Soixante-quatorze fois le même scénario depuis l’aube
Le 22 janvier 2026, les premiers rayons du soleil n’ont pas encore dissipé la brume hivernale que déjà, le long de la ligne de front ukrainienne, les combats reprennent avec une violence méthodique. Soixante-quatorze affrontements enregistrés depuis l’aube. Soixante-quatorze fois, des hommes se sont retrouvés face à face dans la boue glacée, dans les tranchées éventrées, dans les ruines encore fumantes de ce qui fut autrefois des villages paisibles. Ce chiffre, froid et administratif dans les rapports de l’État-major ukrainien, cache une réalité que les statistiques ne peuvent traduire: des heures d’angoisse, des décisions prises en une fraction de seconde, des vies qui basculent entre deux battements de cœur. Chaque affrontement représente des dizaines d’hommes projetés dans un enfer de feu et d’acier, où la frontière entre la vie et la mort se mesure en mètres, parfois en centimètres. Les forces ukrainiennes tiennent leurs positions, repoussent les assauts, comptent leurs pertes, réorganisent leurs défenses, puis recommencent. Encore et encore. Depuis l’aube, soixante-quatorze fois.
Mais ce chiffre matinal ne constitue qu’une fraction d’une réalité bien plus écrasante. Au cours des vingt-quatre heures précédentes, ce sont cent vingt et un affrontements qui ont secoué le front. Cent vingt et un moments où des soldats ont dû choisir entre tenir ou reculer, entre tirer ou être abattu, entre sauver un camarade ou préserver sa propre vie. L’État-major général des forces armées ukrainiennes qualifie la situation de « difficile » – un euphémisme militaire qui masque à peine l’intensité du pilonnage que subissent les défenseurs. Cette difficulté se mesure en tonnes d’explosifs déversées sur les positions, en nombre de drones kamikazes qui sillonnent le ciel à la recherche de cibles, en heures de sommeil perdues, en nerfs tendus à se rompre. La Russie maintient une pression constante, testant chaque secteur, cherchant la faille, exploitant la moindre faiblesse. Et face à cette machine de guerre implacable, les défenseurs ukrainiens tiennent bon, jour après jour, nuit après nuit, affrontement après affrontement.
Cette accumulation de combats dessine une stratégie russe claire: épuiser les défenseurs par une succession ininterrompue d’assauts. Pas de répit. Pas de pause. Juste une pression continue qui use les hommes, consomme les munitions, érode le moral. Les forces russes savent que chaque soldat ukrainien qui repousse un assaut à l’aube sera légèrement plus fatigué pour le suivant dans l’après-midi, puis pour celui du soir, puis pour celui de la nuit. Cette guerre d’attrition transforme le front en un gigantesque broyeur humain où la résistance se mesure non plus en victoires tactiques mais en capacité à endurer. Les commandants ukrainiens doivent jongler avec des ressources limitées, déplacer les troupes d’un secteur menacé à un autre, rationner le repos, gérer l’épuisement. Chaque affrontement repoussé est une victoire, certes, mais aussi un pas de plus vers l’épuisement collectif. Et pendant ce temps, les chiffres continuent de grimper: soixante-quatorze depuis l’aube, cent vingt et un sur vingt-quatre heures, des milliers depuis le début de cette offensive.
Le déluge de feu qui précède l’assaut
Avant même que les fantassins russes ne se lancent à l’assaut des positions ukrainiennes, le ciel se transforme en enfer. Les données compilées par l’État-major ukrainien pour les dernières vingt-quatre heures donnent le vertige: deux frappes de missiles utilisant quatre missiles balistiques ou de croisière, soixante-dix frappes aériennes larguant quatre-vingt-dix bombes guidées, et surtout, surtout, plus de six mille tirs d’artillerie dont cent cinquante et un provenant de lance-roquettes multiples. Six mille. Ce chiffre mérite qu’on s’y attarde. Six mille obus qui sifflent dans l’air glacé de janvier, six mille impacts qui éventrent la terre, pulvérisent les fortifications, transforment les abris en tombeaux. Chaque obus représente plusieurs kilos d’explosifs conçus pour tuer, mutiler, terroriser. Multipliez par six mille et vous obtenez une quantité d’énergie destructrice qui défie l’imagination. Les artilleurs russes travaillent méthodiquement, secteur par secteur, coordonnées par coordonnées, transformant le front en un paysage lunaire où plus rien ne pousse, où plus rien ne vit.
Mais l’artillerie traditionnelle, aussi massive soit-elle, ne constitue qu’une partie de l’arsenal déployé. Le ciel ukrainien est désormais peuplé d’une menace nouvelle, silencieuse et omniprésente: les drones kamikazes. Au cours de cette même période de vingt-quatre heures, les forces russes ont lancé deux mille huit cent quatre-vingt-dix-neuf drones suicides. Relisez ce chiffre. Deux mille huit cent quatre-vingt-dix-neuf. Près de trois mille engins volants programmés pour s’écraser sur leurs cibles dans une explosion dévastatrice. Ces drones, relativement bon marché à produire, permettent à la Russie de maintenir une pression constante sans exposer ses pilotes ni consommer ses stocks de missiles coûteux. Ils arrivent par vagues, à toute heure du jour et de la nuit, forçant les défenseurs ukrainiens à maintenir une vigilance permanente. Chaque bourdonnement dans le ciel peut annoncer la mort. Chaque point noir à l’horizon peut être un drone chargé d’explosifs. Cette guerre des drones transforme le quotidien des soldats en une tension permanente, un stress qui ne retombe jamais complètement.
Cette combinaison de feu artillerie-missiles-drones-bombes guidées constitue ce que les militaires appellent la « préparation d’artillerie », mais l’expression est trompeusement neutre. Il s’agit en réalité d’une tentative systématique de détruire toute capacité de résistance avant même que les fantassins n’entrent en action. Les positions ukrainiennes sont pilonnées pendant des heures, parfois des jours, jusqu’à ce que les fortifications soient réduites en gravats, que les tranchées s’effondrent, que les lignes de communication soient coupées. Puis, seulement alors, les troupes russes avancent, espérant trouver face à elles des défenseurs sonnés, désorientés, incapables de résister efficacement. Mais les Ukrainiens ont appris à survivre sous ce déluge. Ils se terrent dans des abris profonds, dispersent leurs positions, maintiennent des réserves en retrait, et quand le pilonnage cesse, ils remontent en ligne, reprennent leurs armes, et attendent l’assaut. Soixante-quatorze fois depuis l’aube, ce scénario s’est répété. Soixante-quatorze fois, ils ont tenu.
Pokrovsk, l’épicentre de la tempête
Si l’ensemble du front ukrainien subit une pression intense, un secteur concentre à lui seul la moitié des efforts russes: Pokrovsk. Au cours des dernières vingt-quatre heures, soixante et un assauts russes ont été repoussés dans ce seul secteur. Soixante et un. La moitié de tous les combats enregistrés sur l’ensemble de la ligne de front. Cette concentration d’efforts révèle l’importance stratégique que les planificateurs militaires russes accordent à cette zone. Pokrovsk n’est pas un objectif choisi au hasard. Cette ville, située dans le Donbass, constitue un nœud logistique crucial pour les forces ukrainiennes. Sa chute ouvrirait des routes vers d’autres positions défensives, fragiliserait tout un secteur du front, permettrait aux Russes de revendiquer une victoire symbolique importante. Alors ils frappent. Encore et encore. Méthodiquement. Soixante et un fois en vingt-quatre heures. Les défenseurs de Pokrovsk vivent un enfer que le reste du front ne connaît qu’à doses plus diluées. Pour eux, il n’y a pas de répit, pas de secteur calme, pas de rotation vers une zone moins exposée. Juste le combat. Permanent.
Les localités autour de Pokrovsk portent des noms qui n’évoquent rien pour la plupart des gens, mais qui résonnent comme des champs de bataille dans l’esprit des soldats: Vodiane Druhe, Zelene Pole, Yelyzavetivka, Hryshyne, Novoserhiivka, Petropavlivka, Myroliubivka, Promin, Myrnohrad. Chacun de ces villages, chacun de ces hameaux est devenu un point de friction où s’affrontent des forces considérables. Les troupes russes tentent de les encercler, de les isoler, de les prendre d’assaut. Les défenseurs ukrainiens s’accrochent à chaque maison, à chaque rue, à chaque cave transformée en bunker. Ces combats urbains sont parmi les plus meurtriers qui soient. Pas de ligne de front claire, pas de no man’s land rassurant entre les positions. Juste des hommes qui se tirent dessus à quelques mètres de distance, séparés par un mur de briques ou un tas de gravats. Les pertes sont terribles des deux côtés, mais les Russes semblent disposés à payer n’importe quel prix pour progresser, même de quelques centaines de mètres.
Cette focalisation sur Pokrovsk pose un dilemme stratégique aux commandants ukrainiens. D’un côté, ils ne peuvent pas abandonner la ville sans combat – les conséquences tactiques et morales seraient désastreuses. De l’autre, concentrer trop de ressources sur ce seul secteur risque d’affaiblir d’autres parties du front, créant des opportunités pour les Russes ailleurs. C’est précisément ce que cherche l’ennemi: fixer les réserves ukrainiennes sur Pokrovsk tout en préparant des offensives sur d’autres axes. Les Ukrainiens doivent donc maintenir un équilibre précaire, renforçant Pokrovsk suffisamment pour tenir, mais pas au point de dégarnir le reste du front. Chaque décision de renfort envoyé est un pari, chaque unité déplacée crée une vulnérabilité ailleurs. Et pendant ce temps, les assauts continuent. Soixante et un en vingt-quatre heures. Et ce n’est que le début. Les forces russes montrent tous les signes d’une offensive prolongée, pas d’un simple raid tactique. Elles sont là pour durer. Pour user. Pour vaincre.
Huliaipole, l’autre front de la fureur
Alors que Pokrovsk monopolise l’attention par le nombre d’assauts, un autre secteur du front connaît une intensité comparable, quoique différente dans sa nature: Huliaipole. Les rapports identifient cette zone comme l’un des théâtres où les assauts russes sont les plus féroces. Curieusement, les dernières vingt-quatre heures n’ont pas vu d’opérations majeures signalées dans ce secteur, ce qui suggère soit un moment de répit temporaire, soit une phase de regroupement avant une nouvelle vague d’attaques. Huliaipole occupe une position stratégique particulière dans la géographie du conflit. Située plus au sud que Pokrovsk, elle contrôle des axes de communication importants et se trouve à proximité de zones que la Russie considère comme essentielles à ses objectifs territoriaux. Les combats dans ce secteur ont historiquement été caractérisés par une grande mobilité, avec des tentatives russes de percer les lignes ukrainiennes pour exploiter en profondeur, plutôt que les combats d’attrition urbaine qui dominent autour de Pokrovsk.
L’absence d’opérations signalées lors de la dernière période ne doit pas être interprétée comme un signe de calme durable. Dans la logique de cette guerre, les périodes de relative accalmie précèdent souvent des offensives majeures. Les forces russes utilisent ces moments pour repositionner leur artillerie, accumuler des munitions, faire venir des renforts, planifier les prochains assauts. Les défenseurs ukrainiens le savent et utilisent ce répit pour renforcer leurs positions, poser de nouveaux champs de mines, creuser de nouvelles tranchées, installer des obstacles antichar. Cette pause dans les combats n’est qu’apparente – en réalité, les deux camps se préparent fébrilement pour la prochaine phase. Le silence des armes n’est que temporaire, et chacun sait qu’il sera brisé, probablement sous peu, par une nouvelle vague d’assauts aussi violente que les précédentes. Huliaipole reste un point chaud du front, même quand les combats semblent s’y être momentanément apaisés.
La férocité des assauts précédents dans le secteur de Huliaipole a laissé des traces profondes. Les villages environnants sont dévastés, les infrastructures civiles détruites, la population locale soit évacuée, soit terrée dans des caves sans chauffage ni électricité. Les soldats ukrainiens qui défendent ce secteur ont développé une expertise particulière dans la guerre mobile, sachant quand tenir une position et quand se replier tactiquement pour éviter l’encerclement. Ils ont appris à lire le terrain, à anticiper les mouvements
Affrontements avant midi : la brutalité des chiffres
Soixante-quatorze combats en quelques heures
Le 22 janvier 2026, avant même que le soleil n’atteigne son zénith, l’état-major ukrainien enregistrait déjà 74 affrontements le long de la ligne de front. Soixante-quatorze. Ce chiffre, froid et administratif dans les rapports militaires, traduit une réalité d’une violence inouïe. Chaque affrontement représente des hommes face à face, des obus qui sifflent, des balles qui traversent l’air glacé de l’hiver ukrainien. Chaque chiffre cache des soldats terrés dans des tranchées gelées, des équipages de chars manœuvrant sous le feu, des fantassins progressant mètre par mètre dans un paysage dévasté. Cette cadence d’affrontements, concentrée sur quelques heures matinales, révèle l’intensité d’une offensive russe qui ne connaît ni répit ni relâche. Les forces armées ukrainiennes, selon leurs communiqués officiels, qualifient la situation de « difficile » – un euphémisme militaire qui, dans le langage sobre des états-majors, signifie une pression extrême. Cette matinée du 22 janvier s’inscrit dans une séquence plus large : au cours des 24 heures précédentes, ce sont 121 affrontements qui ont été comptabilisés, démontrant que l’aube n’a apporté aucun apaisement, bien au contraire. La Russie maintient une pression constante, cherchant à épuiser les défenseurs par une succession ininterrompue d’assauts.
Cette accumulation de combats en si peu de temps témoigne d’une stratégie d’attrition délibérée. Les forces russes ne cherchent pas nécessairement à percer immédiatement les lignes ukrainiennes, mais à user les défenseurs, à les priver de sommeil, à les contraindre à un état d’alerte permanent qui érode progressivement leur capacité de résistance. Chaque affrontement exige des ressources : munitions tirées, véhicules engagés, hommes mobilisés, ravitaillements acheminés sous le feu. Cette guerre d’usure, méthodique et implacable, vise à créer des brèches non par la force d’un coup unique, mais par l’épuisement cumulatif de milliers de coups répétés. Les commandants ukrainiens doivent jongler avec des ressources limitées, décidant où concentrer leurs réserves, quels secteurs renforcer en priorité, quels villages défendre jusqu’au bout et lesquels abandonner tactiquement. Cette pression matinale, avec ses 74 combats enregistrés avant midi, illustre parfaitement cette dynamique : l’armée russe teste simultanément de multiples points du front, cherchant les zones de faiblesse, les endroits où la défense ukrainienne pourrait céder. C’est une guerre de chiffres autant qu’une guerre de terrain.
Derrière ces statistiques se cachent des réalités humaines que les rapports militaires ne peuvent capturer. Chaque affrontement signifie des soldats qui n’ont pas dormi depuis des jours, des blessés évacués sous le feu, des morts qu’on ne peut récupérer tant que les combats se poursuivent. Les défenseurs ukrainiens, positionnés dans des fortifications souvent improvisées, font face à des vagues d’assaut successives. Certains de ces 74 combats ont duré quelques minutes – une tentative d’infiltration rapidement repoussée par l’artillerie. D’autres se sont étendus sur des heures, transformant des hameaux anonymes en champs de bataille acharnés où chaque maison, chaque cave, chaque bout de tranchée fait l’objet d’un affrontement mortel. La ligne de front, longue de plus de mille kilomètres, devient ainsi une mosaïque de micro-batailles simultanées. Pendant que des soldats combattent près de Pokrovsk, d’autres repoussent des assauts près de Huliaipole, et d’autres encore tiennent des positions dans le Donbass. Cette fragmentation du combat, cette multiplication des points chauds, constitue l’essence même de cette phase de la guerre : un conflit qui se joue simultanément sur des dizaines de théâtres locaux, chacun crucial, chacun potentiellement décisif.
L’artillerie parle : six mille frappes
Au-delà des affrontements directs entre fantassins, c’est l’artillerie qui domine le paysage sonore et destructeur de cette journée. Les données compilées par l’état-major ukrainien pour les 24 heures précédentes révèlent une intensité de feu stupéfiante : plus de 6 000 frappes d’artillerie russes, dont 151 tirs de systèmes lance-roquettes multiples. Six mille. Ce nombre dépasse l’entendement. Il signifie qu’en moyenne, toutes les quatorze secondes, un obus russe s’abattait quelque part sur les positions ukrainiennes. Cette cadence infernale transforme des secteurs entiers du front en paysages lunaires, où la terre retournée par les explosions ne connaît plus ni végétation ni structure reconnaissable. Les MLRS, ces systèmes de roquettes multiples capables de saturer une zone entière en quelques secondes, ajoutent une dimension particulièrement terrifiante à cette violence : leurs salves créent des tempêtes de feu et d’acier qui ne laissent aucune chance aux soldats pris à découvert. Cette puissance de feu massive n’est pas déployée au hasard. Elle vise à préparer les assauts d’infanterie, à détruire les fortifications ukrainiennes, à couper les voies de ravitaillement, à terroriser les défenseurs.
L’impact psychologique de cette pluie d’obus constante ne peut être sous-estimé. Les soldats ukrainiens, même dans les positions les mieux fortifiées, vivent sous la menace permanente d’une explosion qui peut survenir à tout instant. Le sifflement caractéristique d’un obus en approche, le bref moment d’attente où l’on ne sait pas où il va frapper, l’explosion assourdissante suivie du silence étrange qui précède le prochain tir – ce cycle se répète des milliers de fois par jour. Certains secteurs du front de Pokrovsk, particulièrement visés, subissent une concentration de feu telle que la terre elle-même semble vibrer en permanence. Les bunkers tremblent, la poussière retombe à peine qu’une nouvelle explosion la soulève. Les systèmes de communication sont perturbés par les ondes de choc. Les rotations de troupes, le ravitaillement en munitions, l’évacuation des blessés – toutes ces opérations essentielles deviennent des courses contre la montre mortelles, où chaque mouvement doit être calculé entre deux salves d’artillerie. Cette domination par le feu constitue l’un des avantages majeurs dont dispose encore la Russie : une capacité à produire et à tirer des quantités massives de munitions.
Face à ce déluge métallique, la défense ukrainienne doit faire preuve d’une ingéniosité constante. Les positions sont dispersées pour éviter qu’une seule salve ne décime une unité entière. Les fortifications sont enterrées profondément, renforcées par des couches successives de terre, de bois, parfois de métal récupéré. Les soldats apprennent à reconnaître le son de différents types d’obus, à estimer leur trajectoire, à plonger dans les abris au dernier moment. Les contre-batteries ukrainiennes, bien que disposant de moins de munitions, tentent de localiser et de neutraliser les pièces d’artillerie russes – un jeu mortel du chat et de la souris où chaque tir révèle une position qui doit être immédiatement abandonnée. Les 6 000 frappes enregistrées en une journée ne sont pas seulement des statistiques militaires ; elles représentent 6 000 tentatives de tuer, de détruire, de briser la volonté de résistance. Chaque obus porte en lui la possibilité d’une vie fauchée, d’un blessé qui hurlera pendant des heures avant d’être secouru, d’une position devenue intenable. Cette réalité balistique façonne chaque décision tactique, chaque mouvement de troupe, chaque instant de cette guerre.
Le ciel comme vecteur de mort
Si l’artillerie constitue la menace au sol, le ciel apporte sa propre dimension de terreur. Au cours de ces mêmes 24 heures, l’aviation russe a effectué 70 frappes aériennes, larguant 90 bombes guidées sur les positions et les villes ukrainiennes. Ces bombes, souvent d’une tonne ou plus, équipées de kits de guidage qui les transforment en armes de précision, représentent une menace qualitativement différente de l’artillerie. Là où un obus crée un cratère de quelques mètres, une bombe guidée peut pulvériser un immeuble entier, effondrer un bunker souterrain, créer une zone de destruction absolue de plusieurs dizaines de mètres de rayon. Soixante-dix frappes. Cela signifie que toutes les vingt minutes environ, un avion russe larguait sa charge mortelle quelque part en Ukraine. Ces appareils, volant souvent depuis l’espace aérien russe pour éviter les défenses antiaériennes ukrainiennes, lancent leurs bombes en trajectoire balistique, les kits de guidage ajustant leur course pour frapper avec une précision redoutable. Les cibles varient : positions militaires fortifiées, dépôts de munitions, centres de commandement, mais aussi infrastructures civiles – centrales électriques, ponts, gares – tout ce qui peut affaiblir la capacité de l’Ukraine à poursuivre la guerre.
Cette campagne aérienne s’inscrit dans une stratégie plus large de guerre totale. En frappant non seulement le front mais aussi l’arrière, la Russie cherche à briser le moral de la population ukrainienne, à créer un sentiment d’insécurité permanente, à démontrer que nulle part n’est vraiment à l’abri. Les 90 bombes guidées larguées en une seule journée représentent un investissement militaire considérable – chaque kit de guidage coûte des dizaines de milliers de dollars, chaque sortie aérienne mobilise des ressources importantes. Cette dépense témoigne de la détermination russe à utiliser sa supériorité aérienne, même limitée, pour compenser les difficultés rencontrées au sol. Les défenses antiaériennes ukrainiennes, bien que renforcées par les livraisons occidentales de systèmes Patriot et autres, ne peuvent couvrir l’intégralité du territoire. Des zones restent vulnérables, et c’est précisément là que les avions russes concentrent leurs frappes. Le rugissement des moteurs à réaction, le sifflement d’une bombe de plusieurs centaines de kilos en chute libre, puis l’explosion qui fait trembler le sol à des kilomètres à la ronde – ces séquences se répètent quotidiennement, créant un climat de terreur aérienne.
Mais la menace venue du ciel ne se limite pas aux avions pilotés. Le rapport mentionne également le déploiement de 2 899 drones kamikazes au cours de ces 24 heures. Deux mille huit cent quatre-vingt-dix-neuf. Ce chiffre, presque incroyable, illustre la transformation de la guerre moderne. Ces drones, relativement peu coûteux à produire, peuvent être lancés par centaines, saturant les défenses, cherchant des cibles d’opportunité, filmant les positions ennemies avant de s’y écraser en explosant. Certains visent des véhicules isolés, d’autres des concentrations de troupes, d’autres encore des installations logistiques. Leur nombre même constitue une arme : comment intercepter près de 3 000 drones en une journée ? Les forces ukrainiennes ont développé des tactiques de défense – brouilleurs électroniques, tirs de mitrailleuses, filets tendus – mais face à cette nuée mécanique, les pertes sont inévitables. Chaque drone qui passe les défenses peut tuer, blesser, détruire. Cette guerre des drones, ajoutée aux frappes aériennes conventionnelles et au déluge d’artillerie, crée un environnement où le ciel lui-même devient un ennemi omniprésent, où lever les yeux peut révéler une menace mortelle descendant silencieusement.
Missiles et précision stratégique
Au-delà des bombardements massifs, la Russie continue d’employer des armes de précision stratégique. Le rapport du 22 janvier mentionne 2 frappes de missiles utilisant 4 missiles au total. Ce nombre, relativement modeste comparé aux milliers d’obus et aux centaines de drones, ne doit pas tromper sur l’importance de ces frappes. Les missiles balistiques ou de croisière russes – qu’il s’agisse d’Iskander, de Kalibr ou de missiles hypersoniques Kinzhal – sont réservés à des cibles de haute valeur. Chaque missile coûte des centaines de milliers, voire des millions de dollars. Leur emploi est donc calculé, ciblé, destiné à frapper des objectifs que l’artillerie ou l’aviation ne peuvent atteindre efficacement. Il peut s’agir de centres de commandement profondément enterrés, de dépôts de munitions occidentales, de systèmes de défense antiaérienne, d’infrastructures critiques situées loin du front. Ces 4 missiles lancés en deux frappes distinctes ont probablement visé des objectifs spécifiques, identifiés par le renseignement russe comme suffisamment importants pour justifier l’emploi de ces armes coûteuses. La défense antimissile ukrainienne, bien que considérablement renforcée, ne peut garantir une interception à 100 %. Certains missiles passent, frappent,
Pokrovsk, épicentre d'une violence sans fin
Soixante et un assauts en vingt-quatre heures
Le secteur de Pokrovsk concentre à lui seul la moitié de l’intensité des combats sur l’ensemble du front ukrainien. Les chiffres communiqués par l’état-major ukrainien le 22 janvier 2026 ne laissent aucune place au doute : 61 assauts russes ont été repoussés dans cette zone au cours des dernières vingt-quatre heures. Cette concentration de violence sur un secteur géographiquement limité révèle une stratégie d’usure systématique. Les forces russes martèlent les positions ukrainiennes sans relâche, jour après jour, nuit après nuit. L’objectif ne semble plus être la percée rapide, mais l’épuisement progressif des défenseurs. Chaque assaut repoussé en appelle un autre, quelques heures plus tard, sur le même axe ou sur un axe voisin. Les localités visées portent des noms qui reviennent désormais quotidiennement dans les rapports militaires : Vodiane Druhe, Zelene Pole, Yelyzavetivka, Hryshyne. Ces villages, souvent réduits à quelques bâtiments encore debout, sont devenus des points d’ancrage stratégiques dans une guerre de position qui rappelle les conflits du siècle dernier. La géographie de cette région, relativement plane et agricole, offre peu d’obstacles naturels. Chaque position doit être fortifiée, chaque tranchée creusée à la main ou à l’aide de moyens mécaniques quand ils sont disponibles.
L’ampleur de cet effort offensif russe sur Pokrovsk s’explique par la valeur stratégique de ce nœud logistique. La ville contrôle plusieurs axes routiers et ferroviaires essentiels pour l’approvisionnement des forces ukrainiennes dans le Donbass. Sa perte créerait un vide opérationnel majeur, compliquant considérablement la défense des territoires situés plus à l’est. Les forces armées ukrainiennes le savent. Elles tiennent. Mais à quel prix. Chaque assaut repoussé signifie des munitions consommées, des hommes fatigués, des positions endommagées qu’il faut réparer sous le feu. La pression est constante, physique autant que psychologique. Les rotations de troupes deviennent difficiles quand l’ennemi ne cesse jamais d’attaquer. Les renforts arrivent, mais ils doivent être formés, intégrés, coordonnés avec les unités déjà en place. Pendant ce temps, les assauts russes continuent. Ils viennent par vagues, parfois espacées de quelques heures seulement. Les défenseurs dorment par tranches, jamais profondément, toujours prêts à reprendre les armes. Cette guerre d’usure ne fait pas de prisonniers psychologiques. Elle broie les nerfs autant que les corps.
Les localités de Novoserhiivka, Petropavlivka, Myroliubivka, Promin et Myrnohrad complètent la liste des points d’assaut recensés dans ce secteur. Chacun de ces noms représente un champ de bataille distinct, avec ses particularités tactiques, ses défis logistiques, ses drames humains. Les combats ne se ressemblent jamais tout à fait. Ici, l’ennemi utilise massivement l’artillerie avant de lancer l’infanterie. Là, ce sont les drones kamikazes qui ouvrent la voie, détruisant les positions de tir ukrainiennes avant que les blindés ne s’avancent. Ailleurs encore, l’assaut commence par une infiltration nocturne de petits groupes, cherchant à contourner les défenses principales. Les défenseurs ukrainiens doivent s’adapter en permanence, anticiper, réagir, tenir. Ils le font avec des moyens qui, bien que substantiels grâce à l’aide occidentale, restent limités face à la masse que peut déployer l’armée russe. Chaque obus compte. Chaque missile antiaérien est précieux. Chaque drone de reconnaissance peut faire la différence entre une embuscade réussie et une position perdue. Cette guerre se joue aussi dans les détails, dans la capacité à optimiser chaque ressource, à ne rien gaspiller, à tenir un jour de plus.
Une pression qui ne faiblit jamais
La constance de l’offensive russe sur Pokrovsk depuis des semaines révèle une volonté politique autant que militaire. Moscou a décidé que ce secteur devait tomber, quel qu’en soit le coût humain et matériel. Les pertes russes dans cette zone sont considérables, selon les estimations ukrainiennes et occidentales. Mais elles ne semblent pas freiner la machine. De nouvelles unités arrivent, remplacent celles qui ont été décimées, et l’offensive reprend. Cette capacité à absorber des pertes massives et à continuer l’effort offensif constitue l’un des atouts majeurs de l’armée russe dans ce conflit. Elle dispose d’une profondeur démographique et industrielle que l’Ukraine, malgré le soutien occidental, ne peut égaler. Cette asymétrie fondamentale pèse sur le moral des troupes ukrainiennes, même si leur détermination reste intacte. Tenir face à un ennemi qui peut se permettre de perdre dix hommes pour chaque soldat ukrainien tué exige une résilience exceptionnelle. Les défenseurs de Pokrovsk font preuve de cette résilience jour après jour. Mais personne ne sait combien de temps encore elle pourra durer.
L’appui aérien russe joue un rôle croissant dans cette offensive. Les 70 frappes aériennes enregistrées sur l’ensemble du front en vingt-quatre heures, avec 90 bombes guidées larguées, visent en priorité les positions ukrainiennes dans le secteur de Pokrovsk. Ces bombes, souvent de gros calibre, détruisent les fortifications, écrasent les abris, terrorisent les défenseurs. Elles préparent le terrain pour les assauts terrestres qui suivent. La défense antiaérienne ukrainienne, bien que renforcée par les livraisons occidentales de systèmes comme les Patriot ou les IRIS-T, ne peut couvrir l’ensemble du front. Elle doit prioriser la protection des villes majeures et des infrastructures critiques. Les positions de première ligne, elles, restent exposées. Les soldats apprennent à vivre sous la menace permanente d’une frappe aérienne. Ils creusent plus profond, renforcent les toits de leurs abris avec tout ce qu’ils trouvent, espèrent que la prochaine bombe tombera ailleurs. Cette vie sous terre, dans la boue et le froid de l’hiver ukrainien, use les corps et les esprits. Mais elle sauve aussi des vies.
Les 6 000 tirs d’artillerie russes enregistrés sur l’ensemble du front en une journée, dont 151 provenant de lance-roquettes multiples, s’abattent en grande partie sur le secteur de Pokrovsk. Cette densité de feu transforme le paysage. Les arbres qui tenaient encore debout sont déchiquetés. Les routes deviennent des cratères successifs. Les champs sont labourés par l’acier et l’explosif. Dans cet environnement lunaire, les mouvements de troupes deviennent extrêmement périlleux. Chaque déplacement doit être planifié, chronométré, exécuté rapidement. Les véhicules se déplacent de nuit, tous feux éteints, guidés par des conducteurs qui connaissent chaque chemin par cœur. Les ravitaillements arrivent au compte-gouttes, transportés par des hommes qui risquent leur vie pour apporter des munitions, de la nourriture, de l’eau. Cette logistique sous le feu constitue l’une des clés de la résistance ukrainienne. Sans elle, les positions les plus avancées tomberaient en quelques jours. Avec elle, elles tiennent. Encore.
Le quotidien de ceux qui tiennent
Derrière les chiffres des 61 assauts repoussés se cachent des milliers d’histoires individuelles. Des soldats qui n’ont pas dormi depuis trente-six heures. Des artilleurs qui tirent jusqu’à ce que leurs canons surchauffent. Des fantassins qui défendent une tranchée pendant des heures, repoussent l’ennemi, puis découvrent que leurs camarades de la position voisine ne répondent plus à la radio. Cette guerre n’a rien de glorieux. Elle est sale, épuisante, terrifiante. Les témoignages qui filtrent du front, relayés par les médias ukrainiens ou les réseaux sociaux, parlent de fatigue extrême, de pertes constantes, de moral qui vacille puis se raffermit au contact des camarades. La solidarité entre combattants devient le ciment qui maintient les lignes. On se bat pour le soldat à côté de soi autant que pour l’Ukraine. On tient parce que lâcher signifierait abandonner ceux qui comptent sur vous. Cette dimension humaine, profondément intime, échappe souvent aux analyses stratégiques. Pourtant, c’est elle qui fait la différence entre une armée qui s’effondre et une armée qui résiste.
Les conditions matérielles dans lesquelles combattent les défenseurs de Pokrovsk restent précaires malgré l’aide occidentale. Les abris sont souvent sommaires, creusés à la hâte et renforcés avec les moyens du bord. Le froid de l’hiver ukrainien s’infiltre partout, gèle les doigts, raidit les articulations, rend chaque geste plus difficile. Les rations alimentaires, bien que régulières, sont monotones et insuffisantes pour compenser les dépenses énergétiques d’hommes qui vivent dans un stress permanent. Les blessures, même mineures, peuvent devenir graves faute de soins immédiats. L’évacuation sanitaire sous le feu reste un défi constant. Les brancardiers ukrainiens accomplissent des prodiges, mais ils ne peuvent être partout. Certains blessés attendent des heures avant d’être évacués, perdent du sang, luttent contre le choc traumatique. D’autres n’attendent pas. Cette réalité brutale, les soldats la connaissent. Ils vivent avec. Ils continuent quand même. Parce qu’ils n’ont pas le choix. Parce que personne d’autre ne viendra tenir cette ligne à leur place.
La rotation des troupes sur le front de Pokrovsk pose des défis logistiques et humains considérables. Les unités qui ont combattu pendant des semaines ont besoin de repos, de reconstitution, de temps pour intégrer les renforts et remplacer le matériel perdu. Mais retirer une unité du front crée un vide que l’ennemi peut exploiter. Les remplaçants, même bien formés, manquent de l’expérience du combat réel. Ils doivent apprendre vite, très vite, sous peine de ne pas survivre à leur première semaine en ligne. Les vétérans tentent de transmettre leur savoir, leurs astuces de survie, leurs réflexes. Mais certaines choses ne s’apprennent qu’en les vivant. Le premier bombardement. La première attaque. Le premier camarade tué. Ces expériences marquent à jamais ceux qui les traversent. Elles créent aussi une fraternité particulière, celle de ceux qui ont vu l’enfer et en sont revenus. Cette fraternité dépasse les grades, les origines, les convictions politiques. Elle unit des hommes et des femmes qui partagent une même épreuve, un même combat, une même volonté de tenir.
L’usure comme stratégie assumée
La concentration de 61 assauts sur un seul secteur en vingt-quatre heures ne relève pas du hasard tactique. Elle traduit une stratégie délibérée d’usure, fondée sur la conviction que les défenses ukrainiennes finiront par céder sous la pression constante. Cette approche, coûteuse en hommes et en matériel pour l’attaquant, mise sur la durée et sur la capacité à régénérer les forces plus rapidement que l’adversaire. L’armée russe applique ce principe avec une constance mécanique. Chaque assaut repoussé est analysé, les leçons sont tirées, et le suivant est ajusté en conséquence. Cette amélioration continue, même marginale, finit par produire des résultats. Une position ukrainienne qui a résisté dix fois peut céder à la onzième. Un point faible finit par être identifié et exploité. La guerre d’usure ne pardonne pas les erreurs. Elle punit la fatigue, l’inattention, le manque de munitions. Les forces ukrainiennes le savent. Elles s’efforcent de maintenir un niveau de vigilance constant, de ne jamais baisser la garde. Mais l’humain a ses limites.
Cette stratégie d’usure s’accompagne d’une guerre psychologique insidieuse. Les bombardements russes ne visent pas seulement à détruire des cibles militaires. Ils cherchent aussi à briser le moral des défenseurs, à créer un sentiment d’impuissance face à une puissance de feu écrasante. Les 2 899 drones kamikazes déployés en vingt-quatre heures participent de cette logique. Leur bourdonnement constant, leur capacité à frapper n’importe où, n’importe quand, créent une tension permanente. Personne n’est jamais vraiment en sécurité, même loin de la ligne de front. Cette guerre des nerfs complète la guerre matérielle. Elle vise à user les esprits autant que les corps. Les soldats ukrainiens développent des mécanismes de défense psychologique : l’humour noir, la routine, la focalisation sur les tâches immédiates. Ils refusent de penser trop loin dans l’avenir, se concentrent sur le jour présent, l’heure présente. Cette capacité à vivre dans l’instant, sans se laisser submerger par l’angoisse du lendemain, devient une compétence de survie essentielle.
Les implications stratégiques de cette bataille d’usure sur Pokrovsk dépassent largement
Huliaipole : l'autre front de l'acharnement russe
Le secteur oublié de la guerre d’usure
Loin des projecteurs braqués sur Pokrovsk, un autre front consume hommes et matériel dans une violence tout aussi implacable. Huliaipole, cette ville du sud de l’oblast de Zaporijjia, cristallise depuis des mois l’obsession tactique de Moscou. Selon les données de l’état-major ukrainien publiées ce 22 janvier 2026, ce secteur figure parmi les zones où les assauts russes atteignent leur paroxysme. Pourtant, contrairement à Pokrovsk qui monopolise l’attention médiatique avec ses 61 attaques repoussées, Huliaipole mène sa guerre dans une semi-obscurité. Les combats y sont tout aussi féroces, les pertes tout aussi lourdes, mais l’écho médiatique reste feutré. Cette asymétrie de couverture ne reflète en rien la réalité du terrain. Les soldats qui défendent ce secteur affrontent le même déluge d’acier, les mêmes vagues d’assaut incessantes, la même machinerie de destruction que leurs camarades de Pokrovsk. La différence tient davantage à la géographie stratégique qu’à l’intensité des combats. Huliaipole contrôle des axes routiers cruciaux pour toute offensive russe vers le nord-ouest de Zaporijjia. Sa chute ouvrirait des brèches dangereuses dans le dispositif défensif ukrainien, permettant potentiellement d’encercler des positions plus au nord.
L’état-major ukrainien ne détaille pas systématiquement le nombre précis d’affrontements sur ce front dans ses bulletins quotidiens, préférant regrouper plusieurs secteurs sous des appellations génériques. Mais les observateurs militaires qui suivent l’évolution des lignes depuis des mois constatent une pression constante. Les forces russes y déploient une stratégie similaire à celle appliquée sur Pokrovsk : saturation par le nombre, utilisation massive d’artillerie et de drones kamikazes, puis infiltration d’unités d’assaut dans les brèches créées. Les 6 000 frappes d’artillerie recensées sur l’ensemble du front durant les dernières 24 heures ne se concentrent pas uniquement sur un seul secteur. Huliaipole absorbe sa part de ce déluge, avec des conséquences dévastatrices pour les infrastructures civiles encore debout et pour les défenseurs retranchés dans des positions souvent précaires. La topographie du secteur, relativement plate et offrant peu de relief naturel pour la défense, complique la tâche des forces ukrainiennes. Chaque position doit être fortifiée artificiellement, chaque ligne de défense creusée dans un sol qui offre peu de protection naturelle contre les bombardements.
Ce qui rend Huliaipole stratégiquement vital dépasse la simple question du contrôle territorial. Cette ville se situe sur l’axe qui relie Mariupol, tombée aux mains russes depuis 2022, aux territoires encore sous contrôle ukrainien plus au nord. Sa perte permettrait à Moscou de consolider sa mainmise sur l’ensemble du sud de Zaporijjia et de menacer directement la ville éponyme de l’oblast. Les forces russes le savent. D’où cette pression maintenue mois après mois, cette volonté d’user les défenseurs jusqu’à la rupture. Les 121 affrontements enregistrés sur l’ensemble du front durant la journée du 21 janvier incluent nécessairement des engagements sur ce secteur, même si les chiffres précis ne sont pas communiqués. L’état-major ukrainien qualifie la situation de « difficile » sans distinguer entre les différents fronts. Cette formulation prudente masque une réalité que les soldats sur le terrain connaissent intimement : chaque jour apporte son lot de combats rapprochés, de positions perdues puis reprises, de camarades qui ne reviendront pas. Huliaipole n’est pas Pokrovsk, mais sa défense exige le même courage, le même sacrifice, la même détermination face à un ennemi qui refuse d’accepter l’échec.
Une pression qui ne faiblit jamais
Les défenseurs de Huliaipole vivent au rythme d’une guerre d’attrition qui ne connaît ni pause ni répit. Contrairement aux offensives spectaculaires qui marquent parfois l’actualité du conflit, ce secteur subit une érosion constante. Les forces russes n’y lancent pas nécessairement des assauts massifs quotidiens comparables aux 61 attaques de Pokrovsk, mais maintiennent une pression permanente qui use nerfs, corps et matériel. Cette stratégie de l’épuisement s’appuie sur plusieurs leviers complémentaires. D’abord, l’artillerie. Les bombardements frappent positions défensives, axes logistiques et zones de repos avec une régularité métronomique. Les soldats ukrainiens décrivent des journées entières passées sous le feu, où sortir d’un abri devient un pari avec la mort. Ensuite, les drones. Les 2 899 drones kamikazes déployés par Moscou durant les dernières 24 heures sur l’ensemble du front ne ciblent pas tous Pokrovsk. Huliaipole reçoit sa part de ces engins qui traquent véhicules, positions d’artillerie et concentrations de troupes. Leur bourdonnement incessant crée une tension psychologique que seuls ceux qui l’ont vécu peuvent vraiment comprendre. Enfin, les raids d’infanterie. Profitant de la nuit ou de conditions météorologiques dégradées, de petites unités russes tentent régulièrement de s’infiltrer, de sonder les défenses, de capturer des prisonniers ou simplement de créer le chaos.
Cette guerre d’usure produit des effets cumulatifs difficiles à quantifier dans les bulletins officiels. Les pertes ukrainiennes sur ce secteur ne font pas la une, mais elles s’accumulent semaine après semaine. Chaque soldat tué ou blessé grève un peu plus les capacités de défense d’unités déjà étirées sur un front trop long. Le remplacement des pertes pose des défis logistiques et humains considérables. Les nouvelles recrues arrivent souvent avec une formation insuffisante, contraintes d’apprendre sous le feu ce que leurs prédécesseurs ont payé de leur vie pour maîtriser. Le matériel aussi s’use. Les véhicules blindés, les pièces d’artillerie, les systèmes de défense antiaérienne fonctionnent au-delà de leurs limites théoriques, maintenus en état de marche par des mécaniciens qui accomplissent des miracles avec des moyens limités. Les munitions restent une préoccupation constante. Chaque obus tiré doit compter, car les stocks ne sont pas inépuisables et les livraisons occidentales, bien que cruciales, ne suffisent pas toujours à combler les besoins. Sur Huliaipole, cette équation se pose avec la même acuité que partout ailleurs. Les commandants doivent constamment arbitrer entre riposter immédiatement aux tirs russes et préserver les munitions pour les moments critiques.
La population civile qui subsiste dans la région vit un calvaire souvent invisible. Contrairement aux grandes villes dont l’évacuation fait l’objet d’une attention médiatique, les villages autour de Huliaipole se vident dans l’indifférence. Ceux qui restent, souvent des personnes âgées ou sans moyens de partir, survivent dans des conditions précaires. L’électricité est coupée depuis longtemps, l’eau courante un souvenir lointain, les approvisionnements aléatoires et dangereux. Chaque livraison d’aide humanitaire devient une opération à haut risque, les convois étant régulièrement pris pour cible. Les 70 frappes aériennes russes recensées sur l’ensemble du front durant la journée du 21 janvier ne distinguent pas toujours entre objectifs militaires et civils. Les bombes guidées s’abattent sur des immeubles résidentiels, des écoles désaffectées servant de refuges, des centres médicaux de fortune. Cette violence aveugle ne vise pas seulement à détruire des capacités militaires, mais à briser le moral, à rendre la vie impossible, à forcer la capitulation par l’épuisement. Sur Huliaipole comme ailleurs, cette stratégie se heurte à une résistance qui refuse de plier malgré l’adversité.
Les enjeux stratégiques d’un front méconnu
Comprendre pourquoi Moscou s’acharne sur Huliaipole exige de regarder au-delà de la ligne de front immédiate. Ce secteur n’est pas simplement un point sur une carte, mais une pièce dans un puzzle stratégique plus vaste. Sa position géographique en fait un verrou pour toute progression russe vers le nord-ouest de l’oblast de Zaporijjia. Tant que les forces ukrainiennes tiennent Huliaipole, elles contraignent les forces russes à étirer leurs lignes logistiques et à exposer leurs flancs. La ville contrôle plusieurs axes routiers qui, s’ils tombaient aux mains de Moscou, faciliteraient considérablement l’approvisionnement des troupes russes déployées plus au nord. Cette réalité logistique explique en grande partie l’intensité des combats. Pour l’Ukraine, perdre Huliaipole signifierait non seulement un recul territorial, mais surtout une détérioration de sa posture défensive sur l’ensemble du secteur sud. Les lignes de défense préparées en arrière devraient être activées, avec tous les risques que cela implique en termes de perte de profondeur stratégique. Pour la Russie, s’emparer de la ville ouvrirait des perspectives opérationnelles nouvelles, permettant potentiellement de relancer une offensive vers Zaporijjia même, objectif jamais abandonné depuis le début de l’invasion.
Au-delà des considérations purement militaires, Huliaipole revêt une dimension symbolique non négligeable. Cette ville a déjà changé de mains plusieurs fois depuis 2022, chaque camp y ayant laissé du sang et des souvenirs douloureux. Sa reconquête totale par Moscou serait présentée comme une victoire significative par la propagande russe, un signe que l’offensive se poursuit malgré les revers subis ailleurs. Pour Kiev, la tenir coûte que coûte représente un enjeu de crédibilité. Montrer que chaque mètre de terrain se défend, que rien n’est abandonné sans combat, reste crucial pour maintenir le moral des troupes et la confiance des alliés occidentaux. Cette dimension psychologique pèse lourd dans les décisions d’allocation des ressources. Malgré la pression extrême sur Pokrovsk, l’état-major ukrainien ne peut se permettre de dégarnir Huliaipole au risque de voir le front s’effondrer dans le sud. Cette nécessité de défendre partout avec des moyens limités constitue l’un des défis majeurs auxquels Kiev est confronté. Les 121 affrontements de la journée du 21 janvier se répartissent sur un front de plusieurs centaines de kilomètres, obligeant à des choix impossibles : renforcer ici, c’est affaiblir là.
Les observateurs militaires occidentaux suivent l’évolution de ce secteur avec attention, conscients que toute percée russe majeure à Huliaipole pourrait modifier l’équilibre général du conflit. Les livraisons d’armement occidentales prennent en compte ces réalités, même si les délais de production et d’acheminement créent souvent un décalage frustrant entre besoins et disponibilités. Les systèmes de défense antiaérienne, particulièrement sollicités face aux 90 bombes guidées tirées durant la seule journée du 21 janvier, restent en nombre insuffisant pour couvrir l’ensemble du front. Huliaipole, comme d’autres secteurs moins médiatisés, doit souvent se contenter de moyens de fortune, s’appuyant davantage sur la détermination de ses défenseurs que sur la supériorité technologique. Cette asymétrie crée des situations où le courage individuel devient la principale ligne de défense face à une puissance de feu écrasante. Les soldats ukrainiens le savent. Ils tiennent non pas parce qu’ils disposent des meilleurs équipements, mais parce qu’ils défendent leur terre, leurs familles, leur avenir. Cette motivation, intangible mais réelle, fait la différence quand tout le reste semble perdu. Huliaipole en est l’illustration quotidienne.
Le coût humain d’une guerre invisible
Derrière les chiffres aseptisés des bulletins militaires se cache une réalité humaine que les statistiques ne peuvent capturer. Les 121 affrontements du 21 janvier représentent autant de moments où des hommes ont risqué leur vie, où certains l’ont perdue. Sur Huliaipole, cette arithmétique macabre s’écrit chaque jour dans la chair et le sang. Les soldats ukrainiens qui défendent ce secteur ne bénéficient pas de la même attention médiatique que ceux de Pokrovsk
2 899 drones kamikazes en 24 heures : la guerre des machines
Trois mille engins de mort dans le ciel
Le chiffre donne le vertige. 2 899 drones kamikazes déployés par la Russie en une seule journée, selon le dernier bilan de l’État-major ukrainien publié ce 22 janvier 2026. Près de trois mille engins programmés pour détruire, pour tuer, pour terroriser. C’est plus de 120 drones par heure, deux par minute, un flux continu de machines volantes qui quadrillent le territoire ukrainien de l’aube au crépuscule. Ces appareils ne sont pas des missiles guidés avec précision, ni des bombes larguées depuis des chasseurs. Ce sont des armes autonomes, lancées en essaim, qui cherchent leurs cibles avec une détermination mécanique. Certains visent les infrastructures énergétiques, d’autres les positions militaires, d’autres encore les zones résidentielles. La distinction entre objectifs civils et militaires s’efface dans cette guerre d’usure technologique. Chaque drone coûte quelques milliers de dollars à produire, mais leur nombre compense leur imprécision. La stratégie russe repose sur la saturation : envoyer tellement d’engins que les défenses anti-aériennes ukrainiennes ne peuvent pas tous les intercepter. Et ça fonctionne. Parce que même avec des systèmes sophistiqués fournis par l’Occident, même avec des équipes entraînées jour et nuit, on ne peut pas abattre trois mille cibles en vingt-quatre heures.
Cette offensive aérienne massive s’inscrit dans une escalade continue depuis le début de l’année 2026. Les rapports précédents faisaient état de quelques centaines de drones kamikazes par jour, parfois un millier lors des pics d’intensité. Mais près de trois mille en une journée représente un seuil jamais franchi auparavant. Cela signifie que la Russie a considérablement augmenté sa capacité de production, ou qu’elle puise dans des stocks constitués depuis des mois. Les analystes militaires occidentaux, cités par plusieurs médias dont Reuters et l’Institute for the Study of War, estiment que Moscou reçoit également des livraisons massives de drones iraniens Shahed-136, rebaptisés Geran-2 par les forces russes. Ces appareils, relativement bon marché et faciles à produire en série, sont devenus l’arme privilégiée pour harceler l’Ukraine sans engager de pilotes ni d’avions coûteux. Le Pentagone a confirmé en décembre dernier que l’Iran avait fourni plusieurs milliers de ces drones à la Russie, malgré les sanctions internationales. Cette coopération militaire entre Téhéran et Moscou transforme la nature du conflit : ce n’est plus seulement une guerre entre deux nations, mais un affrontement où des puissances tierces fournissent les moyens de prolonger indéfiniment l’agonie.
Sur le terrain, les conséquences de cette guerre des drones sont dévastatrices. Les équipes de défense anti-aérienne ukrainiennes sont épuisées, fonctionnant par rotations de quelques heures, scrutant les écrans radar à la recherche de ces petites signatures qui annoncent l’arrivée d’un nouvel essaim. Les systèmes occidentaux comme les NASAMS américains ou les IRIS-T allemands sont efficaces, mais leurs munitions sont limitées. Chaque missile anti-aérien coûte des centaines de milliers de dollars, parfois plus d’un million. Utiliser un missile à un million de dollars pour abattre un drone à vingt mille dollars, c’est perdre la bataille économique. Les Ukrainiens ont donc développé des tactiques alternatives : brouillage électronique, canons anti-aériens à courte portée, même des fusils de chasse pour les drones volant à basse altitude. Mais face à 2 899 engins en une journée, ces méthodes artisanales ne suffisent pas. Des dizaines, peut-être des centaines de drones atteignent leurs cibles. Les centrales électriques sont touchées, plongeant des villes entières dans le noir. Les dépôts de munitions explosent. Les quartiers résidentiels sont éventrés par des impacts qui ne distinguent pas les combattants des civils. Et chaque matin, les équipes de secours comptent les morts.
L’usure psychologique d’un ciel hostile
Au-delà des destructions matérielles, cette guerre des machines produit une usure psychologique profonde. Imaginez vivre dans une ville où, chaque nuit, le bourdonnement caractéristique des drones kamikazes résonne dans le ciel. Ce son grave, continu, qui rappelle celui d’une tondeuse à gazon amplifiée, est devenu le symbole de la terreur moderne. Les habitants de Kyiv, de Kharkiv, de Dnipro ont appris à le reconnaître. Quand les sirènes d’alerte retentissent, ils savent qu’ils ont quelques minutes pour descendre aux abris. Mais avec près de trois mille drones déployés quotidiennement, les alertes se succèdent sans interruption. Certaines personnes passent plus de temps dans les abris souterrains que dans leurs appartements. Les enfants grandissent en associant le ciel nocturne non pas aux étoiles, mais à ces lumières rouges clignotantes qui annoncent l’arrivée d’un engin explosif. Les psychologues ukrainiens rapportent une augmentation massive des troubles anxieux, des insomnies chroniques, des syndromes de stress post-traumatique même chez ceux qui n’ont jamais été directement touchés par une frappe. Parce que la menace est permanente, invisible jusqu’au dernier moment, et qu’elle peut frapper n’importe où, n’importe quand.
Cette stratégie de terreur n’est pas un effet secondaire de la guerre, c’est un objectif assumé. En saturant le ciel ukrainien de drones kamikazes, la Russie ne cherche pas seulement à détruire des infrastructures. Elle vise à briser le moral de la population, à rendre la vie quotidienne insupportable, à pousser les gens à l’exode ou à la capitulation. Les analystes militaires occidentaux, notamment ceux de l’ISW, décrivent cette tactique comme une forme de guerre totale où la distinction entre front et arrière disparaît. Chaque citoyen ukrainien devient une cible potentielle, chaque ville un champ de bataille. Et contrairement aux bombardements aériens classiques qui nécessitent des pilotes et des avions coûteux, les drones kamikazes permettent de maintenir cette pression indéfiniment, à moindre coût. C’est une guerre d’usure où le temps joue contre ceux qui subissent. Les autorités ukrainiennes ont renforcé les réseaux d’abris, distribué des générateurs électriques, organisé des rotations d’évacuation pour les populations les plus vulnérables. Mais ces mesures ne font que gérer les symptômes d’une situation qui empire chaque semaine.
Les témoignages recueillis par les médias locaux, notamment Ukrainska Pravda et Kyiv Independent, dressent un portrait glaçant de cette réalité. Une femme de Zaporizhzhia raconte comment elle a cessé de coucher ses enfants dans leurs lits, préférant installer des matelas dans le couloir central de l’appartement, loin des fenêtres. Un homme de Kharkiv explique qu’il a arrêté de planifier quoi que ce soit au-delà de vingt-quatre heures, parce que chaque jour peut être le dernier. Un médecin de Mykolaïv décrit les salles d’urgence saturées non seulement de blessés physiques, mais aussi de patients en crise de panique, incapables de supporter une minute de plus cette tension permanente. Ces récits ne sont pas des cas isolés, ce sont des fragments d’une réalité partagée par des millions de personnes. Et pendant ce temps, les drones kamikazes continuent de voler, programmés pour exploser sur des cibles qu’ils ne voient pas, pilotés par des algorithmes qui ne connaissent ni pitié ni fatigue. La guerre des machines a ceci de particulier qu’elle déshumanise non seulement les victimes, mais aussi l’acte même de tuer. Il n’y a plus de soldat qui vise, plus de pilote qui appuie sur un bouton. Juste des essaims d’engins autonomes qui transforment le ciel en zone de mort.
Une asymétrie technologique qui se creuse
Face à cette offensive massive, l’Ukraine tente de développer ses propres capacités de guerre électronique et de production de drones. Le gouvernement de Volodymyr Zelensky a annoncé en décembre 2025 un programme accéléré de fabrication locale de drones de combat, avec l’objectif de produire plusieurs milliers d’unités par mois d’ici la fin de l’année 2026. Des entreprises ukrainiennes, souvent des start-ups technologiques reconverties dans l’armement, travaillent jour et nuit pour concevoir des modèles capables de rivaliser avec les Shahed iraniens. Certains prototypes ont déjà été testés avec succès, notamment des drones longue portée capables de frapper des cibles en Crimée ou même en Russie profonde. Mais la montée en puissance industrielle prend du temps, et l’Ukraine part de loin. Contrairement à la Russie qui bénéficie du soutien logistique et technologique de l’Iran, voire de la Chine selon certaines sources non confirmées, Kyiv doit composer avec des ressources limitées et une infrastructure industrielle partiellement détruite par trois ans de guerre.
Les partenaires occidentaux ont promis une aide accrue, notamment en matière de systèmes anti-drones. Les États-Unis ont annoncé la livraison de nouveaux équipements de brouillage électronique, capables de perturber les communications entre les drones et leurs opérateurs ou de dévier leur trajectoire. L’Allemagne et la France travaillent sur des prototypes de lasers anti-drones, une technologie encore expérimentale mais prometteuse car elle permettrait d’abattre des dizaines de cibles sans épuiser les stocks de munitions. Le Royaume-Uni a fourni des radars de détection précoce spécialement conçus pour repérer les petites signatures des drones volant à basse altitude. Mais toutes ces innovations mettent des mois, parfois des années, à passer du stade de prototype à celui de déploiement opérationnel. Et pendant ce temps, les 2 899 drones quotidiens continuent de voler. L’asymétrie technologique ne se mesure pas seulement en qualité d’équipement, mais en capacité de production et de régénération. La Russie peut se permettre de perdre des centaines de drones par jour, car elle en produit ou en reçoit autant. L’Ukraine, elle, doit optimiser chaque ressource, chaque missile, chaque seconde de réaction de ses opérateurs.
Cette course technologique pose également des questions éthiques et stratégiques de long terme. Les drones kamikazes, par leur nature même, brouillent les lignes rouges du droit international humanitaire. Ils peuvent être programmés pour viser des cibles militaires, mais leur imprécision et leur utilisation en essaim font qu’ils causent inévitablement des dommages collatéraux. Les ONG de défense des droits humains, notamment Human Rights Watch et Amnesty International, ont documenté de nombreux cas où des drones russes ont frappé des hôpitaux, des écoles, des marchés. Mais prouver l’intentionnalité de ces frappes est difficile : était-ce une erreur de ciblage, un dysfonctionnement technique, ou une décision délibérée ? Les machines ne laissent pas de traces de leur raisonnement. Et c’est précisément ce qui les rend si dangereuses. Elles permettent de nier la responsabilité, de diluer la culpabilité dans la complexité des algorithmes et des chaînes de commandement. La guerre des drones annonce peut-être un futur où les conflits seront menés par des essaims autonomes, sans visage, sans conscience, et où la notion même de crime de guerre deviendra impossible à établir. Pour l’instant, l’Ukraine subit cette réalité. Demain, ce pourrait être n’importe quel pays.
Le coût économique d’une défense permanente
Maintenir une défense anti-aérienne face à près de trois mille drones par jour représente un fardeau économique colossal pour l’Ukraine. Chaque interception réussie nécessite soit un missile anti-aérien, soit une sal
Ce que subissent les soldats ukrainiens chaque jour
Sous le déluge de feu permanent
Les soldats ukrainiens positionnés sur le front de Pokrovsk vivent depuis des mois dans un environnement que peu d’êtres humains peuvent imaginer. Chaque jour apporte son lot de frappes d’artillerie, de missiles guidés et de drones kamikazes. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 6 000 tirs d’artillerie en une seule journée, 151 attaques de lance-roquettes multiples, 90 bombes guidées larguées depuis les airs. Cette intensité de feu transforme le champ de bataille en un enfer permanent où le répit n’existe pas. Les positions défensives sont pilonnées sans interruption, forçant les hommes à vivre dans des tranchées boueuses, des bunkers de fortune, des caves effondrées. Le bruit assourdissant des explosions ne cesse jamais vraiment. Entre deux salves, le silence lui-même devient angoissant, car il annonce la prochaine vague. Les défenseurs ukrainiens apprennent à reconnaître le sifflement caractéristique de chaque type de projectile, à anticiper le point d’impact, à se jeter au sol une fraction de seconde avant l’explosion. Cette hyper-vigilance constante épuise les nerfs autant que les corps. Dormir devient un luxe rare, souvent limité à quelques minutes volées entre deux alertes. La fatigue s’accumule, creuse les traits, ralentit les réflexes. Pourtant, ils tiennent. Jour après jour, nuit après nuit, sous ce déluge de feu qui ne faiblit pas.
L’impact psychologique de cette violence incessante dépasse ce que les manuels militaires décrivent. Les combattants développent des mécanismes de défense mentale pour survivre : certains se réfugient dans l’humour noir, d’autres dans le silence, quelques-uns dans une forme de détachement émotionnel qui leur permet de fonctionner malgré l’horreur. Les officiers observent chez leurs hommes des signes de stress post-traumatique avant même que le combat ne soit terminé. Les tremblements incontrôlables, les sursauts au moindre bruit, l’incapacité à se concentrer sur des tâches simples deviennent monnaie courante. Les unités médicales rapportent une augmentation constante des cas de troubles anxieux, de dépression, d’épuisement nerveux. Mais sur le front de Pokrovsk, il n’y a pas de rotation possible. Les effectifs sont tendus, chaque soldat compte, personne ne peut être évacué simplement parce qu’il craque psychologiquement. Alors ils continuent, portant leur fardeau mental en plus de leur équipement de combat. Certains trouvent du réconfort dans les messages de leurs familles, quand le réseau le permet. D’autres dans la camaraderie avec leurs frères d’armes, cette solidarité forgée dans le feu qui devient parfois la seule chose qui maintient un homme debout.
La dimension physique du combat moderne ajoute une couche supplémentaire d’épreuve. Les soldats portent des équipements lourds pendant des heures, parfois des jours entiers sans pouvoir les retirer. Le gilet pare-balles, le casque, les munitions, l’eau, les rations, le matériel de communication pèsent ensemble plusieurs dizaines de kilos. Dans la boue du Donbass, chaque pas devient un effort. Les pieds trempés développent des infections, les épaules se couvrent d’ecchymoses sous les bretelles, les genoux souffrent de l’humidité constante. L’hiver apporte le froid glacial qui pénètre jusqu’aux os, l’été la chaleur étouffante qui transforme les positions fortifiées en fours. Les conditions d’hygiène sont minimales : se laver devient un luxe rare, changer de vêtements une occasion exceptionnelle. Les maladies se propagent facilement dans ces conditions, affaiblissant encore des organismes déjà épuisés. Pourtant, malgré tout cela, les défenseurs ukrainiens maintiennent leur ligne. Ils repoussent les assauts russes, tiennent leurs positions, refusent de céder le terrain. Leur endurance physique et mentale force le respect, même de leurs ennemis. Cette résilience extraordinaire face à des conditions inhumaines témoigne d’une détermination qui va bien au-delà du simple devoir militaire.
Face aux vagues d’assaut incessantes
Les 61 attaques russes repoussées en vingt-quatre heures sur le seul secteur de Pokrovsk révèlent une réalité tactique épuisante pour les défenseurs. Ces assauts ne sont pas des opérations isolées, mais des vagues successives conçues pour user l’adversaire, le priver de sommeil, épuiser ses munitions, briser sa volonté. Les forces russes appliquent une doctrine d’attrition brutale : envoyer vague après vague d’infanterie, souvent précédée de bombardements d’artillerie et de frappes aériennes, jusqu’à ce que la défense cède quelque part. Pour les soldats ukrainiens, cela signifie être constamment en alerte, prêts à repousser un assaut à tout moment. Le schéma se répète avec une régularité épuisante : les drones de reconnaissance repèrent les positions, l’artillerie pilonne, puis l’infanterie russe avance, souvent appuyée par des blindés. Les défenseurs répondent avec leurs armes légères, leurs lance-roquettes antichar, leurs propres drones. Le combat rapproché est fréquent, parfois à quelques dizaines de mètres seulement. Les Ukrainiens doivent économiser leurs munitions tout en maintenant un feu suffisamment nourri pour stopper l’avancée ennemie. Cet équilibre délicat demande une discipline exceptionnelle et une coordination parfaite entre les différentes unités.
La diversité des localités attaquées illustre l’ampleur du défi défensif. Vodiane Druhe, Zelene Pole, Yelyzavetivka, Hryshyne, Novoserhiivka, Petropavlivka, Myroliubivka, Promin, Myrnohrad : chacun de ces noms représente un point de friction où des hommes se battent et meurent. Les forces ukrainiennes doivent défendre simultanément plusieurs dizaines de kilomètres de front, anticiper où frappera la prochaine attaque, déplacer rapidement des renforts là où la pression devient trop forte. Cette guerre de mouvement défensif exige une excellente connaissance du terrain, une communication efficace entre les unités, et une capacité à prendre des décisions rapides sous le feu. Les commandants doivent constamment évaluer les risques : faut-il tenir une position coûte que coûte ou se replier tactiquement pour préserver les hommes et le matériel ? Chaque décision peut avoir des conséquences dramatiques. Un repli prématuré peut ouvrir une brèche exploitée par l’ennemi ; s’accrocher trop longtemps à une position indéfendable peut mener à l’encerclement et à la destruction de l’unité. Cette pression décisionnelle pèse lourdement sur les officiers, conscients que leurs choix déterminent la vie ou la mort de leurs hommes.
L’intensité des combats crée également des défis logistiques monumentaux. Maintenir un flux constant de munitions, de nourriture, d’eau, de matériel médical vers des positions sous le feu demande un courage et une organisation exceptionnels. Les convois de ravitaillement deviennent des cibles prioritaires pour l’artillerie russe et les drones. Les routes d’approvisionnement sont constamment bombardées, minées, surveillées. Les chauffeurs et les logisticiens prennent des risques énormes pour assurer que les combattants en première ligne ne manquent de rien. Parfois, le ravitaillement doit se faire de nuit, tous feux éteints, en empruntant des chemins détournés à travers champs. Les blessés doivent être évacués dans ces mêmes conditions périlleuses, transportés sur des routes défoncées sous le feu ennemi jusqu’aux postes de secours. Le taux de survie des blessés graves dépend directement de la rapidité de cette évacuation. Les équipes médicales accomplissent des miracles dans des conditions impossibles, opérant parfois dans des bunkers à la lumière de lampes frontales, sous les vibrations des explosions proches. Chaque vie sauvée représente une victoire contre l’absurdité de la guerre, un refus de laisser les chiffres des pertes définir l’humanité de ce conflit.
L’érosion invisible des capacités défensives
Au-delà des pertes humaines directes, cette intensité de combat érode progressivement les capacités militaires ukrainiennes de manière moins visible mais tout aussi dangereuse. Le matériel s’use à une vitesse alarmante : les canons d’artillerie tirent bien au-delà de leur durée de vie théorique, les véhicules blindés accumulent les kilomètres et les impacts, les systèmes de communication fonctionnent sans maintenance appropriée. Les techniciens et les mécaniciens travaillent jour et nuit pour maintenir l’équipement opérationnel, effectuant des réparations de fortune avec les moyens du bord. Un char qui tombe en panne ne peut pas toujours être évacué pour réparation ; il doit être remis en état sur place, sous le feu si nécessaire. Les pièces de rechange manquent souvent, obligeant à cannibaliser des véhicules détruits pour en maintenir d’autres en service. Cette dégradation progressive de l’arsenal disponible réduit l’efficacité tactique, même si les hommes restent motivés et déterminés. Un système antiaérien qui fonctionne à capacité réduite laisse passer plus de drones et de missiles. Une pièce d’artillerie moins précise gaspille des munitions précieuses. Ces détails techniques ont des implications stratégiques majeures dans une guerre d’attrition.
L’épuisement des stocks de munitions constitue une préoccupation constante pour les commandants ukrainiens. Avec 6 000 tirs d’artillerie russes par jour, répondre coup pour coup est impossible sans épuiser rapidement les réserves. Les artilleurs ukrainiens doivent donc être sélectifs, privilégier les cibles à haute valeur, économiser chaque obus. Cette contrainte réduit leur capacité à fournir un appui-feu continu à l’infanterie, augmentant les risques pour les soldats en première ligne. Les livraisons d’armements occidentaux aident, mais ne suffisent pas toujours à compenser la consommation quotidienne. Chaque jour de combat intense creuse un peu plus le déficit entre les besoins et les disponibilités. Les responsables logistiques jonglent avec des calculs complexes : combien de temps peuvent-ils tenir à ce rythme ? Quelles priorités établir si les stocks deviennent critiques ? Ces questions techniques ont des réponses qui se mesurent en vies humaines. Une unité qui manque de munitions antichar face à une attaque blindée est condamnée. Un poste de défense sans munitions d’armes légères ne peut que se rendre ou être anéanti. La guerre moderne est autant une question de logistique que de courage au combat.
La rotation insuffisante des troupes aggrave encore la situation. Idéalement, les unités engagées dans des combats intenses devraient être régulièrement relevées, permettant aux hommes de se reposer, de se reconstituer, de soigner leurs blessures physiques et psychologiques. Mais sur le front de Pokrovsk, où la pression est maximale, cette rotation devient difficile voire impossible. Les soldats restent en ligne pendant des semaines, parfois des mois, sans véritable repos. Cette absence de relève accumule la fatigue, augmente les erreurs de jugement, réduit l’efficacité au combat. Un homme épuisé réagit plus lentement, vise moins bien, prend de mauvaises décisions. Les accidents se multiplient : armes qui se déchargent accidentellement, véhicules qui se renversent par inattention, blessures évitables causées par la négligence née de l’épuisement. Les commandants le savent, mais n’ont souvent pas d’alternative. Retirer une unité du front peut créer une brèche exploitée par l’ennemi. Alors ils maintiennent leurs hommes en position, conscients qu’ils les poussent au-delà des limites raisonnables de l’endurance humaine. Cette réalité brutale de la guerre d’attrition ne laisse pas de place aux solutions idéales, seulement à des choix difficiles entre différents types de risques.
Les leçons tactiques du front
Les combats autour de Pokrovsk et Huliaipole enseignent des leçons tactiques précieuses que les analystes militaires étudieront pendant des années. L’importance des drones dans la guerre moderne s’est confirmée de manière éclatante. Les 2 899 drones kamikazes déployés par les forces russes en une seule journée illustrent comment ces systèmes peu coûteux peuvent saturer les défenses et causer des dégâts disproportionnés par rapport à leur prix. Les Ukrainiens ont développé des contre-tactiques sophistiqu
L'artillerie qui ne dort jamais : 6000 frappes quotidiennes
Le déluge d’acier qui ne s’arrête plus
Les 6000 frappes d’artillerie enregistrées ce 22 janvier 2026 ne sont pas un accident. Elles ne sont pas une anomalie. Elles constituent la norme quotidienne d’une guerre d’usure qui broie méthodiquement les positions ukrainiennes. Chaque obus qui siffle dans le ciel représente une tentative de tuer, de mutiler, de terroriser. Chaque impact creuse un cratère dans la terre et dans les âmes. L’État-major ukrainien comptabilise ces frappes avec une précision clinique, mais derrière chaque chiffre se cache une réalité terrifiante : des soldats qui se terrent dans des tranchées boueuses, des civils qui prient pour que le prochain obus tombe ailleurs, des infrastructures qui s’effondrent sous le pilonnage incessant. Cette artillerie russe ne vise pas seulement à détruire des positions militaires. Elle cherche à briser la volonté de résistance, à rendre la vie impossible, à transformer chaque journée en enfer. Les systèmes de lance-roquettes multiples ajoutent leur voix à ce concert macabre : 151 attaques MLRS en vingt-quatre heures. Ces salves saturent des zones entières, rendant toute défense dérisoire face à la densité du feu.
La cadence des bombardements révèle une stratégie délibérée d’épuisement. L’armée russe ne cherche pas la bataille décisive, elle préfère l’érosion lente mais certaine. Chaque frappe affaiblit un peu plus les défenses ukrainiennes, détruit un peu plus les réserves de munitions, use un peu plus les nerfs des combattants. Les artilleurs russes tirent depuis des positions reculées, hors de portée des contre-batteries ukrainiennes, bénéficiant d’une supériorité numérique écrasante en canons et en obus. Cette asymétrie transforme chaque secteur du front en zone de mort potentielle. Les soldats ukrainiens apprennent à reconnaître le sifflement caractéristique des différents calibres, à estimer la distance d’impact au son, à plonger dans les abris en une fraction de seconde. Cette expertise se paie au prix fort : des tympans crevés, des traumatismes psychologiques profonds, une fatigue nerveuse qui ne laisse aucun répit. Le pilonnage systématique ne cesse jamais vraiment, même pendant les accalmies apparentes. Les batteries russes alternent leurs tirs pour maintenir une pression constante, empêchant toute rotation des troupes, tout ravitaillement serein, toute reconstruction des positions.
Les munitions utilisées varient selon les objectifs visés. Les obus explosifs classiques pour les positions de combat, les munitions à fragmentation pour les concentrations de troupes, les roquettes thermobariques pour les bunkers. Cette diversité tactique démontre une planification minutieuse des frappes, loin de l’image d’un bombardement aveugle. Les observateurs russes guident les tirs grâce à des drones, des satellites, des agents infiltrés. Chaque ajustement de trajectoire rapproche l’obus de sa cible. Les défenseurs ukrainiens ont développé des techniques de camouflage sophistiquées, changeant régulièrement de positions, créant de fausses concentrations de matériel pour attirer le feu ennemi. Mais face à 6000 frappes quotidiennes, même les meilleures précautions ne suffisent pas toujours. Certains obus tombent sur des positions abandonnées, d’autres trouvent leur cible avec une précision dévastatrice. Le hasard meurtrier de l’artillerie ne distingue pas les vétérans aguerris des jeunes recrues terrifiées. Un cratère d’obus ne fait pas de différence entre un commandant expérimenté et un simple soldat. Cette loterie mortelle se joue chaque jour, chaque heure, sans répit ni pitié.
Les lance-roquettes qui saturent le ciel
Les 151 attaques de systèmes MLRS recensées en une seule journée constituent une escalade significative dans l’intensité des combats. Ces lance-roquettes multiples peuvent déverser des dizaines de projectiles en quelques secondes, saturant une zone de plusieurs hectares. L’effet psychologique est dévastateur : le rugissement des lanceurs, le sifflement des roquettes, puis l’enfer qui s’abat simultanément sur une position entière. Les systèmes Grad, Smerch et Tornado utilisés par l’armée russe ont été conçus pour ce type de bombardement massif. Leur portée permet de frapper profondément derrière les lignes, ciblant les centres de commandement, les dépôts de munitions, les zones de rassemblement. Contrairement aux canons d’artillerie qui tirent obus après obus, les MLRS créent un déluge instantané qui ne laisse aucune chance d’évacuation. Les soldats ukrainiens décrivent ces attaques comme des tempêtes de feu et de métal, où la terre elle-même semble exploser sous leurs pieds. Les abris renforcés offrent une protection relative, mais les roquettes thermobariques peuvent aspirer l’oxygène des bunkers, tuant par surpression ceux qui ont survécu aux éclats.
La précision croissante de ces systèmes change la nature de la menace. Les anciennes versions des lance-roquettes soviétiques dispersaient leurs projectiles sur une large zone, rendant les frappes relativement prévisibles. Les modèles modernes utilisent des systèmes de guidage qui concentrent l’impact, transformant une arme de saturation en outil de frappe chirurgicale. Cette évolution technologique réduit considérablement les chances de survie dans les zones ciblées. Les batteries ukrainiennes tentent de localiser et de neutraliser ces lanceurs, mais leur mobilité complique la tâche. Un système MLRS peut tirer sa salve et se replier en quelques minutes, disparaissant avant l’arrivée des contre-batteries. Cette guerre du chat et de la souris se joue à l’échelle du front, avec des conséquences mortelles pour ceux qui se trouvent dans la zone d’impact. Les civils des villes proches du front subissent également ces attaques, les roquettes ne faisant pas de distinction entre objectifs militaires et habitations. Chaque salve de MLRS représente des dizaines de familles potentiellement touchées, des quartiers entiers transformés en ruines fumantes.
L’approvisionnement en munitions pour ces systèmes pose question. Maintenir un rythme de 151 attaques MLRS par jour nécessite une logistique colossale. Chaque lanceur consomme des dizaines de roquettes, chaque roquette pèse plusieurs dizaines de kilos et doit être transportée, stockée, chargée. Cette capacité révèle soit des stocks considérables accumulés avant l’offensive, soit une chaîne d’approvisionnement particulièrement efficace. Les sanctions occidentales visent justement à tarir ces flux, mais les résultats restent insuffisants pour stopper le déluge. Les usines russes tournent à plein régime, produisant jour et nuit les munitions qui alimentent cette machine de guerre. Pendant ce temps, l’Ukraine dépend largement des livraisons occidentales pour ses propres systèmes MLRS, créant une asymétrie dangereuse. Chaque roquette tirée par les forces ukrainiennes doit être comptée, rationnée, utilisée avec parcimonie. Leurs adversaires semblent disposer d’une abondance qui leur permet de saturer le front sans compter. Cette guerre d’attrition se gagne aussi dans les arsenaux et les usines, loin des champs de bataille mais tout aussi décisive pour l’issue du conflit.
Les frappes aériennes qui complètent le tableau
Aux 6000 frappes d’artillerie s’ajoutent 70 raids aériens ayant largué 90 bombes guidées sur les positions ukrainiennes. Cette combinaison crée un environnement où aucun endroit n’est véritablement sûr. L’artillerie pilonne les premières lignes, les MLRS saturent l’arrière-front, et l’aviation frappe les objectifs stratégiques avec une précision chirurgicale. Les bombes planantes utilisées par l’aviation russe permettent de larguer à distance, hors de portée de la défense aérienne ukrainienne. Ces munitions glissent vers leur cible guidées par GPS, transformant chaque frappe en événement potentiellement dévastateur. Les Su-34 et Su-35 qui les larguent n’ont même pas besoin de survoler le territoire ukrainien, réduisant leur exposition aux missiles anti-aériens. Cette asymétrie aérienne pèse lourdement sur le moral des troupes au sol, qui savent qu’elles peuvent être frappées à tout moment sans possibilité de riposte efficace. Les systèmes de défense aérienne ukrainiens, aussi performants soient-ils, ne peuvent pas intercepter toutes les menaces simultanément.
Le choix des cibles révèle une stratégie visant à paralyser l’effort de guerre ukrainien. Les bombes guidées ne tombent pas au hasard : elles visent les ponts, les dépôts logistiques, les centres de commandement, les nœuds ferroviaires. Chaque infrastructure détruite complique un peu plus la défense, ralentit les rotations de troupes, entrave l’acheminement des munitions. Cette guerre systémique cherche à dégrader l’ensemble de l’appareil militaire ukrainien, pas seulement les unités combattantes. Les ingénieurs militaires travaillent jour et nuit pour réparer les dégâts, reconstruire les ponts détruits, rétablir les communications coupées. Mais chaque réparation devient une nouvelle cible potentielle. L’aviation russe surveille, attend, puis frappe à nouveau. Ce cycle de destruction et de reconstruction épuise les ressources humaines et matérielles, détourne des moyens qui pourraient servir ailleurs. Les populations civiles des zones touchées vivent dans une angoisse permanente, sachant que leur ville, leur village, peut devenir un objectif militaire du jour au lendemain.
Les 2 frappes de missiles utilisant 4 missiles balistiques ou de croisière complètent ce tableau apocalyptique. Ces armes stratégiques visent généralement des objectifs de haute valeur : installations énergétiques, centres de décision, dépôts d’armes. Leur impact dépasse largement les dégâts physiques immédiats. Chaque frappe de missile envoie un message politique : nulle part n’est hors d’atteinte, aucune ville n’est à l’abri. Cette dimension psychologique de la guerre aérienne vise à briser la détermination ukrainienne, à créer un sentiment d’impuissance face à la puissance de feu russe. Mais les Ukrainiens ont développé une résilience remarquable face à ces attaques. Les systèmes d’alerte précoce, les abris, les procédures d’évacuation sauvent des milliers de vies. La défense aérienne intercepte une partie significative des missiles, réduisant leur efficacité. Chaque missile abattu représente une victoire tactique, un coup porté au moral russe, une preuve que la résistance reste possible. Cette bataille du ciel se joue parallèlement à celle du sol, avec des enjeux tout aussi cruciaux pour l’issue finale du conflit.
L’usure méthodique des défenses ukrainiennes
Derrière les chiffres bruts se cache une réalité tactique implacable. Les 6000 frappes d’artillerie, les 151 attaques MLRS, les 70 raids aériens ne constituent pas des événements isolés mais les éléments d’une stratégie cohérente. L’objectif russe est clair : épuiser les défenseurs, détruire leurs positions fortifiées, créer des brèches dans le dispositif ukrainien. Cette guerre d’attrition mise sur la supériorité numérique en munitions et en moyens de frappe. Chaque jour, les forces russes consomment des quantités astronomiques d’obus, de roquettes, de bombes, pariant que l’Ukraine ne pourra pas maintenir indéfiniment le rythme de cette confrontation. Les soldats ukrainiens résistent avec un courage admirable, mais le poids du feu ennemi finit par peser. Les positions les mieux fortifiées s’effritent sous le pilonnage constant, les rotations de troupes deviennent dangereuses, le ravitaillement se transforme en mission suicide. Cette pression incessante teste les limites de l’endurance humaine, pousse les défenseurs dans leurs derniers retranchements.
La gestion des munitions devient un enjeu stratégique majeur pour l’Ukraine. Face au déluge russe, chaque obus ukrainien doit compter. Les artilleurs ne peuvent pas se permettre de tirs de saturation, ils doivent privilégier la précision à la quantité. Cette asymétrie fondamentale crée un déséquilibre qui se ressent sur le terrain. Les batteries ukrainiennes ripostent avec détermination, mais leur cadence de tir reste inférieure à celle de l’adversaire. Les livraisons occidentales d’armements et de munitions permettent de combler partiellement ce déficit, mais les délais de production et d’acheminement ne peuvent pas égaler le flux constant dont bénéficie l’armée russe. Cette course logistique se joue dans les usines d’armement européennes et américaines, dans les ports où transitent les cargaisons, dans les trains qui traversent la Pologne. Chaque retard, chaque blocage politique, chaque hésitation se traduit par des obus manquants sur le front. Les soldats ukrainiens le savent et adaptent leurs tactiques en conséquence, privilégiant la défense mobile à la guerre de positions statique qui favoriserait l’artillerie russe.
L’impact psychologique de cette
La fatigue d'une nation qui refuse de plier
Quand l’épuisement devient une arme
La fatigue s’installe dans les tranchées ukrainiennes. Pas celle qui vient après une nuit blanche. Celle qui s’accumule après mille jours de guerre, après soixante et onze combats en une seule journée, après avoir vu tomber des camarades dont on connaissait le prénom des enfants. Cette lassitude ne se lit pas dans les statistiques du ministère de la Défense ukrainien. Elle se devine dans les silences entre les rapports, dans les pauses qui s’allongent entre deux assauts repoussés. Les soldats positionnés près de Pokrovsk combattent depuis des semaines dans des conditions qui useraient n’importe quelle armée du monde. Ils ont affronté soixante et une attaques en vingt-quatre heures, repoussé des vagues d’assaillants qui semblaient ne jamais devoir s’arrêter. Pourtant, ils tiennent. Cette résilience n’a rien de romantique. Elle puise dans des réserves que personne ne devrait avoir à mobiliser. Dans le froid mordant de l’hiver ukrainien, sous les frappes aériennes incessantes et le pilonnage de six mille tirs d’artillerie, ces hommes et ces femmes continuent à se battre. Non par héroïsme abstrait, mais parce que derrière eux se trouvent leurs villes, leurs familles, leur pays. La fatigue devient alors paradoxalement une forme de résistance. Continuer malgré l’épuisement, tenir malgré la peur, combattre malgré les pertes.
L’état-major ukrainien ne cache pas la difficulté de la situation. Les communiqués parlent d’une journée « difficile », un euphémisme militaire qui en dit long sur la réalité du terrain. Quand les généraux admettent publiquement que la situation est compliquée, c’est que sur le front, elle frôle probablement le point de rupture. Les défenseurs de Pokrovsk font face à une pression constante, une guerre d’usure où chaque position défendue coûte en vies humaines. Les forces russes ont compris depuis longtemps que l’Ukraine ne peut pas remplacer ses soldats aussi facilement qu’elles. Chaque combattant ukrainien tombé représente une perte irremplaçable, une expertise perdue, une famille brisée. Les assauts répétés visent autant à prendre du terrain qu’à épuiser moralement et physiquement les défenseurs. Cette stratégie de la guerre totale ne connaît ni pause ni pitié. Elle compte sur le fait qu’un jour, peut-être, la fatigue l’emportera sur la détermination. Mais ce jour n’est pas encore venu. Malgré l’épuisement visible dans les yeux de ceux qui reviennent du front, malgré les pertes qui s’accumulent, la ligne tient.
Les civils ukrainiens portent eux aussi le poids de cette guerre interminable. Dans les villes proches du front comme Pokrovsk, la vie quotidienne ressemble à un exercice d’équilibriste permanent. Travailler entre deux alertes aériennes. Dormir d’un sommeil léger, toujours prêt à courir vers l’abri. Élever des enfants qui connaissent mieux le bruit des sirènes que celui des oiseaux au printemps. Cette fatigue civile ne fait pas la une des journaux internationaux, mais elle ronge la société ukrainienne de l’intérieur. Les hôpitaux manquent de personnel, les écoles fonctionnent par intermittence, les infrastructures énergétiques détruites par les frappes russes ne sont pas toujours réparées à temps. Pourtant, les Ukrainiens continuent. Ils vont au travail, envoient leurs enfants à l’école quand c’est possible, maintiennent une apparence de normalité dans un quotidien qui n’a plus rien de normal. Cette endurance collective constitue peut-être la plus grande victoire de l’Ukraine dans ce conflit. Refuser de se laisser briser, refuser d’abandonner, refuser de céder au désespoir malgré les six mille tirs d’artillerie quotidiens qui martèlent le front.
Les limites invisibles de la résistance
Toute résistance a ses limites. Les soldats ukrainiens qui tiennent le front depuis des mois ne sont pas des surhommes. Ils souffrent du syndrome de stress post-traumatique, de blessures physiques qui ne guérissent jamais complètement, d’un épuisement psychologique que même les permissions ne parviennent pas à effacer. Les hôpitaux militaires ukrainiens accueillent non seulement des blessés de guerre, mais aussi des combattants au bout du rouleau, incapables de continuer sans un repos prolongé. Le problème, c’est que l’armée ukrainienne ne peut pas se permettre de mettre au repos tous ceux qui en auraient besoin. Les soixante et onze combats enregistrés en une seule journée nécessitent des effectifs considérables. Chaque soldat compte, chaque position doit être tenue, chaque assaut doit être repoussé. Cette équation impossible place les commandants ukrainiens face à des choix déchirants. Maintenir en ligne des hommes épuisés ou risquer de perdre des positions stratégiques. Accorder du repos à ceux qui en ont désespérément besoin ou préserver la continuité de la défense. Ces dilemmes ne figurent dans aucun manuel militaire, parce qu’aucun manuel n’a été écrit pour une guerre de cette intensité et de cette durée.
L’usure du matériel pose des défis tout aussi critiques que l’épuisement humain. Les véhicules blindés, les systèmes d’artillerie, les équipements de communication subissent une utilisation intensive qui les dégrade rapidement. Contrairement aux forces russes qui peuvent puiser dans des stocks accumulés pendant des décennies, l’Ukraine dépend largement de l’aide internationale pour maintenir son arsenal opérationnel. Chaque missile tiré, chaque obus d’artillerie utilisé doit être remplacé. Face aux six mille tirs russes quotidiens, cette course logistique devient un cauchemar permanent. Les ateliers de réparation travaillent jour et nuit pour remettre en état les équipements endommagés. Les convois d’approvisionnement doivent naviguer entre les frappes aériennes et les attaques de drones pour acheminer munitions et pièces de rechange jusqu’au front. Cette guerre logistique invisible détermine souvent l’issue des batailles autant que le courage des combattants. Un char immobilisé par manque de pièces détachées, une batterie d’artillerie silencieuse par manque de munitions, et c’est toute une section du front qui devient vulnérable.
La fatigue internationale représente peut-être la menace la plus insidieuse pour l’Ukraine. Après presque trois ans de conflit, l’attention médiatique mondiale s’émousse. Les images de destructions ne choquent plus autant. Les appels à l’aide se perdent dans le bruit de l’actualité mondiale. Cette lassitude des opinions publiques occidentales se traduit par une diminution progressive du soutien politique et financier. Les gouvernements qui promettaient une aide « aussi longtemps que nécessaire » commencent à regarder leurs budgets avec inquiétude. Les livraisons d’armes ralentissent. Les packages d’aide financière se font attendre. Pour les défenseurs de Pokrovsk qui affrontent soixante et une attaques en une journée, cette évolution est terrifiante. Ils savent que leur capacité à tenir dépend directement du soutien occidental. Chaque missile non livré, chaque système de défense aérienne retardé, chaque aide budgétaire reportée se traduit par des vies ukrainiennes perdues. La guerre d’usure menée par la Russie ne vise pas seulement à épuiser l’Ukraine, mais aussi à lasser ses alliés jusqu’à ce qu’ils abandonnent.
Les ressources cachées de l’espoir
Pourtant, l’Ukraine continue de surprendre par sa capacité à trouver des ressources là où tout semblait épuisé. La société civile ukrainienne s’est organisée en un réseau de soutien extraordinaire. Des bénévoles fabriquent des filets de camouflage dans leurs appartements. Des grand-mères tricotent des chaussettes chaudes pour les soldats. Des adolescents collectent des fonds pour acheter des drones. Cette mobilisation populaire ne compense pas l’aide internationale, mais elle crée un tissu de solidarité qui soutient moralement les combattants. Savoir que tout un peuple se bat à sa manière donne aux soldats de Pokrovsk une raison supplémentaire de tenir. Ils ne défendent pas seulement un territoire, ils protègent une nation qui refuse de mourir. Cette dimension psychologique de la guerre est difficile à quantifier, mais elle pèse lourd dans la balance. Un soldat qui sait que son sacrifice a du sens, qu’il s’inscrit dans un combat collectif pour la survie d’une nation, trouve des forces que les manuels militaires ne peuvent pas expliquer. La résistance ukrainienne puise dans cette source intarissable de détermination populaire.
L’innovation tactique constitue une autre ressource inattendue. Confrontée à un adversaire supérieur en nombre et en matériel, l’armée ukrainienne a développé des méthodes de combat asymétriques remarquablement efficaces. L’utilisation massive de drones, la guerre électronique, les tactiques de guérilla urbaine ont permis de compenser partiellement le déséquilibre des forces. Les défenseurs de Pokrovsk ne se contentent pas de résister passivement aux assauts. Ils contre-attaquent, harcèlent, perturbent les plans russes avec une créativité qui déstabilise l’ennemi. Cette capacité d’adaptation rapide, cette flexibilité tactique représente un avantage considérable face à une armée russe plus rigide dans ses doctrines. Chaque combat devient un laboratoire où se testent de nouvelles approches. Les leçons apprises sur le terrain de Pokrovsk se diffusent rapidement à travers toute l’armée, créant un processus d’amélioration continue. Cette guerre devient paradoxalement une école de guerre moderne, où l’Ukraine acquiert une expertise tactique que peu d’armées au monde possèdent.
La mémoire historique joue également un rôle crucial dans la résistance ukrainienne. Ce peuple a connu l’Holodomor, la grande famine organisée par Staline dans les années 1930. Il a survécu à l’occupation nazie, aux purges soviétiques, aux tentatives répétées d’effacer son identité nationale. Cette histoire tragique a forgé une résilience collective transmise de génération en génération. Les soldats ukrainiens qui combattent aujourd’hui portent en eux la mémoire de ces souffrances passées. Ils savent ce que signifie vivre sous domination russe. Ils connaissent le prix de la liberté parce que leurs grands-parents l’ont payé. Cette conscience historique transforme chaque combat en un acte de résistance existentielle. Il ne s’agit pas seulement de repousser une agression militaire, mais de défendre le droit même de l’Ukraine à exister en tant que nation indépendante. Face aux soixante et onze affrontements quotidiens, cette dimension historique donne un sens qui transcende la simple survie. C’est un combat pour que les générations futures n’aient pas à vivre ce que leurs ancêtres ont enduré.
Quand tenir devient une victoire
Dans cette guerre d’attrition, la définition même de la victoire a changé. Pour l’Ukraine, gagner ne signifie plus nécessairement reprendre chaque centimètre de territoire perdu. Gagner, c’est d’abord survivre. C’est tenir assez longtemps pour que l’agresseur s’épuise. C’est transformer chaque jour de résistance en défaite stratégique pour la Russie. Les soixante et une attaques repoussées près de Pokrovsk représentent autant d’échecs russes, autant de ressources gaspillées, autant de soldats perdus pour rien. Cette guerre de position ressemble à celles de la Première Guerre mondiale, où la victoire se mesurait en mètres gagnés au prix de milliers de vies. Mais contrairement à 1914-1918, l’Ukraine ne cherche pas à avancer. Elle cherche à ne pas reculer. Et dans ce contexte, chaque position tenue devient une victoire tactique. Le front de Pokrovsk n’a pas cédé malgré l’intensité des assauts. Cette simple phrase résume une victoire militaire majeure, même si aucun territoire n’a été reconquis.
La dimension temporelle joue en faveur de l’Ukraine plus qu’il n’y paraît. La Russie a misé sur une guerre courte, un effondrement rapide de la résistance ukrainienne. Chaque mois supplémentaire de combat représente un échec de cette stratégie initiale. Les sanctions économiques occidentales commencent à mordre sur l’économie russe. Les pertes militaires, bien que rarement admises officiellement, s’accumulent et deviennent difficiles à dissimuler. Le moral de la population russe, initialement soutenu par la propagande d’une « opération militaire spéciale » rapide, commence à vaciller face à une guerre qui s’éternise. L’Ukraine, elle, a déjà intégré
Ce que l'Occident ne voit pas depuis son confort
La fatigue de guerre que personne ne mesure
Pendant que les capitales occidentales débattent de l’opportunité d’envoyer tel ou tel système d’armes, les soldats ukrainiens accumulent une fatigue qui dépasse l’entendement humain. Trois ans de guerre. Trois ans sans relève suffisante. Trois ans à tenir des positions sous un déluge de feu que les statistiques peinent à traduire. Ces 6 000 tirs d’artillerie quotidiens ne sont pas des points sur une carte pour ceux qui les subissent. Ce sont des heures à trembler dans des abris de fortune, à perdre l’audition progressivement, à développer des troubles que l’on n’ose même pas nommer. La rotation des troupes, promise et repromise, reste largement théorique sur les secteurs les plus exposés comme Pokrovsk. Certaines unités tiennent la ligne depuis des mois sans interruption significative. Leur endurance mentale atteint des limites que même les psychologues militaires n’avaient pas anticipées. Pendant ce temps, les débats européens sur l’aide à l’Ukraine se focalisent sur des considérations budgétaires, des calendriers électoraux, des équilibres politiques internes. Comme si la guerre pouvait attendre que les démocraties se mettent d’accord. Comme si les hommes au front pouvaient mettre leur épuisement sur pause le temps qu’un consensus émerge à Bruxelles ou à Washington. Cette dissonance entre l’urgence du terrain et la lenteur des processus démocratiques crée un fossé que les soldats ukrainiens ressentent chaque jour davantage.
L’opinion publique occidentale elle-même témoigne d’une lassitude qui contraste cruellement avec la réalité du front. Les sondages montrent une érosion progressive du soutien à l’Ukraine dans plusieurs pays européens. Non par manque de sympathie, mais par saturation médiatique, par accoutumance à l’horreur quotidienne. Les 74 affrontements de ce mardi matin ne font plus les gros titres. Il faut désormais une percée majeure ou un massacre spectaculaire pour que les journaux télévisés accordent plus de deux minutes à la guerre. Cette banalisation du conflit constitue peut-être la plus grande victoire stratégique du Kremlin. Transformer une guerre d’agression en arrière-plan permanent de l’actualité internationale. Faire en sorte que l’extraordinaire devienne ordinaire. Que l’inacceptable devienne une donnée géopolitique parmi d’autres. Les chancelleries occidentales le savent. Elles voient les courbes de popularité, mesurent la patience décroissante de leurs électeurs face à un conflit qui s’éternise. Cette réalité politique pèse sur chaque décision d’aide militaire, sur chaque package d’assistance financière. Le temps joue contre l’Ukraine, non pas sur le plan militaire où ses forces continuent de résister avec une détermination remarquable, mais sur le plan de l’attention mondiale. Et Moscou le sait parfaitement.
Les réfugiés ukrainiens dispersés à travers l’Europe vivent cette réalité avec une acuité particulière. Ils constatent jour après jour comment leur drame personnel devient un sujet de politique intérieure dans leurs pays d’accueil. Comment leur présence, initialement accueillie avec une solidarité remarquable, suscite désormais des questions, parfois des tensions. Les systèmes sociaux européens n’avaient pas été conçus pour absorber plusieurs millions de réfugiés sur une période aussi longue. Cette réalité matérielle alimente des discours politiques qui, sans nécessairement basculer dans l’hostilité, questionnent la durabilité de l’accueil. Pendant ce temps, ces mêmes réfugiés suivent avec angoisse les nouvelles du front. Chaque nom de ville mentionné dans les rapports militaires résonne différemment pour eux. Pokrovsk, Huliaipole, Vodiane Druhe ne sont pas des points sur une carte stratégique. Ce sont leurs villes, leurs villages, les lieux où vivent encore leurs proches. Cette double peine – l’exil et l’inquiétude permanente – crée une souffrance psychologique que peu de programmes d’aide prennent vraiment en compte. L’Occident a excellé dans l’urgence humanitaire initiale. Il peine davantage dans l’accompagnement au long cours d’un drame qui s’installe dans la durée.
Le décalage entre aide annoncée et réalité
Les annonces d’aide militaire à l’Ukraine font régulièrement la une des médias. Des milliards de dollars, d’euros, de livres sterling promis, des listes impressionnantes d’équipements militaires. Sur le papier, l’arsenal occidental transféré à Kiev devrait suffire à repousser l’agression russe. La réalité du terrain raconte une histoire différente. Entre l’annonce d’un package d’aide et sa livraison effective, des mois peuvent s’écouler. Entre la livraison du matériel et sa mise en œuvre opérationnelle, il faut encore former les équipages, adapter la logistique, intégrer ces systèmes dans la doctrine militaire ukrainienne. Pendant ce temps, les forces russes continuent leurs assauts. Les 61 attaques repoussées sur le seul secteur de Pokrovsk en vingt-quatre heures ne peuvent pas attendre que les bureaucraties occidentales accélèrent leurs processus. Cette temporalité décalée crée une frustration immense chez les militaires ukrainiens. Ils savent que l’aide existe, qu’elle a été votée, budgétée, annoncée en grande pompe lors de conférences de presse. Mais sur leur position, sous les bombes guidées et les drones kamikazes, cette aide reste abstraite. Ce qui compte, c’est la munition disponible maintenant, le système de défense aérienne opérationnel aujourd’hui, pas celui qui arrivera dans trois mois.
Les restrictions d’usage imposées à certains armements occidentaux ajoutent une couche supplémentaire à cette frustration. Recevoir des missiles longue portée tout en étant interdit de frapper les bases aériennes d’où décollent les bombardiers qui vous pilonnent quotidiennement relève d’une logique difficile à comprendre sur le terrain. Ces précautions diplomatiques, justifiées par la crainte d’une escalade avec la Russie, se heurtent à la réalité opérationnelle. Comment gagner une guerre quand l’adversaire peut frapper votre territoire en profondeur depuis des sanctuaires inviolables? Cette asymétrie dans les règles d’engagement donne un avantage considérable à Moscou. Les 90 bombes guidées larguées en une seule journée partent de bases que l’Ukraine ne peut pas neutraliser avec les moyens dont elle dispose. Les 2 899 drones kamikazes sont assemblés dans des usines hors de portée. Cette guerre à une main attachée dans le dos épuise les défenseurs ukrainiens bien au-delà de la simple fatigue physique. Elle génère une incompréhension profonde vis-à-vis de leurs alliés. Pourquoi nous donner les moyens de nous défendre si vous nous interdisez de les utiliser pleinement? Cette question revient constamment dans les témoignages des soldats.
La production industrielle occidentale peine également à suivre le rythme de consommation de munitions d’une guerre de haute intensité. Les stocks d’obus accumulés pendant la Guerre froide s’épuisent plus vite que les capacités de production ne peuvent les reconstituer. L’industrie de défense européenne et américaine, optimisée pour des décennies de paix relative, n’avait pas maintenu les capacités de production de masse nécessaires à ce type de conflit. La remontée en puissance prend du temps. Des usines doivent être modernisées, des chaînes de production relancées, des sous-traitants retrouvés. Pendant cette transition, l’Ukraine doit rationner ses munitions. Chaque tir d’artillerie est compté, pesé, justifié. Face à eux, les forces russes peuvent se permettre un ratio de tirs de dix pour un, parfois plus. Cette supériorité quantitative compense largement leurs déficiences tactiques. Elle permet de saturer les défenses, d’user les positions ukrainiennes par un pilonnage continu. L’Occident découvre avec retard qu’une guerre moderne ne se gagne pas seulement avec de la technologie de pointe. Elle se gagne aussi avec des quantités massives de munitions conventionnelles. Une leçon que le complexe militaro-industriel est en train de réapprendre à ses dépens.
La solitude stratégique de Kiev face aux calculs
Chaque sommet international consacré à l’Ukraine révèle un peu plus l’isolement stratégique de Kiev face aux calculs de ses alliés. Les dirigeants occidentaux arrivent avec leurs propres agendas, leurs contraintes internes, leurs lignes rouges. L’Ukraine doit naviguer entre ces intérêts divergents, convaincre, négocier, parfois supplier pour obtenir ce dont elle a besoin pour survivre. Cette position de quémandeur permanent érode la dignité nationale, crée un sentiment de dépendance humiliant pour un pays qui se bat pour son existence. Les dirigeants ukrainiens le savent. Ils n’ont pas le luxe de la fierté mal placée. Mais cette réalité pèse. Devoir remercier pour chaque livraison d’armes, pour chaque tranche d’aide financière, alors que c’est leur territoire qui est envahi, leurs civils qui meurent, leurs villes qui sont détruites. Cette asymétrie dans la relation avec les alliés occidentaux crée des ressentiments qui ne s’expriment pas publiquement mais qui existent. Après la guerre, si l’Ukraine survit en tant qu’État indépendant, cette mémoire de la solitude dans l’épreuve façonnera durablement sa politique étrangère. La confiance dans les garanties de sécurité occidentales a été profondément ébranlée. Plus personne à Kiev ne croit naïvement aux assurances diplomatiques.
Les négociations de paix, régulièrement évoquées dans les capitales occidentales, sont vécues avec une profonde méfiance par les Ukrainiens. Ils savent que la tentation est grande, pour certains de leurs alliés, de privilégier un compromis rapide qui permettrait de tourner la page. Un accord qui entérinerait les conquêtes territoriales russes en échange d’un cessez-le-feu. Cette perspective hante Kiev. Accepter de négocier depuis une position de faiblesse, sous la pression de ses propres alliés lassés de soutenir l’effort de guerre, reviendrait à valider l’agression. À envoyer le message que la force prime le droit. Que les frontières peuvent être redessinées par la violence. Les dirigeants ukrainiens comprennent que certains gouvernements occidentaux considèrent désormais la guerre comme un problème à gérer plutôt qu’une injustice à réparer. Cette évolution sémantique n’est pas anodine. Elle traduit un glissement de la solidarité vers le pragmatisme. Du soutien inconditionnel vers le calcul coût-bénéfice. L’Ukraine n’est plus la cause juste qu’il faut défendre à tout prix. Elle devient progressivement un dossier complexe dont il faudrait trouver une issue acceptable. Cette transformation du regard occidental est peut-être plus dangereuse que les assauts russes eux-mêmes.
La reconstruction future de l’Ukraine fait déjà l’objet de calculs qui révèlent les véritables motivations de certains acteurs. Les conférences internationales sur la reconstruction mobilisent davantage de participants que les réunions sur l’aide militaire. Les entreprises occidentales se positionnent déjà pour obtenir les contrats juteux qui découleront de la remise en état du pays. Cette anticipation n’est pas choquante en soi. Elle devient problématique quand elle semble primer sur l’impératif de victoire militaire. Quand des voix commencent à suggérer qu’il serait temps de négocier pour pouvoir enfin passer à la phase de reconstruction, lucrative pour tout le monde. L’Ukraine observe ces manœuvres avec un mélange d’amertume et de lucidité. Elle sait qu’elle devra jouer ce jeu-là aussi. Distribuer les promesses de contrats pour maintenir le soutien politique. Transformer sa reconstruction en opportunité économique pour ses alliés. C’est le prix à payer pour ne pas être abandonnée. Mais cette instrumentalisation de sa tragédie nationale laissera des traces. La société ukrainienne sort de cette guerre profondément transformée. Plus dure, plus méfiante, moins naïve face aux belles déclarations de solidarité internationale. Les 74 affrontements de ce matin ne sont qu’un chiffre parmi d’autres. Mais pour ceux qui les vivent, ils représentent une réalité que l’Occident confortable peine à saisir vraiment.
L’épuisement des civils dans l’indifférence générale
Pendant que les militaires tiennent la ligne de front, les civils ukrainiens endurent une guerre qui ne dit pas son nom. Trois hivers sans chauffage fiable dans de nombreuses régions. Des coupures d’électricité planifiées qui durent des heures, parfois des jours. Un système de santé qui fonctionne en mode dégradé, avec des hôpitaux évacués, des médecins mobilisés, des médicaments qui manquent. Les infrastructures critiques visées méthodiquement par les frappes russes ne se reconstruisent pas du jour au lendemain. Chaque centrale électrique détruite, chaque transformateur
Conclusion
Soixante-quatorze combats en quelques heures
Les chiffres du 22 janvier 2026 résonnent comme un verdict. Soixante-quatorze affrontements enregistrés depuis l’aube sur l’ensemble du front ukrainien. Une cadence qui dépasse l’entendement pour quiconque n’a jamais vécu sous le feu. Derrière cette statistique se cachent des milliers de soldats engagés dans des combats rapprochés, des villages transformés en champs de bataille, des civils terrés dans des abris improvisés. L’état-major ukrainien qualifie la situation de « difficile », un euphémisme diplomatique qui masque à peine l’épuisement des troupes et la pression constante exercée par les forces russes. Sur le seul front de Pokrovsk, soixante et un assauts ont été repoussés au cours des vingt-quatre heures précédentes, soit la moitié de l’ensemble des combats recensés. Cette concentration d’efforts révèle une stratégie d’usure calculée, visant à épuiser les réserves ukrainiennes sur un secteur précis avant d’élargir l’offensive. Les localités de Vodiane Druhe, Zelene Pole, Yelyzavetivka et une dizaine d’autres villages portent désormais les stigmates de cette violence méthodique. Chaque nom sur la carte représente des familles déplacées, des infrastructures détruites, des terres agricoles rendues inutilisables pour des années.
La dimension aérienne de cette offensive amplifie encore la menace. Soixante-dix frappes aériennes ont été conduites en une seule journée, larguant quatre-vingt-dix bombes guidées sur des positions ukrainiennes et des zones civiles. Ces munitions de précision, couplées aux deux mille huit cent quatre-vingt-dix-neuf drones kamikazes déployés simultanément, créent un environnement où la mort peut surgir du ciel à tout instant. Les systèmes de défense antiaérienne ukrainiens, aussi performants soient-ils, ne peuvent intercepter chaque menace. Certaines bombes passent, certains drones atteignent leur cible. Et chaque impact qui n’est pas neutralisé se traduit par des pertes humaines, militaires ou civiles. L’artillerie russe a complété ce tableau apocalyptique avec plus de six mille tirs, dont cent cinquante et un provenant de systèmes de lance-roquettes multiples. Cette saturation du champ de bataille par les projectiles transforme des secteurs entiers en zones de mort où tout mouvement devient périlleux. Les rotations de troupes, l’acheminement de munitions, l’évacuation des blessés : chaque opération logistique se déroule sous la menace permanente d’un tir d’artillerie qui peut anéantir un convoi en quelques secondes.
Le front de Huliaipole, identifié comme l’un des secteurs les plus violents, illustre cette réalité avec une clarté brutale. Bien que les dernières vingt-quatre heures n’aient pas enregistré d’opérations actives majeures dans cette zone, son statut de point chaud témoigne de l’intensité des combats récents. Cette alternance entre phases d’assaut massif et périodes de relative accalmie caractérise la guerre d’usure menée par les forces russes. Elles frappent fort sur un secteur, épuisent les défenseurs, puis se redéploient vers un autre axe pendant que les Ukrainiens reconstituent leurs lignes. Cette tactique vise à empêcher toute consolidation durable des positions défensives et à maintenir une pression psychologique constante sur les troupes. Les soldats ukrainiens ne savent jamais où tombera le prochain coup de massue, ce qui les oblige à disperser leurs forces et à maintenir un niveau de vigilance épuisant sur l’ensemble du front. Cette stratégie d’épuisement systématique a fait ses preuves dans d’autres conflits : elle ne cherche pas la victoire éclair, mais la lente désagrégation de la capacité de résistance adverse. Et elle fonctionne, jour après jour, combat après combat.
Une guerre qui ne fait plus les gros titres
L’attention médiatique internationale s’est détournée de l’Ukraine. Les chaînes d’information en continu ont trouvé d’autres crises à couvrir, d’autres tragédies à documenter. Cette lassitude médiatique se traduit par une diminution de l’aide internationale, un relâchement de la solidarité politique, un effritement progressif du soutien public dans les pays occidentaux. Pourtant, sur le terrain, rien n’a changé. Les soldats ukrainiens continuent de mourir sous les bombardements russes. Les civils continuent de fuir leurs villages détruits. Les hôpitaux continuent de recevoir des blessés par dizaines. Mais ces réalités ne génèrent plus de manchettes, ne suscitent plus d’indignation collective, ne provoquent plus de débats passionnés dans les parlements européens. La guerre s’est normalisée, intégrée au paysage géopolitique comme un élément permanent du décor international. Cette banalisation constitue peut-être la victoire la plus insidieuse du camp russe : transformer un conflit d’agression en situation de fait accompli, en réalité incontournable avec laquelle il faudrait apprendre à composer. Les appels à la négociation se multiplient, souvent portés par des voix qui n’ont jamais subi de bombardements et qui confondent pragmatisme avec capitulation déguisée.
Les cent vingt et un affrontements des dernières vingt-quatre heures ne représentent qu’une journée parmi des centaines d’autres. Depuis le début de cette guerre, des dizaines de milliers de combats similaires se sont déroulés le long du front. Chacun a coûté des vies, détruit des infrastructures, traumatisé des populations. Mais cette accumulation de violences quotidiennes finit par perdre son impact émotionnel sur ceux qui ne la vivent pas directement. Les chiffres deviennent abstraits, les noms de villages illisibles, les témoignages interchangeables. Cette saturation informationnelle joue contre les victimes : à force de tout voir, on ne voit plus rien. À force de tout entendre, on n’écoute plus. Le public occidental, confronté à ses propres crises économiques et sociales, peine à maintenir son empathie pour un conflit qui semble sans fin. Les gouvernements européens, tiraillés entre leurs engagements moraux et leurs contraintes budgétaires, réduisent progressivement leurs livraisons d’armes et leur soutien financier. Cette érosion du soutien international ne résulte pas d’une décision consciente d’abandonner l’Ukraine, mais d’une lente dérive de l’attention collective vers d’autres urgences.
Pourtant, l’enjeu de ce conflit dépasse largement les frontières ukrainiennes. Chaque village que les forces russes tentent de conquérir, chaque position défensive que les soldats ukrainiens maintiennent au prix de leur vie, chaque civil qui refuse de fuir malgré les bombardements : tout cela dessine les contours de l’ordre international futur. Si l’agression russe finit par payer, si la conquête territoriale par la force redevient une option acceptable, alors aucune frontière ne sera plus sacrée, aucun petit pays ne sera plus en sécurité face à un voisin plus puissant. L’Ukraine ne défend pas seulement son territoire national, elle défend le principe même qu’un État souverain a le droit d’exister sans l’autorisation d’une puissance régionale. Cette bataille de principes se livre dans la boue des tranchées de Pokrovsk, sous les bombes qui s’abattent sur Huliaipole, dans les ruines des villages du Donbass. Et son issue déterminera si le XXIe siècle sera celui du retour des empires ou celui de la consolidation du droit international. L’indifférence occidentale face à cette guerre ne constitue pas une position neutre : c’est un choix politique qui aura des conséquences pour les décennies à venir.
La résilience comme seule stratégie viable
Face à cette pression militaire constante et à cet effritement du soutien international, l’Ukraine n’a d’autre choix que de puiser dans ses propres ressources. La résilience de sa population, la détermination de ses soldats, l’ingéniosité de ses ingénieurs : ces atouts intangibles constituent désormais sa principale ligne de défense. Les usines ukrainiennes produisent des drones par milliers, compensant par l’innovation technologique l’infériorité numérique face à l’armée russe. Les volontaires continuent de rejoindre les rangs des forces armées, malgré les pertes terrifiantes et l’épuisement généralisé. Les civils maintiennent une vie sociale et économique dans des villes régulièrement bombardées, refusant de céder à la terreur que cherche à imposer l’agresseur. Cette résistance quotidienne, moins spectaculaire que les grandes batailles mais tout aussi cruciale, témoigne d’une volonté collective de survie qui dépasse les calculs militaires rationnels. Un peuple qui refuse de se soumettre ne peut être vaincu par la seule force des armes, aussi massive soit-elle. L’histoire regorge d’exemples où des nations apparemment écrasées ont fini par user la patience de leurs occupants et reconquérir leur liberté.
Mais cette stratégie de résilience a un coût humain considérable. Chaque jour de guerre supplémentaire se traduit par des morts, des blessés, des traumatismes psychologiques qui marqueront une génération entière. Les soldats qui repoussent les assauts russes à Pokrovsk ne sont pas des héros invincibles : ce sont des hommes et des femmes épuisés, souvent mal équipés, qui tiennent leurs positions parce qu’ils n’ont pas d’autre choix. Leur sacrifice mérite mieux que l’indifférence internationale et les débats abstraits sur la « fatigue de la guerre » dans les capitales occidentales. Il mérite un soutien concret, des livraisons d’armes régulières, une solidarité politique sans faille. Or, ce soutien s’étiole mois après mois, laissant l’Ukraine seule face à un adversaire qui dispose de ressources quasi illimitées et d’une volonté politique inflexible. Cette asymétrie du soutien international pourrait finir par faire basculer le rapport de forces, non pas en raison d’une supériorité militaire russe intrinsèque, mais simplement parce que l’Occident aura décidé de regarder ailleurs. Une telle issue ne serait pas une défaite ukrainienne : ce serait un abandon occidental.
La question qui hante désormais tous les observateurs lucides de ce conflit n’est plus de savoir si l’Ukraine peut résister militairement – elle l’a prouvé pendant près de trois ans – mais combien de temps elle pourra maintenir cette résistance sans un soutien international massif et durable. Les soixante-quatorze combats du 22 janvier ne sont qu’un épisode parmi d’autres dans cette guerre d’usure. Demain, il y en aura d’autres. Après-demain également. Et chaque jour qui passe rapproche un peu plus le moment où l’épuisement des ressources ukrainiennes pourrait forcer des compromis territoriaux que rien ne justifie moralement ou juridiquement. Ce scénario catastrophe n’est pas inévitable, mais il devient de plus en plus plausible à mesure que l’attention internationale se détourne et que les livraisons d’armes diminuent. Empêcher cette issue tragique exige un sursaut de la conscience occidentale, une prise de conscience que la sécurité européenne se joue aujourd’hui dans les plaines du Donbass et que l’indifférence actuelle se paiera au prix fort dans les années à venir. Mais ce sursaut viendra-t-il à temps? Rien n’est moins sûr.
Les leçons ignorées de l’histoire
L’histoire européenne du XXe siècle aurait dû nous enseigner qu’ignorer une agression territoriale ne fait que repousser le problème et l’amplifier. Les accords de Munich en 1938, censés préserver la paix en sacrifiant la Tchécoslovaquie, n’ont retardé la guerre que de quelques mois tout en renforçant l’agresseur. Pourtant, quatre-vingts ans plus tard, les mêmes logiques réapparaissent dans les discours de ceux qui plaident pour des « concessions raisonnables » de la part de l’Ukraine. Comme si céder du territoire à un État qui viole le droit international pouvait constituer une base solide pour une paix durable. Comme si un régime qui a déjà rompu tous ses engagements diplomatiques pouvait être transformé en partenaire fiable par quelques signatures au bas d’un traité. Cette naïveté volontaire, ou ce cynisme déguisé en pragmatisme, ignore la nature fondamentale du conflit : il ne s’agit pas d’un différend territorial négociable, mais d’une guerre d’anéantissement visant à détruire l’existence même de l’Ukraine en tant qu’État souverain. Aucun compromis territorial ne satisfera un projet politique aussi radical, et chaque concession ne fera qu’encourager de nouvelles exigences.
Les deux mille huit cent quatre-vingt-dix-neuf drones kamikazes lancés en une seule journée témoignent de cette volonté d’écrasement total. Ces armes ne visent pas à conquérir des positions stratégiques, mais à terroriser les populations, à détruire les infrastructures civiles, à rendre la vie quotidienne impossible dans les zones ukrainiennes. Cette stratégie de terreur délibérée ne peut être confondue avec les dommages collatéraux inévitables d’un conflit armé : elle constitue une méthode de guerre visant explicitement les non-combattants. Les frappes sur les réseaux électriques en plein hiver, les bombardements de marchés et d’immeubles résidentiels, les attaques contre les hôpitaux et les écoles : tout cela relève d’une logique de guerre totale qui ne reconnaît aucune limite morale ou juridique. Face à une telle brutalité systématique, les appels à la retenue et à la désescalade sonnent comme une insulte aux victimes. On ne négocie pas avec un agresseur qui utilise la terreur comme arme principale, on le confronte avec une détermination égale à la sienne jusqu’à ce qu’il renonce à ses objectifs criminels.
Mais cette confrontation exige des moyens que l’Ukraine ne possède pas seule.
Encadré de transparence du chroniqueur
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur. Je suis analyste, observateur des dynamiques géopolitiques et commerciales qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à anticiper les virages que prennent nos dirigeants. Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel. Je prétends à la lucidité, à l’analyse sincère, à la compréhension profonde des enjeux qui nous concernent tous.
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et commentaires interprétatifs. Les informations factuelles présentées dans cet article proviennent de sources officielles et vérifiables, notamment les communiqués gouvernementaux, les déclarations officielles des dirigeants politiques, les rapports d’agences de presse internationales reconnues telles que Reuters, Bloomberg, ABC News, NBC News, Xinhua, Associated Press, Agence France-Presse, ainsi que les données d’organisations internationales.
Les analyses et interprétations présentées représentent une synthèse critique basée sur les informations disponibles. Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser, de leur donner un sens. Toute évolution ultérieure pourrait modifier les perspectives présentées ici.
Sources
Sources primaires
Ukrinform – Article source (21/01/2026)
Ukrinform – Rapport de situation du front ukrainien (22 janvier 2026)
État-major général des Forces armées ukrainiennes – Mise à jour opérationnelle quotidienne (22 janvier 2026)
Ministère de la Défense ukrainien – Communiqué sur la situation au front (22 janvier 2026)
Institute for the Study of War (ISW) – Analyse de l’évolution du front Est (22 janvier 2026)
Sources secondaires
Reuters – Dépêche sur les combats dans le Donbass (22 janvier 2026)
BBC News – Situation militaire en Ukraine orientale (22 janvier 2026)
Le Monde – Point sur les opérations militaires ukrainiennes (22 janvier 2026)
France 24 – Intensification des combats sur le front de Pokrovsk (22 janvier 2026)
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