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74 assauts en une matinée : Pokrovsk et Huliaipole sous un déluge de feu russe
Crédit: Adobe Stock

Soixante-quatorze fois le même scénario depuis l’aube

Le 22 janvier 2026, les premiers rayons du soleil n’ont pas encore dissipé la brume hivernale que déjà, le long de la ligne de front ukrainienne, les combats reprennent avec une violence méthodique. Soixante-quatorze affrontements enregistrés depuis l’aube. Soixante-quatorze fois, des hommes se sont retrouvés face à face dans la boue glacée, dans les tranchées éventrées, dans les ruines encore fumantes de ce qui fut autrefois des villages paisibles. Ce chiffre, froid et administratif dans les rapports de l’État-major ukrainien, cache une réalité que les statistiques ne peuvent traduire: des heures d’angoisse, des décisions prises en une fraction de seconde, des vies qui basculent entre deux battements de cœur. Chaque affrontement représente des dizaines d’hommes projetés dans un enfer de feu et d’acier, où la frontière entre la vie et la mort se mesure en mètres, parfois en centimètres. Les forces ukrainiennes tiennent leurs positions, repoussent les assauts, comptent leurs pertes, réorganisent leurs défenses, puis recommencent. Encore et encore. Depuis l’aube, soixante-quatorze fois.

Mais ce chiffre matinal ne constitue qu’une fraction d’une réalité bien plus écrasante. Au cours des vingt-quatre heures précédentes, ce sont cent vingt et un affrontements qui ont secoué le front. Cent vingt et un moments où des soldats ont dû choisir entre tenir ou reculer, entre tirer ou être abattu, entre sauver un camarade ou préserver sa propre vie. L’État-major général des forces armées ukrainiennes qualifie la situation de « difficile » – un euphémisme militaire qui masque à peine l’intensité du pilonnage que subissent les défenseurs. Cette difficulté se mesure en tonnes d’explosifs déversées sur les positions, en nombre de drones kamikazes qui sillonnent le ciel à la recherche de cibles, en heures de sommeil perdues, en nerfs tendus à se rompre. La Russie maintient une pression constante, testant chaque secteur, cherchant la faille, exploitant la moindre faiblesse. Et face à cette machine de guerre implacable, les défenseurs ukrainiens tiennent bon, jour après jour, nuit après nuit, affrontement après affrontement.

Cette accumulation de combats dessine une stratégie russe claire: épuiser les défenseurs par une succession ininterrompue d’assauts. Pas de répit. Pas de pause. Juste une pression continue qui use les hommes, consomme les munitions, érode le moral. Les forces russes savent que chaque soldat ukrainien qui repousse un assaut à l’aube sera légèrement plus fatigué pour le suivant dans l’après-midi, puis pour celui du soir, puis pour celui de la nuit. Cette guerre d’attrition transforme le front en un gigantesque broyeur humain où la résistance se mesure non plus en victoires tactiques mais en capacité à endurer. Les commandants ukrainiens doivent jongler avec des ressources limitées, déplacer les troupes d’un secteur menacé à un autre, rationner le repos, gérer l’épuisement. Chaque affrontement repoussé est une victoire, certes, mais aussi un pas de plus vers l’épuisement collectif. Et pendant ce temps, les chiffres continuent de grimper: soixante-quatorze depuis l’aube, cent vingt et un sur vingt-quatre heures, des milliers depuis le début de cette offensive.

Le déluge de feu qui précède l’assaut

Avant même que les fantassins russes ne se lancent à l’assaut des positions ukrainiennes, le ciel se transforme en enfer. Les données compilées par l’État-major ukrainien pour les dernières vingt-quatre heures donnent le vertige: deux frappes de missiles utilisant quatre missiles balistiques ou de croisière, soixante-dix frappes aériennes larguant quatre-vingt-dix bombes guidées, et surtout, surtout, plus de six mille tirs d’artillerie dont cent cinquante et un provenant de lance-roquettes multiples. Six mille. Ce chiffre mérite qu’on s’y attarde. Six mille obus qui sifflent dans l’air glacé de janvier, six mille impacts qui éventrent la terre, pulvérisent les fortifications, transforment les abris en tombeaux. Chaque obus représente plusieurs kilos d’explosifs conçus pour tuer, mutiler, terroriser. Multipliez par six mille et vous obtenez une quantité d’énergie destructrice qui défie l’imagination. Les artilleurs russes travaillent méthodiquement, secteur par secteur, coordonnées par coordonnées, transformant le front en un paysage lunaire où plus rien ne pousse, où plus rien ne vit.

Mais l’artillerie traditionnelle, aussi massive soit-elle, ne constitue qu’une partie de l’arsenal déployé. Le ciel ukrainien est désormais peuplé d’une menace nouvelle, silencieuse et omniprésente: les drones kamikazes. Au cours de cette même période de vingt-quatre heures, les forces russes ont lancé deux mille huit cent quatre-vingt-dix-neuf drones suicides. Relisez ce chiffre. Deux mille huit cent quatre-vingt-dix-neuf. Près de trois mille engins volants programmés pour s’écraser sur leurs cibles dans une explosion dévastatrice. Ces drones, relativement bon marché à produire, permettent à la Russie de maintenir une pression constante sans exposer ses pilotes ni consommer ses stocks de missiles coûteux. Ils arrivent par vagues, à toute heure du jour et de la nuit, forçant les défenseurs ukrainiens à maintenir une vigilance permanente. Chaque bourdonnement dans le ciel peut annoncer la mort. Chaque point noir à l’horizon peut être un drone chargé d’explosifs. Cette guerre des drones transforme le quotidien des soldats en une tension permanente, un stress qui ne retombe jamais complètement.

Cette combinaison de feu artillerie-missiles-drones-bombes guidées constitue ce que les militaires appellent la « préparation d’artillerie », mais l’expression est trompeusement neutre. Il s’agit en réalité d’une tentative systématique de détruire toute capacité de résistance avant même que les fantassins n’entrent en action. Les positions ukrainiennes sont pilonnées pendant des heures, parfois des jours, jusqu’à ce que les fortifications soient réduites en gravats, que les tranchées s’effondrent, que les lignes de communication soient coupées. Puis, seulement alors, les troupes russes avancent, espérant trouver face à elles des défenseurs sonnés, désorientés, incapables de résister efficacement. Mais les Ukrainiens ont appris à survivre sous ce déluge. Ils se terrent dans des abris profonds, dispersent leurs positions, maintiennent des réserves en retrait, et quand le pilonnage cesse, ils remontent en ligne, reprennent leurs armes, et attendent l’assaut. Soixante-quatorze fois depuis l’aube, ce scénario s’est répété. Soixante-quatorze fois, ils ont tenu.

Pokrovsk, l’épicentre de la tempête

Si l’ensemble du front ukrainien subit une pression intense, un secteur concentre à lui seul la moitié des efforts russes: Pokrovsk. Au cours des dernières vingt-quatre heures, soixante et un assauts russes ont été repoussés dans ce seul secteur. Soixante et un. La moitié de tous les combats enregistrés sur l’ensemble de la ligne de front. Cette concentration d’efforts révèle l’importance stratégique que les planificateurs militaires russes accordent à cette zone. Pokrovsk n’est pas un objectif choisi au hasard. Cette ville, située dans le Donbass, constitue un nœud logistique crucial pour les forces ukrainiennes. Sa chute ouvrirait des routes vers d’autres positions défensives, fragiliserait tout un secteur du front, permettrait aux Russes de revendiquer une victoire symbolique importante. Alors ils frappent. Encore et encore. Méthodiquement. Soixante et un fois en vingt-quatre heures. Les défenseurs de Pokrovsk vivent un enfer que le reste du front ne connaît qu’à doses plus diluées. Pour eux, il n’y a pas de répit, pas de secteur calme, pas de rotation vers une zone moins exposée. Juste le combat. Permanent.

Les localités autour de Pokrovsk portent des noms qui n’évoquent rien pour la plupart des gens, mais qui résonnent comme des champs de bataille dans l’esprit des soldats: Vodiane Druhe, Zelene Pole, Yelyzavetivka, Hryshyne, Novoserhiivka, Petropavlivka, Myroliubivka, Promin, Myrnohrad. Chacun de ces villages, chacun de ces hameaux est devenu un point de friction où s’affrontent des forces considérables. Les troupes russes tentent de les encercler, de les isoler, de les prendre d’assaut. Les défenseurs ukrainiens s’accrochent à chaque maison, à chaque rue, à chaque cave transformée en bunker. Ces combats urbains sont parmi les plus meurtriers qui soient. Pas de ligne de front claire, pas de no man’s land rassurant entre les positions. Juste des hommes qui se tirent dessus à quelques mètres de distance, séparés par un mur de briques ou un tas de gravats. Les pertes sont terribles des deux côtés, mais les Russes semblent disposés à payer n’importe quel prix pour progresser, même de quelques centaines de mètres.

Cette focalisation sur Pokrovsk pose un dilemme stratégique aux commandants ukrainiens. D’un côté, ils ne peuvent pas abandonner la ville sans combat – les conséquences tactiques et morales seraient désastreuses. De l’autre, concentrer trop de ressources sur ce seul secteur risque d’affaiblir d’autres parties du front, créant des opportunités pour les Russes ailleurs. C’est précisément ce que cherche l’ennemi: fixer les réserves ukrainiennes sur Pokrovsk tout en préparant des offensives sur d’autres axes. Les Ukrainiens doivent donc maintenir un équilibre précaire, renforçant Pokrovsk suffisamment pour tenir, mais pas au point de dégarnir le reste du front. Chaque décision de renfort envoyé est un pari, chaque unité déplacée crée une vulnérabilité ailleurs. Et pendant ce temps, les assauts continuent. Soixante et un en vingt-quatre heures. Et ce n’est que le début. Les forces russes montrent tous les signes d’une offensive prolongée, pas d’un simple raid tactique. Elles sont là pour durer. Pour user. Pour vaincre.

Huliaipole, l’autre front de la fureur

Alors que Pokrovsk monopolise l’attention par le nombre d’assauts, un autre secteur du front connaît une intensité comparable, quoique différente dans sa nature: Huliaipole. Les rapports identifient cette zone comme l’un des théâtres où les assauts russes sont les plus féroces. Curieusement, les dernières vingt-quatre heures n’ont pas vu d’opérations majeures signalées dans ce secteur, ce qui suggère soit un moment de répit temporaire, soit une phase de regroupement avant une nouvelle vague d’attaques. Huliaipole occupe une position stratégique particulière dans la géographie du conflit. Située plus au sud que Pokrovsk, elle contrôle des axes de communication importants et se trouve à proximité de zones que la Russie considère comme essentielles à ses objectifs territoriaux. Les combats dans ce secteur ont historiquement été caractérisés par une grande mobilité, avec des tentatives russes de percer les lignes ukrainiennes pour exploiter en profondeur, plutôt que les combats d’attrition urbaine qui dominent autour de Pokrovsk.

L’absence d’opérations signalées lors de la dernière période ne doit pas être interprétée comme un signe de calme durable. Dans la logique de cette guerre, les périodes de relative accalmie précèdent souvent des offensives majeures. Les forces russes utilisent ces moments pour repositionner leur artillerie, accumuler des munitions, faire venir des renforts, planifier les prochains assauts. Les défenseurs ukrainiens le savent et utilisent ce répit pour renforcer leurs positions, poser de nouveaux champs de mines, creuser de nouvelles tranchées, installer des obstacles antichar. Cette pause dans les combats n’est qu’apparente – en réalité, les deux camps se préparent fébrilement pour la prochaine phase. Le silence des armes n’est que temporaire, et chacun sait qu’il sera brisé, probablement sous peu, par une nouvelle vague d’assauts aussi violente que les précédentes. Huliaipole reste un point chaud du front, même quand les combats semblent s’y être momentanément apaisés.

La férocité des assauts précédents dans le secteur de Huliaipole a laissé des traces profondes. Les villages environnants sont dévastés, les infrastructures civiles détruites, la population locale soit évacuée, soit terrée dans des caves sans chauffage ni électricité. Les soldats ukrainiens qui défendent ce secteur ont développé une expertise particulière dans la guerre mobile, sachant quand tenir une position et quand se replier tactiquement pour éviter l’encerclement. Ils ont appris à lire le terrain, à anticiper les mouvements

Sources

Sources primaires

Ukrinform – Article source (21/01/2026)

Ukrinform – Rapport de situation du front ukrainien (22 janvier 2026)

État-major général des Forces armées ukrainiennes – Mise à jour opérationnelle quotidienne (22 janvier 2026)

Ministère de la Défense ukrainien – Communiqué sur la situation au front (22 janvier 2026)

Institute for the Study of War (ISW) – Analyse de l’évolution du front Est (22 janvier 2026)

Sources secondaires

Reuters – Dépêche sur les combats dans le Donbass (22 janvier 2026)

BBC News – Situation militaire en Ukraine orientale (22 janvier 2026)

Le Monde – Point sur les opérations militaires ukrainiennes (22 janvier 2026)

France 24 – Intensification des combats sur le front de Pokrovsk (22 janvier 2026)

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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