Medvedev, le troll du Kremlin
Dmitri Medvedev n’est plus l’homme qu’on a connu. L’ancien président « libéral » s’est mué en provocateur professionnel, celui qui dit tout haut ce que le Kremlin pense tout bas — mais avec une couche d’ironie suffisamment épaisse pour pouvoir prétendre qu’il plaisantait. Le 13 janvier 2026, il a publié sur la plateforme russe Max un message qui a fait le tour du monde. « Le Groenland pourrait devenir le 90e sujet de la Fédération de Russie », a-t-il écrit, évoquant avec délectation l’idée d’un référendum surprise. Il a ensuite ajouté, moqueur : « Qu’est-ce qu’ils vont faire, les Européens ? Bombarder les États-Unis avec des armes nucléaires ? » La réponse qu’il a lui-même fournie est cinglante : « Ils vont ch*** dans leur pantalon et abandonner le Groenland. Et ce serait un magnifique précédent européen. »
Le message ne s’arrête pas là. Medvedev a également fait référence à l’opération américaine au Venezuela, où Nicolas Maduro a été capturé quelques jours plus tôt. Il suggère, avec un humour grinçant, que Trump pourrait devenir « président par intérim du Groenland » — comme il s’est autoproclamé sur un faux article Wikipedia « président par intérim du Venezuela ». L’ancien premier ministre russe termine son message par une liste de « vilains européens » — Macron, Starmer, Merkel — qu’il faudrait « traduire en justice » pour avoir voulu « détruire les États-Unis ». Le délire est assumé. Le message est clair : Washington et Bruxelles sont en guerre ouverte, et Moscou déguste le spectacle avec du popcorn.
Zakharova joue la carte Crimée
Maria Zakharova a adopté une approche différente, mais tout aussi venimeuse. La porte-parole du ministère des Affaires étrangères a suggéré que l’Union européenne devrait réagir aux menaces de Trump sur le Groenland exactement comme elle l’a fait pour l’annexion de la Crimée en 2014. « Qu’ils regardent ce qu’ils ont dit sur la Crimée », a-t-elle déclaré sur Radio Sputnik. « Ce serait très utile pour eux de s’enflammer autant pour le Groenland. » Elle a ensuite suggéré que les responsables européens utilisent la crise iranienne comme « excuse commode » pour détourner l’attention. « Pourquoi ne pas concentrer tous leurs efforts sur le Groenland maintenant ? L’île leur est enlevée — sans référendum, pas sur la base de la volonté populaire, mais simplement parce qu’on leur a dit de la céder… et ils n’ont tout simplement rien à répondre. »
Zakharova joue avec le feu, et elle le sait. Comparer le Groenland à la Crimée, c’est mettre l’Occident face à son propre miroir. Si les États-Unis peuvent prendre un territoire d’un allié de l’OTAN par la force ou la coercition économique, alors sur quelle base morale peuvent-ils condamner la Russie ? C’est une question qui fait mal. Et c’est exactement pour ça qu’elle la pose.
Section 3 : l'analyste Markov et le magnat Malofeyev — la voix des ultras
La « punition du destin » selon Markov
L’analyste politique pro-Kremlin Sergueï Markov n’a pas retenu ses coups. Pour lui, le Danemark reçoit aujourd’hui une « punition du destin » pour avoir alimenté ce qu’il appelle « l’hystérie russophobe ». « Le Danemark a insisté pour répéter que le Groenland était menacé par la Russie. Comment exactement ? Ils n’ont jamais pu l’expliquer — mais ils ont menti sur la menace russe encore et encore », a déclaré Markov. « Maintenant, Trump veut prendre le Groenland au Danemark, en invoquant la nécessité de le protéger d’une menace russe. Et avec son armée faible, le Danemark ne peut pas défendre le Groenland contre la Russie. Donc les États-Unis doivent prendre le Groenland. » Il conclut avec un sourire : « N’est-ce pas juste ? Tout simplement frappant de justice. »
C’est une logique perverse, mais elle a une certaine cohérence interne. Pendant des années, les pays nordiques ont justifié l’augmentation de leurs dépenses militaires par la « menace russe ». Copenhague a investi 14,6 milliards de couronnes — soit environ 2,3 milliards de dollars — dans la sécurité arctique. Ils ont commandé de nouveaux navires, des drones de surveillance longue portée, des avions Boeing P-8. Tout ça pour se protéger de Moscou. Et maintenant, c’est Washington qui menace d’annexer leur territoire. L’ironie n’a échappé à personne au Kremlin.
Malofeyev : « Seule la Russie peut sauver le Groenland »
Le magnat des médias pro-Kremlin Konstantin Malofeyev est allé encore plus loin. « Seule la Russie peut arrêter ça », a-t-il déclaré. « Pour sauver le Groenland, l’Europe et un monde multipolaire. » L’idée est absurde sur le plan pratique — la Russie n’a aucune revendication territoriale sur le Groenland et aucun moyen réaliste d’y intervenir. Mais ce n’est pas le point. Le message de Malofeyev vise à souligner l’impuissance de l’Europe face aux ambitions américaines. Si les alliés de l’OTAN ne peuvent pas protéger le Danemark contre les États-Unis, que valent leurs garanties de sécurité ? Et si l’OTAN s’effondre sous le poids de ses contradictions internes, qui reste pour s’opposer à la Russie ?
C’est là que le jeu devient dangereux. Les propagandistes russes jouent avec des allumettes près d’un baril de poudre. Ils rient de l’OTAN qui se déchire, mais ont-ils réfléchi à ce qui vient après ? Un monde sans OTAN, c’est un monde où personne ne peut plus prédire les règles du jeu. Même Poutine a intérêt à ce qu’un certain ordre existe — un ordre qu’il peut manipuler, contourner, défier. Mais le chaos total ? C’est une autre affaire.
Section 4 : l'inquiétude réelle — ce que la Russie ne dit pas à voix haute
La « préoccupation sérieuse » de l’ambassade russe
Derrière les rires et les moqueries, il y a une autre voix. Celle de l’ambassade de Russie en Belgique, où siège le quartier général de l’OTAN. Le 15 janvier, l’ambassade a publié un communiqué d’un ton très différent : « La situation qui se développe dans les hautes latitudes nous préoccupe sérieusement. » L’ambassade accuse l’OTAN de « militariser l’Arctique » sous « le prétexte fictif d’une menace croissante de Moscou et de Pékin ». Elle décrit cette tendance comme « contre-productive et extrêmement dangereuse ». Ce n’est plus du sarcasme. C’est de l’inquiétude. Et elle est justifiée.
Car pendant que Trump menace et que l’Europe se mobilise, des troupes arrivent au Groenland. L’Allemagne envoie 13 soldats à Nuuk. La France dépêche un petit contingent. La Finlande envoie deux officiers de liaison. Les Pays-Bas, la Norvège, la Suède participent. L’exercice s’appelle « Arctic Endurance » — Endurance Arctique. C’est symbolique, mais c’est aussi réel. Pour la première fois depuis longtemps, l’Europe déploie des forces militaires dans une région que la Russie considère comme sa sphère d’influence naturelle. Poutine l’a dit lui-même en mars 2025 : « La Russie n’a jamais menacé personne dans l’Arctique, mais nous suivrons de près l’évolution de la situation et répondrons de manière appropriée en renforçant nos capacités militaires. »
L’Arctique qui fond, les ambitions qui s’échauffent
L’enjeu dépasse de loin le Groenland. Le réchauffement climatique transforme l’Arctique en nouvelle frontière économique et militaire. Les glaces fondent, les routes maritimes s’ouvrent, les minerais deviennent accessibles. Selon Poutine, le volume du transport commercial à travers le pôle Nord a été multiplié par neuf au cours de la dernière décennie. Le Groenland regorge de terres rares, de minerais critiques, potentiellement de pétrole et de gaz. C’est pourquoi la Chine s’est déclarée « État quasi arctique » en 2018. C’est pourquoi Trump veut l’île. Et c’est pourquoi la Russie surveille tout ça avec un mélange de délectation et de nervosité.
Fermez les yeux. Imaginez la carte. L’Arctique, ce cercle de glace au sommet du monde. Sept des huit pays qui le bordent sont membres de l’OTAN. Le huitième, c’est la Russie. Et maintenant, le plus puissant des sept menace de prendre le territoire d’un autre. Qu’est-ce que ça dit sur l’alliance ? Qu’est-ce que ça dit sur les règles que nous avons construites depuis 1945 ? Et surtout — qu’est-ce que ça ouvre comme possibilités pour celui qui attend patiemment de l’autre côté ?
Section 5 : l'Europe répond — une unité fragile face à l'impensable
Huit pays, une déclaration, une colère contenue
Le 18 janvier 2026, les dirigeants de huit pays européens — Danemark, Finlande, France, Allemagne, Pays-Bas, Norvège, Suède et Royaume-Uni — ont publié une déclaration conjointe inhabituelle. « Nous sommes pleinement solidaires du Royaume du Danemark et du peuple du Groenland », affirment-ils. « Les menaces tarifaires minent les relations transatlantiques et risquent une spirale descendante dangereuse. » C’est un langage diplomatique, mais le message est clair : Washington a franchi une ligne. La première ministre danoise Mette Frederiksen a été plus directe : « L’Europe ne sera pas victime de chantage. »
La cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a posé la question qui fâche : « La Chine et la Russie doivent se régaler. Ce sont elles qui bénéficient des divisions entre alliés. » Et elle a raison. Chaque tweet de Trump, chaque menace de tarifs, chaque refus de retirer l’option militaire de la table — tout ça est un cadeau pour le Kremlin. Non pas parce que la Russie a des visées sur le Groenland. Mais parce que chaque fissure dans l’OTAN est une brèche dans laquelle Moscou peut s’engouffrer. En Ukraine. Dans les pays baltes. Partout où la garantie de défense collective était censée être un rempart infranchissable.
Les ambassadeurs de l’UE en réunion d’urgence
Le dimanche 19 janvier, les 27 ambassadeurs de l’Union européenne se sont réunis en urgence à Bruxelles. La réunion a duré plus de trois heures. Le président du Conseil européen, Antonio Costa, a annoncé qu’il convoquerait une réunion extraordinaire des chefs d’État dans les prochains jours. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré que « les tarifs compromettraient les relations transatlantiques et risqueraient une spirale descendante dangereuse ». L’accord commercial UE-États-Unis signé l’année dernière est maintenant suspendu dans les limbes — le Parlement européen devait en débattre cette semaine, mais le leader du plus grand groupe politique, Manfred Weber, a suggéré de reporter le vote.
C’est peut-être la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale que l’Europe envisage sérieusement les États-Unis comme une menace. Les services de renseignement danois ont officiellement classé Washington comme un danger pour la sécurité nationale — au même titre que la Russie et la Chine. Vous réalisez ce que ça signifie ? L’ordre mondial que nous connaissons depuis 80 ans est en train de craquer. Et personne ne sait ce qui va pousser dans les fissures.
Section 6 : Trump, le feu et la glace — comprendre la logique de l'imprévisible
La doctrine Trump : la force, pas les règles
Donald Trump ne plaisante pas. Ceux qui pensaient que ses déclarations sur le Groenland étaient de la rhétorique électorale ont dû réviser leur jugement. Le 18 janvier, il a annoncé des tarifs de 10% sur les importations de huit pays européens, avec une augmentation à 25% prévue le 1er juin, « jusqu’à ce qu’un accord soit conclu pour l’achat complet et total du Groenland ». Il n’a jamais retiré l’option militaire de la table. Son secrétaire d’État Marco Rubio a refusé de l’exclure explicitement. Le vice-président JD Vance a visité la base spatiale de Pituffik au Groenland en mars dernier. Le message est clair : les États-Unis considèrent cette île comme une priorité de sécurité nationale, et ils sont prêts à aller très loin pour l’obtenir.
La justification officielle de Washington est la menace russe et chinoise dans l’Arctique. Trump affirme que le Groenland est « couvert de navires russes et chinois partout ». C’est faux — le secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte a confirmé qu’il n’y a aucun navire russe ou chinois autour de l’île. Mais la réalité n’a jamais vraiment été le point. Ce qui compte, c’est la perception. Et la perception de Trump, c’est que les États-Unis ont le droit de prendre ce dont ils ont besoin, quand ils en ont besoin. Le Venezuela hier. Le Groenland demain. Qui sera le suivant ?
Le Golden Dome et la paranoïa arctique
Trump a évoqué son projet de « Golden Dome » — un système de défense antimissile censé protéger l’Amérique du Nord des missiles balistiques. Selon lui, le Groenland est « vital » pour ce projet. Les experts militaires sont sceptiques. Les États-Unis exploitent déjà la base spatiale de Pituffik sur l’île — le plus grand système de détection de missiles en dehors du territoire américain. Un accord de 1951 avec le Danemark leur permet d’y déployer autant de forces qu’ils le souhaitent. Ils n’ont pas besoin de posséder le Groenland pour y opérer. Mais Trump ne veut pas opérer. Il veut posséder. C’est la différence fondamentale.
J’essaie de me mettre dans la tête de Trump. Je n’y arrive pas vraiment. Mais je comprends une chose : pour lui, la possession est le pouvoir. Un accord, ça peut être renié. Un contrat, ça peut être rompu. Mais quand c’est à toi, c’est à toi. C’est une logique de promoteur immobilier transposée à la géopolitique. Le problème, c’est que la géopolitique ne fonctionne pas comme l’immobilier. Il n’y a pas de tribunaux pour régler les litiges. Il n’y a que la force. Et la force, quand elle est utilisée entre alliés, ça s’appelle autrement. Ça s’appelle la trahison.
Section 7 : le paradoxe russe — jubiler et s'inquiéter en même temps
La victoire pyrrhique de Moscou
Voilà le paradoxe que personne au Kremlin n’ose formuler clairement. Oui, la fracture États-Unis–Europe est une aubaine pour la Russie. Oui, l’affaiblissement de l’OTAN sert les intérêts de Poutine. Oui, Medvedev et Zakharova ont raison de se moquer. Mais. Mais si Trump peut prendre le Groenland à un allié de l’OTAN, qu’est-ce qui l’empêche de prendre autre chose ? Et surtout — si les règles du jeu international n’existent plus, sur quoi peut se baser la Russie pour défendre ses propres intérêts dans l’Arctique ?
Le premier ministre espagnol Pedro Sanchez l’a dit clairement : une intervention militaire américaine contre le Groenland rendrait Poutine « l’homme le plus heureux du monde ». Pourquoi ? « Parce que ça légitimerait son invasion de l’Ukraine. Si les États-Unis utilisent la force, ce serait le glas de l’OTAN. Poutine serait doublement content. » C’est vrai. Mais il y a une autre face de la médaille. Dans un monde sans règles, le plus fort gagne toujours. Et les États-Unis restent, de loin, la puissance militaire dominante de la planète. Moscou peut bien se réjouir de la chute de l’ancien ordre. Elle pourrait regretter ce qui vient après.
L’Arctique russe — la vraie frontière
La Russie possède la plus longue côte arctique du monde. La Flotte du Nord, basée à Gadzhiyevo sur la péninsule de Kola, est la colonne vertébrale de la dissuasion nucléaire russe. C’est de là que partent les sous-marins lanceurs de missiles balistiques. C’est là que sont stockées les armes nucléaires stratégiques. Toute militarisation accrue de l’Arctique — même si elle vient de l’OTAN, même si elle est dirigée contre Trump — affecte directement les intérêts de sécurité russes. Le ministre de la Défense Sergueï Choïgou l’a expliqué : « Compte tenu du désir de l’OTAN de renforcer son potentiel militaire près des frontières russes, des mesures de rétorsion sont nécessaires pour créer un groupement approprié de troupes dans le nord-ouest de la Russie. »
Vous savez ce qui me frappe ? Le silence de Poutine lui-même. Medvedev tweete. Zakharova ironise. Markov commente. Mais le patron, lui, ne dit rien. Du moins, pas publiquement. C’est révélateur. Le silence de Poutine est toujours stratégique. Il observe. Il calcule. Il attend de voir comment les pièces vont tomber avant de bouger les siennes. Et ça, ça devrait inquiéter tout le monde.
Section 8 : les 55 000 — quand un peuple devient un pion
Nuuk sous les projecteurs du monde
55 000 personnes. C’est la population totale du Groenland. Moins qu’un quartier de Montréal. Plus qu’un village, moins qu’une ville moyenne. Et ces 55 000 âmes — majoritairement des Inuits — se retrouvent au centre d’une guerre de titans qu’ils n’ont jamais demandée. Le 17 janvier 2026, environ un quart de la population de Nuuk — soit plus de 5 000 personnes — est descendu dans les rues pour protester contre les ambitions américaines. Les banderoles disaient « Yankee Go Home ». Les drapeaux groenlandais flottaient partout. Le premier ministre Jens-Frederik Nielsen a été clair : le Groenland n’est pas à vendre.
Mais qui écoute ? Trump a répondu que c’était « leur problème » si les Groenlandais ne voulaient pas devenir américains. Medvedev plaisante sur un référendum pour les faire rejoindre la Russie. L’Europe leur offre sa solidarité — mais que vaut la solidarité face aux tarifs douaniers et aux menaces militaires ? Aaja Chemnitz, députée groenlandaise au Parlement danois, l’a dit avec émotion : « Beaucoup d’entre nous étaient inquiets. Ils en parlent à l’école. Nos aînés ne dorment pas parce qu’ils sont préoccupés. Tout ce qui s’est passé a été offensant envers nous. Certaines choses ont été consternantes. »
L’autodétermination, ce concept que tout le monde oublie
Le Groenland est un territoire autonome du Royaume du Danemark. Ses habitants ont le droit à l’autodétermination. Ils peuvent choisir l’indépendance s’ils le souhaitent — un référendum est théoriquement possible. Mais devenir américains ? Rejoindre la Russie comme le « suggère » Medvedev ? Ce n’est pas leur choix. C’est celui qu’on veut leur imposer. La grande ironie, c’est que Trump justifie ses ambitions par la « défense de la liberté ». Et Zakharova compare la situation à la Crimée — où un référendum controversé a été organisé sous occupation russe. Dans les deux cas, la volonté des peuples concernés est au mieux secondaire, au pire inexistante.
Je pense à ces Inuits qui n’ont rien demandé à personne. Qui vivaient sur leur île gelée, chassaient le phoque, pêchaient le flétan. Et qui se réveillent un matin avec Trump qui dit « c’est à moi », Medvedev qui plaisante « c’est peut-être à nous », et l’Europe qui envoie des soldats « pour les protéger ». Personne ne leur demande ce qu’ils veulent vraiment. Personne ne s’intéresse à leur avenir. Ils sont devenus une case sur un échiquier géopolitique. Un pion qu’on déplace. Et ça, c’est peut-être la chose la plus révoltante de toute cette histoire.
Section 9 : l'OTAN au bord du gouffre — l'alliance peut-elle survivre ?
L’impensable devient possible
Posons la question clairement : l’OTAN peut-elle survivre à une prise de contrôle américaine du Groenland ? Les experts sont divisés, mais le consensus penche vers le « non ». L’Article 5 — la clause de défense collective — stipule qu’une attaque contre un allié est une attaque contre tous. Si les États-Unis annexent le territoire d’un membre de l’OTAN, comment cette garantie peut-elle encore être crédible ? « Si les États-Unis utilisaient la force, ce serait le glas de l’OTAN », a averti Pedro Sanchez. L’ancienne commissaire européenne Margrethe Vestager a qualifié les menaces de Trump de « menace existentielle pour l’OTAN et l’Europe ». L’ancien ministre danois des Affaires étrangères Per Stig Møller a comparé le comportement américain aux « exigences allemandes sur le territoire polonais dans les années 1930 ».
Le secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte marche sur des œufs. Lors d’une conférence de presse au Forum mondial de Renew Europe, on lui a demandé directement si un seul allié soutiendrait une prise de contrôle forcée du Groenland. Il a esquivé : « Ce dont nous discutons, c’est de nous assurer que l’Arctique est sûr, que nous avons sept pays qui travaillent ensemble, y compris les États-Unis. » Quand le journaliste a insisté, il a détourné la question vers les investissements danois dans la défense arctique. Le silence diplomatique en dit parfois plus que les discours.
Les options européennes — limitées mais pas inexistantes
L’Europe n’est pas totalement impuissante. Les analystes du Chatham House et du Council on Foreign Relations soulignent plusieurs leviers. Les bases américaines en Europe ne servent pas uniquement à défendre le continent — elles sont essentielles pour les opérations au Moyen-Orient et dans l’Arctique. L’Europe pourrait refuser de ravitailler les navires américains, exiger des paiements élevés pour le stationnement des troupes, proposer la fermeture de certaines installations. Ce sont des mesures impensables il y a encore un an. Mais nous ne sommes plus il y a un an.
L’OTAN était censée être le rempart contre la menace russe. Et maintenant, c’est un allié qui menace de la faire imploser. Les Européens découvrent avec horreur qu’ils ont construit leur sécurité sur les épaules d’un géant qui peut à tout moment décider de se retourner contre eux. Et la Russie ? Elle regarde. Elle attend. Elle se prépare à ramasser les morceaux. Ou à être broyée elle aussi dans un monde où plus rien n’a de sens.
Conclusion : le froid qui vient
Un monde sans boussole
Nous sommes entrés dans une nouvelle ère. Une ère où les règles établies depuis 1945 sont remises en question par ceux-là mêmes qui les ont créées. Où un président américain peut menacer d’annexer le territoire d’un allié. Où la Russie peut se moquer de l’Occident tout en s’inquiétant secrètement de ce que cette folie signifie pour elle aussi. Où 55 000 Groenlandais découvrent qu’ils ne sont que des pions sur un échiquier qu’ils n’ont jamais voulu rejoindre.
Dmitri Medvedev continuera de tweeter ses sarcasmes. Maria Zakharova continuera de pointer l’hypocrisie occidentale. Trump continuera de menacer. L’Europe continuera de s’indigner. Et la glace de l’Arctique continuera de fondre, ouvrant de nouvelles routes, de nouvelles ressources, de nouvelles raisons de se battre. Le monde d’après est là. Il est froid. Il est imprévisible. Et personne — ni Moscou, ni Washington, ni Bruxelles — ne sait vraiment comment le naviguer.
Je termine cet article et je n’ai pas de conclusion rassurante à offrir. La Russie jubile ? Peut-être. Mais c’est une jubilation de façade, celle du spectateur qui regarde un incendie en oubliant que le feu peut se propager jusqu’à sa propre maison. L’Europe s’unit ? Peut-être. Mais c’est une unité de circonstance, fragile comme la glace qui fond sous les pieds des Groenlandais. Trump obtient ce qu’il veut ? Peut-être. Mais à quel prix ? Celui de détruire l’alliance qui a maintenu la paix sur le continent le plus meurtrier de l’histoire humaine. Et nous, observateurs de ce chaos ? Nous ne pouvons que regarder, témoigner, et nous demander : quand les géants se battent, où vont les fourmis pour se mettre à l’abri ?
Encadré de transparence du chroniqueur
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur. Je suis analyste, observateur des dynamiques géopolitiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements de puissance, à anticiper les virages que prennent nos dirigeants. Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel. Je prétends à la lucidité, à l’analyse sincère, à la compréhension profonde des enjeux qui nous concernent tous.
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et commentaires interprétatifs. Les informations factuelles présentées dans cet article proviennent de sources officielles et vérifiables, notamment les communiqués gouvernementaux, les déclarations officielles des dirigeants politiques, les rapports d’agences de presse internationales reconnues telles que Reuters, Associated Press, Agence France-Presse, ainsi que les médias spécialisés comme The Moscow Times, CBS News, CNN, Al Jazeera, NPR et le Council on Foreign Relations.
Les analyses et interprétations présentées représentent une synthèse critique basée sur les informations disponibles. Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser, de leur donner un sens. Toute évolution ultérieure pourrait modifier les perspectives présentées ici.
Sources
Sources primaires
The Moscow Times – ‘Only Russia Can Stop It’: Moscow Taunts Europe, Denmark Over Trump’s Greenland Plans (15 janvier 2026)
CBS News – Russia notes Trump’s dispute with NATO allies over Greenland as European troops head to Arctic for war games (16 janvier 2026)
CNN – A stunned Europe gathers to respond after Trump increases pressure over Greenland (18 janvier 2026)
Newsweek – Russia Watching Trump’s ‘Extraordinary’ Greenland Grab as Putin Plots Arctic Expansion (16 janvier 2026)
NPR – European leaders warn Trump’s Greenland tariffs threaten ‘dangerous downward spiral’ (18 janvier 2026)
Sources secondaires
Al Jazeera – Trump announces new tariffs over Greenland: How have EU allies responded? (18 janvier 2026)
ABC News – Europe ‘united’ in face of Trump’s Greenland threats, tariffs, EU chief says (19 janvier 2026)
Council on Foreign Relations – Everything but Territory: Europe’s Response to Trump’s Greenland Threats (16 janvier 2026)
PBS News – Here’s why Trump says the U.S. ‘needs’ Greenland for Arctic security (6 janvier 2026)
Wikipedia – Greenland crisis (consulté le 19 janvier 2026)
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