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L’exode vers le Nord : comment la terreur aux États-Unis pousse des milliers vers le Canada
Crédit: Adobe Stock

Le massacre des protections temporaires

Les chiffres sont vertigineux et effrayants. En 2025 seulement, plus de 1,5 million d’immigrants ont perdu ou vont perdre leur statut légal aux États-Unis. Jamais dans l’histoire récente du pays une telle déchéance de statut n’avait été observée à cette échelle. Julia Gelatt, directrice adjointe du programme de politique d’immigration américain au Migration Policy Institute, ne cache pas son inquiétude. « Je ne pense pas que nous ayons jamais vu, en tant que pays, un aussi grand nombre de personnes perdre leur statut d’immigration en même temps », souligne-t-elle. Cette hécatombe administrative et humaine résulte de la décision de l’administration Trump de mettre fin au statut de protection temporaire pour plus d’un million d’immigrants et d’annuler les protections de libération conditionnelle humanitaire pour un demi-million de personnes supplémentaires.

Le programme de statut de protection temporaire, ou TPS, avait été conçu comme un filet de sécurité pour les ressortissants de pays déchirés par la guerre, les catastrophes naturelles ou l’instabilité politique. Haïti, le Venezuela, le Honduras, le Nicaragua, le Salvador, la Somalie, la Syrie… la liste des nations concernées est longue et tragique. En décembre 2025, la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, avait déjà terminé le TPS pour les immigrants de onze pays. Plus d’un million de personnes vont perdre leurs protections d’ici février. Parmi elles, près de 935 000 Haïtiens et Vénézuéliens, qui représentent la majorité des destinataires. Ces deux communautés particulièrement vulnérables se retrouvent maintenant face à une incertitude absolue. Pour beaucoup, le retour dans leur pays d’origine n’est pas une option. La violence y est endémique, les économies en ruine, les gouvernements corrompus ou dictatoriaux. Mais les États-Unis leur disent désormais : partez, ou faites déporter.

Ces chiffres froids, ces millions de personnes balayées d’un trait de plume administratif, ils me font mal. Chaque chiffre représente une vie. Chaque million, c’est un million d’histoires individuelles, de rêves, d’efforts, de sacrifices. Annuler d’un coup les protections de 1,5 million de personnes, ce n’est pas juste une politique. C’est une violence d’État. C’est dire à ces gens : votre existence légale est une erreur, votre présence ici est indésirable, votre sécurité ne compte pas. Comment peut-on dormir tranquille après avoir signé de tels ordres? Comment peut-on justifier l’injustifiable?

La fin de la libération conditionnelle humanitaire

Parallèlement à la destruction du programme TPS, l’administration américaine s’est attaquée au programme de libération conditionnelle humanitaire. Sous l’administration précédente, près de 750 000 immigrants avaient bénéficié de ce dispositif, qui leur accordait un statut légal temporaire et le droit de travailler pour des raisons humanitaires. Certains étaient des Ukrainiens fuyant l’invasion russe, d’autres des Afghans évacués après le retrait américain de leur pays. Mais en 2025, le Department of Homeland Security a décidé d’y mettre fin pour 532 000 immigrants originaires de Cuba, d’Haïti, du Nicaragua et du Venezuela. Ces personnes, qui avaient cru trouver un refuge temporaire, se retrouvent maintenant exposées aux procédures d’expulsion.

Les conséquences économiques de ces mesures massives sont déjà prévisibles. David Bier, directeur des études sur l’immigration au Cato Institute, parle d’un événement totalement sans précédent. « Nous n’avons jamais vu autant de gens perdre leur statut légal dans l’histoire des États-Unis », affirme-t-il. Michael Clemens, professeur d’économie à l’Université George Mason, a chiffré l’impact. Selon ses estimations, le retrait des protections pour les Haïtiens et les Vénézuéliens seuls ferait contracter l’économie américaine de plus de 14 milliards de dollars. Environ 400 000 de ces bénéficiaires font partie de la population active. Ils travaillent dans la construction, la santé, l’agriculture, les services. Leur départ brutal, ou leur passage dans la clandestinité, laissera des trous béants dans ces secteurs déjà sous tension. Mais au-delà de l’économie, c’est le tissu social de communautés entières qui est menacé de déchirure.

Quand je vois ces calculs froids, ces milliards de dollars perdus, je pense surtout aux visages. Aux visages de ces travailleurs qui ont construit des maisons, soigné des malades, cultivé les champs. À ces familles qui se sont enracinées, qui ont fait des voisins, des amis, qui ont contribué à leurs communautés. Les traiter comme des variables économiques qu’on peut supprimer d’un coup, c’est leur retirer leur humanité. C’est oublier que derrière chaque statistique, il y a des gens qui pleurent, qui ont peur, qui ne savent pas ce que demain leur réserve. Cette froideur administrative me répugne. Elle révèle une vision du monde qui m’est étrangère, où l’être humain ne compte que pour ce qu’il rapporte, et où la dignité ne pèse rien face aux calculs politiques.

Sources

Sources primaires

Global News, « U.S. immigration crackdown fuels interest in Canada as asylum numbers rise », publié le 21 janvier 2026

WLRN Public Media, « Trump canceled temporary legal status for more than 1.5 million immigrants in 2025 », publié le 29 décembre 2025

Gouvernement du Canada, « Asylum claimants by year – January to June 2025 », mis à jour le 22 septembre 2025

Sources secondaires

Migration Policy Institute, entretien avec Julia Gelatt, directrice adjointe du programme de politique d’immigration américain, 2025

Cato Institute, entretien avec David Bier, directeur des études sur l’immigration, 2025

Université George Mason, étude de Michael Clemens sur l’impact économique des résiliences du TPS, 2025

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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