alors trancher dans les 21 jours. Si les deux tiers de la Chambre des représentants et du Sénat votent pour confirmer l’incapacité du président, le vice-président reste en fonction. C’est un processus lourd, complexe, conçu pour être utilisé seulement dans les circonstances les plus graves. Le sénateur Birch Bayh, principal auteur de l’amendement, avait déclaré à son équipe que la section 4 ne devrait être invoquée que « si le président était fou comme un gâteau aux fruits. La maladie mentale, purement et simplement, est le seul moment où cette disposition serait utilisée ».
Relisez cette phrase. « Fou comme un gâteau aux fruits ». C’est l’expression exacte utilisée par le père du 25e amendement pour décrire le seuil d’invocation. Et maintenant, regardez cette lettre. Un président qui menace la paix mondiale parce qu’il n’a pas reçu un prix. Qui impose des sanctions économiques à ses propres alliés parce qu’ils font des exercices militaires. Qui refuse de dire s’il utilisera la force contre une démocratie occidentale. À vous de juger si le seuil est atteint.
Pourquoi ça n’arrivera probablement pas
Soyons réalistes. Malgré les appels de Markey et d’autres, l’invocation du 25e amendement reste extrêmement improbable. Voici pourquoi. La section 4 requiert l’accord du vice-président JD Vance — un loyaliste de Trump âgé de 41 ans qui doit toute sa carrière politique au président. Elle requiert également une majorité du cabinet, composé de fidèles triés sur le volet : la procureure générale Pam Bondi, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth, la secrétaire à la Sécurité intérieure Kristi Noem. Ces gens ne vont pas se retourner contre leur patron. Aucun membre du cabinet n’a d’ailleurs signalé la moindre intention de retirer le président de ses fonctions.
Même si, par miracle, le vice-président et le cabinet agissaient, Trump contesterait certainement la déclaration. Le Congrès devrait alors voter aux deux tiers dans les deux chambres. Avec une Chambre des représentants composée de 218 républicains contre 213 démocrates, et un Sénat solidement républicain, les chances d’atteindre ce seuil sont quasi nulles. Ce n’est pas après le 6 janvier 2021 que le mécanisme a été utilisé. Ce n’est pas maintenant qu’il le sera. Le système est conçu pour être presque impossible à activer — et avec un parti républicain totalement acquis à Trump, il l’est encore plus.
Section 5 : Les précédents historiques — quand l'amendement a failli être invoqué
Reagan et l’ombre d’Alzheimer
Le 25e amendement n’a jamais été utilisé pour retirer un président de ses fonctions, mais il est passé proche à plusieurs reprises. Le cas le plus documenté est celui de Ronald Reagan. En mars 1981, après la tentative d’assassinat qui l’a gravement blessé, le Dr Daniel Ruge, médecin du président, a reconnu plus tard avoir commis une erreur en ne faisant pas invoquer la section 3 (transfert volontaire de pouvoir) pendant que Reagan était sous anesthésie générale en soins intensifs. Le sénateur Birch Bayh lui-même a écrit en 1995 que la section 4 aurait dû être invoquée.
Plus troublant encore, les conseillers de Reagan auraient envisagé d’invoquer l’amendement pendant une période de comportement erratique et d’inattention suite au scandale Iran-Contra. Ils ne l’ont jamais fait. Reagan a été diagnostiqué avec la maladie d’Alzheimer cinq ans après avoir quitté ses fonctions. La question hante encore les historiens : à quel moment le déclin cognitif avait-il commencé? Aurait-il fallu agir plus tôt? Ces questions résonnent aujourd’hui avec une acuité nouvelle.
L’ironie est cruelle. En 1987, des conseillers républicains ont envisagé le 25e amendement pour un président qu’ils soupçonnaient de déclin cognitif. En 2024, des républicains ont demandé à Kamala Harris d’invoquer l’amendement contre Joe Biden après qu’un rapport l’ait décrit comme « un homme âgé bien intentionné avec une mauvaise mémoire ». Mais face à Trump — un président qui menace ses alliés parce qu’il n’a pas eu un prix, qui veut envahir un territoire allié, qui refuse de garantir qu’il n’utilisera pas la force — silence radio. Où sont-ils maintenant, ces défenseurs de la Constitution?
L’après 6 janvier 2021
Le précédent le plus récent date du 6 janvier 2021, quand une foule de partisans de Trump a envahi le Capitole pour interrompre la certification des résultats électoraux. Ce jour-là, selon plusieurs sources, des membres du cabinet ont envisagé de demander au vice-président Mike Pence d’invoquer la section 4. La présidente de la Chambre Nancy Pelosi, réticente à l’idée d’un second impeachment, a demandé à Pence d’accepter d’invoquer le 25e amendement comme mesure disciplinaire alternative. Pence a refusé. Trump a finalement été mis en accusation par la Chambre, mais le Sénat a refusé de le condamner alors qu’il quittait ses fonctions.
Cinq ans plus tard, nous revoilà. Les appels au 25e amendement reprennent. Les circonstances sont différentes — pas d’insurrection cette fois, mais une menace directe contre des alliés. Le résultat sera probablement le même : beaucoup de bruit, peu d’action. Mais quelque chose a changé dans le ton. La fatigue est palpable. L’indignation aussi. Et peut-être, pour la première fois, une forme de désespoir face à l’impuissance du système.
Section 6 : Les voix républicaines dissidentes — fissures dans le mur
Quand même les alliés de Trump s’inquiètent
Ce qui rend la situation actuelle différente, c’est que les critiques ne viennent pas seulement des démocrates. Des voix républicaines s’élèvent aussi, timidement mais réellement. La sénatrice Lisa Murkowski de l’Alaska a qualifié les tarifs de Trump d’« inutiles, punitifs et une erreur profonde ». « Cette réponse à nos propres alliés pour avoir envoyé un petit nombre de troupes au Groenland pour l’entraînement est mauvaise pour l’Amérique, mauvaise pour les entreprises américaines et mauvaise pour les alliés de l’Amérique », a-t-elle écrit. Le sénateur Thom Tillis de Caroline du Nord, républicain, s’est joint à elle dans une déclaration bipartisane avec la sénatrice démocrate Jeanne Shaheen.
Le sénateur Rand Paul du Kentucky, pourtant souvent aligné avec Trump, a révélé sur Meet the Press que l’effort d’acquisition du Groenland n’a pratiquement aucun soutien républicain : « Sur les pouvoirs de guerre, ou sur l’invasion militaire du Groenland, je n’ai entendu parler d’aucun soutien républicain pour cela ». Le représentant Don Bacon du Nebraska a qualifié les menaces de Trump contre les pays de l’OTAN de « honteuses ». Ces fissures sont petites, mais elles existent. Elles montrent que même au sein du parti de Trump, l’inquiétude grandit.
Vous savez ce qui me frappe? Ces républicains qui osent critiquer ne demandent pas le 25e amendement. Ils ne demandent pas l’impeachment. Ils disent juste que les tarifs sont une mauvaise idée. C’est ça, le courage politique en 2026. Dire qu’une politique économique est « malheureuse ». Pas qu’un président qui menace la paix mondiale est dangereux. Pas qu’un homme qui ne fait plus la différence entre un comité Nobel et un gouvernement devrait peut-être pas avoir accès aux codes nucléaires. Juste que les tarifs, c’est pas super. L’histoire jugera cette lâcheté.
L’opinion publique américaine
Si les élus républicains restent largement silencieux, l’opinion publique américaine semble plus claire. Selon un sondage CNN/SSRS récent, trois quarts des Américains s’opposent à ce que les États-Unis tentent de prendre le contrôle du Groenland. Un sondage Reuters/Ipsos montre que moins d’un répondant sur cinq soutient l’idée d’acquérir le territoire. Même parmi les républicains, l’enthousiasme est tiède. Le problème, c’est que l’opposition populaire ne se traduit pas en pression politique. Les électeurs de Trump restent fidèles. Les élus républicains restent silencieux. Et la machine continue de tourner.
Les manifestations au Groenland ont attiré l’attention internationale. Le samedi 18 janvier, à Nuuk, la capitale, des milliers de Groenlandais — près d’un tiers de la population de la ville — ont bravé des températures glaciales, la pluie et des rues verglacées pour marcher en soutien à leur autonomie. Le premier ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen a déclaré que les menaces de tarifs ne changeraient pas leur position. « Le Groenland n’est pas à vendre », répètent-ils. Mais face à la puissance américaine, que peuvent faire 56 000 habitants d’une île de glace?
Section 7 : Les conséquences géopolitiques — un monde qui regarde avec effroi
La Russie et la Chine jubilent
Pendant que l’OTAN se déchire, Moscou et Pékin observent avec satisfaction. Kaja Kallas, cheffe de la politique étrangère de l’Union européenne, a parfaitement résumé la situation : « La Chine et la Russie doivent avoir une journée de rêve. Ce sont eux qui bénéficient des divisions entre alliés. Si la sécurité du Groenland est menacée, nous pouvons régler cela au sein de l’OTAN ». Ironie suprême, Trump justifie son obsession pour le Groenland en invoquant la menace russe et chinoise. Mais sa méthode — menacer et punir ses alliés — fait exactement le jeu de ces adversaires.
Le sénateur démocrate Mark Warner, vice-président du Comité du renseignement du Sénat, a d’ailleurs qualifié de « fictives » les menaces russes et chinoises sur le Groenland. La réalité est que les États-Unis opèrent déjà la base spatiale de Pituffik sur le territoire, et que Nuuk a signalé sa volonté de négocier une présence américaine élargie. La sécurité arctique peut être renforcée dans le cadre de l’OTAN, sans annexion, sans tarifs, sans menaces. Mais ce n’est pas ce que Trump veut. Il veut le « contrôle complet et total ».
C’est là que réside toute l’absurdité de cette crise. Trump dit vouloir protéger l’Occident contre la Russie et la Chine. Mais ses actions — diviser l’OTAN, punir les alliés, menacer d’invasion — sont exactement ce que Poutine et Xi rêvent de voir. C’est comme si un pompier arrosait sa propre maison d’essence en prétendant combattre un incendie chez le voisin. À un moment donné, il faut se demander si l’incompétence explique tout, ou s’il y a autre chose.
L’avenir de l’OTAN en jeu
Les dirigeants européens l’ont dit clairement : toute tentative américaine de prendre le Groenland par la force signerait la fin de l’OTAN. L’alliance, fondée en 1949, repose sur le principe que l’attaque contre un membre est une attaque contre tous. Si les États-Unis attaquent un territoire danois — membre de l’alliance — le pacte n’a plus de sens. Le secrétaire adjoint au Trésor Scott Bessent a affirmé sur CBS qu’il serait « très imprudent » pour l’Europe de riposter aux menaces de Trump. Mais l’Europe a peu de choix. Se soumettre, c’est mourir lentement. Résister, c’est risquer l’explosion.
Le secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte a rencontré Trump et annoncé une réunion des « diverses parties » à Davos. Le chancelier Merz et le premier ministre norvégien Støre prévoient d’y rencontrer Trump. Mais le rapport de forces est inégal. Trump a le pouvoir. L’Europe n’a que des mots. Et pour l’instant, les mots ne suffisent pas.
Section 8 : La question de la santé mentale — le tabou américain
Ce que les professionnels disent (et ne disent pas)
La représentante Yassamin Ansari a été la plus directe : Trump est « extrêmement malade mentalement ». Sur les réseaux sociaux, les commentaires sont encore plus crus. « C’est une maladie mentale », écrit un utilisateur. « Les mots d’un fou furieux », commente un autre. Mais le diagnostic à distance est problématique. La règle Goldwater, adoptée par l’Association américaine de psychiatrie en 1973, interdit aux psychiatres de donner une opinion professionnelle sur une personnalité publique qu’ils n’ont pas examinée. Le débat sur la santé mentale de Trump reste donc largement amateur.
Ce qui est certain, c’est que le comportement du président s’éloigne de plus en plus des normes diplomatiques. Sa nièce Mary Trump, psychologue et autrice, a exhorté l’Europe à « riposter » face aux menaces de son oncle. « Je suis tellement fatiguée de la stratégie échouée de négociation et d’apaisement. Ça ne fait que lui donner du pouvoir », a-t-elle écrit. Son analyse, bien que partisane, rejoint celle de nombreux observateurs : Trump interprète la conciliation comme une faiblesse et redouble d’agressivité quand on lui cède.
On marche sur des œufs. Dire qu’un président est « fou » est politiquement dangereux. Médicalement irresponsable sans examen. Légalement risqué. Mais regardons les faits. Un homme qui pense qu’un pays lui a volé un prix. Qui veut envahir un allié. Qui punit économiquement ses partenaires. Qui refuse de distinguer un comité indépendant d’un gouvernement. À quel moment a-t-on le droit de poser la question? À quel moment le silence devient-il complicité?
Le précédent Biden
En février 2024, des républicains ont demandé à Kamala Harris d’invoquer le 25e amendement contre Joe Biden après qu’un rapport du conseiller spécial l’ait décrit comme « un homme âgé bien intentionné avec une mauvaise mémoire ». Biden avait 81 ans. Trump aura 82 ans à la fin de son mandat en janvier 2029. Si l’âge et la mémoire étaient des critères suffisants pour les républicains il y a deux ans, pourquoi ne le sont-ils plus maintenant? La réponse est évidente : le 25e amendement a toujours été un outil politique plus qu’un mécanisme de protection constitutionnelle. On l’invoque contre ses adversaires, jamais contre les siens.
La dernière utilisation réelle de l’amendement remonte à novembre 2021, quand Biden a temporairement transféré ses pouvoirs à Harris pendant 85 minutes — le temps d’une coloscopie. C’est la section 3, le transfert volontaire. La section 4, le retrait forcé, reste un fantôme constitutionnel. Un spectre qu’on brandit sans jamais l’invoquer.
Section 9 : Et maintenant? — les scénarios possibles
Le plus probable : rien ne change
Soyons honnêtes. Le scénario le plus probable est que rien ne change. Les démocrates vont continuer à demander le 25e amendement. Les républicains vont continuer à l’ignorer. Trump va continuer à menacer. L’Europe va continuer à protester. Et le monde va s’habituer à cette nouvelle normalité où le président des États-Unis peut dire n’importe quoi sans conséquence. Les tarifs entreront en vigueur le 1er février. Les négociations s’éterniseront. Le Groenland restera danois, mais la tension restera haute.
Le danger, c’est l’escalade. Trump a refusé de dire s’il utiliserait la force. Son conseiller Stephen Miller a déclaré que « la puissance militaire brute a été le facteur décisif dans le contrôle territorial pendant 500 ans ». Ces mots ne sont pas anodins. Si Trump se sent acculé, si l’Europe résiste trop, si les négociations échouent… personne ne sait vraiment jusqu’où il est prêt à aller. Et c’est précisément ce qui rend cette crise si terrifiante.
On en est là. À se demander si le président des États-Unis va envahir un allié de l’OTAN. À calculer les probabilités d’une guerre entre démocraties occidentales. À regarder les sondages pour savoir si les Américains soutiennent l’annexion d’un territoire étranger. C’est 2026, pas 1926. On est censés avoir évolué. On est censés avoir appris. Mais apparemment, l’histoire ne se répète pas — elle bégaie.
L’alternative : l’électrochoc démocratique
Il existe une autre voie. Les élections de mi-mandat de novembre 2026 pourraient changer la donne. Si les démocrates reprennent la Chambre, l’impeachment devient possible. Pas le 25e amendement — ça requiert le cabinet — mais l’impeachment, lui, ne dépend que du Congrès. La Chambre peut mettre en accusation à majorité simple. Le Sénat condamne aux deux tiers. Avec une Chambre démocrate et quelques républicains dissidents au Sénat… c’est improbable, mais pas impossible. Surtout si Trump continue sur cette trajectoire.
L’autre espoir réside dans les institutions. Les tribunaux pourraient limiter les pouvoirs de Trump sur les tarifs. La Cour suprême examine actuellement la légalité de certains décrets présidentiels. Le Congrès pourrait voter des résolutions limitant les pouvoirs de guerre. Le sénateur Tim Kaine a déjà évoqué une nouvelle résolution pour encadrer l’usage de la force concernant le Groenland. Ce ne sont pas des solutions miracles. Mais ce sont des freins. Et en ce moment, les freins sont tout ce qui reste entre la démocratie américaine et le précipice.
Conclusion : La démocratie à l'épreuve du feu
Ce que cette crise révèle
Au fond, cette crise du Groenland et du 25e amendement révèle quelque chose de plus profond que la personnalité d’un seul homme. Elle révèle la fragilité des garde-fous constitutionnels américains. Le 25e amendement existe depuis près de 60 ans. Il n’a jamais été utilisé pour retirer un président. Il ne le sera probablement jamais. Parce que le système est conçu pour protéger le pouvoir, pas pour le limiter. Parce que les partis sont plus loyaux à leurs chefs qu’à leur pays. Parce que la norme est devenue l’exception et l’exception est devenue la norme.
Ed Markey a raison de demander le 25e amendement. Sur le fond, il a raison. Un président qui menace la paix mondiale parce qu’il n’a pas reçu un prix est inapte à gouverner. Mais avoir raison ne suffit pas. Pas dans un système où le pouvoir prime sur la vérité. Pas dans un monde où les faits alternatifs ont remplacé les faits tout court. Markey crie dans le vide. Et le vide lui répond par le silence.
Je termine cette chronique avec un sentiment étrange. Pas de la colère — j’en ai eu assez pour plusieurs vies. Pas de la tristesse — on s’habitue à tout, même à l’effondrement. Non, c’est autre chose. Une sorte de vertige face au vide. Ce vide où les institutions censées nous protéger s’avèrent creuses. Où les hommes censés servir ne servent qu’eux-mêmes. Où les mots comme « démocratie », « alliance », « constitution » sonnent de plus en plus creux. Le sénateur Markey a demandé le 25e amendement. Le président Trump a menacé ses alliés. Le monde a regardé. Et demain? Demain, on recommencera. Jusqu’à quand? Jusqu’à ce qu’il soit trop tard? Ou jusqu’à ce qu’on décide, collectivement, que c’est assez? La réponse ne dépend pas de Trump. Elle ne dépend pas de Markey. Elle dépend de nous. De vous. De chacun d’entre nous qui lit ces lignes et se demande : est-ce que je peux encore faire quelque chose? La réponse est oui. Toujours oui. Mais le temps presse. Le temps presse terriblement.
Encadré de transparence du chroniqueur
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur. Je suis analyste, observateur des dynamiques géopolitiques et commerciales qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à anticiper les virages que prennent nos dirigeants. Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel. Je prétends à la lucidité, à l’analyse sincère, à la compréhension profonde des enjeux qui nous concernent tous.
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et commentaires interprétatifs. Les informations factuelles présentées dans cet article proviennent de sources officielles et vérifiables, notamment les communiqués gouvernementaux, les déclarations officielles des dirigeants politiques, les rapports d’agences de presse internationales reconnues telles que Reuters, Bloomberg, ABC News, NBC News, PBS, NPR, Associated Press, Agence France-Presse, ainsi que les données d’organisations internationales.
Les analyses et interprétations présentées représentent une synthèse critique basée sur les informations disponibles. Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser, de leur donner un sens. Toute évolution ultérieure pourrait modifier les perspectives présentées ici.
Sources
Sources primaires
HuffPost – U.S. Senator Says It About Trump: ‘Invoke The 25th Amendment’ (19 janvier 2026)
Washington Examiner – Ed Markey calls to ‘invoke the 25th Amendment’ (19 janvier 2026)
PBS NewsHour – Norwegian leader says he received Trump message (20 janvier 2026)
TIME – Trump Threatens No Need ‘To Think Purely of Peace’ (19 janvier 2026)
NPR – Trump says he’s pursuing Greenland after perceived Nobel Peace Prize snub (19 janvier 2026)
Sources secondaires
NBC News – Trump hits 8 U.S. allies with tariffs in push for Greenland deal (18 janvier 2026)
ABC News – Trump announces tariffs on NATO allies for opposing US control of Greenland (18 janvier 2026)
CNN – Trump threatens new tariffs on European allies over Greenland (17 janvier 2026)
CBS News – Trump escalates Greenland standoff with allies (20 janvier 2026)
NPR – European leaders warn Trump’s Greenland tariffs threaten ‘dangerous downward spiral’ (18 janvier 2026)
Bloomberg – Trump Links Greenland Threats to Nobel Peace Prize Snub (19 janvier 2026)
Wikipedia – Twenty-fifth Amendment to the United States Constitution (consulté le 20 janvier 2026)
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