Une nuit sous les bombes
Tout a commencé dans la nuit du lundi 19 au mardi 20 janvier 2026. Les sirènes ont hurlé à travers l’Ukraine alors que les premiers drones Shahed pénétraient l’espace aérien. Ces engins iraniens, produits désormais en masse sur le sol russe, sont devenus l’arme de harcèlement préférée du Kremlin. Ils coûtent quelques dizaines de milliers de dollars chacun. Ils saturent les défenses. Ils épuisent les stocks de munitions. Et quand les défenseurs sont occupés à les abattre, les vrais tueurs arrivent : les missiles balistiques Iskander. Cette nuit-là, 18 d’entre eux ont fendu le ciel ukrainien à des vitesses hypersoniques. Les caméras de surveillance de Kyiv ont capté les traînées des PAC-3 s’élançant pour les intercepter. Des images saisissantes, presque irréelles, où l’on voit la technologie la plus avancée du monde occidental affronter la brutalité russe dans un ballet mortel au-dessus d’une capitale endormie.
Les cibles étaient claires : les infrastructures énergétiques. Depuis octobre 2025, le Service de sécurité ukrainien (SBU) a documenté des frappes russes sur 11 centrales hydroélectriques, 45 grandes centrales thermiques combinées, 49 centrales thermiques et 151 sous-stations électriques à travers le pays. Cette nuit du 20 janvier s’inscrivait dans cette stratégie méthodique de destruction. À Odessa, les infrastructures énergétiques et gazières ont été touchées, privant 30 800 foyers d’électricité selon DTEK, le plus grand producteur privé d’énergie du pays. À Kharkiv, la deuxième ville d’Ukraine, une installation critique a été significativement endommagée. Dans cinq régions du pays, le courant a été coupé alors que le thermomètre affichait des températures polaires. Des milliers de familles se sont réveillées dans le noir et le froid, sans chauffage, sans eau chaude, sans certitude que la lumière reviendrait.
Il y a une image qui me hante depuis que j’ai lu ces rapports. Celle de ces habitants de Kyiv, photographiés par l’AFP, rassemblés autour d’un feu de camp en pleine rue. En plein cœur d’une capitale européenne. Au XXIe siècle. Ils se réchauffent comme leurs ancêtres il y a des siècles, parce que des missiles ont détruit ce qui leur permettait de chauffer leurs appartements. Et pendant qu’ils soufflent sur leurs mains gelées, quelque part dans le ciel, des missiles à plusieurs millions de dollars s’entrecroisent. Il y a quelque chose de médiéval et de futuriste à la fois dans cette scène. Quelque chose qui dit tout de l’absurdité de cette guerre.
Le bilan d’une nuit blanche
Au petit matin du 20 janvier, les forces aériennes ukrainiennes ont publié leur bilan. Sur les 34 missiles lancés par la Russie, 27 ont été interceptés. Sur les 339 drones, 315 ont été abattus. Des chiffres qui témoignent de l’efficacité des défenses ukrainiennes, fruit de près de quatre ans d’apprentissage sous le feu. Mais les chiffres disent aussi autre chose. Cinq missiles ont atteint leurs cibles. Vingt-quatre drones ont percé. Et chacun de ces impacts a causé des dégâts considérables. À Kyiv, au moins une personne a été blessée. Dans la région d’Odessa, une autre. Les autorités ukrainiennes ont déclaré l’état d’urgence pour faire face aux conséquences humanitaires. Car au-delà des destructions immédiates, c’est tout le réseau énergétique du pays qui vacille. L’Ukraine traverse sa pire crise énergétique hivernale depuis le début de la guerre.
La centrale nucléaire de Tchernobyl a temporairement perdu son alimentation électrique externe suite à l’attaque, selon l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Le ministère ukrainien de l’Énergie a confirmé que malgré les frappes ciblant les infrastructures alimentant la zone d’exclusion, toutes les installations — y compris le Nouveau Confinement Sécurisé et les sites de stockage de combustible usé — ont été reconnectées au réseau unifié et fonctionnent normalement. Mais l’alerte a été chaude. Zelensky avait prévenu l’AIEA la veille que la Russie préparait des frappes massives sur les infrastructures liées aux centrales nucléaires. Le SBU affirme que Moscou cherche à déconnecter les centrales nucléaires ukrainiennes du réseau, ce qui pourrait provoquer une catastrophe. Le spectre d’un accident nucléaire plane sur chaque attaque massive.
La stratégie russe : épuiser l'adversaire par le portefeuille
Une guerre d’usure calculée
Ce que révèle cette nuit du 20 janvier, c’est la logique implacable de la stratégie russe. Vladimir Poutine ne cherche plus nécessairement à conquérir le terrain mètre par mètre. Il cherche à épuiser. À saigner. À vider les caisses et les stocks. Chaque missile Iskander tiré force l’Ukraine à dépenser plusieurs millions en interception. Chaque drone Shahed à quelques dizaines de milliers de dollars oblige les défenseurs à mobiliser des ressources disproportionnées. C’est l’asymétrie parfaite. La Russie produit. L’Ukraine consomme. Et l’écart se creuse. Zelensky l’a reconnu : Moscou a « significativement augmenté » son utilisation de missiles balistiques. Les composants continuent d’affluer depuis des pays tiers et des entreprises privées. « Leur capacité à produire ces missiles doit être réduite — et cela n’arrive pas encore », a-t-il déploré.
Le commandant en chef des forces armées ukrainiennes, le général Oleksandr Syrskyi, a dressé un constat encore plus sombre. Moscou ne montre aucun signe d’intérêt pour des négociations de paix. Au contraire, la Russie accélère sa production d’armements avec un objectif de 1 000 drones par jour. Mille. Par jour. Face à cette avalanche, l’Ukraine a développé ses propres drones intercepteurs, produits localement pour quelques milliers de dollars pièce. Zelensky a annoncé que le pays fabrique désormais environ 1 000 drones intercepteurs quotidiennement, un objectif qu’il s’était fixé l’été dernier. Mais le problème s’est déplacé : il n’y a pas assez d’opérateurs pour les piloter. « Nous devons rattraper notre retard en termes de groupes d’interception — les groupes mobiles correspondants », a expliqué le président, qui a chargé le haut commandement militaire de combler ce fossé.
Mille drones par jour. Je laisse ce chiffre infuser. La Russie veut produire mille drones par jour pour les envoyer sur l’Ukraine. C’est une usine de mort qui tourne à plein régime. Et face à ça, l’Ukraine doit inventer, improviser, s’adapter. Fabriquer ses propres intercepteurs. Former des opérateurs. Trouver l’argent. Supplier les alliés. Tout ça pendant que les bombes tombent. Il y a quelque chose d’héroïque et de désespéré dans cette résistance. Comme un boxeur qui encaisse coup après coup, qui refuse de tomber, mais qui sait que chaque round le rapproche de l’épuisement total.
Le nerf de la guerre : l’argent
Les chiffres financiers de cette guerre donnent le tournis. 100 millions de dollars en une nuit pour l’Ukraine. Mais de l’autre côté, la Russie paie aussi le prix fort. Selon une analyse de Reuters, les recettes budgétaires russes provenant des taxes sur le pétrole et le gaz devraient chuter de 46 % en janvier 2026 par rapport au même mois de 2025, en raison de la baisse des prix du pétrole et du renforcement du rouble. Ces revenus sont essentiels pour financer la guerre. Mais Moscou a d’autres ressources. D’autres alliés. D’autres moyens de contourner les sanctions. L’économie de guerre russe tourne à plein régime, reconvertissant des pans entiers de l’industrie vers la production militaire. Les usines d’armement fonctionnent en trois-huit. Les stocks soviétiques sont remis en service. Et les composants occidentaux continuent de trouver leur chemin jusqu’aux chaînes de montage russes malgré les embargos.
Pour l’Ukraine, l’équation est différente. Le pays dépend presque entièrement de l’aide occidentale pour sa défense aérienne. Les systèmes Patriot viennent des États-Unis et d’Allemagne. Les missiles PAC-3 sont fabriqués par Lockheed Martin, qui a annoncé une augmentation de sa production mais ne peut pas répondre instantanément à la demande mondiale. Zelensky a révélé qu’un important paquet d’aide à la défense aérienne était arrivé en Ukraine le 16 janvier, quelques jours avant l’attaque massive. Sans cette livraison, le bilan aurait pu être catastrophique. Le Royaume-Uni a débloqué 20 millions de livres (environ 26,8 millions de dollars) en financement accéléré pour le soutien aux infrastructures énergétiques. L’Italie a commencé à livrer des chaudières industrielles pour 1,85 million d’euros aux zones les plus touchées. Mais ces montants semblent dérisoires face aux 100 millions engloutis en une seule nuit de défense.
Les civils ukrainiens : les vraies victimes de cette guerre d'usure
Survivre dans le froid et l’obscurité
Pendant que les stratèges comptent les missiles et les millions, des millions d’Ukrainiens vivent un cauchemar quotidien. Les attaques répétées sur les infrastructures énergétiques ont plongé le pays dans une crise humanitaire sans précédent depuis le début de la guerre. Les coupures de courant durent des heures, parfois des jours. Le chauffage central, qui dépend souvent de l’électricité pour fonctionner, s’arrête. L’eau ne coule plus dans les robinets quand les pompes sont à l’arrêt. Et tout cela se produit alors que l’Ukraine traverse l’un de ses hivers les plus rigoureux, avec des températures qui descendent régulièrement sous les moins quinze degrés. Les autorités ont déclaré l’état d’urgence pour tenter de gérer cette catastrophe au ralenti. Des centres de chauffage ont été ouverts dans les villes. Des générateurs sont distribués. Mais les ressources sont limitées et les besoins immenses.
À Kyiv, les images de résidents rassemblés autour de feux de camp en pleine rue ont fait le tour du monde. Des scènes dignes d’un autre âge, au cœur d’une capitale européenne moderne. Les gens se réchauffent comme ils peuvent, partagent ce qu’ils ont, s’organisent entre voisins. La solidarité est là, mais elle ne remplace pas un système de chauffage fonctionnel. Les plus vulnérables — les personnes âgées, les malades, les jeunes enfants — souffrent le plus. Les hôpitaux fonctionnent sur générateurs quand ils en ont. Les écoles ferment quand le froid devient insupportable. La vie quotidienne est devenue une succession d’adaptations et de privations. Et chaque nouvelle attaque massive replonge des régions entières dans le noir et le froid, effaçant les réparations laborieusement effectuées depuis la frappe précédente.
Je pense à cette grand-mère de Kyiv que j’ai vue dans un reportage. Elle avait quatre-vingts ans passés. Elle portait trois pulls superposés et un bonnet à l’intérieur de son appartement. Elle disait qu’elle avait survécu à l’Union soviétique, qu’elle survivrait à ça aussi. Mais sa voix tremblait. Pas de froid. De fatigue. Presque quatre ans de guerre. Presque quatre ans de sirènes, de coupures, de peur. À quatre-vingts ans, on devrait pouvoir finir sa vie en paix. Pas grelotter dans le noir en se demandant si le prochain missile va tomber sur son immeuble. C’est ça, le vrai coût de cette guerre. Pas les 100 millions de la nuit dernière. Ces vies suspendues, ces dignités piétinées, ces hivers qui n’en finissent plus.
L’état d’urgence permanent
Les autorités ukrainiennes jonglent entre l’urgence militaire et l’urgence humanitaire. Le ministre de l’Énergie, Denys Shmyhal, a informé le directeur de l’AIEA des préparatifs russes pour de nouvelles frappes sur les installations énergétiques, y compris celles qui assurent le fonctionnement des centrales nucléaires. C’est une course contre la montre permanente. Réparer ce qui peut l’être. Protéger ce qui doit l’être. Anticiper la prochaine attaque. L’opérateur gazier polonais Gaz-System a annoncé qu’il augmenterait sa capacité de transmission de gaz vers l’Ukraine entre février et avril, une bouée de sauvetage pour un pays dont les réserves s’épuisent. Mais ces solutions de secours ne peuvent pas compenser indéfiniment la destruction systématique des infrastructures nationales.
Zelensky a dû faire un choix symbolique ce 20 janvier. Il devait se rendre au Forum économique mondial de Davos pour plaider la cause de son pays devant les dirigeants du monde. Il a annulé son déplacement. « Sans aucun doute, je choisis l’Ukraine dans ce cas, plutôt que le forum économique », a-t-il déclaré. Il a envoyé une délégation à sa place, menée par le chef de la sécurité et négociateur en chef Rustem Umerov. Ce dernier a eu des discussions « substantielles » avec Jared Kushner, le gendre du président Donald Trump, et l’envoyé Steve Witkoff. Des pourparlers sont prévus en marge du forum. L’envoyé spécial de Poutine, Kirill Dmitriev, sera également présent à Davos pour rencontrer la délégation américaine. La diplomatie continue, même sous les bombes. Mais Zelensky a voulu être clair : sa place était auprès de son peuple, pas dans les salons feutrés de la Suisse.
L'équation impossible de la défense aérienne
Le Patriot, seul rempart contre les Iskander
Dans l’arsenal de la défense aérienne ukrainienne, un système se distingue comme absolument indispensable : le Patriot américain équipé de missiles PAC-3. Zelensky a été catégorique : « Rien d’autre ne fonctionne » contre les missiles balistiques russes. Les Iskander-M, ces engins qui voyagent à des vitesses hypersoniques et peuvent manœuvrer en phase terminale pour éviter l’interception, représentent la menace la plus mortelle pour l’Ukraine. Seul le PAC-3, avec sa technologie de frappe directe « hit-to-kill », peut les neutraliser de manière fiable. Mais chaque missile PAC-3 coûte 3,7 millions de dollars. Et une batterie Patriot complète vaut plusieurs centaines de millions. L’Ukraine en possède quelques-unes, livrées par les États-Unis, l’Allemagne et d’autres alliés. Mais face à l’intensification des attaques russes, ce n’est pas assez.
Le problème est double. D’abord, la disponibilité des systèmes eux-mêmes. Les Patriot sont des équipements rares et précieux, que les pays de l’OTAN rechignent à céder car ils constituent leur propre bouclier défensif. Ensuite, la disponibilité des missiles. Lockheed Martin a annoncé une augmentation de sa production de PAC-3, mais les délais restent longs. La demande mondiale explose — l’Ukraine n’est pas le seul pays à vouloir se protéger des menaces balistiques. Et chaque nuit d’attaque massive comme celle du 20 janvier consomme des dizaines de missiles qui mettront des mois à être remplacés. Zelensky a souligné l’importance du programme PURL, qui permet aux partenaires européens d’acheter des missiles américains pour l’Ukraine. Mais il a aussi averti que les tensions entre les États-Unis et l’Europe — notamment autour de la question du Groenland — pourraient perturber cette coopération vitale.
Il y a quelque chose de profondément ironique dans cette situation. L’Ukraine se bat avec les armes les plus sophistiquées que l’Occident peut produire. Des missiles à plusieurs millions de dollars. Des systèmes radar de dernière génération. De l’intelligence artificielle pour coordonner les défenses. Et en face, la Russie envoie des drones iraniens à 20 000 dollars pièce et des missiles dont certains composants viennent de machines à laver recyclées. Mais c’est l’Ukraine qui s’épuise financièrement. C’est l’Ukraine qui compte chaque missile. C’est l’Ukraine qui doit supplier pour chaque livraison. La technologie ne suffit pas quand l’adversaire peut se permettre de perdre. Et Poutine, lui, peut se permettre de perdre. Pas l’Ukraine.
L’innovation ukrainienne face à la masse russe
Face à cette équation impossible, l’Ukraine innove. Le pays a développé ses propres drones intercepteurs, capables de traquer et détruire les Shahed russes pour une fraction du coût d’un missile conventionnel. Ces engins, qui coûtent quelques milliers de dollars, permettent de préserver les précieux PAC-3 pour les menaces balistiques. Zelensky a annoncé que l’Ukraine produit désormais environ 1 000 de ces intercepteurs par jour, atteignant l’objectif qu’il s’était fixé l’été dernier. C’est une prouesse industrielle pour un pays en guerre, dont les usines sont régulièrement bombardées. Mais le goulot d’étranglement s’est déplacé : il manque des opérateurs qualifiés pour piloter tous ces drones. Former des pilotes prend du temps. Du temps que la Russie ne laisse pas.
L’Ukraine explore également des solutions technologiques de pointe. Une collaboration avec Palantir, la société américaine spécialisée dans l’analyse de données, vise à construire un cadre national de défense aérienne assisté par intelligence artificielle en quelques mois. L’idée est d’optimiser la coordination entre les différents systèmes de défense, de prédire les trajectoires d’attaque, d’allouer les ressources de manière plus efficace. C’est la guerre du XXIe siècle dans toute sa complexité : des algorithmes qui décident en millisecondes quel missile tirer sur quelle cible, pendant que des familles se terrent dans des abris en priant pour que la technologie fonctionne. Le nouveau ministre de la Défense ukrainien, Mykhailo Fedorov, a fixé un objectif ambitieux : « Nous visons à éliminer 50 000 Russes par mois ». Le mois dernier, ce chiffre était de 35 000, tous vérifiés par vidéo. La guerre des chiffres, elle aussi, fait rage.
L'ombre nucléaire : le risque que personne ne veut voir
Quand les centrales deviennent des cibles
Parmi toutes les menaces qui pèsent sur l’Ukraine, une se distingue par son potentiel catastrophique : le risque nucléaire. Le SBU affirme que la Russie cherche délibérément à déconnecter les centrales nucléaires ukrainiennes du réseau électrique national. Si cela se produisait, les réacteurs perdraient leur alimentation externe nécessaire au refroidissement. Les générateurs de secours prendraient le relais, mais pour combien de temps ? Le spectre de Fukushima — où la perte d’alimentation électrique avait conduit à la fusion de trois réacteurs — hante les experts. L’Ukraine possède quatre centrales nucléaires en activité qui fournissent une part significative de son électricité. La cinquième, Zaporijjia, la plus grande d’Europe, est sous occupation russe depuis 2022 et fonctionne dans des conditions précaires.
L’attaque du 20 janvier a illustré ce danger de manière concrète. La centrale de Tchernobyl, bien que désaffectée depuis la catastrophe de 1986, nécessite toujours une alimentation électrique constante pour maintenir les systèmes de confinement et de surveillance. Elle a temporairement perdu son alimentation externe suite aux frappes. L’AIEA a confirmé que la ligne haute tension Ferosplavna-1 de 330 kilovolts avait été reconnectée à la centrale de Zaporijjia — l’une des deux lignes qui alimentent ce site sous contrôle russe. Chaque attaque sur le réseau électrique ukrainien rapproche le pays d’un accident nucléaire potentiel. Zelensky a alerté l’AIEA sur les préparatifs russes pour de nouvelles frappes ciblant spécifiquement les infrastructures liées aux centrales. La communauté internationale observe, s’inquiète, mais que peut-elle faire concrètement ?
Je n’arrive pas à me sortir cette pensée de la tête. Nous sommes peut-être à quelques missiles mal placés d’une catastrophe nucléaire en Europe. Pas une guerre nucléaire au sens classique. Pas de champignon atomique. Mais un Tchernobyl 2.0, provoqué non pas par une erreur humaine mais par une stratégie délibérée de destruction. Et le monde regarde. Commente. S’inquiète. Mais continue de fonctionner comme si de rien n’était. Les bourses ouvrent. Les avions décollent. Les gens font leurs courses. Pendant que quelque part en Ukraine, des techniciens vérifient frénétiquement les générateurs de secours d’une centrale nucléaire après chaque attaque. On joue à la roulette russe avec un continent entier. Et personne ne semble vraiment réaliser à quel point la balle est proche du canon.
La centrale de Zaporijjia : une bombe à retardement
La situation de la centrale nucléaire de Zaporijjia reste la plus préoccupante. Occupée par les forces russes depuis mars 2022, cette installation de six réacteurs — la plus puissante d’Europe — fonctionne dans des conditions que l’AIEA qualifie régulièrement d’inacceptables. Les techniciens ukrainiens qui y travaillent encore le font sous pression constante. Les lignes d’alimentation externe ont été coupées à plusieurs reprises. Les systèmes de sécurité sont sollicités au-delà de leurs limites. Une équipe ukrainienne a récemment commencé des réparations « cruciales » sur une ligne de secours, sous un cessez-le-feu négocié par l’AIEA. Mais ces réparations sont des pansements sur une plaie béante. Tant que la centrale restera en zone de guerre, le risque d’accident demeurera élevé.
Les experts s’accordent sur un point : une catastrophe nucléaire à Zaporijjia aurait des conséquences qui dépasseraient largement les frontières ukrainiennes. Les vents pourraient porter les retombées radioactives vers la Pologne, la Roumanie, la Moldavie, voire plus loin en Europe. C’est tout le continent qui serait affecté. Et pourtant, cette menace semble étrangement absente des discussions internationales sur la guerre. On parle de territoires, de négociations, de sanctions. Mais le risque nucléaire reste un angle mort du débat public. Peut-être parce qu’il est trop effrayant à contempler. Peut-être parce qu’admettre ce risque obligerait à agir de manière plus décisive. En attendant, chaque attaque sur le réseau électrique ukrainien rapproche le monde d’un scénario que personne ne veut imaginer.
L'avenir incertain : entre négociations et escalade
Davos et les espoirs de paix
Pendant que les missiles pleuvaient sur l’Ukraine, la diplomatie tentait de reprendre ses droits à Davos. Le Forum économique mondial a servi de cadre à des rencontres cruciales. L’envoyé de Poutine, Kirill Dmitriev, a qualifié ses discussions avec la délégation américaine de « très positives » et « constructives ». Du côté américain, même son de cloche. Le président Donald Trump a déclaré vouloir mettre fin à cette guerre, tout en reconnaissant que ni Moscou ni Kyiv ne semblent prêts à s’accorder sur les termes d’un accord au même moment. Zelensky espère signer des documents avec les États-Unis sur les garanties de sécurité post-guerre pour l’Ukraine en marge du forum. Son équipe de négociateurs a tenu plusieurs rounds de discussions aux États-Unis.
Mais les signaux sont contradictoires. Le général Syrskyi affirme que Moscou ne montre « aucun signe d’intérêt » pour des négociations menant à la paix. Au contraire, la Russie accélère sa production d’armements. Les attaques sur les infrastructures énergétiques s’intensifient. Les avancées territoriales russes, bien que lentes, se poursuivent — le ministère russe de la Défense a revendiqué la prise de contrôle des localités de Pavlivka dans la région de Zaporijjia et de Novopavlivka dans celle de Donetsk. La stratégie russe semble claire : négocier en position de force, après avoir épuisé l’adversaire. Et chaque nuit à 100 millions de dollars rapproche Moscou de cet objectif.
Je voudrais croire à la paix. Vraiment. Je voudrais croire que les discussions de Davos vont déboucher sur quelque chose. Que les « signaux positifs » des deux camps signifient autre chose que de la communication politique. Mais comment y croire quand, au moment même où les diplomates se serrent la main dans les salons suisses, des missiles russes s’abattent sur des civils ukrainiens ? Comment y croire quand Poutine augmente sa production d’armes au lieu de la réduire ? La paix ne se négocie pas avec quelqu’un qui pense pouvoir gagner en continuant la guerre. Et tant que l’Occident ne fera pas comprendre à Moscou que cette victoire est impossible, les missiles continueront de tomber. Et l’Ukraine continuera de brûler des centaines de millions pour survivre.
Le rôle crucial des États-Unis
Dans cette équation complexe, les États-Unis restent la variable déterminante. Zelensky l’a dit clairement : « La clé est toujours entre les mains des États-Unis » quand il s’agit de défense contre les missiles balistiques. Seuls les Américains produisent les Patriot et les PAC-3 dont l’Ukraine a désespérément besoin. Seuls les Américains ont le poids diplomatique pour faire pression sur Moscou. Et seuls les Américains peuvent garantir la sécurité de l’Ukraine à long terme. Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche a créé une incertitude supplémentaire. Le nouveau président a exprimé sa volonté de mettre fin rapidement à la guerre, mais ses méthodes restent floues. Ses tensions avec les alliés européens — notamment autour du Groenland — inquiètent Kyiv, qui craint une rupture de la coordination transatlantique.
Zelensky a averti que la détérioration des relations entre les États-Unis et l’Europe pourrait perturber les livraisons de systèmes de défense critiques. « Beaucoup dépend de l’unité entre l’Europe et les États-Unis quand il s’agit de la sécurité des civils ukrainiens », a-t-il souligné. La Russie, elle, observe ces tensions avec satisfaction. L’envoyé Dmitriev a salué les menaces de tarifs douaniers de Trump contre les alliés de l’OTAN comme un signe de « l’effondrement » de l’alliance. Diviser pour mieux régner : la stratégie est vieille comme le monde, mais elle fonctionne. Et chaque fissure dans le front occidental est une victoire pour Moscou. L’Ukraine, coincée entre les ambitions russes et les divisions occidentales, continue de payer le prix fort. 100 millions de dollars par nuit. Et ce n’est peut-être que le début.
Conclusion : Le compte à rebours silencieux
Une guerre qui se gagne — ou se perd — dans les chiffres
Au terme de cette nuit du 20 janvier 2026, l’Ukraine a survécu. Une fois de plus. Les missiles Patriot ont fait leur travail. Les drones intercepteurs ont abattu leurs cibles. Les techniciens ont reconnecté les lignes électriques. Les secouristes ont soigné les blessés. La vie a repris son cours chaotique dans un pays qui ne connaît plus la normalité depuis près de quatre ans. Mais à quel prix ? 100 millions de dollars en une nuit. Des infrastructures énergétiques détruites qu’il faudra des mois à réparer. Des milliers de foyers plongés dans le froid et l’obscurité. Et la certitude que demain, ou après-demain, ou la semaine prochaine, une nouvelle attaque massive viendra tester à nouveau les défenses ukrainiennes. C’est une guerre d’usure dans sa forme la plus pure. Et l’usure, par définition, finit toujours par avoir raison de celui qui s’épuise.
La question n’est plus de savoir si l’Ukraine peut se défendre. Elle le peut, et elle le prouve chaque nuit. La question est de savoir combien de temps elle peut tenir ce rythme. Combien de nuits à 100 millions. Combien d’hivers sans chauffage. Combien de centrales nucléaires frôlant la catastrophe. Zelensky appelle à plus de systèmes Patriot, plus de missiles PAC-3, plus de soutien occidental. Mais les stocks ne sont pas illimités. Les budgets non plus. Et la fatigue — celle des Ukrainiens, celle des opinions publiques occidentales, celle des dirigeants — s’accumule. Poutine le sait. Il compte dessus. Sa stratégie n’est pas de gagner sur le champ de bataille. C’est d’attendre que l’autre camp abandonne. Et chaque nuit qui passe, chaque 100 millions qui s’envole en fumée, le rapproche peut-être de son objectif.
Je termine cet article avec un sentiment étrange. Pas de la tristesse, pas vraiment. Pas de la colère non plus, même si elle est là, quelque part. Plutôt une forme de vertige face à l’absurdité de tout ça. 100 millions de dollars. En une nuit. Pour empêcher des missiles de tuer des gens qui veulent juste vivre en paix. Et demain, on recommence. Et après-demain aussi. Jusqu’à quand ? Personne ne sait. Ce que je sais, c’est que quelque part à Kyiv, en ce moment même, une famille se réchauffe autour d’un radiateur d’appoint en priant pour que le courant ne soit pas coupé cette nuit. Et que quelque part à Moscou, quelqu’un planifie la prochaine attaque. C’est ça, la guerre en 2026. Des algorithmes, des missiles à plusieurs millions, et des gens ordinaires qui essaient juste de survivre jusqu’au matin. On n’a pas le droit d’oublier ça. On n’a pas le droit de s’y habituer. Jamais.
Ce que l’histoire retiendra
Dans les livres d’histoire, cette guerre sera peut-être résumée en quelques paragraphes. Des dates, des batailles, des traités. Mais ceux qui l’auront vécue — et ceux qui l’auront observée de près — se souviendront d’autre chose. De ces nuits où le ciel de Kyiv s’illuminait de traînées de missiles. De ces chiffres vertigineux qui défilaient sur les écrans. De ces images de familles autour de feux de camp en plein hiver européen. De cette sensation que le monde basculait, lentement, inexorablement, vers quelque chose de nouveau et d’effrayant. L’Ukraine de janvier 2026 est un laboratoire grandeur nature de ce que sera peut-être la guerre du futur. Une guerre où les drones et l’intelligence artificielle côtoient la misère la plus archaïque. Où des missiles à plusieurs millions s’entrecroisent au-dessus de gens qui n’ont plus de quoi se chauffer. Où la technologie la plus avancée ne suffit pas à protéger les plus vulnérables.
Et au milieu de tout ça, il y a un peuple qui refuse de plier. Qui encaisse coup après coup. Qui se relève chaque matin pour réparer ce qui a été détruit la nuit. Qui produit mille drones par jour dans des usines bombardées. Qui forme des opérateurs pendant que les sirènes hurlent. Qui continue de croire que demain sera meilleur, même quand tout indique le contraire. C’est peut-être ça, finalement, que l’histoire retiendra. Pas les 100 millions de dollars d’une nuit. Pas les calculs stratégiques des généraux. Mais cette résistance obstinée, quotidienne, ordinaire et extraordinaire à la fois. Cette capacité à rester debout quand tout pousse à s’effondrer. L’Ukraine brûle des fortunes pour survivre. Mais elle survit. Et tant qu’elle survit, l’espoir reste permis. Fragile, ténu, menacé à chaque instant. Mais vivant.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies militaires, à comprendre les enjeux financiers des conflits, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : déclarations officielles du président Volodymyr Zelensky, communiqués des forces aériennes ukrainiennes, rapports de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), données du Service de sécurité ukrainien (SBU), annonces du ministère ukrainien de l’Énergie.
Sources secondaires : Business Insider, The Kyiv Independent, United24 Media, Al Jazeera, Reuters, Agence France-Presse.
Les données statistiques, économiques et militaires citées proviennent de sources officielles ukrainiennes et d’organisations internationales reconnues. Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici.
Sources
Sources primaires
Business Insider – « Ukraine burned nearly $100 million worth of missiles in a single night battling a Russian barrage, Zelenskyy says » – Jake Epstein – 20 janvier 2026
The Kyiv Independent – « Ukraine now has more air defenses, but Russia has even more missiles for future attacks, Zelensky says » – Kateryna Hodunova – 20 janvier 2026
United24 Media – « One Russian Strike Drained €80 Million Worth of Ukraine’s Air Defense Missiles, Zelenskyy Says » – Ivan Khomenko – 20 janvier 2026
Al Jazeera – « Russia-Ukraine war: List of key events, day 1,426 » – Ted Regencia – 20 janvier 2026
Sources secondaires
Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) – Rapports sur la situation des centrales nucléaires ukrainiennes – janvier 2026
Forces aériennes ukrainiennes – Communiqués officiels sur les interceptions de missiles et drones – 20 janvier 2026
Reuters – Analyses sur les revenus pétroliers et gaziers russes – janvier 2026
Missile Defense Advocacy Alliance – Données sur les coûts des systèmes de défense antimissile
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