Les leçons de l’Afghanistan
Les planificateurs militaires canadiens ont puisé dans l’histoire récente des conflits asymétriques pour élaborer leur modèle de résistance. L’un des hauts fonctionnaires a expliqué que le modèle inclut des tactiques utilisées par les moudjahidines afghans dans leurs attaques de harcèlement contre les soldats soviétiques pendant la guerre soviéto-afghane de 1979 à 1989. Ce sont les mêmes tactiques que les talibans ont employées durant vingt ans contre les forces américaines et alliées, dont le Canada, de 2001 à 2021. Parmi les 158 soldats canadiens tués en Afghanistan, nombreux sont ceux qui ont perdu la vie dans des attaques à l’engin explosif improvisé (IED), ces pièges mortels qui ont rendu l’occupation afghane si coûteuse pour les forces coalisées.
L’objectif de telles tactiques serait clair : infliger des pertes massives aux forces d’occupation américaines pour rendre le coût de l’occupation insupportable. C’est la logique qui a présidé à la résistance afghane contre deux superpuissances successives, la même qui guide aujourd’hui les planificateurs canadiens. L’idée n’est pas de vaincre militairement les États-Unis, ce qui serait impossible, mais de rendre leur présence sur le sol canadien si coûteuse en vies et en ressources que l’occupation devienne intenable. C’est une stratégie désespérée, certes, mais c’est la seule option réaliste face à une puissance militaire sans équivalent.
Il y a quelque chose de profondément ironique, presque tragique, dans ce que nous apprenons ici. Le Canada, qui a perdu 158 de ses fils et filles en Afghanistan pour aider les États-Unis à combattre les talibans et les moudjahidines, se tourne aujourd’hui vers les mêmes tactiques pour se protéger de son ancien allié. C’est comme si l’histoire, ce vieil architecte ironique, avait décidé de jouer un tour cruel aux Canadiens. Ils ont combattu ces méthodes, ont pleuré leurs morts victimes d’IED et d’embuscades, et voilà qu’ils étudient désormais comment les employer eux-mêmes. J’imagine les vieux généraux canadiens, ceux qui ont servi en Afghanistan, recevant ces briefings et ressentant cette tension impossible dans leurs tripes. Comment peut-on envisager d’utiliser les méthodes qui ont tué vos propres hommes ? C’est un dilemme moral qui dépasse l’entendement, une des épreuves les plus difficiles que puisse traverser un militaire.
L’inspiration ukrainienne et moderne
Le modèle canadien ne se limite pas aux leçons afghanes. Il intègre également des tactiques plus modernes, inspirées de la résistance ukrainienne contre l’invasion russe débutée en février 2022. Le major-général retraité David Fraser, qui a commandé les troupes canadiennes en Afghanistan aux côtés des Américains, a souligné que le Canada pourrait employer des drones et des armes anti-chars similaires à celles utilisées par les Ukrainiens pour bloquer l’avancée russe. Des missiles Javelin, des drones de surveillance et de combat, des systèmes de communication décentralisés : autant d’éléments qui ont permis à une armée ukrainienne largement inférieure en nombre de résister pendant plusieurs mois à la machine de guerre russe.
Cette approche moderne de la guerre asymétrique représente un changement fondamental dans la doctrine militaire canadienne. Traditionally, le Canada s’est toujours appuyé sur son alliance avec les États-Unis pour sa sécurité nationale. L’idée même que le pays doive planifier une défense indépendante contre Washington représente une rupture historique avec une stratégie de défense centenaire. Les planificateurs envisagent désormais des scénarios où des petits groupes de militaires irréguliers ou de civils armés mèneraient des opérations de guérilla urbaine et rurale, transformant chaque ville, chaque village, chaque forêt du Canada en terrain hostile pour une force d’occupation américaine.
Ce qui me frappe le plus dans cette évolution, c’est la rapidité avec laquelle le Canada s’est adapté à cette nouvelle réalité. En quelques mois à peine, Ottawa est passé d’une dépendance totale envers Washington pour sa sécurité à l’élaboration d’une stratégie de résistance complète inspirée des conflits les plus brutaux de notre époque. C’est une transformation d’une ampleur historique, comparable à celle qu’a connue l’Ukraine en 2021-2022 lorsque Kiev, anticipant l’invasion russe, a massivement développé sa force de défense territoriale. Je me souviens des images de ces milliers d’Ukrainiens s’entraînant dans les parcs, fabriquant des cocktails Molotov, préparant leurs villes à la guerre urbaine. Aujourd’hui, ce sont les Canadiens qui se préparent à ce genre de scénario. Le monde a changé en quelques semaines. Rien ne sera plus comme avant.
Section 3 : L'alerte à trois mois et le signal du NORAD
Les indicateurs d’une invasion imminente
Les planificateurs canadiens estiment qu’ils disposeraient d’un maximum de trois mois pour se préparer une fois les ordres d’invasion émis. Ce délai, bien que court, représenterait une fenêtre critique pendant laquelle le Canada pourrait mobiliser ses ressources, informer ses alliés et déployer ses forces de résistance. Le premier avertissement concret viendrait probablement d’un signal américain indiquant que le Canada ne bénéficie plus de la politique de « cieux partagés » avec Washington, mettant ainsi fin à des décennies de coopération étroite au sein du NORAD, le Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord.
Cette rupture de l’accord de défense conjointe constituerait le signal ultime que l’invasion est imminente. NORAD, créé en 1958 pour protéger l’espace aérien nord-américain contre les menaces soviétiques, est devenu le symbole le plus tangible de la coopération canado-américaine en matière de défense. Sa dissolution ou sa suspension effective marquerait la fin d’une éra de confiance mutuelle et le début d’une nouvelle phase de confrontation directe entre les deux nations. À ce moment-là, le Canada devrait activement rechercher le soutien d’autres puissances, notamment la France et la Grande-Bretagne, deux États dotés de l’arme nucléaire capables de fournir une assistance militaire contre les États-Unis.
Trois mois. C’est tout le temps que les Canadiens auraient pour préparer leur pays à la guerre contre leur voisin du sud. Trois mois pour transformer une nation pacifique en forteresse, pour entraîner des centaines de milliers de réservistes, pour établir des chaînes de commandement clandestins, pour cacher des stocks d’armes et de munitions dans chaque coin du pays. C’est à la fois une éternité et une brièveté effrayante. Je pense aux planificateurs militaires canadiens, travaillant sans relâche dans leurs bunkers d’Ottawa, traçant des cartes, simulant des scénarios, calculant les probabilités de survie. Je pense aux familles canadiennes, attendant l’inévitable, regardant avec anxiété la frontière sud. Et je pense à l’ironie suprême : pendant que le Canada se prépare à résister à son allié historique, les États-Unis, la superpuissance qui a garanti la sécurité du monde occidental depuis soixante-dix ans, sont sur le point de devenir l’agresseur. C’est un retournement de situation qui dépasse l’imagination.
Le rôle des alliés européens
La nécessité de faire appel à des alliés européens pour défendre le Canada contre une attaque américaine constitue un autre indicateur de la transformation profonde de l’ordre géopolitique mondial. Le major-général Fraser a déclaré que si les États-Unis attaquaient le Canada, « le monde entier viendrait après eux, encore plus que pour le Groenland ». Il a souligné que l’on pourrait voir « des navires allemands et des avions britanniques au Canada pour renforcer la souveraineté du pays », une image qui aurait été inconcevable il y a encore quelques années. L’implication directe de puissances européennes dans la défense d’un territoire nord-américain contre une attaque américaine marquerait la fin de l’hégémonie américaine dans l’hémisphère occidental.
Cette perspective d’intervention européenne n’est pas purement théorique. La déclaration de la première ministre danoise Mette Frederiksen, affirmant que toute action militaire américaine contre un territoire de l’OTAN signifierait la fin de l’alliance, indique que les Européens sont prêts à défendre le statu quo contre l’expansionnisme américain. La France et la Grande-Bretagne, en particulier, en tant que puissances nucléaires, disposeraient des moyens militaires nécessaires pour dissuader une agression américaine contre le Canada. Leur intervention potentielle transforme ce qui aurait pu être une guerre régionale en un conflit mondial majeur, avec toutes les dangers que cela implique.
Là encore, l’ironie est cruelle. Pendant la Guerre froide, c’était l’Europe qui comptait sur l’Amérique du Nord pour la protéger contre la menace soviétique. Aujourd’hui, c’est le Canada qui pourrait devoir compter sur l’Europe pour se protéger contre l’Amérique. Ce renversement des rôles géopolitiques me laisse sans voix. J’imagine les réunions secrètes à Paris, à Londres, à Berlin, où les dirigeants européens discutent de la manière de défendre le Canada contre les États-Unis. J’imagine les cartes étalées sur les tables, les plans d’opération, les calculs stratégiques. C’est un monde à l’envers, un monde où les alliances d’hier sont devenus les adversaires d’aujourd’hui, où les certitudes d’hier sont devenues les questions d’aujourd’hui. Et tout cela à cause de l’ambition démesurée d’un homme, de la volonté de puissance d’une administration qui ne comprend pas le prix de la paix.
Section 4 : L'élargissement des forces de réserve et la mobilisation citoyenne
Le projet de 400 000 réservistes
La cheffe de l’état-major de la Défense, la générale Jennie Carignan, a annoncé son intention de créer une force de réserve de plus de 400 000 volontaires, s’inspirant du modèle finlandais qui maintient 900 000 réservistes. Ce projet colossal représente un changement fondamental dans la doctrine militaire canadienne et témoigne de la gravité de la menace perçue. Les responsables gouvernementaux ont indiqué que ces réservistes pourraient être armés ou invités à fournir des actions de perturbation si les États-Unis devenaient une puissance occupante. Cette force massive constituerait l’épine dorsale de la résistance canadienne, capable de mener des opérations de guérilla sur l’ensemble du territoire national.
L’élaboration d’une telle force de réserve représente un défi logistique et organisationnel monumental pour un pays dont les forces armées régulières ne comptent que quelques dizaines de milliers de militaires. La formation de 400 000 réservistes requiert des ressources considérables, des instructeurs, des équipements, des installations et une infrastructure de commandement capable de gérer cette armée de citoyens. Le modèle finlandais, sur lequel s’inspire la Canada, repose sur un système de conscription et un réseau dense d’unités de défense territoriale intégrées dans la société civile. L’adaptation de ce modèle canadien représente un défi unique, particulièrement dans un pays aussi vaste et peu densément peuplé que le Canada.
Quatre cent mille réservistes. C’est un chiffre qui fait tourner la tête, qui donne le vertige. Imaginez ce que cela représente : une armée de citoyens, quatre cent mille hommes et femmes qui, en temps normal, sont des enseignants, des infirmières, des ingénieurs, des agriculteurs, des commerçants, et qui, le moment venu, prendraient les armes pour défendre leur pays. C’est une image digne des plus grandes épopées de la résistance, ces moments dans l’histoire où des nations entières se lèvent pour repousser l’envahisseur. Mais il y a quelque chose de profondément triste dans cette image. Le Canada n’a jamais été une nation militarisée. Il a toujours été ce pays pacifique, ce havre de paix au nord de l’Amérique, ce refuge pour ceux qui fuient les conflits du monde. Et voilà qu’il doit se transformer en forteresse, que chaque citoyen doit devenir un soldat potentiel. C’est la fin d’une époque, la fin d’un idéal.
Le sacrifice demandé aux Canadiens
Les responsables gouvernementaux ont indiqué que le niveau de sacrifice demandé aux Canadiens constitue un sujet central de discussion, bien que la conscription ait été écartée pour l’instant. La question de savoir jusqu’où la population canadienne serait prête à aller pour résister à une occupation américaine reste sans réponse claire. Contrairement à des pays comme l’Ukraine ou la Finlande, qui ont une longue tradition de résistance civile organisée, le Canada n’a jamais eu besoin de mobiliser sa population en masse pour sa défense nationale. La transition d’une société de paix à une société de guerre représente un défi psychologique et social majeur.
La sociologue Aisha Ahmad, de l’Université de Toronto, a souligné que « le mieux le Canada pourra embrasser cette approche de défense du territoire, moins probablement tous ces scénarios horribles que personne ne veut se produiront jamais ». Cette réflexion met en lumière le paradoxe central de la préparation canadienne : en se préparant activement à résister à une invasion, le Canada espère dissuader cette invasion de se produire. C’est la logique de la dissuasion classique, mais appliquée dans un contexte totalement inédit où l’agresseur potentiel n’est pas un ennemi traditionnel mais le plus proche allié du pays.
Ce sacrifice demandé aux Canadiens, cette transformation de leur identité nationale, me bouleverse profondément. J’ai toujours vu le Canada comme ce grand espace de liberté et de tolérance, ce pays où les gens vivent en harmonie, où les différences sont célébrées, où la violence est l’exception plutôt que la règle. Et voilà qu’on demande à ces mêmes Canadiens de se préparer à devenir des résistants, des combattants, des guérilleros. C’est un changement d’identité radical, presque traumatique. Je pense aux jeunes Canadiens qui grandissent aujourd’hui, à cette génération qui hérite d’un monde bien différent de celui de leurs parents. À leurs yeux, les États-Unis ne seront plus ce grand allié, cet ami protecteur, mais une menace potentielle, un danger à surveiller. Comment cela façonnera-t-il leur vision du monde ? Comment cela transformera-t-il la société canadienne elle-même ? Ce sont des questions sans réponses, mais qui hantent mes pensées.
Section 5 : Les parallèles historiques avec l'Ukraine
L’expérience ukrainienne de 2022
Les planificateurs canadiens puisent une inspiration directe dans l’expérience ukrainienne de février 2022, lorsque l’Ukraine a lancé son système de défense territoriale quelques semaines seulement avant l’invasion russe massive. En quelques semaines, l’Ukraine a réussi à enrôler entre 10 000 et 15 000 volontaires vers un objectif de 130 000 combattants entraînés. Le ministre ukrainien de la Défense de l’époque, Oleksii Reznikov, avait averti que « l’ennemi saura qu’il n’a aucun avantage d’une invasion soudaine. Qu’en cas de franchissement de la frontière, la terre brûlera littéralement sous ses pieds ». Cette déclaration prémonitoire résonne aujourd’hui avec les préparatifs canadiens, qui visent à créer un environnement hostile et dangereux pour toute force d’occupation.
L’expérience ukrainienne a démontré l’efficacité d’une défense territoriale bien organisée contre une invasion conventionnelle supérieure en nombre. Les forces ukrainiennes ont réussi à ralentir, puis à arrêter l’avancée russe sur plusieurs fronts, utilisant une combinaison de forces régulières, de réservistes et de volontaires armés. Les tactiques de guérilla urbaine, les embuscades, l’utilisation intensive de drones et de missiles antichars ont permis à une armée ukrainienne largement inférieure en nombre de résister pendant plusieurs mois à une superpuissance militaire. C’est ce modèle de résistance que le Canada cherche à reproduire, adapté à son propre territoire et à ses propres capacités.
Lorsque je lis ces parallèles avec l’Ukraine, je ne peux m’empêcher de penser à ces journées de février 2022, à ces Ukrainiens qui faisaient des cocktails Molotov dans les parcs, qui creusaient des tranchées dans les villes, qui se préparaient à défendre leur patrie contre l’invasion russe. Je me souviens des images de Kiev, de ces hommes et femmes ordinaires transformés en soldats par la nécessité, par l’urgence du moment. Et aujourd’hui, ce sont les Canadiens qui se préparent à vivre la même chose. C’est une comparaison qui me laisse froid, qui me serre le cœur. L’Ukraine, un pays qui a connu l’occupation soviétique, qui a lutté pour son indépendance, qui a construit sa démocratie à grand-peine… et maintenant le Canada, cette démocratie pacifique, cet exemple de stabilité et de tolérance, qui doit se préparer à défendre son indépendance contre son propre allié. C’est l’histoire qui se répète, mais avec une ironie cruelle, une ironie qui me coupe le souffle.
Les leçons de la défense territoriale
Le modèle ukrainien de défense territoriale offre plusieurs leçons cruciales pour le Canada. Premièrement, l’importance de la rapidité : l’Ukraine a réussi à mettre en place son système de défense en quelques semaines seulement, une vitesse qui a surpris les planificateurs russes. Deuxièmement, l’efficacité de la mobilisation citoyenne : la participation massive de volontaires ukrainiens a démontré qu’une population motivée peut constituer une force de combat redoutable, même sans entraînement militaire professionnel. Troisièmement, la valeur de la flexibilité tactique : les forces ukrainiennes ont constamment adapté leurs tactiques en fonction des circonstances, utilisant une combinaison de guerre conventionnelle et de guérilla selon les besoins.
Cependant, le Canada fait face à des défis uniques que l’Ukraine n’avait pas à affronter en 2022. La taille géographique du pays, sa faible densité de population, son climat extrême et son infrastructure limitée rendent la mise en place d’une défense territoriale efficace particulièrement difficile. Contrairement à l’Ukraine, densément peuplée et dotée d’une infrastructure ferroviaire et routière étendue, le Canada compte de vastes régions pratiquement inhabitées et des distances énormes entre les centres urbains. Ces caractéristiques géographiques nécessitent une approche adaptée, différente du modèle ukrainien mais inspirée de ses principes fondamentaux.
Cette géographie canadienne, cette immensité, ces espaces sauvages, ces forêts sans fin, ces lacs innombrables… Je me demande comment ils transformeront la guerre sur le sol canadien. Contrairement à l’Ukraine, où les villes sont proches les unes des autres, où les communications sont faciles, le Canada est un pays de distances, d’espaces vides. Une force d’occupation américaine pourrait s’emparer facilement des grandes villes, des centres économiques, mais contrôler cet immense territoire serait une tâche herculéenne. Chaque forêt deviendrait un refuge pour les résistants, chaque lac une base secrète, chaque village un foyer de rébellion. C’est ce que les planificateurs canadiens comptent sur : la géographie elle-même comme arme de guerre. Et je réalise soudain que c’est peut-être là que réside l’espoir du Canada, dans cette immensité que personne ne peut vraiment contrôler, dans ces espaces sauvages qui ont toujours résisté à la domestication.
Section 6 : La rupture des relations militaires bilatérales
La fin de la coopération NORAD
Malgré ces préparatifs de résistance, un haut fonctionnaire a noté que les relations entre les forces militaires canadiennes et américaines restent positives, les deux pays continuant à travailler ensemble sur la participation du Canada à un nouveau système de défense continental appelé « Golden Dome » pour se défendre contre les missiles russes ou chinois. Cette coexistence paradoxale entre coopération technique et préparation à la résistance illustre la complexité des relations actuelles entre Ottawa et Washington. Les forces armées des deux pays maintiennent des canaux de communication ouverts et continuent à participer à des exercices conjoints, même alors que leurs gouvernements s’engagent sur des trajectoires de confrontation de plus en plus ouvertes.
Cette situation a conduit certains observateurs à qualifier les relations actuelles de « guerre froide tiède », où la coopération technique se poursuit dans certains domaines tandis que la méfiance et les préparatifs de résistance augmentent dans d’autres. Les militaires canadiens, en particulier, se trouvent dans une position inconfortable, devant maintenir des relations de travail professionnelles avec leurs homologues américains tout en planifiant comment combattre ces mêmes homologues en cas d’invasion. Cette dualité crée des tensions psychologiques et professionnelles importantes au sein des forces armées canadiennes.
Cette situation, cette coexistence étrange entre coopération et confrontation, me laisse perplexe, presque abasourdi. J’imagine les réunions entre officiers canadiens et américains, ces poignées de main professionnelles, ces discussions techniques sur le système Golden Dome, ces échanges d’informations sur les menaces russes et chinoises… et tout le temps, en arrière-plan, cette pensée : si demain les ordres changent, ces mêmes officiers seront ennemis, ces mêmes collègues devront s’affronter sur le champ de bataille. C’est une schizophrénie institutionnelle, une dissociation qui doit être terrible à vivre pour ces militaires professionnels. Je pense à l’histoire, à ces moments où les alliances se brisaient, où les amis devenaient ennemis du jour au lendemain. Mais rarement, peut-être jamais, cette rupture n’a été aussi soudaine, aussi brutale, aussi déchirante que celle que nous vivons aujourd’hui entre le Canada et les États-Unis.
Les implications pour la défense continentale
La préparation d’une résistance canadienne contre une invasion américaine a des implications profondes pour le concept de défense continentale nord-américaine. Depuis la Seconde Guerre mondiale, la défense du continent nord-américain reposait sur l’assomption que le Canada et les États-Unis étaient des partenaires inconditionnels dans la protection de leur espace commun. Cette assomption a été à la base de la création de NORAD en 1958, de la coopération en matière de défense maritime et aérienne, et de l’intégration des industries de défense des deux pays. La rupture de cette alliance fondamentale force le Canada à repenser entièrement sa stratégie de défense nationale.
Le lieutenant-général à la retraite Mike Day, qui a dirigé le Commandement des forces spéciales canadiennes et a servi comme chef stratégique pour l’avenir des Forces armées canadiennes, a déclaré qu’il était « fantaisiste » de penser que les Américains envahiraient réellement le Canada. Cependant, il a reconnu que les forces armées canadiennes ne pourraient pas résister à l’armée la plus importante et la plus sophistiquée du monde, soulignant que les États-Unis auraient beaucoup de difficulté à occuper un pays de la taille du Canada. Cette perspective souligne le dilemme fondamental auquel fait face le Canada : comment se préparer à une menace qui reste théorique tout en reconnaissant que les capacités militaires américaines sont telles qu’elles pourraient facilement submerger le pays en quelques jours.
Ce dilemme canadien, cette impossibilité de concilier réalité et théorie, menace et coopération, me renvoie à ces moments de l’histoire où les nations devaient choisir entre des options toutes également terribles. Comment se préparer à une invasion sans accuser son partenaire d’intention d’envahir ? Comment maintenir la coopération technique tout en planifiant la résistance ? Comment vivre avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête, sachant que la puissance militaire de son allié est telle qu’il pourrait envahir en quelques jours ? Ce sont des questions sans réponses claires, des dilemmes qui torturent les stratèges canadiens depuis des mois. Et je réalise que le Canada n’a pas le luxe de l’hésitation, qu’il doit se préparer au pire tout en espérant le meilleur, qu’il doit construire une capacité de résistance redoutable tout en priant pour qu’elle ne serve jamais. C’est l’équilibre impossible sur lequel repose l’avenir du pays.
Section 7 : Les conséquences géopolitiques mondiales
La fin de l’hégémonie américaine dans l’hémisphère occidental
La perspective d’une invasion américaine du Canada et la réponse internationale potentielle marqueraient la fin de l’hégémonie américaine dans l’hémisphère occidental, un principe établi par la doctrine Monroe en 1823. Pendant près de deux siècles, les États-Unis ont considéré l’Amérique du Nord et du Sud comme leur sphère d’influence exclusive, s’opposant à toute intervention des puissances européennes dans le continent. Cette doctrine a guidé la politique étrangère américaine depuis le XIXe siècle, justifiant des interventions directes dans de nombreux pays latino-américains et s’opposant à toute tentative de domination européenne sur le continent américain.
L’intervention potentielle de puissances européennes comme la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne pour défendre le Canada contre une agression américaine représenterait une rupture radicale avec cette doctrine historique. Pour la première fois depuis les guerres d’indépendance latino-américaines, des puissances européennes s’engageraient activement dans un conflit en Amérique du Nord pour s’opposer à une action américaine. Cette transformation de l’équilibre des puissances dans l’hémisphère occidental aurait des conséquences profondes et durables, redéfinissant la géopolitique du continent américain pour les décennies à venir.
La doctrine Monroe, cette pilier de la politique étrangère américaine depuis près de deux siècles… J’étudiais ce principe à l’université, cette idée que l’Amérique appartenait aux Américains, que les États-Unis étaient le gardien naturel du continent, la puissance dominante incontestée de l’hémisphère occidental. Et aujourd’hui, cette doctrine est en train de s’effondrer sous nos yeux. Les États-Unis, qui ont si longtemps défendu leur sphère d’influence exclusive, sont sur le point de devenir l’agresseur contre un voisin allié, forçant les puissances européennes à intervenir pour défendre un pays du continent américain. C’est un renversement historique d’une ampleur rarement vue, comparable à l’effondrement de l’ordre européen après la Première Guerre mondiale. Je réalise que nous vivons un moment charnière de l’histoire, un moment où les certitudes d’hier s’effondrent pour laisser place à un nouveau monde incertain, dangereux, potentiellement plus violent que tout ce que nous avons connu depuis la fin de la Guerre froide.
Les implications pour l’OTAN et l’ordre international
La crise entre le Canada et les États-Unis met en péril l’existence même de l’OTAN, l’alliance militaire la plus réussie de l’histoire moderne. La déclaration de la première ministre danoise Mette Frederiksen, affirmant que toute action militaire américaine contre un territoire de l’OTAN signifierait « tout s’arrête, y compris l’OTAN », souligne la gravité de la situation. L’OTAN, fondée en 1949 pour contrer la menace soviétique en Europe, s’est basée sur le principe de la défense collective : une attaque contre un membre est une attaque contre tous. Ce principe a garanti la paix en Europe pendant plus de soixante-dix ans et a servi de fondement à l’ordre international de l’après-Guerre froide.
L’attaque potentielle d’un membre fondateur de l’OTAN contre un autre membre fondateur représenterait une rupture sans précédent dans l’histoire de l’alliance. Les Européens, en particulier, se trouvent dans une position impossible : défendre un membre allié contre une attaque d’un autre membre signifie choisir entre deux alliés historiques et potentiellement détruire l’alliance elle-même. Cette situation a conduit certains analystes à parler de la fin de l’ordre international libéral, cet ensemble d’institutions et de principes qui a guidé les relations internationales depuis 1945, et de l’émergence d’un nouveau monde multipolaire plus instable et plus dangereux.
L’OTAN, cette alliance qui a garanti la paix en Europe depuis soixante-dix ans… J’ai grandi avec cette certitude : l’OTAN était là, inébranlable, indestructible, ce pilier de la paix occidentale qui nous protégeait contre les dangers du monde. Et aujourd’hui, cette alliance est menacée non pas par un ennemi extérieur, mais par l’un de ses propres membres fondateurs. Les États-Unis, qui ont créé l’OTAN, qui l’ont dirigée, qui en ont été le pilier central depuis sa création, sont sur le point de provoquer sa destruction. C’est une tragédie grecque, une chute de l’orgueil, une hubris qui menace d’emporter tout le système de sécurité occidental. Je pense aux architectes de l’OTAN, à ces visionnaires de 1949 qui croyaient créer un système de sécurité durable, et je me demande ce qu’ils penseraient en voyant leur création menacée par ceux-là mêmes qui l’ont bâtie. C’est une ironie amère, une cruelle leçon d’histoire sur la fragilité des alliances et la permanence de l’ambition humaine.
Conclusion : L'avenir incertain de l'Amérique du Nord
La nouvelle réalité des relations canado-américaines
Les préparatifs militaires canadiens contre une hypothétique invasion américaine marquent la fin d’une époque de coopération sans précédent entre les deux nations et le début d’une nouvelle réalité caractérisée par la méfiance, la préparation à la résistance et l’incertitude. Les relations canado-américaines, traditionnellement caractérisées par une confiance mutuelle et une coopération étroite dans tous les domaines, sont désormais traversées par des courants de tension qui semblaient impossibles il y a seulement quelques années. Les Canadiens, qui considéraient traditionnellement les États-Unis comme leur principal allié et partenaire économique, commencent à les percevoir comme une menace potentielle à leur souveraineté et à leur sécurité.
Cette transformation des perceptions nationales a des implications profondes pour l’avenir politique et social du Canada. Les sondages indiquent qu’une majorité de Canadiens considèrent désormais les États-Unis comme la plus grande menace pour leur pays, un changement dramatique par rapport aux décennies précédentes. Cette évolution des attitudes publiques influence la politique intérieure canadienne, force les partis politiques à repenser leur approche des relations avec les États-Unis et crée une nouvelle dynamique dans le débat national sur l’identité canadienne et le rôle du pays sur la scène internationale.
Quand je regarde vers l’avenir, je ne peux m’empêcher de ressentir un mélange d’anxiété et de résolution. L’anxiété face à l’incertitude, face à ce monde nouveau qui émerge, face aux dangers qui nous guettent. Mais aussi une certaine résolution, une certitude que le Canada traversera cette épreuve, qu’il trouvera en lui les ressources nécessaires pour défendre son indépendance et son identité. J’ai foi dans le peuple canadien, dans sa capacité à s’unir face à l’adversité, dans sa volonté de préserver ce que ce pays a construit depuis ses origines. Et j’ai espoir que cette crise, aussi terrible soit-elle, conduira finalement à un renouveau, à une nouvelle compréhension de ce que signifie être canadien, à une nouvelle appréciation de la valeur de l’indépendance et de la souveraineté. Le Canada sortira de cette épreuve changé, certes, mais plus fort, plus résilient, plus conscient de sa place dans le monde et de sa responsabilité de défendre les valeurs qui l’ont façonné.
Les défis à venir et les espoirs de réconciliation
Malgré la gravité de la situation actuelle, il reste possible que cette crise serve de catalyseur pour un renouveau des relations canado-américaines sur des bases plus équilibrées et plus respectueuses de la souveraineté de chaque nation. La démonstration par le Canada de sa capacité et de sa volonté de résister à une invasion pourrait servir de dissuasion efficace, convaincant les dirigeants américains que l’expansionnisme militaire n’est pas une option viable. De même, la mobilisation de la communauté internationale contre une agression américaine pourrait encourager un retour au dialogue et à la diplomatie comme moyens de résolution des différends.
Cependant, les cicatrices de cette crise seront profondes et durables. La confiance mutuelle, longtemps la base des relations canado-américaines, a été érodée et pourrait prendre des années, voire des décennies à être restaurée. Les Canadiens ne verront plus jamais les États-Unis avec la même naïveté bienveillante, et les relations entre les deux nations seront désormais toujours teintées par la mémoire de cette période de tension extrême. C’est peut-être le prix à payer pour une nouvelle compréhension mutuelle, une reconnaissance plus claire des limites de l’influence et du respect de la souveraineté nationale dans un monde multipolaire émergent.
Cette crise, aussi terrible soit-elle, offre peut-être aussi une opportunité, une chance de redéfinir les relations entre le Canada et les États-Unis sur des bases plus saines, plus équilibrées, plus respectueuses. Peut-être que cette épreuve forcera les deux nations à reconnaître que leur alliance ne peut être fondée sur la domination ou la dépendance, mais sur le partenariat, le respect mutuel et l’égalité. Peut-être que cette crise conduira à un nouveau modèle de relations nord-américaines, un modèle qui reconnaît la souveraineté de chaque nation tout en valorisant la coopération là où elle est possible et bénéfique. C’est l’espoir que je garde, même dans les moments les plus sombres, l’espoir que de l’adversité naîtra une nouvelle compréhension, une nouvelle façon de coexister qui honorera l’histoire commune des deux nations tout en respectant leurs différences et leurs aspirations légitimes.
Sources
Sources primaires
Euromaidan Press – Canada prepares for US invasion: Military models insurgency tactics for first time in century, 21 janvier 2026
The Globe and Mail – Military models Canadian response to hypothetical American invasion, 20 janvier 2026
France 24 – Canada military models response to US invasion: report, 20 janvier 2026
The Independent – Canada prepping response to hypothetical US military invasion for first time in a century, report says, 21 janvier 2026
Sources secondaires
Financial Post – Canada’s military has modelled hypothetical U.S. invasion, reports say, 2026
Global Times – Canadian military’s reported modeling of response to hypothetical American invasion, 2026
AFR – Canada’s military has modelled hypothetical US invasion, 21 janvier 2026
Israel Hayom – Report: Canada prepares for potential US military invasion, 20 janvier 2026
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