L’alliance avec les États-Unis : un pilier de la politique étrangère de Modi
Sous le leadership de Narendra Modi, l’Inde s’est considérablement rapprochée des États-Unis. Les deux pays ont multiplié les accords de coopération militaire, les exercices conjoints, les transferts de technologie. Le Quad — le partenariat stratégique qui réunit les États-Unis, l’Inde, le Japon et l’Australie — est devenu un pilier de l’architecture de sécurité indo-pacifique. Et face à la montée en puissance de la Chine, New Delhi voit en Washington un partenaire indispensable.
Dans ce contexte, refuser catégoriquement l’invitation de Trump serait risqué. Le président américain est connu pour son approche transactionnelle des relations internationales. Il récompense ses amis et punit ses ennemis. L’Inde a tout intérêt à rester dans ses bonnes grâces, surtout face aux tensions persistantes avec la Chine et le Pakistan. Un refus trop brutal pourrait être interprété comme un affront, avec des conséquences potentielles sur la coopération bilatérale.
L’Inde a besoin des États-Unis pour contenir la Chine. Ce besoin pèse lourd dans le calcul de Modi.
Le prix d’entrée : un milliard de dollars
Mais l’Inde n’est pas n’importe quel pays. Comme l’a noté un analyste, l’Inde peut se le permettre, mais Delhi paie rarement pour rejoindre le club de quelqu’un d’autre à moins que le retour ne soit concret et immédiat. Cette observation capture parfaitement la philosophie indienne en matière de politique étrangère. L’Inde ne fait pas de cadeaux. Elle investit là où elle voit un bénéfice clair.
Or, quel bénéfice concret l’Inde tirerait-elle de son adhésion au Conseil de la Paix ? Le conflit à Gaza est loin de ses préoccupations immédiates. Elle n’a pas d’intérêts économiques majeurs dans la reconstruction du territoire palestinien. Et elle n’a pas besoin du Conseil pour affirmer son statut de grande puissance — elle le fait déjà à travers le G20, le BRICS, et d’autres forums. Payer un milliard de dollars pour un siège permanent dans une organisation dont la pertinence à long terme est incertaine, c’est un investissement que New Delhi hésite à faire.
Section 2 : Les relations complexes de l'Inde au Moyen-Orient
Des intérêts économiques considérables
L’Inde entretient des relations économiques cruciales avec le Moyen-Orient. Les monarchies du Golfe — Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Qatar, Koweït — fournissent une grande partie du pétrole et du gaz dont l’économie indienne a besoin. Elles accueillent également des millions de travailleurs indiens dont les remises constituent une source importante de devises. Et elles sont des partenaires commerciaux et d’investissement de plus en plus importants.
Cette dépendance économique influence la politique étrangère indienne. New Delhi ne peut pas se permettre de froisser ses partenaires du Golfe. Si ces pays ont rejoint le Conseil de la Paix, cela crée une pression sur l’Inde pour faire de même. Ne pas rejoindre pourrait être perçu comme un affront, une distance prise vis-à-vis des alliés arabes. C’est un facteur qui plaide pour l’adhésion — même si ce n’est pas le seul.
L’Inde dépend du pétrole du Golfe et des remises de ses travailleurs expatriés. Ces intérêts pèsent dans la balance.
La question palestinienne
Historiquement, l’Inde a été un fervent défenseur de la cause palestinienne. Le Parti du Congrès, qui a dominé la politique indienne pendant des décennies, avait des liens étroits avec le mouvement palestinien. L’Inde a reconnu l’OLP avant même de reconnaître Israël. Elle a voté systématiquement pour les résolutions pro-palestiniennes aux Nations unies. Cette tradition a créé des attentes chez les pays arabes et au sein de la population musulmane indienne.
Cependant, sous Modi, la politique indienne a évolué. Le Premier ministre a cultivé des relations étroites avec Israël, faisant de l’État hébreu un partenaire stratégique majeur — particulièrement dans le domaine de la défense et de la technologie. Cette évolution a mécontenté certains partenaires arabes et une partie de l’opinion intérieure. Rejoindre le Conseil de la Paix aux côtés d’Israël renforcerait cette perception d’un éloignement de la cause palestinienne. C’est un coût politique que Modi doit prendre en compte.
Section 3 : Le facteur chinois
La Chine a dit non
Un élément crucial dans le calcul indien est la position de la Chine. Pékin a officiellement décliné l’invitation de Trump, estimant que le Conseil de la Paix ne peut pas remplacer le rôle de l’ONU. Cette décision a des implications pour l’Inde. D’un côté, elle offre à New Delhi une opportunité de se distinguer de son rival asiatique en rejoignant le Conseil. De l’autre, elle soulève la question de savoir si l’Inde veut se retrouver dans le camp opposé à la Chine sur ce dossier spécifique.
Les relations sino-indiennes sont tendues depuis des années, notamment à cause des conflits frontaliers dans l’Himalaya. L’Inde voit la Chine comme sa principale menace stratégique. Dans ce contexte, rejoindre une initiative que Pékin rejette pourrait être vu comme un moyen de renforcer l’axe indo-américain contre la Chine. Mais cela pourrait aussi exacerber les tensions bilatérales à un moment où New Delhi cherche à stabiliser la relation.
La Chine a dit non. L’Inde dira-t-elle oui pour se démarquer de son rival ? Le calcul est plus compliqué qu’il n’y paraît.
Le risque d’isolement régional
Si l’Inde rejoint le Conseil de la Paix et que la Chine reste en dehors, cela pourrait créer une nouvelle ligne de fracture en Asie. D’un côté, les pays alignés sur les États-Unis — Inde, Japon, Corée du Sud, Australie. De l’autre, la Chine et sa sphère d’influence. Cette polarisation n’est pas nécessairement dans l’intérêt de l’Inde, qui préfère maintenir une certaine flexibilité diplomatique.
De plus, certains pays de la région avec lesquels l’Inde entretient des relations importantes — comme l’Indonésie ou la Malaisie — pourraient avoir des réserves sur le Conseil de la Paix. Si l’Inde rejoint et pas eux, cela pourrait créer des tensions au sein de l’ASEAN et compliquer les efforts de New Delhi pour renforcer sa présence en Asie du Sud-Est. Chaque décision a des ramifications multiples.
Section 4 : Les considérations intérieures
L’opinion publique indienne
L’Inde est une démocratie, et l’opinion publique compte. La population indienne est diverse, avec une importante minorité musulmane — environ 200 millions de personnes, soit plus que la population de nombreux pays. Cette communauté a traditionnellement des sympathies pour la cause palestinienne. Rejoindre un Conseil de la Paix perçu comme favorable à Israël pourrait susciter des protestations et des tensions communautaires.
Modi et son parti, le BJP, ont une base électorale principalement hindoue. Ils ne dépendent pas du vote musulman pour gagner les élections. Mais ils ne peuvent pas non plus ignorer complètement les préoccupations de cette communauté. Des troubles communautaires seraient politiquement coûteux et porteraient atteinte à l’image de l’Inde à l’étranger. C’est un facteur qui plaide pour la prudence.
L’Inde est une démocratie pluraliste. Modi ne peut pas ignorer sa minorité musulmane de 200 millions de personnes.
Le nationalisme hindou et le rapprochement avec Israël
D’un autre côté, une partie de la base du BJP voit le rapprochement avec Israël d’un oeil favorable. Le nationalisme hindou et le sionisme partagent certaines affinités idéologiques — l’idée d’un État-nation fondé sur une identité religieuse et culturelle. Les partisans de cette ligne verraient d’un bon oeil l’adhésion de l’Inde à un forum où elle siégerait aux côtés d’Israël.
Cette tension interne au sein du mouvement nationaliste hindou reflète les dilemmes plus larges de la politique étrangère indienne. L’Inde veut être proche à la fois d’Israël et des pays arabes. Elle veut être alignée sur les États-Unis tout en maintenant son autonomie stratégique. Elle veut jouer dans la cour des grands tout en préservant son identité de pays non-aligné. Ces objectifs ne sont pas toujours compatibles. Et le Conseil de la Paix force l’Inde à clarifier ses priorités.
Section 5 : Les scénarios possibles
Scénario 1 : L’Inde rejoint avec des conditions
Le scénario le plus probable est que l’Inde finisse par rejoindre le Conseil de la Paix, mais avec des conditions ou des réserves. New Delhi pourrait négocier un statut particulier — une adhésion à un niveau inférieur au siège permanent à un milliard de dollars, ou des assurances sur le respect de certains principes. Cette approche permettrait à l’Inde de ne pas se mettre à dos les États-Unis tout en préservant sa marge de manoeuvre.
Ce scénario est cohérent avec la tradition diplomatique indienne, qui privilégie les nuances et les compromis aux positions tranchées. L’Inde a souvent trouvé des moyens de participer à des initiatives sans s’y engager complètement. Le Conseil de la Paix pourrait être une occasion de plus de démontrer cette flexibilité caractéristique.
Scénario 2 : L’Inde reste en retrait
L’autre possibilité est que l’Inde décide finalement de ne pas rejoindre, ou de reporter indéfiniment sa décision. Ce choix serait justifié par les arguments évoqués plus haut : le coût d’entrée élevé, les sensibilités intérieures, le souhait de ne pas prendre parti dans une initiative controversée. L’Inde pourrait invoquer son attachement au multilatéralisme et aux Nations unies pour justifier sa réserve.
Ce scénario comporterait des risques. Trump n’aime pas qu’on lui dise non. Un refus indien pourrait affecter la relation bilatérale, notamment dans le domaine de la défense et du commerce. Et si le Conseil de la Paix s’avère être un succès, l’Inde pourrait se retrouver marginalisée, ayant raté le train au moment où il partait.
L’Inde peut dire oui, non, ou peut-être. Chaque option a ses avantages et ses risques. C’est ce qui rend la décision si difficile.
Conclusion : Le temps de la décision approche
L’Inde ne peut pas rester éternellement sur la touche
La cérémonie de signature du Conseil de la Paix approche. Les pays qui veulent y participer doivent bientôt se manifester. L’Inde ne peut pas rester éternellement dans l’attentisme. À un moment, Modi devra trancher. Rejoindre ou ne pas rejoindre. S’engager ou rester en retrait. Prendre un risque ou jouer la prudence. C’est un choix qui définira la place de l’Inde dans le nouvel ordre mondial que Trump est en train de construire.
Quelle que soit la décision finale, elle sera révélatrice des priorités de New Delhi. Si l’Inde rejoint, cela confirmera son ancrage dans le camp américain et sa volonté de jouer un rôle actif dans les affaires mondiales, même au prix de certaines frictions intérieures. Si elle reste en dehors, cela montrera que son attachement à l’autonomie stratégique et au multilatéralisme reste plus fort que les pressions de Washington. Dans les deux cas, le monde en apprendra beaucoup sur les ambitions et les limites de la puissance indienne.
Un test pour l’Inde en tant que grande puissance
Au-delà du Conseil de la Paix lui-même, cette décision est un test pour l’Inde en tant que grande puissance émergente. Les grandes puissances ne se contentent pas de réagir aux événements. Elles les façonnent. Elles prennent des initiatives. Elles assument des responsabilités. Si l’Inde veut vraiment jouer dans la cour des grands — aux côtés des États-Unis, de la Chine, de la Russie, de l’Union européenne — elle doit être prête à prendre des décisions difficiles et à en assumer les conséquences.
Le Conseil de la Paix est l’une de ces décisions. Ce n’est peut-être pas la plus importante. Mais c’est un indicateur de la direction que prend la politique étrangère indienne. Les observateurs du monde entier regardent New Delhi, attendant de voir ce que la plus grande démocratie du monde va décider. La réponse viendra bientôt. Et elle en dira long sur l’Inde de Modi et sur le monde de Trump.
L’Inde hésite parce qu’elle peut se le permettre. Mais même les géants doivent finir par choisir leur camp.
Sources
Sources primaires
Hindustan Times – India’s possible participation in Trump’s Board of Peace uncertain – 21 janvier 2026
Business Standard – India yet to decide on joining Trump’s proposed Gaza Board of Peace – 21 janvier 2026
The Siasat – India yet to take call on joining Trump’s Board of Peace – 21 janvier 2026
Sources secondaires
Business Today – Will India join Donald Trump’s Board of Peace for Gaza – 21 janvier 2026
Al Jazeera – Trump’s board of peace: Who has joined, who hasn’t and why – 21 janvier 2026
Tribune India – India yet to take call on joining Trump’s Board of Peace – 21 janvier 2026
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