L’épicentre de la pression russe
Le secteur de Pokrovsk concentre la rage de l’offensive russe. 38 assauts ont été repoussés en une seule journée dans les zones des localités de Rodynske, Myrnohrad, Pokrovsk, Kotlyne, Udachne, Molodetske et Filiia. Les Russes poussent également vers Bilytske, Ivanivka, Serhiivka et Novopidhordnie. La stratégie est claire : encercler Pokrovsk par le nord, l’est et le sud-ouest, couper ses voies logistiques, l’asphyxier. Cette ville industrielle de l’oblast de Donetsk était autrefois le cœur battant de l’industrie du charbon ukrainienne. La dernière mine de charbon à coke sous contrôle ukrainien a cessé ses opérations en janvier sous la pression des combats.
Le commandant en chef des Forces armées ukrainiennes, le général Oleksandr Syrskyi, ne cache pas la gravité de la situation. La direction de Pokrovsk reste la plus difficile de tout le front. Environ 50 affrontements par jour s’y déroulent en moyenne. Les Russes y ont concentré plus de dix unités de niveau bataillon ou inférieur autour de Myrnohrad seul. Ils tentent d’infiltrer le centre-ville, d’établir des points d’appui, de grignoter mètre après mètre. La tactique a évolué : finis les assauts mécanisés massifs qui se faisaient décimer. Place aux petits groupes de un à trois hommes qui se faufilent à travers les lignes, utilisant le mauvais temps, le brouillard, la nuit pour progresser.
Une résistance acharnée face à l’inévitable
Malgré cette pression écrasante, les Forces ukrainiennes tiennent. Le nord de Pokrovsk reste sous contrôle ukrainien. Myrnohrad, à l’est, résiste encore, même si les combats font rage dans ses faubourgs. Le général Syrskyi l’a affirmé : « Pokrovsk est sous notre contrôle. Nous arrêtons l’ennemi à Myrnohrad. Nous menons une défense active. » Ces mots sonnent comme un défi. Mais ils masquent une réalité plus sombre : les Russes ont coupé les autoroutes menant à l’est et à l’ouest, les ponts ont été détruits, l’approvisionnement en eau est interrompu. La ville est lentement étranglée. Les civils qui restent — ils étaient encore 18 000 en septembre, probablement bien moins aujourd’hui — vivent dans un enfer quotidien.
Les unités d’assaut ukrainiennes continuent de mener des raids dans le nord de Pokrovsk, probablement pour empêcher les Russes de consolider leurs positions et d’utiliser la ville comme base pour de nouvelles offensives vers Dobropillia. Les forces aériennes russes pilonnent quotidiennement les positions ukrainiennes avec 20 à 30 bombes planantes guidées (KAB) dans ce seul secteur. Ces munitions de précision détruisent les infrastructures, empêchent les soldats de prendre des positions défensives efficaces. Face à cela, les défenseurs ukrainiens s’adaptent, fortifient ce qui peut l’être, préparent la ville pour un combat urbain qui semble inévitable.
Il y a quelque chose de terrifiant dans cette lente asphyxie. Pokrovsk ne tombe pas d’un coup — elle est vidée de sa vie, petit à petit. L’eau coupée. Les routes détruites. Les bombes qui pleuvent. Et pourtant, des soldats restent. Des civils aussi. Pourquoi ? Parce que partir, c’est abandonner. C’est reconnaître que l’ennemi a gagné. Alors ils restent. Et ils se battent. Cette obstination-là, je ne suis pas sûr qu’on la comprenne vraiment, nous qui vivons en paix.
Huliaipole : le front oublié qui s'embrase
Une ville en zone grise
Pendant que tous les yeux sont fixés sur Pokrovsk, un autre drame se joue à Huliaipole, dans la région de Zaporizhzhia. Cette ville était l’un des secteurs les plus stables du front depuis le début de l’invasion à grande échelle en 2022. Plus maintenant. Les Russes ont lancé 36 assauts dans ce secteur le 21 janvier, ciblant Huliaipole elle-même et les localités de Solodke, Dobropillia, Zelene, Pryluky, Varvarivka et Sviatopetrivka. La ville est devenue ce que les analystes militaires appellent une « zone grise » — un espace contesté où les deux camps se battent rue par rue, bâtiment par bâtiment.
La chute de Huliaipole a commencé fin décembre 2025 lorsque les forces russes ont capturé un poste de commandement et d’observation au centre de la ville. Les soldats de la 102e et 106e brigades de défense territoriale, épuisés après des mois de combats sans rotation ni renfort, n’ont pas pu tenir. Aujourd’hui, les Forces de défense ont divisé Huliaipole en secteurs, chacun avec des positions ukrainiennes. Plusieurs unités opèrent dans la ville, menant des opérations de recherche et de frappe pour éliminer les groupes russes qui s’infiltrent. Mais la tendance est claire : l’ennemi gagne du terrain, lentement, inexorablement.
500 âmes sous les bombes
Il ne reste que 500 civils à Huliaipole. Cinq cents personnes qui ont choisi de rester — ou qui n’ont pas pu partir. Ils vivent dans leurs caves depuis des années, remontant parfois à la surface comme des fantômes d’un monde d’avant. Le gouverneur de la région de Zaporizhzhia, Ivan Fedorov, a confirmé ce chiffre glaçant. Cinq cents personnes qui entendent les explosions, qui sentent le sol trembler, qui comptent les heures en espérant voir le soleil se lever une fois de plus. Les frappes aériennes russes visent régulièrement Huliaipole, Vozdvyzhivka, Verkhnia Tersa, Zaliznychne et les villages environnants. Comment vit-on dans un tel enfer ? Comment trouve-t-on la force de ne pas devenir fou ?
Les Russes déploient désormais des unités aéroportées dans le secteur de Huliaipole, signe de leurs lourdes pertes dans cette zone. Selon le porte-parole des Forces de défense du Sud, Vladyslav Voloshyn, ce redéploiement témoigne de la dégradation de la capacité de combat des unités initialement stationnées là-bas. Les pertes russes sont estimées à 300 hommes par jour dans ce seul secteur. Trois cents familles russes qui ne reverront pas leur fils, leur frère, leur père. La guerre broie tout le monde. Des deux côtés. Mais elle broie plus violemment ceux qui l’ont commencée.
500 civils. J’essaie d’imaginer leurs visages. Une vieille femme qui refuse de quitter la maison où elle a élevé ses enfants. Un homme qui s’accroche à son jardin, à ses souvenirs, à ce qui reste de sa vie d’avant. Des enfants qui ont grandi au son des bombes et ne connaissent rien d’autre. Ils ne sont pas des héros au sens traditionnel du terme. Ils sont juste des gens qui ont décidé que leur terre valait qu’on y meure. Cette obstination me bouleverse autant qu’elle me terrifie.
L'offensive russe : une stratégie de broyage systématique
L’axe Zaporizhzhia sous pression
L’offensive sur Huliaipole s’inscrit dans une stratégie plus large visant la région de Zaporizhzhia. Après avoir capturé Velyka Novosilka en janvier 2025, les forces russes ont progressé vers l’ouest, s’emparant de villages comme Komyshuvakha, Sosnivka, Ternove et Berezove à la frontière entre les oblasts de Donetsk, Dnipropetrovsk et Zaporizhzhia. Cette progression méthodique vise un objectif clair : se rapprocher de la ville de Zaporizhzhia elle-même, le cœur administratif et économique de la région. Le plan russe, selon les sources militaires ukrainiennes, est d’avancer vers Orikhiv depuis le nord-est, puis d’attaquer la ville depuis plusieurs directions.
Les Russes ont également établi plusieurs têtes de pont sur la rive ouest de la rivière Haichur, d’où ils pourraient lancer une offensive vers Orikhiv. Cette approche — avancer le long du front depuis l’est plutôt que directement depuis le sud — est celle qui leur a permis de capturer toute la partie sud-ouest de l’oblast de Donetsk au cours de l’année écoulée, y compris les villes fortifiées de Vuhledar et Velyka Novosilka. La pression ne s’exerce pas seulement sur Huliaipole mais également vers Stepnohirsk et Prymorske, près de l’ancien réservoir de Kakhovka. La capture de Stepnohirsk placerait la partie sud de l’agglomération de Zaporizhzhia sous le feu de l’artillerie russe.
Le dilemme ukrainien : où mettre les forces ?
L’Ukraine fait face à un dilemme cruel. Les Forces armées ont dû retirer des troupes du secteur de Pokrovsk pour renforcer Huliaipole, où l’offensive russe s’intensifie. Mais les commandants ukrainiens devront probablement bientôt renvoyer des forces vers Pokrovsk. Les Russes exploitent cette situation avec cynisme : « Pendant que vous résistez et que vous ne voulez pas abandonner le Donbass, je vais avancer dans la région de Zaporizhzhia. Alors choisissez ce que vous voulez défendre », résume un analyste citant la logique russe. C’est le jeu morbide de la guerre d’usure : forcer l’ennemi à s’étirer, à s’épuiser, à faire des choix impossibles.
Les vestiges des unités ukrainiennes qui se battaient dans un quasi-encerclement au sud de Kostiantynivka, le long du réservoir de Kleban-Bykske, ont été retirés. Les troupes ont également quitté Myrnohrad, à l’est de Pokrovsk. Ces replis tactiques permettent de simplifier la ligne de front et de la tenir avec moins de forces. Mais les Russes ne perdent pas de temps : ils intensifient immédiatement leurs assauts le long de la rive nord du réservoir, avançant vers Kostiantynivka depuis le sud-ouest et le sud. Dans la ville elle-même, les combats continuent dans les faubourgs sud-est. L’étau se resserre.
Les pertes : le prix du sang
1 230 810 soldats russes hors de combat
Depuis le 24 février 2022 jusqu’au 22 janvier 2026, les pertes totales de combat des forces russes dans la guerre contre l’Ukraine s’élèvent à environ 1 230 810 hommes, dont 1 070 rien que pour la journée précédente. Un million deux cent trente mille huit cent dix. Ce chiffre est tellement énorme qu’il en devient abstrait, irréel. Pourtant, chacune de ces « unités » était un être humain. Un fils. Un père. Un frère. Quelqu’un qui avait des rêves, des peurs, une famille qui l’attendait. La Russie de Poutine les a envoyés mourir par centaines de milliers pour conquérir des villages dont personne n’avait jamais entendu parler.
Le général Syrskyi a révélé que les Russes prévoient de créer au moins 11 nouvelles divisions en 2026 et de recruter 409 000 personnes supplémentaires. Le potentiel de mobilisation total de la Russie dépasse 20 millions de personnes, dont environ 4,5 millions de réservistes entraînés pouvant être directement engagés au combat. Ces chiffres donnent le vertige. Malgré la mise en œuvre de ses plans de mobilisation à plus de 100% en 2025, avec environ 406 000 personnes engagées, les Russes n’ont pas réussi à augmenter la taille de leur groupe offensif — il est resté stable autour de 711 000 soldats pendant près de six mois. Pourquoi ? Parce que les pertes absorbent tous les renforts. La guerre mange les hommes plus vite qu’ils n’arrivent.
Le coût humain ukrainien
Les pertes ukrainiennes restent un secret d’État. Personne ne connaît le chiffre exact — et c’est peut-être mieux ainsi. Ce que l’on sait, c’est que les brigades de défense territoriale qui tenaient Huliaipole étaient épuisées, décimées, sans relève depuis des mois. Les soldats restaient en position pendant des mois sans rotation. Les renforts n’arrivaient presque jamais. L’équipement manquait. Face à des forces russes potentiellement cinq fois supérieures en nombre, ils ont tenu aussi longtemps qu’ils ont pu. Puis ils ont craqué. Ce n’est pas une honte — c’est une tragédie. Selon le Conflict Intelligence Team, ces troupes ont subi des pertes extrêmement lourdes ces derniers mois tout en n’étant jamais relevées pour se reposer et se reconstituer.
Les tensions internes ont éclaté au grand jour dans le secteur de Huliaipole. Le commandant en chef Syrskyi lui-même a blâmé les 102e et 106e brigades de défense territoriale pour la perte de positions. Des unités d’assaut ukrainiennes ont apparemment forcé des soldats de la 108e brigade de défense territoriale à être redéployés vers Huliaipole, contre la volonté de leurs officiers. L’ombudsman militaire ukrainien a reconnu qu’il y avait des « problèmes » entre les troupes d’assaut et les territoriaux. Ces frictions témoignent de la pression immense qui pèse sur les Forces armées ukrainiennes. Quand la survie est en jeu, les lignes de commandement se brouillent, les frustrations explosent.
Ces soldats de la défense territoriale, ceux qu’on blâme aujourd’hui, ont tenu pendant des mois dans des conditions inimaginables. Sans relève. Sans renforts. Face à un ennemi cinq fois plus nombreux. Et quand ils ont finalement craqué — humains, épuisés, à bout — on les a accusés. C’est injuste. C’est cruel. Mais c’est la guerre. Elle transforme tout le monde : les héros en coupables, les victimes en bourreaux, les frères d’armes en accusateurs. Cette guerre pourrit tout ce qu’elle touche.
Les autres fronts : une pression sur toute la ligne
Le Donbass en flammes
Si Pokrovsk et Huliaipole concentrent l’essentiel des combats, le reste du front n’est pas épargné. Dans le secteur de Kupiansk, huit attaques russes ont été repoussées près de Petropavlivka, Pishchane, Kurylivka et Bohuslavka. Le secteur de Lyman a vu sept assauts, les Russes tentant de percer vers Novomykhailivka, Drobyshcheve et Yampil. L’objectif russe dans cette zone est d’atteindre Sloviansk, l’une des dernières grandes villes du Donetsk encore sous contrôle ukrainien. Jusqu’à présent, les Forces ukrainiennes n’ont pas réussi à stopper l’avance russe vers l’ouest depuis Siversk. Sur l’autre rive, les Russes ont atteint la rivière près de Sviatohirsk.
Dans le secteur de Kostiantynivka, dix attaques ont été enregistrées près de Pleshchiivka, Shcherbynivka et Sofiivka. Les Russes poussent vers Kostiantynivka depuis le sud-ouest et le sud, tout en essayant également de percer depuis le nord-est, avançant depuis le canal Siverskyi Donets-Donbass où ils ont établi une tête de pont sur la rive ouest près de Novomarkove. Dans le secteur de Dobropillia, entre Pokrovsk et Kostiantynivka, les Russes finalisent leurs préparatifs pour une nouvelle tentative de percée vers Druzhkivka et Kramatorsk. Le Donbass tout entier est en flammes.
La Slobozhanshchyna et la région de Kursk
Dans les secteurs de la Slobozhanshchyna du Nord et de Kursk, les troupes russes ont mené 72 bombardements. L’Ukraine maintient toujours des positions sur le territoire russe dans l’oblast de Kursk, fruit de l’offensive surprise de l’été 2025. Cette présence irrite profondément le Kremlin et oblige la Russie à maintenir des forces importantes pour contenir cette incursion. Dans le secteur de la Slobozhanshchyna du Sud, les défenseurs ukrainiens ont repoussé sept attaques ennemies près de Dvorichanske et vers Izbytske, Hrafske, Kruhle et Kutkivka. Les Russes tentent de contourner Vovchansk pour prendre position à Vilcha et atteindre Vovchanski Khutory.
Les secteurs de Sloviansk et Kramatorsk ont connu respectivement deux et un assaut repoussé. Dans le secteur d’Oleksandrivka, huit attaques ont été enregistrées. Le secteur d’Orikhiv n’a pas vu d’affrontements directs, mais les frappes aériennes russes ont touché Zhovta Krucha et Tavriyske. Dans le secteur de Prydniprovske, l’ennemi a tenté deux fois sans succès d’améliorer ses positions. Enfin, dans les secteurs de Volyn et Polissia, aucun signe de formation de groupements offensifs ennemis n’a été détecté. Un rare moment de répit dans une guerre qui n’en offre presque plus.
Les armes de destruction : bombes planantes et drones kamikazes
197 bombes guidées en 24 heures
Les bombes planantes guidées (KAB) sont devenues l’arme de prédilection de l’aviation russe. En une seule journée, 197 de ces munitions de précision ont été larguées sur les positions ukrainiennes. Ces bombes, dérivées d’anciennes bombes non guidées soviétiques équipées de kits de guidage, permettent aux avions russes de frapper à distance de sécurité, hors de portée de la défense antiaérienne ukrainienne. Leur effet est dévastateur : elles détruisent les infrastructures, aplatissent les positions défensives, terrorisent les civils. Dans le seul secteur de Pokrovsk-Myrnohrad, 21 frappes aériennes ont été enregistrées en un jour, selon le porte-parole du 7e Corps de réaction rapide des Forces d’assaut aérien.
Face à cette menace, l’Ukraine manque cruellement de moyens de défense aérienne. Les systèmes Patriot et NASAMS fournis par les alliés occidentaux sont insuffisants pour couvrir l’immensité du front et protéger simultanément les villes de l’arrière. La Russie exploite cette faiblesse méthodiquement, utilisant ses KAB pour préparer le terrain avant les assauts d’infanterie. Le cycle est implacable : bombardement massif, puis infiltration de petits groupes, puis consolidation. Les défenseurs ukrainiens, privés de couverture aérienne efficace, doivent encaisser ces coups sans pouvoir vraiment riposter. C’est une guerre asymétrique où le ciel appartient à l’ennemi.
197 bombes planantes en un jour. J’essaie de visualiser ce que ça représente. Une explosion toutes les sept minutes, quelque part sur le front. Un bâtiment qui s’effondre. Des hommes qui meurent sous les décombres. Des cris qu’on n’entendra jamais. Et nous, on continue notre vie. On débat de sujets futiles pendant que là-bas, le ciel se déchire de feu et d’acier. Cette déconnexion entre leur réalité et la nôtre me rend malade.
6 183 drones kamikazes
Le chiffre est vertigineux : 6 183 drones kamikazes déployés en 24 heures. Ces engins, principalement des drones Shahed iraniens et leurs équivalents russes Geran, saturent le ciel ukrainien. Leur coût unitaire est dérisoire comparé aux missiles de croisière, ce qui permet à la Russie d’en envoyer des milliers sans se soucier des pertes. Leur mission est double : d’une part, épuiser la défense antiaérienne ukrainienne en la forçant à tirer des missiles coûteux sur des cibles bon marché ; d’autre part, terroriser les populations civiles en frappant les infrastructures énergétiques, les habitations, les hôpitaux. C’est la stratégie de la saturation, de l’épuisement, de la terreur.
En plus des drones kamikazes, les Russes ont mené 3 552 bombardements, dont 21 avec des systèmes de lance-roquettes multiples (MLRS). Cette combinaison d’artillerie conventionnelle, de drones et de bombes planantes crée un environnement de combat d’une intensité rarement vue depuis la Seconde Guerre mondiale. Les soldats ukrainiens sur le front vivent sous une pluie constante de métal et de feu. Le moindre mouvement peut être détecté par un drone, signalé à l’artillerie, et puni dans les minutes qui suivent. La technologie a transformé le champ de bataille en un espace où se cacher est presque impossible et où mourir est une question de temps.
Les perspectives pour 2026 : l'horizon sombre
Les objectifs du Kremlin
Le Kremlin considère l’année 2026 comme cruciale pour atteindre ses objectifs maximalistes dans la guerre contre l’Ukraine. Poutine exige l’intégralité de l’oblast de Donetsk — le territoire revendiqué par ses proxies dans le Donbass — et une progression dans l’oblast de Dnipropetrovsk. L’offensive russe ne ressemble pas à une percée spectaculaire. C’est une pression lente, épuisante, qui ne s’arrête jamais, même quand elle ne produit pas de résultats rapides. Cette inertie — pas la vitesse de progression — définira la nature des opérations de combat en 2026. Moscou tentera de convertir des gains tactiques lents en gains stratégiques, sur le champ de bataille comme dans le processus de négociation.
La stratégie russe pour la région de Zaporizhzhia est claire : avancer depuis Prymorske le long de la rivière Konka vers Komyshuvakha pour couper les routes logistiques vers Orikhiv ; progresser vers Orikhiv depuis le nord-est, c’est-à-dire depuis la zone de Huliaipole ; puis attaquer Orikhiv depuis plusieurs directions ; et enfin se rapprocher autant que possible de la ville de Zaporizhzhia depuis le sud-est. Cette opération nécessiterait des forces et des ressources considérables. Mais pour le Kremlin, étendre les territoires occupés dans la région de Zaporizhzhia est la deuxième priorité — un moyen de disperser les forces ukrainiennes et un levier supplémentaire dans le processus de négociation.
L’Ukraine face à l’épuisement
L’Ukraine entre dans sa quatrième année de guerre à grande échelle épuisée mais pas vaincue. Les Forces armées ont subi des pertes considérables, les réserves humaines s’amenuisent, l’équipement s’use plus vite qu’il n’est remplacé. Le soutien occidental, bien que substantiel, reste insuffisant pour renverser le rapport de forces. Les systèmes de défense aérienne manquent cruellement. Les munitions sont comptées. Les hommes sont fatigués. Et pourtant, la résistance continue. Chaque jour, des soldats ukrainiens se lèvent, prennent leurs armes, et vont au combat. Chaque jour, ils repoussent des assauts qui, sur le papier, devraient les submerger. Cette résilience défie la logique militaire.
Le scénario le plus probable pour 2026, selon les analystes, est une continuation de la guerre d’usure actuelle. Les négociations, si elles ont lieu, échoueront probablement car Poutine continuera d’insister sur des conditions maximalistes inacceptables pour l’Ukraine. La Russie intensifiera ses opérations militaires au printemps, après une accalmie saisonnière, et continuera de grignoter lentement le territoire ukrainien. Mais elle échouera probablement à capturer l’intégralité des régions de Donetsk et de Zaporizhzhia. La guerre se prolongera vers 2027. C’est le scénario inertiel — celui où personne ne gagne vraiment, mais où tout le monde perd un peu plus chaque jour.
Conclusion : Le courage face à l'abîme
Une résistance qui force le respect
Au soir du 21 janvier 2026, les Forces de défense ukrainiennes avaient repoussé 154 assauts. Pas un seul n’avait atteint son objectif. Les lignes ont tenu. Pokrovsk reste ukrainienne. Huliaipole, malgré tout, n’est pas entièrement tombée. Les soldats qui se battent dans ces enfers de boue, de froid et de feu ont accompli quelque chose d’extraordinaire : ils ont survécu un jour de plus. Et demain, ils recommenceront. Ce courage silencieux, anonyme, quotidien, mérite d’être raconté. Il mérite d’être célébré. Il mérite, au minimum, qu’on ne l’oublie pas.
Les chiffres de pertes russes — 1 230 810 soldats hors de combat depuis le début de l’invasion — témoignent du prix astronomique que la Russie paie pour cette guerre d’agression. Mais ce prix ne semble pas suffisant pour arrêter Poutine. Le Kremlin est prêt à sacrifier des générations entières pour conquérir des terres qui ne lui appartiennent pas. Face à cette folie meurtrière, l’Ukraine n’a d’autre choix que de résister. Abandonner signifierait la fin de l’Ukraine en tant que nation souveraine. Alors les Ukrainiens se battent. Pour leur pays. Pour leur liberté. Pour leur existence même.
La question qui reste
Combien de temps encore ? C’est la question qui hante tous ceux qui suivent cette guerre. Combien de temps l’Ukraine peut-elle tenir face à un ennemi qui dispose de ressources humaines pratiquement illimitées ? Combien de temps les soldats peuvent-ils endurer cette pression sans craquer ? Combien de temps les civils peuvent-ils survivre sous les bombes ? Combien de temps l’Occident continuera-t-il de soutenir l’Ukraine avant que la lassitude, la politique ou les intérêts économiques ne prennent le dessus ? Ces questions n’ont pas de réponses simples. Elles n’ont peut-être pas de réponses du tout.
Je termine cet article avec un sentiment de malaise profond. Nous sommes témoins d’une tragédie historique, et nous la regardons se dérouler comme un spectacle lointain. 154 batailles en un jour. Des milliers de morts. Des villes qui brûlent. Des familles détruites. Et nous, on continue. On vaque à nos occupations. On se plaint du prix de l’essence ou du temps qu’il fait. Quelque part à Pokrovsk, un soldat ukrainien de vingt ans scrute l’horizon en attendant le prochain assaut. Il ne sait pas s’il verra le coucher du soleil. Mais il reste. Il se bat. Pour nous tous, d’une certaine manière. Parce que ce qui se joue là-bas, c’est aussi notre avenir. La question n’est pas de savoir si l’Ukraine peut tenir. La question est de savoir si nous méritons qu’elle tienne pour nous.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques et militaires qui façonnent le conflit en Ukraine. Mon travail consiste à décortiquer les rapports militaires, à comprendre les mouvements stratégiques des acteurs en présence, à contextualiser les décisions tactiques et à proposer des perspectives analytiques sur une guerre qui redéfinit l’ordre sécuritaire européen.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte stratégique et historique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels de l’état-major général des Forces armées ukrainiennes, déclarations publiques du général Oleksandr Syrskyi, rapports quotidiens de l’agence Ukrinform, données publiées par les Forces de défense du Sud ukrainiennes.
Sources secondaires : analyses de l’Institute for the Study of War (ISW) via Critical Threats, rapports de Meduza, RBC-Ukraine, Euromaidan Press, MilitaryLand, Centre for Eastern Studies (OSW) et encyclopédie collaborative Wikipedia pour le contexte historique des offensives.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques militaires et géopolitiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue du conflit russo-ukrainien et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs en présence.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées, garantissant ainsi la pertinence et l’actualité de l’analyse proposée.
Sources
Sources primaires
État-major général des Forces armées ukrainiennes — Rapport opérationnel du 22 janvier 2026 via Facebook
Ukrinform — War update: 154 clashes on front line over past day — 22 janvier 2026
Général Oleksandr Syrskyi — Déclarations sur la situation à Pokrovsk — 8 janvier 2026
Forces de défense du Sud (Vladyslav Voloshyn) — Briefings sur la situation à Huliaipole — Janvier 2026
Sources secondaires
Institute for the Study of War (ISW) — Russian Offensive Campaign Assessments — Janvier 2026
Critical Threats — Analyses quotidiennes du conflit — Janvier 2026
Meduza — As fighting continues in Pokrovsk and Kupyansk — 16 janvier 2026
RBC-Ukraine — War forecast for 2026 et analyses du front de Zaporizhzhia — Janvier 2026
Euromaidan Press — Syrskyi: Ukraine retains control of northern Pokrovsk — 9 janvier 2026
MilitaryLand.net — Fall of Huliaipole: Command Failures and Exhausted Defenders — 1er janvier 2026
Centre for Eastern Studies (OSW) — Devastating Russian attacks on the capital’s energy infrastructure — 20 janvier 2026
Wikipedia — Pokrovsk offensive et Huliaipole offensive — Consultés le 22 janvier 2026
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.