1,2 trillion de dollars évaporés en une journée
Pour comprendre le soulagement relatif de ce mercredi, il faut revenir sur l’hécatombe de mardi. Le 20 janvier 2026 restera dans les annales comme l’une des pires journées de Wall Street depuis des mois. Le S&P 500 a chuté de 2,1%, perdant 143 points pour clôturer à 6 796,86. Le Nasdaq a plongé de 2,4%, soit 561 points. Le Dow Jones Industrial Average a abandonné 870 points, une chute de 1,76%. En une seule séance, plus de 1,2 trillion de dollars de capitalisation boursière se sont volatilisés.
Le VIX, cet indice que les traders surnomment le « baromètre de la peur », a bondi à 20,99, son plus haut niveau depuis mi-novembre. Les géants technologiques ont été les plus durement touchés. Nvidia, l’une des entreprises les plus valorisées au monde, a perdu 4,4%. Apple a cédé 3,5%. Microsoft, Meta, Google — tous dans le rouge profond. La vague de ventes a balayé tous les secteurs sans distinction. Seules les valeurs refuges comme les biens de consommation courante ont tenu bon: Colgate-Palmolive a gagné 1,1%, Campbell’s 1,5%.
L’or au sommet, le dollar au tapis
Pendant que les actions s’effondraient, un autre spectacle se jouait sur les marchés des matières premières. L’or a explosé, franchissant la barre historique des 4 700 dollars l’once pour atteindre un nouveau record absolu. Une hausse de près de 3,7% en une seule journée — la plus forte depuis 2020. L’argent a bondi de 6,9%. Ces métaux précieux, valeurs refuges par excellence en temps de turbulences géopolitiques, ont vu affluer des milliards de dollars d’investisseurs terrorisés.
Le dollar américain, traditionnellement lui aussi une valeur refuge, a connu un sort inverse. Le Dollar Index a chuté de près de 1% face à un panier de devises majeures. L’euro a bondi de 0,6% face au billet vert. Un phénomène inhabituel qui en dit long sur la perte de confiance dans les actifs américains. « Sell America » — « Vendez l’Amérique » — ce terme, né au printemps dernier lors de la première guerre tarifaire de Trump, est revenu hanter les salles de marché. Les investisseurs ne fuyaient pas seulement les actions américaines. Ils fuyaient l’Amérique elle-même.
Je me souviens d’avril dernier, quand ce terme « Sell America » est apparu pour la première fois. On pensait que c’était un excès de langage, une exagération de journalistes financiers en mal de sensationnalisme. Mais là, en regardant les chiffres de mardi, j’ai compris que ce n’était pas de l’exagération. C’était une prophétie. Quand les investisseurs du monde entier commencent à douter de la fiabilité de la première puissance économique mondiale, quand ils préfèrent l’or à la dette américaine, quand le dollar s’effondre alors que les marchés paniquent — on n’est plus dans la finance. On est dans la géopolitique. Et ça fait froid dans le dos.
Le Groenland: une obsession qui défie la logique
Pourquoi Trump veut-il ce « morceau de glace »?
Pour comprendre cette crise, il faut comprendre l’obsession de Donald Trump pour le Groenland. Cette île gigantesque de 2,16 millions de kilomètres carrés — la plus grande du monde — est un territoire autonome du Royaume du Danemark. Elle abrite 56 000 habitants, principalement des Inuits. Son économie repose sur la pêche et les subventions danoises. À première vue, un intérêt limité. Mais grâce à sa position stratégique entre l’Amérique du Nord, l’Europe et la Russie, au cœur de l’Arctique, le Groenland est devenu un enjeu géopolitique majeur.
Le réchauffement climatique ouvre de nouvelles routes maritimes dans l’Arctique. La fonte des glaces révèle d’immenses réserves de terres rares, ces minerais essentiels à la fabrication des batteries, des smartphones, des technologies de pointe. La Chine et la Russie lorgnent sur la région avec un intérêt croissant. Trump le dit et le répète: le Groenland est vital pour la sécurité nationale américaine. « Seuls les États-Unis peuvent véritablement garantir la sécurité du Groenland« , a-t-il martelé à Davos. « C’est notre territoire », a-t-il ajouté, sans préciser sur quelle base juridique ou historique il fondait cette affirmation.
Le Danemark dit non, encore et toujours
Le problème, c’est que le Groenland n’est pas à vendre. Le Danemark l’a dit, redit, répété sur tous les tons. La Première ministre danoise Mette Frederiksen l’avait qualifié d' »absurde » dès 2019, lors de la première tentative de Trump. Aujourd’hui, la position n’a pas changé. Le gouvernement groenlandais, qui jouit d’une large autonomie, a également rejeté toute idée de vente. Jens-Frederik Nielsen, ministre groenlandais des Affaires économiques, a confié à CNBC que les habitants de l’île étaient « déconcertés » et « dévastés » par les menaces américaines.
Et pourtant, Trump persiste. Samedi dernier, il a annoncé des tarifs douaniers de 10% sur les importations de huit pays européens — le Danemark, la Norvège, la Suède, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Finlande — à partir du 1er février, avec une augmentation à 25% en juin. La raison? Ces pays refusent de soutenir l’acquisition américaine du Groenland. Une utilisation des tarifs douaniers comme arme de coercition géopolitique que même les analystes les plus cyniques n’avaient pas anticipée.
L'Europe sous le choc: une alliance en péril
L’OTAN au bord de l’implosion
Cette crise dépasse largement les enjeux financiers. Elle touche au cœur même de l’architecture de sécurité occidentale. Le Danemark est un membre fondateur de l’OTAN. L’article 5 du traité stipule qu’une attaque contre un membre est considérée comme une attaque contre tous. Que se passerait-il si les États-Unis — le pilier de l’Alliance atlantique — utilisaient la force militaire contre l’un de ses propres alliés? La question, autrefois impensable, est désormais posée ouvertement dans les chancelleries européennes.
À Davos, le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a tenté de calmer le jeu. « Je travaille sur cette question en coulisses », a-t-il déclaré, refusant tout commentaire public. Mais en privé, l’inquiétude est palpable. Une source diplomatique européenne a confié que les relations transatlantiques sont « au plus bas depuis des décennies ». L’Union européenne a prévu un sommet d’urgence jeudi pour discuter des mesures de rétorsion, incluant potentiellement l’activation de l' »instrument anti-coercition », un mécanisme créé pour contrer des États hostiles comme la Chine — jamais imaginé pour être utilisé contre les États-Unis.
Macron, le champagne et les 200%
La réaction de Trump aux résistances européennes a été tout sauf diplomatique. Furieux contre le président français Emmanuel Macron, qui refuse de rejoindre son « Conseil de Paix », Trump a annoncé des tarifs de 200% sur les vins et champagnes français. Une mesure qui frappe au cœur d’une industrie emblématique et qui a fait chuter les actions des producteurs français. LVMH, Pernod Ricard, Rémy Cointreau — tous ont vu leurs cours plonger.
Le Royaume-Uni n’a pas été épargné non plus. Trump a qualifié la décision britannique de rétrocéder les îles Chagos à l’île Maurice de « faiblesse totale », ravivant les tensions avec Londres. Rachel Reeves, la chancelière britannique, a tenté de temporiser à Davos, affirmant que les États-Unis restent « les plus proches alliés » du Royaume-Uni. Mais les mots sonnent creux face aux actes. Comme l’a résumé un analyste de Deutsche Bank: « Quand le protecteur devient l’agresseur, les alliances n’ont plus de sens. »
Il y a quelque chose de profondément dérangeant à voir un président américain menacer ses propres alliés. Je repense à ces images d’archives, ces poignées de main chaleureuses entre dirigeants occidentaux, ces discours sur les « valeurs communes », la « défense de la liberté », le « monde libre ». Tout cela semble si loin aujourd’hui. Si naïf, presque. Ce que nous vivons, c’est la fin d’une époque. Pas la fin de l’Occident — ne soyons pas mélodramatiques. Mais la fin d’une certaine idée de l’Occident. Celle où les alliances avaient un sens. Celle où les mots avaient un poids. Celle où « allié » voulait dire quelque chose.
Davos: le discours qui a fait trembler puis rassurer
Un président en terrain conquis
L’arrivée de Donald Trump à Davos ce mercredi matin avait des allures de défi. Le Forum économique mondial, ce rassemblement annuel de l’élite mondiale, n’est pas exactement son terrain de prédilection. L’an dernier, il avait participé par vidéo. Cette fois, il est venu en personne, flanqué de son entourage, confiant et combatif. Les organisateurs avaient prévu un créneau de 45 minutes. Trump a parlé plus d’une heure. Il a couvert le Groenland, bien sûr. Mais aussi le Venezuela, l’Ukraine, les taux d’intérêt, les tarifs douaniers, son bilan économique.
Le ton était celui qu’on lui connaît: auto-congratulation, critiques acerbes de ses adversaires, affirmations audacieuses. « Quand l’Amérique monte, vous suivez. Quand l’Amérique descend, vous suivez aussi », a-t-il lancé à l’assemblée. Il a vanté les accords commerciaux conclus avec plusieurs pays, affirmant que ses tarifs ont permis de « réduire radicalement le déficit commercial ». Il a critiqué la Réserve fédérale, réclamant les taux d’intérêt les plus bas au monde pour les États-Unis. « Sans nous, vous n’auriez rien », a-t-il déclaré, s’adressant apparemment à la Suisse, pays hôte de l’événement.
La phrase qui a tout changé
Mais le moment décisif est venu lorsqu’il a abordé le Groenland. Après avoir répété ses arguments habituels — importance stratégique, sécurité nationale, absence de présence danoise visible sur l’île — Trump a lâché la phrase que les marchés attendaient. « On ne nous donnera probablement rien à moins que je décide d’utiliser une force excessive, où nous serions franchement invincibles. Mais je ne le ferai pas. » Une pause. « Je n’ai pas besoin d’utiliser la force. Je ne veux pas utiliser la force. Je n’utiliserai pas la force. »
Dans les salles de trading du monde entier, les ordres d’achat ont commencé à affluer. Les contrats à terme sur le S&P 500, qui étaient en territoire négatif, ont viré au vert. Le FTSE 100 de Londres, qui avait ouvert en baisse, a inversé sa tendance. Le DAX allemand a suivi. Ce n’était pas une explosion d’optimisme — les blessures de la veille étaient trop fraîches. Mais c’était suffisant pour arrêter l’hémorragie. Comme l’a noté un trader cité par Reuters: « Ce n’est pas un feu vert pour acheter. C’est un feu orange pour arrêter de vendre. »
Les marchés après le discours: un rebond fragile
Wall Street ouvre en hausse prudente
À l’ouverture de Wall Street ce mercredi, le soulagement était palpable mais mesuré. Le Dow Jones a gagné environ 0,33% dans les premières minutes de cotation. Le S&P 500 a ajouté 0,30%. Le Nasdaq Composite a progressé de 0,21%. Des gains modestes, certes, mais qui contrastent avec le bain de sang de la veille. Les secteurs qui avaient été les plus durement touchés — la technologie, les industriels — ont mené le rebond.
Le marché obligataire, lui, restait sous pression. Les rendements des bons du Trésor américain à 10 ans ont continué de grimper, atteignant 4,29%, en hausse de 6 points de base. Le rendement à 30 ans a franchi 4,92%. Ces mouvements reflètent une inquiétude persistante des investisseurs quant à la dette américaine et à l’attractivité des actifs américains. L’or, quant à lui, a poursuivi son ascension, franchissant brièvement les 4 878 dollars l’once — un nouveau record historique. Les investisseurs n’ont pas totalement relâché leur vigilance.
Les analystes restent prudents
Sur les plateaux des chaînes financières, le mot d’ordre était à la prudence. « Ce qui a probablement mis un plancher sous la récente vente, c’est que nous n’allons pas utiliser la force pour acquérir le Groenland« , a analysé un stratégiste interrogé par Reuters. « Mais ce n’est pas un signal d’achat massif. C’est juste un signal que les choses ne vont pas empirer immédiatement. » Thierry Wizman, analyste chez Macquarie Group, a résumé la situation: « La prochaine étape dans la saga ‘Groenland ou rien’ est de voir si un terrain d’entente, comme une administration conjointe de l’OTAN, peut être trouvé. »
Chez Citi, les stratégistes ont été parmi les premiers à intégrer les nouvelles tensions dans leurs recommandations. Beata Manthey a abaissé la note des actions européennes continentales à « Neutre », pour la première fois en plus d’un an, citant « l’incertitude tarifaire » et les « doutes sur l’inflexion des bénéfices en 2026 ». Chez JPMorgan, Greg Fuzesi a averti que « si la question du Groenland déclenche un effet de sentiment plus large en générant une incertitude plus profonde, ses implications économiques pourraient être plus importantes. »
La question qui hante: et maintenant?
Les tarifs entrent en vigueur dans 10 jours
Le soulagement de ce mercredi ne doit pas faire oublier une réalité implacable: les tarifs de 10% sur les importations des huit pays européens entreront en vigueur le 1er février. Dans 10 jours. À moins d’un revirement spectaculaire, les prix des produits européens aux États-Unis vont augmenter. Les vins français, les voitures allemandes, les produits de luxe italiens — tous seront touchés. Les entreprises américaines qui dépendent de composants européens verront leurs coûts grimper. L’inflation, déjà au-dessus de la cible de 2% de la Fed, risque de s’aggraver.
L’Union européenne a prévenu qu’elle répliquerait. Un paquet de contre-tarifs de plus de 100 milliards de dollars serait prêt, selon des sources diplomatiques. L’activation de l' »instrument anti-coercition » permettrait à Bruxelles d’imposer des restrictions massives aux entreprises technologiques américaines opérant sur le marché européen. On parle de mesures ciblant Apple, Google, Meta, Amazon. Une escalade qui ferait passer les tensions actuelles pour un simple échauffement.
Le « TACO » trade: Trump recule-t-il toujours?
Sur Wall Street, un acronyme circule depuis le printemps dernier: TACO. « Trump Always Chickens Out » — « Trump recule toujours« . L’idée? Le président menace, fait monter les enchères, terrorise les marchés… puis trouve un compromis ou abandonne. C’est arrivé avec la Chine. C’est arrivé avec le Mexique. C’est arrivé avec le Canada. Beaucoup d’investisseurs parient que ça arrivera encore avec le Groenland. Ils achètent dans les creux, convaincus que la tempête passera.
Mais d’autres voix s’élèvent pour mettre en garde contre cet excès de confiance. Ray Dalio, fondateur du plus grand fonds spéculatif au monde, Bridgewater Associates, a prévenu à Davos que les mouvements agressifs de Trump vers le Groenland pourraient inciter les gouvernements étrangers et les investisseurs à reconsidérer leur appétit pour les actifs américains. « De l’autre côté des déficits commerciaux et des guerres commerciales, il y a le capital et les guerres du capital », a-t-il déclaré à CNBC. « On ne peut pas ignorer la possibilité des guerres du capital. »
Combien de fois peut-on crier au loup avant que le loup n’arrive vraiment? C’est la question que je me pose en regardant ces traders acheter dans la baisse, convaincus que « TACO » va se reproduire. Ils ont peut-être raison. Ils ont probablement raison, même. Mais un jour, peut-être, Trump ne reculera pas. Un jour, peut-être, les menaces deviendront réalité. Et ce jour-là, ceux qui auront parié sur le bluff perdront tout. Ce n’est pas une prédiction. C’est un avertissement. Le marché a la mémoire courte. L’histoire, elle, n’oublie rien.
L'Europe réagit: solidarité et préparation
Le sommet d’urgence de jeudi
Pendant que Wall Street digérait le discours de Trump, les capitales européennes s’activaient. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, avait donné le ton la veille à Davos. « Nous considérons les Américains non seulement comme nos alliés, mais comme nos amis », avait-elle déclaré. « Nous plonger dans une spirale descendante dangereuse ne ferait qu’aider les adversaires que nous sommes tous deux déterminés à tenir à l’écart du paysage stratégique. » Un appel à la raison, mais aussi un avertissement voilé.
Jeudi, les dirigeants européens se retrouveront pour un sommet d’urgence. L’ordre du jour: les réponses aux tarifs américains et la situation du Groenland. Plusieurs options sont sur la table. La première: des contre-tarifs ciblés sur des produits américains emblématiques — le bourbon du Kentucky, les Harley-Davidson, les produits agricoles du Midwest. Des secteurs choisis pour leur impact politique maximal, touchant les États qui ont voté pour Trump. La deuxième option: l’activation de l’instrument anti-coercition, avec des restrictions sur les entreprises technologiques américaines.
Le Danemark renforce sa présence militaire
Au Danemark, la réponse a été immédiate et symbolique. Copenhague a annoncé l’envoi de troupes supplémentaires au Groenland pour des exercices militaires. Pas une mobilisation massive — les forces armées danoises sont modestes. Mais un signal clair: le Danemark ne cédera pas à l’intimidation. La Première ministre Mette Frederiksen a rappelé que le Groenland « n’est pas à vendre » et qu’une tentative de prise de contrôle par la force « signifierait la fin de l’OTAN« .
Sur l’île elle-même, l’atmosphère est étrange. Les 56 000 habitants du Groenland se retrouvent au centre d’une crise internationale qu’ils n’ont pas demandée. Múte Bourup Egede, le Premier ministre groenlandais, a réaffirmé que l’avenir de l’île « appartient à son peuple ». Certains Groenlandais évoquent un rêve d’indépendance totale — ni danois, ni américains. Mais la réalité économique est cruelle: sans les subventions danoises, l’île ne pourrait pas survivre. Elle est prise en étau entre deux géants, spectatrice de son propre destin.
Les implications à long terme: la fin de la "primauté" américaine?
Un avertissement de Macquarie qui fait froid dans le dos
Parmi tous les commentaires d’analystes publiés cette semaine, un mémo de Macquarie se distingue par sa radicalité. Thierry Wizman et Gareth Berry y écrivent: « Tant que les États-Unis continueront de ‘menacer’ avec des tarifs… la soi-disant ‘primauté’ des États-Unis reste menacée de dissolution supplémentaire, et avec elle un bouleversement des alignements géopolitiques qui ont soutenu les marchés ces dernières années. » C’est peut-être l’analyse la plus extrême que Fortune ait jamais vue dans une note de recherche d’une banque d’investissement.
L’argument? L’exceptionnalisme américain — cette idée que les États-Unis sont une destination d’investissement unique, supérieure, incontournable — repose sur la confiance. Confiance dans la stabilité politique. Confiance dans le respect des règles. Confiance dans la prévisibilité. Quand le président américain menace ses propres alliés de tarifs punitifs et refuse d’exclure la force militaire, cette confiance s’érode. Et sans confiance, les flux de capitaux qui ont alimenté la domination des marchés américains pourraient s’inverser.
L’Europe et l’Asie surperforment déjà
Un fait troublant donne du poids à cette analyse: depuis le début de l’année, les marchés américains sous-performent. Le S&P 500 est en baisse de 0,71% depuis le 1er janvier. Pendant ce temps, le STOXX Europe 600 est en hausse de 0,69%. Le KOSPI sud-coréen affiche un gain spectaculaire de 14%. Cette tendance avait commencé l’an dernier, mais elle s’accélère. Les investisseurs institutionnels diversifient leurs portefeuilles, réduisant leur exposition aux États-Unis au profit de l’Europe et de l’Asie.
Chez UBS, Paul Donovan a prévenu ses clients: « Les implications de tarifs supplémentaires sont plus de pressions inflationnistes aux États-Unis et une érosion supplémentaire du statut du dollar comme monnaie de réserve. » Le dollar, pilier du système financier mondial depuis 1944. Si cette analyse se vérifie, les conséquences seraient historiques. Non pas la fin de l’Amérique — soyons sérieux. Mais peut-être la fin d’une certaine Amérique. Celle qui pouvait faire ce qu’elle voulait parce que le monde n’avait pas le choix.
Je ne suis pas économiste. Je ne prétends pas savoir si la « primauté » américaine est vraiment menacée ou si ce sont des prédictions alarmistes qui ne se réaliseront jamais. Ce que je sais, c’est que quelque chose a changé. Dans le regard des Européens sur l’Amérique. Dans la confiance des investisseurs. Dans l’atmosphère des sommets internationaux. Il y a un avant et un après. Et nous sommes dans l’après. Peut-être que dans six mois, tout sera oublié. Peut-être que les marchés atteindront de nouveaux sommets et que cette crise sera un mauvais souvenir. Ou peut-être pas. L’histoire nous le dira. En attendant, on navigue à vue.
Ukraine, Venezuela, Iran: les autres fronts de Trump
Witkoff et Kushner à Moscou jeudi
La saga du Groenland a éclipsé d’autres développements majeurs annoncés à Davos. Steve Witkoff, l’envoyé spécial de Trump, a confirmé qu’il se rendrait à Moscou jeudi avec Jared Kushner, le gendre du président, pour rencontrer Vladimir Poutine. L’objectif: avancer les négociations pour mettre fin à la guerre en Ukraine. Trump a mentionné qu’il prévoyait de rencontrer le président ukrainien Volodymyr Zelensky dans la journée, bien que ce dernier ne soit apparemment pas à Davos.
Au sujet de l’Ukraine, Trump a livré des chiffres glaçants: 31 000 soldats seraient morts le mois dernier, 27 000 le mois précédent. Des nombres impossibles à vérifier — ni la Russie ni l’Ukraine ne publient leurs pertes. Mais qui donnent une idée de l’ampleur du carnage. « Cette guerre n’aurait jamais dû commencer », a répété Trump, avant de se perdre dans une digression sur les raisons de l’invasion russe et ses propres avertissements ignorés.
L’Iran menacé d’être « effacé de la surface de la Terre »
Dans une interview à NewsNation diffusée mardi, Trump a également menacé l’Iran. « J’ai des instructions très fermes: s’il arrive quoi que ce soit, ils vont les effacer de la surface de cette Terre », a-t-il déclaré, en réponse à une question sur les provocations iraniennes. Des propos qui rappellent ses menaces similaires de l’an dernier, lorsqu’il avait averti que si l’Iran l’assassinait, le pays serait « oblitéré ». Des protestations massives secouent actuellement Téhéran, ajoutant à l’instabilité de la région.
Ces multiples fronts — Groenland, Ukraine, Iran, Venezuela (où les États-Unis ont récemment capturé l’ancien dirigeant Nicolás Maduro) — dessinent une politique étrangère américaine en mode offensif sur tous les fronts. Une approche qui galvanise les partisans de Trump, horrifie ses détracteurs, et laisse les marchés dans un état de nervosité permanente. Comme l’a résumé un diplomate européen sous couvert d’anonymat: « On ne sait jamais ce qui va tomber demain. Et c’est peut-être le but. »
Ce que les prochains jours nous réservent
Les événements à surveiller
Les investisseurs vont devoir naviguer dans des eaux agitées dans les jours qui viennent. Jeudi, le sommet d’urgence européen pourrait annoncer des mesures de rétorsion contre les États-Unis. Le même jour, la Cour suprême américaine entendra des arguments sur le droit de Trump à licencier la gouverneure de la Réserve fédérale Lisa Cook — une affaire qui pourrait avoir des répercussions majeures sur l’indépendance de la banque centrale. Vendredi, l’indice PCE — la mesure d’inflation préférée de la Fed — sera publié, donnant des indications sur la trajectoire des taux d’intérêt.
La saison des résultats bat également son plein. Johnson & Johnson a publié ce mercredi des prévisions supérieures aux attentes, mais l’action a reculé — signe que les bonnes nouvelles d’entreprises ne suffisent pas à rassurer des investisseurs préoccupés par la géopolitique. Procter & Gamble, Intel, IBM sont attendus dans les prochains jours. Leurs perspectives pour 2026 seront scrutées pour évaluer l’impact des incertitudes tarifaires sur les chaînes d’approvisionnement.
La question que tout le monde se pose
Au fond, une seule question hante les esprits: Trump va-t-il reculer? Le « TACO » va-t-il se reproduire? Les tarifs du 1er février seront-ils reportés, réduits, annulés? Ou entreront-ils en vigueur, déclenchant une spirale de représailles et contre-représailles qui pourrait faire basculer l’économie mondiale? Personne ne le sait. Trump lui-même, peut-être, ne le sait pas encore. Il aime l’imprévisibilité. Il aime garder ses adversaires — et ses alliés — dans l’incertitude.
Ce qui est certain, c’est que les marchés détestent l’incertitude. Chaque jour de flou est un jour de volatilité. Chaque tweet, chaque déclaration, chaque rumeur fait bondir ou plonger les indices. C’est épuisant pour les traders. C’est épuisant pour les investisseurs. C’est épuisant pour les chefs d’entreprise qui doivent planifier dans le brouillard. Mais c’est la nouvelle réalité. Une réalité où un homme peut déplacer des trillions de dollars avec quelques mots. Où la paix et la guerre se décident dans des discours improvisés. Où rien n’est acquis.
En terminant cet article, je regarde les chiffres une dernière fois. Le S&P 500 est en légère hausse. L’or bat des records. Le dollar vacille. Les rendements obligataires grimpent. Tout semble contradictoire, chaotique, imprévisible. Et c’est peut-être ça, la vraie leçon de cette semaine. On ne comprend plus. On ne peut plus prévoir. On navigue dans un monde où les règles anciennes ne s’appliquent plus et où les nouvelles n’ont pas encore été écrites. Alors on fait quoi? On regarde. On analyse. On essaie de comprendre. Et on espère — peut-être naïvement — que quelqu’un, quelque part, sait ce qu’il fait. Parce que de l’autre côté de ces chiffres, de ces pourcentages, de ces trillions de dollars, il y a des gens. Des retraités dont les économies sont investies en bourse. Des travailleurs dont les emplois dépendent du commerce international. Des familles qui espèrent un avenir stable pour leurs enfants. Eux aussi méritent qu’on y pense. Eux aussi ont le droit de savoir. Et c’est pour eux, finalement, qu’on continue d’écrire.
Sources
Sources primaires:
CNBC — « Trump calls for ‘immediate negotiations’ on Greenland, but rules out using force » — 21 janvier 2026
Reuters — « Wall Street edges up in choppy trade as markets digest Trump’s speech at Davos » — 21 janvier 2026
NBC News — « Markets plunge as Trump reignites fears of a trade war over Greenland » — 20 janvier 2026
Yahoo Finance — « Stock market today: Dow, S&P 500, Nasdaq turn higher after brutal sell-off as Trump speaks in Davos » — 21 janvier 2026
Al Jazeera — « Stock markets, dollar plunge as Trump ramps up tensions over Greenland » — 21 janvier 2026
Sources secondaires:
Fortune — « Wall Street is talking about whether Trump’s Greenland plan will end U.S. ‘primacy' » — 21 janvier 2026
Washington Post — « Dow, S&P 500 and Nasdaq slide after Trump threatens new tariffs over Greenland » — 20 janvier 2026
CBS News — « Trump says he won’t use force to acquire Greenland » — 21 janvier 2026
NPR — « Trump says ‘I won’t use force’ to obtain Greenland in Davos speech » — 21 janvier 2026
CBC — « Trump calls Denmark ‘ungrateful’ — but tells Davos forum he ‘won’t use force’ to acquire Greenland » — 21 janvier 2026
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