Le Canada, architecte de l’hégémonie américaine
Carney a ouvert son discours en affirmant que nous vivons une « ère de rivalité entre grandes puissances ». Ce diagnostic est difficilement contestable, mais ce que Carney a omis, c’est le rôle central qu’a joué le Canada dans la construction de cet ordre imparfait. Ottawa n’était pas un observateur passif ; elle en était un architecte actif. Le Canada a été membre fondateur de l’Organisation des Nations Unies en 1945 et a contribué à façonner le système multilatéral dominé par Washington.
L’engagement militaire du Canada illustre parfaitement cette complicité. Ottawa était membre fondateur de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord en 1949 et a stationné des milliers de soldats en Europe. En 1958, le Canada a cofondé le Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord, intégrant sa défense aérienne dans la planification américaine. Lors de la guerre de Corée, Ottawa a envoyé plus de 26 000 soldats sous un commandement de l’ONU dominé par Washington.
Ce qui me choque, c’est cette amnésie sélective qui s’empare des dirigeants canadiens. Carney parle comme si le Canada avait été un spectateur impuissant. Mais la réalité est bien plus sombre : Ottawa a activement soutenu, légitimé et renforcé ce système à chaque étape. Les troupes canadiennes n’étaient pas en Europe pour défendre la liberté ; elles étaient là pour défendre l’hégémonie américaine. La NORAD n’était pas une alliance d’égaux ; c’était l’intégration de la souveraineté canadienne dans la machine de guerre américaine.
Le mythe du médiateur bienveillant
Pendant la guerre du Vietnam, le Canada a rejeté la critique du Mouvement des Non-Alignés selon laquelle ce conflit représentait une agression impériale. Cette position reflétait un alignement fondamental avec la vision américaine du monde : le refus de reconnaître la légitimité des mouvements anti-impérialistes du Sud global. Même le rôle canadien de maintien de la paix a servi à prêter une légitimité morale à un ordre occidental ancré dans la puissance dure américaine.
Les forces de maintien de la paix canadiennes ont adouci l’image d’un système qui, pour beaucoup en Asie, en Afrique et en Amérique latine, restait coercitif et abusif. Cette « diplomatie douce » n’était pas une alternative à l’hégémonie américaine ; elle était son masque humanitaire, une façon de rendre acceptable un système fondé sur l’exploitation.
Cette notion de « maintien de la paix » canadien a toujours été une imposture magnifique. Nous vendions une image de diplomatie et de médiation pendant que nos « casques bleus » servaient de façade respectable à un système impérialiste brutal. La crise de Suez est l’exemple parfait : le Canada a prétendu résoudre une crise alors qu’il participait activement à la consolidation de l’hégémonie occidentale. C’est comme si un voleur proposait d’aider à sécuriser la maison qu’il vient de cambrioler.
Section 2 : Le prix de la complicité
Les institutions de Bretton Woods : instruments de domination
Carney a reconnu que des pays comme le Canada avaient « placé l’enseigne dans la fenêtre » et participé au système américain. Il a admis que les règles commerciales étaient appliquées de manière asymétrique. Mais ce que Carney a omis, c’est que le Canada a joué un rôle clé dans la création de ces institutions inégalitaires. Ottawa a participé activement à la conférence de Bretton Woods en 1944 qui a créé le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale.
Le Canada a bénéficié de ce système, profitant de l’accès privilégié aux marchés américains, tout en participant activement à l’imposition de politiques économiques dévastatrices sur les pays en développement. Les programmes d’ajustement structurel qui ont ruiné des économies entières n’étaient pas imposés par Washington seul ; ils étaient mis en œuvre avec la coopération canadienne.
Je suis littéralement écœuré par cette réécriture de l’histoire. Carney parle comme si le Canada avait été forcé de participer à ces institutions oppressives. Mais la réalité est qu’Ottawa était l’un des architectes les plus enthousiastes de ce système néocolonial déguisé en aide au développement. Les programmes d’ajustement structurel qui ont ruiné des économies entières en Amérique latine, en Afrique et en Asie n’étaient pas imposés par Washington seul ; ils étaient mis en œuvre avec la pleine coopération des autorités canadiennes.
La fausse promesse des biens publics
Carney a noté que l’hégémonie américaine fournissait des biens publics tels que des routes maritimes ouvertes et la stabilité financière. C’est vrai, mais ce n’est qu’une partie de l’histoire. Le même ordre a également permis des guerres de changement de régime et l’application sélective du droit international. Le Canada s’est constamment tenu aux côtés des États-Unis pendant la guerre froide et après, que ce soit en Asie du Sud-Est ou en Asie occidentale.
Même le rôle de maintien de la paix célébré du Canada a aidé à prêter une légitimité morale à un ordre occidental ancré dans la puissance dure américaine. Cette complicité active dans les crimes de l’hégémonie américaine n’a jamais été vraiment remise en question par les gouvernements canadiens successifs.
Ce qui me tue, c’est cette capacité canadienne à faire semblant d’être horrifiée par la violence américaine tout en l’encourageant activement. Le Canada n’a jamais été ce « pays pacifique » qu’il prétend être ; c’était un complice silencieux mais efficace de l’impérialisme américain. Quand Washington organisait des coups d’État au Chili, en Iran, au Guatemala, Ottawa observait, hochait la tête et continuait à faire des affaires avec les régimes fascistes installés.
Section 3 : La révélation tardive d'une rupture inévitable
Le « marché conclu » qui n’a jamais fonctionné
Carney a déclaré que le « marché conclu ne fonctionne plus », soulignant les avantages de l’hégémonie américaine. Mais pour une grande partie du Sud global, le marché n’a jamais fonctionné pendant des décennies. Les pays non alignés pendant la guerre froide ont été pressés entre les camps américain et soviétique, punis pour avoir affirmé leur autonomie.
Les États-Unis ont soutenu un coup d’État contre le Premier ministre iranien Mossadegh en 1953 et un autre au Guatemala en 1954. Le Chili et le Congo ont enduré des coups d’État, des sanctions ou des guerres par procuration. L’alignement du Canada avec Washington signifiait qu’il était complice de l’architecture plus large.
Ce qui me fascine, c’est cette capacité à réagir seulement quand le problème touche personnellement. Le Canada n’a jamais eu de problème avec les coups d’État américains quand ils visaient des pays lointains. Mais maintenant que Washington menace ses propres intérêts, soudainement Ottawa découvre que l’hégémonie américaine est problématique. Cette révélation tardive, cette prise de conscience sélective, me révulse littéralement.
La leçon du légume : une métaphore imparfaite
Carney a utilisé la métaphore du légumier de Václav Havel pour illustrer comment les pays commencent à « dire la vérité ». Dans l’essai de Havel, un commerçant place un panneau dans sa vitrine non pas parce qu’il y croit, mais pour éviter des problèmes. Carney a suggéré que le Canada retire ce panneau, refusant de suivre passivement l’ordre dirigé par les États-Unis.
Mais cette métaphore est profondément imparfaite car elle suggère que le Canada était une victime passive d’un système imposé de l’extérieur. La réalité est que le Canada était l’un des légumiers les plus enthousiastes, participant volontairement et activement au système. Le Canada n’a jamais été forcé de placer ce panneau ; il l’a fait avec conviction et enthousiasme.
Je suis absolument scandalisé par cette utilisation abusive de la métaphore de Havel. Havel parlait de résistance face à un régime totalitaire imposé de l’extérieur, pas de la critique opportuniste d’un allié que l’on a servi servilement pendant des décennies. Carney essaie de se présenter comme un dissident courageux face à l’hégémonie américaine alors qu’il a été l’un de ses plus loyaux serviteurs.
Section 4 : La nouvelle stratégie de diversification
Le réalisme à valeurs comme nouveau mantra
Carney a présenté une nouvelle approche basée sur le « réalisme à valeurs » : un engagement envers des principes comme la souveraineté et les droits de l’homme, tout en reconnaissant que les intérêts divergent. Cette approche prétend être pragmatique et principée, mais elle cache mal les contradictions inhérentes à la position canadienne.
Le Canada a récemment conclu des partenariats stratégiques avec la Chine et le Qatar. Ottawa négocie des accords de libre-échange avec l’Inde, l’ASEAN, la Thaïlande, les Philippines et le Mercosur, cherchant à diversifier ses partenariats économiques. Cette diversification est présentée comme une stratégie de « géostratégie variable ».
Ce qui me fait rire jaune, c’est cette prétention à une nouvelle approche éthique alors que le Canada continue de faire des affaires avec les mêmes dictatures. Le partenariat stratégique avec la Chine, ce pays qui opprime les Ouïghours et menace Taïwan, est présenté comme une grande victoire diplomatique. Ce n’est pas du réalisme à valeurs ; c’est du pur opportunisme commercial déguisé en politique étrangère éthique.
L’investissement massif dans la défense nationale
Le gouvernement Carney a entrepris un programme massif de renforcement de la défense nationale, doublant les dépenses militaires d’ici la fin de la décennie. Ottawa investit massivement dans des radars, des sous-marins, des avions et des forces au sol, tout en annonçant des investissements sans précédent dans la défense du Nord canadien. Cette militarisation accrue est présentée comme une nécessité face à un monde de plus en plus instable.
Ce qui me terrifie, c’est cette course effrénée aux armements au nom de la « souveraineté ». Le Canada, ce pays qui s’est toujours vanté d’être une puissance de maintien de la paix, se transforme progressivement en une puissance militaire conventionnelle qui dépense des milliards en armements sophistiqués. C’est le retour de la logique de guerre froide, cette dynamique d’escalade militaire qui a déjà fait tant de dégâts dans le passé.
Section 5 : L'alliance des puissances moyennes
La création d’une troisième voie
L’argument central de Carney était que les puissances moyennes doivent s’unir pour créer une « troisième voie » entre les hégémons rivaux. C’est une proposition convaincante, surtout dans une ère de rivalité américano-chinoise. Mais elle soulève la question de savoir où était la solidarité quand le Mouvement des Non-Alignés était systématiquement affaibli ? Le Canada a choisi son camp. Il ne s’est pas aligné avec le milieu ou les NAM ; il s’est aligné avec l’Occident et son hégémon.
Ce qui me révolte, c’est cette prétention soudaine à la solidarité avec le Sud global après des décennies d’alignement avec les puissances occidentales. Le Canada n’a jamais soutenu le Mouvement des Non-Alignés quand il représentait une véritable alternative à l’hégémonie américaine. Mais maintenant que Washington devient un partenaire problématique, soudainement Ottawa découvre les vertus de la « troisième voie ». C’est de l’opportunisme pur et simple, pas une véritable solidarité.
Les défis d’une coalition hétéroclite
Les défis de créer une alliance de puissances moyennes sont immenses. Les intérêts divergents entre les membres potentiels, les tensions historiques et les pressions des grandes puissances rendent cette tâche extrêmement difficile. De plus, la crédibilité du Canada comme leader de cette alliance est mise en question par son histoire de complicité avec l’hégémonie américaine.
Les pays du Sud global se souviennent que le Canada a longtemps été le bras droit de l’Amérique dans les institutions internationales. Pour beaucoup, cette nouvelle rhétorique de « solidarité » semble être une adaptation tactique plutôt qu’une véritable transformation idéologique. La crédibilité de Carney comme leader des puissances moyennes dépendra de sa capacité à démontrer que ce changement est plus qu’une simple réaction opportuniste à l’hostilité américaine.
Ce qui me désespère, c’est cette incapacité canadienne à comprendre que la confiance se gagne et se mérite. On ne peut pas passer des décennies à servir fidèlement l’empire américain puis s’attendre à ce que le monde nous croie quand on soudainement prétend être un allié du Sud global. La crédibilité ne se décrète pas ; elle se construit par des actions cohérentes et une véritable rupture avec les alliances toxiques du passé.
Section 6 : L'incertitude de l'avenir canadien
Le défi de la cohérence stratégique
Le Canada est confronté à un défi existentiel : comment se définir dans un monde multipolaire sans l’ombrelle de sécurité américaine ? La réponse de Carney semble être une tentative désespérée de maintenir la prospérité canadienne tout en s’éloignant de l’axe américano-centrique qui a défini sa politique étrangère depuis des générations. Cette transition est fraught de risques et d’incertitudes.
Le Canada doit maintenant naviguer entre les grandes puissances sans le filet de sécurité de l’alliance américaine traditionnelle. Cela exige une sophistication stratégique et une autonomie que le pays n’a jamais eu à développer auparavant. La capacité du Canada à maintenir sa prospérité et son influence dans ce nouvel environnement est loin d’être garantie.
Ce qui m’inquiète profondément, c’est que le Canada semble improviser sa politique étrangère sans vision claire à long terme. Ce virage soudain vers le multipolarisme n’est pas le résultat d’une réflexion stratégique approfondie, mais une réaction paniquée à l’hostilité américaine. On improvise, on s’adapte, mais il n’y a pas de véritable plan pour ce que signifie être une puissance moyenne autonome au 21ème siècle.
Le prix de la souveraineté retrouvée
La souveraineté a un prix, et le Canada commence à le découvrir. L’économie canadienne reste profondément intégrée avec celle des États-Unis, et une rupture complète entraînerait des coûts économiques considérables. De même, la sécurité canadienne reste dépendante de l’intégration avec les systèmes de défense américains, en particulier NORAD. Démanteler ces liens sans compromettre la sécurité nationale représente un défi monumental.
Le Canada doit décider quelles structures de coopération avec les États-Unis maintenir, lesquelles modifier et lesquelles abandonner. Chaque décision aura des répercussions profondes sur l’économie, la sécurité et l’identité canadienne. Il n’y a pas de retour en arrière possible : une fois que la confiance est brisée, il est impossible de restaurer la relation précédente.
Ce qui me frappe, c’est cette naïveté canadienne à croire que la souveraineté est gratuite. On veut se libérer de l’emprise américaine sans comprendre ce que cela implique réellement : une réorientation complète de l’économie, une refondation de la politique de défense, une redéfinition de l’identité nationale. C’est un défi de génération, pas une simple décision politique que l’on peut reverser si ça ne plaît pas.
Section 7 : L'avenir incertain entre opportunisme et nécessité
Le test de crédibilité ultime
La question fondamentale est de savoir si ce virage du Canada représente une véritable transformation stratégique ou simplement une adaptation tactique temporaire. Les actions du Canada dans les années à venir répondront à cette question. Si Ottawa continue de faire des affaires avec des régimes répressifs tout en prônant les droits de l’homme, son message perdra toute crédibilité. Si le Canada abandonne ses principes dès que les États-Unis montrent des signes d’apaisement, son projet de puissance moyenne apparaîtra comme ce qu’il est : de l’opportunisme.
La crédibilité de Carney dépendra de sa capacité à maintenir cette nouvelle orientation même lorsque la pression américaine s’atténuera, même lorsque les coûts économiques deviendront apparents, même lorsque les alliés traditionnels critiqueront ce virage. La cohérence entre les paroles et les actions sera le test ultime de cette nouvelle stratégie.
Ce qui me reste à espérer, c’est que ce virage représente quelque chose de plus que de l’opportunisme. Peut-être que cette crise de l’alliance américaine est l’occasion pour le Canada de redécouvrir sa véritable identité, de devenir véritablement ce qu’il a toujours prétendu être : un pays indépendant qui défend ses valeurs et ses intérêts sans être l’instrument d’une superpuissance. Mais je reste sceptique.
Conclusion : La question ultime de la crédibilité
Une opportunité manquée ou une nouvelle ère ?
Le discours de Carney à Davos représente un moment de vérité pour le Canada. Pour la première fois depuis des décennies, Ottawa reconnaît publiquement que l’alignement aveugle sur Washington n’est plus viable. Cette reconnaissance est un pas important, mais elle reste incomplète tant que le Canada ne reconnaît pas sa propre responsabilité dans la construction et le maintien de l’hégémonie américaine. Le passé du Canada ne peut être effacé par des discours sur le futur.
L’avenir dira si cette révélation tardive marque le début d’une nouvelle ère d’authenticité et d’indépendance canadienne, ou si elle n’est qu’une réaction opportuniste qui s’évaporera dès que les conditions changeront. Le Canada est à un carrefour historique, et le chemin qu’il choisira déterminera son rôle dans le monde multipolaire émergent.
Je suis partagé entre l’espoir et le cynisme. D’un côté, je veux croire que ce moment de crise pourrait être l’occasion pour le Canada de redevenir lui-même, de renoncer à l’hypocrisie et d’adopter une politique étrangère cohérente avec ses valeurs affichées. De l’autre, je ne peux pas m’empêcher de penser que ce virage est purement opportuniste, motivé par la peur plutôt que par une véritable conviction. Seul le temps dira si cette « vaine révolte » est le début de quelque chose de nouveau ou simplement une mise à jour tactique d’un système qui reste fondamentalement inchangé.
Sources
Sources primaires
CBC News, « Read Mark Carney’s full speech on middle powers navigating a rapidly changing world », 20 janvier 2026
India Today, « Carney’s hollow revolt: Canada talks of middle power after decades with superpower », 22 janvier 2026
Sources secondaires
DW.com, « Canada’s Carney says world order ‘in the midst of a rupture' », 20 janvier 2026
Global News, « Read the full transcript of Carney’s speech to World Economic Forum », 20 janvier 2026
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