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Le Canada assume la rupture et se prépare au pire
Crédit: Adobe Stock

L’ordre fondé sur des règles s’effondre

Mark Carney n’a mâché ses mots. L’ordre international fondé sur des règles, pilier de la diplomatie canadienne depuis des décennies, n’est plus qu’une coquille vide. Les puissances dominantes, en particulier les États-Unis, l’utilisent quand cela les arrange et l’ignorent quand cela leur convient. Cette hypocrisie n’est plus soutenable pour un pays qui se respecte. Carney a rappelé que cette fiction avait été utile à une époque où l’hégémonie américaine fournissait des biens publics mondiaux : routes maritimes ouvertes, système financier stable, sécurité collective. Mais ces temps sont révolus. Les grandes puissances utilisent désormais l’intégration économique comme une arme, les tarifs comme moyen de pression, les infrastructures financières comme outils de coercition, et les chaînes d’approvisionnement comme des vulnérabilités à exploiter.

La rupture que décrit Carney n’est pas une transition, mais un changement de paradigme complet. Le Canada, comme de nombreux autres pays de puissance moyenne, comprend qu’il ne peut plus compter sur des institutions internationales pour le protéger. L’Organisation mondiale du commerce, l’Organisation des Nations Unies, les COP climatiques, toutes ces architectures de résolution collective des problèmes sont sous menace. La conclusion est implacable : un pays qui ne peut pas se nourrir, se fournir en énergie ou se défendre a peu d’options. Quand les règles ne vous protègent plus, vous devez vous protéger vous-même. C’est cette réalité brutale que le Canada accepte désormais, abandonnant les illusions d’un multilatéralisme naïf pour embrasser une approche de réalisme basée sur les valeurs.

Il y a quelque chose de tragiquement beau dans cette reconnaissance de la réalité. Comme un personnage de tragédie grecque qui prend soudain conscience de son destin. Carney ne pleurniche pas, ne demande pas de pitié, ne se pose pas en victime. Il dit simplement : voilà où nous en sommes, et voilà ce que nous allons faire. C’est une leçon de courage politique dans un monde où tant de leaders préfèrent le déni à la vérité. On est frappé par cette honnêteté intellectuelle, par ce refus de continuer à vivre dans le mensonge. C’est comme si une lourde chape tombait d’un coup, libérant une énergie nouvelle, une volonté d’agir, de construire, de se battre. C’est inspirant, en fait. On a envie de lui dire : oui, allons-y, construisons quelque chose de meilleur. Parce qu’à force de répéter que l’ancien monde ne reviendra pas, on finit par croire que le nouveau peut être meilleur. Et c’est peut-être là que réside l’espoir.

Le mythe de l’intégration bienveillante

Le discours de Davos a déconstruit méthodiquement le mythe selon lequel l’intégration économique était synonyme de prospérité partagée et de paix. Carney a expliqué que le Canada avait prospéré sous ce système pendant des décennies, rejoignant ses institutions, louant ses principes, bénéficiant de sa prévisibilité. Mais cette prospérité était fondée sur une illusion : celle que les règles s’appliqueraient également à tous, que le commerce international serait équitable, que le droit international serait appliqué avec la même rigueur quelle que soit l’identité de l’accusé ou de la victime. La réalité est tout autre : les règles sont appliquées de manière asymétrique, les plus forts s’exemptent quand cela leur convient, et les plus faibles doivent subir les conséquences.

Le Canada a été l’un des premiers pays à entendre le réveil, comme l’a souligné Carney dans son discours. Cette prise de conscience a conduit à un changement fondamental de posture stratégique. Les hypothèses confortables selon lesquelles la géographie et les appartenance à des alliances conféraient automatiquement prospérité et sécurité ne sont plus valides. Le Premier ministre a développé le concept de « réalisme basé sur les valeurs » : être à la fois principes dans son engagement envers les droits fondamentaux, la souveraineté, l’intégrité territoriale, le respect des droits humains, et pragmatique en reconnaissant que le progrès est souvent progressif, que les intérêts divergent, et que tous les partenaires ne partagent pas toutes les valeurs. C’est cette approche nuancée qui guide désormais la politique étrangère canadienne, loin des slogans simplistes et des illusions multilatéralistes.

C’est fascinant de voir comment un pays peut réapprendre à penser sa place dans le monde. Le Canada n’est plus ce partenaire docile qui suit docilement le leadership américain. Il devient un acteur autonome, capable de définir ses propres intérêts et de se donner les moyens de les défendre. Il y a quelque chose de maternel dans cette transformation, comme un enfant qui quitte la maison pour affronter le monde par lui-même. C’est effrayant, bien sûr, mais aussi exaltant. On sent que Carney et son équipe ont réfléchi profondément à ce qui était en jeu, qu’ils ont pesé les risques et les opportunités. Ce n’est pas une décision précipitée, mais une stratégie mûrement réfléchie, façonnée par les leçons du passé et les réalités du présent. Et c’est cette maturité politique qui rend le discours si convaincant, si authentique. On croit à ce qu’il dit parce qu’il croit lui-même à ce qu’il dit.

Sources

Sources primaires

TV5MONDE, « Davos: le Canada assume la rupture et se prépare au pire », 21 janvier 2026

World Economic Forum, « Davos 2026: Special address by Mark Carney, Prime Minister of Canada », 20 janvier 2026

Politico, « Canada’s Mark Carney calls on world to adapt to ‘rupture’ caused by ‘great powers' », 20 janvier 2026

Sources secondaires

Politico, « Canada Playbook », 2026

New York Times, « Canada’s Prime Minister Says There Has Been a ‘Rupture’ in the World Order », 20 janvier 2026

BBC, « Carney says old world order ‘is not coming back' », 2026

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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