Une organisation pyramidale dominée par Trump
Le Conseil de la Paix est structuré en plusieurs niveaux hiérarchiques. Au sommet se trouve le Conseil exécutif fondateur, présidé par Donald Trump lui-même. Le président américain dispose d’un droit de veto sur les décisions majeures, notamment l’exclusion de membres et les actions du conseil exécutif. En d’autres termes, rien ne peut se faire sans son accord. C’est une concentration de pouvoir sans équivalent dans les organisations internationales existantes.
En dessous du conseil fondateur se trouve le Conseil exécutif, composé de sept membres chargés de mettre en oeuvre les décisions. Puis vient le Conseil exécutif pour Gaza, spécifiquement dédié à la coordination régionale avec les représentants arabes. Enfin, il y a le Comité national pour l’administration de Gaza, dirigé par Ali Shaath, ancien vice-ministre de l’Autorité palestinienne. Cette structure à plusieurs étages permet une répartition des tâches tout en maintenant le contrôle ultime au sommet.
Le Conseil de la Paix a un président tout-puissant : Donald Trump. C’est lui qui décide. Les autres exécutent.
Le pilier militaire
Une particularité notable du Conseil de la Paix est son pilier militaire. Le général américain Jasper Jeffers commande une force de stabilisation internationale, dont le rôle exact reste flou. S’agit-il d’une force de maintien de la paix classique, sur le modèle des casques bleus de l’ONU ? Ou d’une force d’intervention plus robuste, capable de mener des opérations militaires ? Les documents disponibles ne le précisent pas.
Cette ambiguïté inquiète certains observateurs. Si le Conseil de la Paix dispose de sa propre force armée, cela lui donnerait des moyens que l’ONU n’a jamais eus. Les opérations de maintien de la paix onusiennes dépendent du consentement des parties et de contributions volontaires des États membres. Une force directement sous le contrôle du Conseil pourrait agir de manière beaucoup plus autonome — et potentiellement plus coercitive.
Le système de financement : un milliard pour un siège permanent
L’aspect le plus controversé du Conseil de la Paix est peut-être son système de financement. Les adhésions standard durent trois ans. Mais les États qui contribuent plus d’un milliard de dollars la première année obtiennent un siège permanent. C’est, selon les critiques, de l’influence géopolitique à vendre. Les pays riches peuvent littéralement acheter leur place à la table des décisions, tandis que les pays pauvres restent des membres de seconde zone.
Ce système favorise évidemment les monarchies pétrolières du Golfe, qui peuvent facilement débourser un milliard de dollars. Il favorise aussi les grandes puissances économiques qui ont les moyens de cette dépense. En revanche, il marginalise les pays en développement, qui n’ont pas les ressources nécessaires pour s’acheter une voix. C’est une rupture majeure avec le principe onusien d’égalité souveraine des États, où chaque pays — grand ou petit, riche ou pauvre — dispose d’une voix à l’Assemblée générale.
À l’ONU, chaque pays a une voix. Au Conseil de la Paix, chaque dollar a une voix. C’est toute la différence.
Section 2 : Les pays qui ont rejoint le Conseil
Les confirmations officielles
Au moment où nous écrivons ces lignes, plus de 25 pays ont officiellement confirmé leur adhésion au Conseil de la Paix. Parmi eux, on trouve : Israël (malgré les controverses liées au mandat d’arrêt de la CPI contre Netanyahu), l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar, l’Égypte, la Jordanie, la Turquie, le Pakistan, l’Indonésie, le Maroc, Bahreïn, l’Argentine, la Hongrie, la Biélorussie, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, l’Azerbaïdjan, l’Arménie, le Kosovo, le Vietnam.
Cette liste est remarquable par sa diversité. On y trouve des alliés traditionnels des États-Unis comme Israël ou les monarchies du Golfe. Mais aussi des pays généralement plus proches de la Russie, comme la Biélorussie ou le Kazakhstan. Des démocraties et des régimes autoritaires. Des pays riches et des pays en développement. Des nations musulmanes et non-musulmanes. Trump a réussi à construire une coalition hétéroclite qui transcende les clivages habituels de la géopolitique.
Les huit nations islamiques
Une mention spéciale doit être faite pour les huit nations à majorité musulmane qui ont annoncé leur adhésion dans une déclaration commune : Qatar, Turquie, Égypte, Jordanie, Indonésie, Pakistan, Arabie saoudite, Émirats arabes unis. Cette coalition représente plus d’un milliard de musulmans. Son existence est historique : c’est la première fois que ces pays s’unissent aussi explicitement derrière une initiative américaine concernant le Moyen-Orient.
Dans leur déclaration, ces huit pays réaffirment leur soutien à l’autodétermination palestinienne. Ils ne rejoignent pas le Conseil en abandonnant la cause palestinienne, mais en espérant la servir mieux qu’à travers les canaux traditionnels. C’est un pari. Certains diront que c’est une capitulation face à la pression américaine. D’autres y verront un pragmatisme bienvenu après des décennies d’échec de la diplomatie traditionnelle.
Huit nations musulmanes ont dit oui à Trump. C’est peut-être le développement le plus significatif de toute cette affaire.
Section 3 : Les pays qui ont refusé
La France mène la fronde européenne
Tous les pays invités n’ont pas accepté. La France a été la première grande puissance à décliner officiellement. Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a été clair : Oui à la mise en oeuvre du plan de paix, mais non à la création d’une organisation qui remplacerait les Nations unies. Paris soutient l’objectif de paix à Gaza, mais refuse l’instrument proposé pour l’atteindre.
Cette position française s’inscrit dans une longue tradition de défense du multilatéralisme. La France est membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. Elle tire une partie de son influence internationale de ce statut. Accepter un Conseil de la Paix qui pourrait marginaliser l’ONU serait contre-productif pour les intérêts français. C’est un calcul rationnel autant qu’une question de principe.
Les pays nordiques solidaires
La Norvège et la Suède ont également décliné l’invitation, rejoignant la position française. Ces pays nordiques ont toujours été parmi les plus fervents défenseurs du système onusien. Ils contribuent généreusement aux opérations de maintien de la paix. Ils hébergent des institutions internationales importantes. Pour eux, affaiblir l’ONU serait affaiblir les fondements mêmes de l’ordre international.
Il y a aussi, pour ces pays, une dimension de solidarité avec le Danemark, leur voisin nordique actuellement sous pression américaine concernant le Groenland. Rejoindre une initiative de Trump dans ce contexte aurait été perçu comme une trahison. Les pays nordiques font traditionnellement bloc face aux pressions extérieures. Leur refus du Conseil de la Paix s’inscrit dans cette tradition.
La France et les pays nordiques ont dit non. Mais leur refus pèse-t-il face aux 25 pays qui ont dit oui ?
La Chine décline poliment
La Chine a également refusé de rejoindre le Conseil de la Paix, estimant que celui-ci ne peut pas remplacer le rôle de l’ONU. Cette position est cohérente avec la diplomatie chinoise, qui défend officiellement le multilatéralisme — du moins tant que ce multilatéralisme ne menace pas ses intérêts. Pékin est membre permanent du Conseil de sécurité et n’a aucun intérêt à voir émerger une structure alternative où elle n’aurait pas de droit de veto.
Cependant, le refus chinois pourrait évoluer. Si le Conseil de la Paix s’impose comme un forum incontournable, la Chine pourrait reconsidérer sa position pour ne pas être marginalisée. La diplomatie est l’art du possible, et Pékin est passé maître dans l’adaptation aux circonstances changeantes.
Section 4 : Les indécis et leurs dilemmes
L’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie : les grandes puissances européennes hésitent
Plusieurs grandes puissances n’ont toujours pas annoncé leur décision. L’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Italie — trois des plus importantes économies européennes — restent dans l’expectative. Ces pays partagent certaines réserves de la France sur le Conseil de la Paix, mais ils ne peuvent pas se permettre de s’aliéner les États-Unis aussi facilement.
L’Allemagne est particulièrement dans l’embarras. Déjà sous pression à cause des tarifs douaniers liés au Groenland, Berlin ne veut pas donner à Trump une raison supplémentaire de mécontentement. Le Royaume-Uni, de son côté, cherche à maintenir sa relation spéciale avec Washington post-Brexit. Quant à l’Italie, elle navigue traditionnellement entre les positions européennes et une certaine ouverture vers les États-Unis. Pour ces trois pays, la décision sera un exercice d’équilibrisme délicat.
L’Inde prend son temps
L’Inde fait partie des grands indécis. La plus grande démocratie du monde, avec ses 1,4 milliard d’habitants, évalue soigneusement les avantages et les inconvénients. D’un côté, le rapprochement stratégique avec les États-Unis face à la Chine. De l’autre, les sensibilités intérieures liées à sa population musulmane et son attachement traditionnel au mouvement non-aligné. New Delhi ne se précipitera pas.
Les indécis sont peut-être ceux dont la décision comptera le plus. Car ils peuvent faire basculer l’équilibre.
Section 5 : Les controverses et les critiques
Une tentative de remplacer l’ONU ?
La critique la plus fondamentale adressée au Conseil de la Paix est qu’il vise à remplacer les Nations unies. Trump lui-même a alimenté cette perception en déclarant : L’ONU ne m’a jamais aidé pour une seule guerre. Cela pourrait la remplacer. Ces mots ont horrifié les défenseurs du multilatéralisme, qui voient dans l’ONU — malgré toutes ses imperfections — le pilier de l’ordre international.
Les partisans du Conseil répondent que l’ONU a montré ses limites. Le Conseil de sécurité est paralysé par les vetos croisés. Les résolutions sont ignorées. Les opérations de maintien de la paix échouent régulièrement. Face à ce constat, pourquoi ne pas essayer autre chose ? L’argument a une certaine logique, mais il ignore le fait que les institutions imparfaites sont souvent préférables à l’absence d’institutions.
L’impartialité en question
Une autre critique concerne l’impartialité du Conseil. Comment une organisation présidée par Donald Trump, incluant Israël et financée par les monarchies du Golfe, peut-elle prétendre être neutre dans le conflit israélo-palestinien ? Les Palestiniens eux-mêmes sont absents des instances de décision. Ali Shaath, qui dirige le comité pour Gaza, agit-il au nom des Palestiniens ou au nom du Conseil ?
Les défenseurs du projet rétorquent que la neutralité n’est pas l’objectif. Le Conseil de la Paix assume ouvertement de prendre parti pour la stabilité et la reconstruction. C’est une approche différente de celle de l’ONU, qui prétend à l’impartialité. Mais c’est peut-être une approche plus honnête et plus efficace, arguent-ils.
Le Conseil de la Paix ne prétend pas être neutre. C’est peut-être sa force. C’est peut-être sa faiblesse.
Conclusion : Un monde en transformation
Ce que le Conseil de la Paix nous dit sur l’avenir
Le Conseil de la Paix est bien plus qu’une initiative diplomatique parmi d’autres. C’est le symbole d’un changement d’ère. L’ordre international construit après 1945, fondé sur l’ONU, le droit international et le multilatéralisme, est remis en question. Un nouvel ordre émerge, dominé par les grandes puissances, où l’argent achète l’influence et où les règles sont écrites par les plus forts.
Ce nouveau monde peut sembler effrayant. Il est certainement plus instable et plus imprévisible que l’ancien. Mais il est aussi, peut-être, plus honnête. Car l’ordre d’après-1945 n’a jamais vraiment fonctionné comme il le prétendait. Les grandes puissances ont toujours imposé leur volonté. Les règles ont toujours été appliquées de manière sélective. Le Conseil de la Paix de Trump ne fait qu’assumer ouvertement ce que l’ancien système cachait sous un vernis de principes.
Questions pour l’avenir
Plusieurs questions restent ouvertes. Le Conseil de la Paix sera-t-il efficace ? Parviendra-t-il à reconstruire Gaza et à apporter une paix durable au Moyen-Orient ? Ou sera-t-il une coquille vide, un forum de plus qui produit des déclarations sans résultats ? La réponse dépendra de la volonté des membres de s’engager réellement, au-delà des signatures et des promesses.
Et que se passera-t-il quand Trump quittera le pouvoir ? Le Conseil de la Paix est intimement lié à sa personne. Son successeur — qu’il soit démocrate ou républicain — aura-t-il la même vision ? Voudra-t-il maintenir cette structure ou la laisser dépérir ? La pérennité de l’initiative est loin d’être assurée. C’est peut-être sa plus grande faiblesse.
Le Conseil de la Paix existe. Plus de 25 pays l’ont rejoint. Maintenant, reste à voir s’il accomplira ce qu’il promet.
Sources
Sources primaires
Al Jazeera – Trump’s board of peace: Who has joined, who hasn’t and why – 21 janvier 2026
Wikipedia – Board of Peace – Janvier 2026
NDTV – Explained: What is Trump’s Board of Peace, who has joined so far – 21 janvier 2026
Sources secondaires
CBS News – As many as 25 nations have signed onto Trump’s Board of Peace – 21 janvier 2026
NPR – Israel agrees to join Trump’s Board of Peace as some European nations say no – 21 janvier 2026
NBC News – Trump’s Board of Peace, which could upend world order, faces pushback from allies – 21 janvier 2026
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