Une cible stratégique de premier ordre
Le terminal pétrolier de Tamanneftegaz n’est pas un site industriel ordinaire. Situé sur la péninsule de Taman, à quelques encablures du pont de Crimée, ce complexe représente l’un des plus importants de la région de la mer Noire. Son rôle : le stockage et le transport de pétrole brut, de produits pétroliers et de gaz d’hydrocarbures liquéfiés. Pour l’exportation, certes. Mais surtout, et c’est là que ça devient crucial, pour approvisionner les troupes russes qui occupent l’Ukraine.
L’État-major ukrainien l’a confirmé sans ambiguïté : ce terminal est impliqué dans la chaîne logistique de l’armée russe. Chaque litre de carburant qui transite par Volna peut potentiellement alimenter un char qui roule vers Pokrovsk, un convoi qui se dirige vers Kurakhivka, un hélicoptère qui décolle pour bombarder des civils ukrainiens. Frapper Tamanneftegaz, ce n’est pas simplement détruire des cuves de stockage. C’est assécher le sang qui irrigue la machine de guerre russe.
Il y a quelque chose de presque poétique dans cette frappe. La Russie a toujours utilisé son énergie comme une arme. Couper le gaz à l’Europe. Menacer de fermer les vannes. Faire chanter les gouvernements avec des barils de pétrole. Et voilà que l’Ukraine retourne cette arme contre son créateur. Chaque gallon qui ne parvient pas à destination, c’est une victoire silencieuse. Chaque jour d’interruption coûte des millions à Moscou. Et croyez-moi, ils comptent. Ils comptent chaque rouble perdu.
Les flammes et ce qu’elles signifient
La frappe a atteint sa cible. Les explosions ont été suivies d’un incendie majeur. Les images qui circulent sur les réseaux sociaux montrent d’immenses colonnes de fumée noire s’élevant dans le ciel nocturne du Krasnodar. Les autorités russes, fidèles à leur habitude, minimisent. Elles parlent de « débris de drone intercepté ». Mais les flammes, elles, ne mentent pas. Et l’ampleur de l’incendie suggère des dégâts bien plus importants que ce que Moscou veut bien admettre.
Ce n’est pas la première fois que Tamanneftegaz est frappé. Le terminal avait déjà été ciblé lors des frappes du Nouvel An, à peine trois semaines plus tôt. À l’époque, les Forces d’opérations spéciales ukrainiennes avaient utilisé plusieurs drones pour endommager deux quais de chargement. Cette fois-ci, l’attaque semble avoir été encore plus dévastatrice. La question qui se pose désormais : combien de temps avant que ce terminal soit définitivement mis hors service ? Combien de frappes encore avant que la Russie ne perde totalement sa capacité à alimenter ses troupes depuis la mer Noire ?
Les radars pulvérisés : l'Ukraine aveugle le géant russe
Le Nebo-U d’Yevpatoria : un géant technologique à terre
Le radar 55Zh6 Nebo-U frappé près d’Yevpatoria représentait l’un des joyaux technologiques de la défense aérienne russe. Ce système de détection à longue portée, développé par le consortium Almaz-Antey, était conçu pour repérer les menaces aériennes à des distances considérables. Des avions furtifs aux missiles de croisière, rien ne devait lui échapper. Sa capacité à suivre simultanément des centaines de cibles en faisait un élément central du réseau de surveillance qui protégeait la Crimée.
Mais cette nuit, le Nebo-U s’est tu. Les drones ukrainiens ont trouvé leur chemin jusqu’à l’installation. L’impact a été enregistré. Et désormais, une vaste zone du ciel criméen échappe au regard des opérateurs russes. Les conséquences tactiques sont immenses. Sans ce radar, les batteries de missiles S-300 et S-400 déployées dans la région perdent leur capacité d’alerte avancée. Le temps de réaction face aux frappes ukrainiennes se réduit dramatiquement. Chaque drone, chaque missile qui traverse désormais cet espace aérien a de meilleures chances d’atteindre sa cible.
Protivnik-GE et Nebo-M : la triple peine
Le radar 59N6-E Protivnik-GE touché à Libknehtivka appartenait à une autre catégorie de systèmes de détection. Conçu pour identifier les cibles aériennes à basse altitude, il complétait parfaitement le Nebo-U dans l’architecture défensive russe. Ensemble, ces radars formaient un maillage censé être impénétrable. Les cibles hautes étaient repérées par l’un, les cibles basses par l’autre. La coordination permettait une réponse rapide et efficace à toute intrusion aérienne.
Quant au radar 55Zh6M Nebo-M frappé à Rusakivka, il représente peut-être la perte la plus significative de la nuit. Ce système mobile de troisième génération fonctionnait dans plusieurs longueurs d’onde simultanément, lui conférant une capacité unique à détecter même les aéronefs furtifs. Sa portée pouvait atteindre 600 kilomètres. Son coût est estimé entre 45 et 55 millions de dollars. En une seule frappe, l’Ukraine vient de faire perdre à la Russie l’équivalent de plusieurs dizaines de chars de combat. Et surtout, elle vient de créer une brèche béante dans le bouclier radar qui protégeait la péninsule annexée.
Trois radars. En une nuit. Je laisse ces chiffres s’imprimer dans mon esprit. Trois systèmes qui valent ensemble plus de cent millions de dollars. Trois piliers de la défense aérienne russe qui s’effondrent simultanément. Et quelque part, des ingénieurs ukrainiens — peut-être dans un sous-sol, peut-être sous les bombes — ont conçu les drones qui ont fait ça. Avec des budgets dérisoires comparés aux milliards que Moscou engloutit dans sa machine de guerre. David contre Goliath, encore une fois. Et David vient de marquer un point décisif.
La 76e Division d'assaut aérien : les élites russes sous le feu
Une unité d’élite devenue cible prioritaire
La 76e Division d’assaut aérien des Gardes n’est pas n’importe quelle formation militaire russe. Basée à Pskov, cette division fait partie des Forces aéroportées russes, les fameuses VDV. Elle compte parmi les unités les plus prestigieuses de l’armée de Poutine. Son histoire remonte à la Seconde Guerre mondiale, à la bataille de Stalingrad. Elle a participé à la bataille de Koursk, à l’offensive de Berlin. Des décennies de gloire militaire concentrées dans une seule formation.
Mais en Ukraine, la 76e Division s’est heurtée à une réalité brutale. Redéployée dans la région de Pokrovsk après avoir subi de lourdes pertes, elle tentait de forcer le passage vers Hryshyne au nord-ouest de la ville. Cette nuit, son poste de commandement et d’observation à Selydove a été frappé. Les officiers qui coordonnaient les assauts, qui planifiaient les mouvements de troupes, qui guidaient les renforts — ils sont désormais soit morts, soit blessés, soit enterrés sous les décombres. La chaîne de commandement vient d’être sectionnée net.
Les concentrations de troupes décimées
Au même endroit, des concentrations de personnel de la 74e Brigade motorisée séparée ont également été touchées. Ces soldats, rassemblés en attendant de monter en ligne ou de recevoir leurs ordres, sont devenus des cibles. Les drones ukrainiens ne font pas de distinction entre un général et un conscrit. Une chaleur corporelle, c’est une chaleur corporelle. Et dans la nuit glaciale de janvier, les caméras thermiques repèrent tout.
Les rapports des dernières semaines décrivaient comment la 76e Division lançait des assauts en groupes importants, utilisant des véhicules tout-terrain non blindés, des motos, des buggies. Trente véhicules ou plus par opération. Une tactique qui repose sur la masse plutôt que sur la protection. Et une tactique qui transforme ces formations en cibles idéales pour les drones ukrainiens équipés de caméras thermiques. Le brouillard hivernal qui les protégeait autrefois ne suffit plus. L’Ukraine a adapté ses méthodes. Et les élites russes paient le prix fort.
Debaltseve : le dépôt de munitions qui n'existe plus
Une détonation à grande échelle
Le nom de Debaltseve résonne douloureusement dans la mémoire ukrainienne. C’est dans cette ville, en février 2015, que des milliers de soldats ukrainiens s’étaient retrouvés encerclés par les forces séparatistes soutenues par Moscou. La bataille avait été féroce, les pertes lourdes. Depuis, Debaltseve est sous occupation russe. Et c’est là que la 101e Brigade séparée de soutien matériel et technique avait installé un important dépôt de munitions.
Cette nuit, ce dépôt a cessé d’exister. La frappe ukrainienne a déclenché une détonation à grande échelle. Les munitions stockées — obus d’artillerie, roquettes, peut-être même missiles — se sont enflammées en chaîne. Le résultat : une explosion massive dont l’onde de choc s’est propagée sur des kilomètres. Les témoins parlent d’un bruit assourdissant, d’un flash aveuglant, d’un champignon de fumée qui montait vers le ciel comme un spectre de destruction.
Debaltseve. Ce nom me hante depuis 2015. Je me souviens des images de cette époque. Les soldats ukrainiens qui se repliaient sous le feu. Les corps laissés derrière. Les prisonniers exhibés par les séparatistes. Et voilà que dix ans plus tard, c’est un dépôt de munitions russes qui explose dans cette même ville. Il y a quelque chose de presque symbolique dans cette frappe. Comme si l’Ukraine réclamait son dû. Comme si chaque obus détruit cette nuit vengeait un soldat tombé dans la poche de Debaltseve.
L’impact sur la logistique russe
La destruction de ce dépôt aura des conséquences directes sur les opérations russes dans le Donbass. Les unités qui dépendaient de ces munitions devront attendre des réapprovisionnements depuis d’autres sites, plus éloignés. Les délais s’allongeront. Les cadences de tir diminueront. Peut-être pendant quelques jours seulement. Peut-être pendant des semaines. Mais dans une guerre d’attrition comme celle qui se joue dans l’est de l’Ukraine, chaque jour compte.
La 101e Brigade de soutien matériel et technique avait pour mission précisément d’alimenter les unités combattantes en munitions, en carburant, en équipements. C’est l’artère invisible qui permet aux divisions d’avancer, aux canons de tonner, aux chars de rouler. Couper cette artère, même temporairement, c’est paralyser une partie de la machine. Et l’Ukraine le sait. C’est pourquoi ses frappes ciblent de plus en plus systématiquement ces nœuds logistiques, ces points de ravitaillement, ces dépôts qui semblaient hors de portée.
La guerre des drones : l'Ukraine maîtrise l'art de l'asymétrie
Des moyens modestes, des résultats dévastateurs
Comment un pays dont le budget militaire représente une fraction de celui de la Russie parvient-il à infliger de tels dégâts ? La réponse tient en un mot : drones. Les Forces de systèmes sans pilote ukrainiennes ont révolutionné l’art de la guerre. Avec des engins qui coûtent quelques milliers de dollars, parfois quelques centaines seulement, l’Ukraine détruit des équipements valant des dizaines de millions. Le rapport coût-efficacité défie l’imagination.
Les drones ukrainiens parcourent des centaines de kilomètres pour atteindre leurs cibles. Ils volent bas, évitent les radars — du moins ceux qui fonctionnent encore — et frappent avec une précision que les missiles de croisière les plus sophistiqués envieraient. Les ingénieurs ukrainiens, souvent des civils reconvertis, travaillent jour et nuit pour améliorer ces engins. Chaque frappe réussie leur fournit des données précieuses pour la suivante. Un cercle vertueux de destruction qui ne cesse de s’élargir.
La simultanéité comme signature
Ce qui frappe dans l’opération de cette nuit, c’est la coordination. Frapper simultanément en Crimée, dans le Krasnodar, dans le Donbass. Toucher des radars à Yevpatoria en même temps qu’un terminal pétrolier à Volna et un poste de commandement à Selydove. Cette capacité à projeter une puissance offensive sur un théâtre aussi vaste démontre une sophistication opérationnelle remarquable.
Pour les commandants russes, le message est clair : nulle part n’est sûr. Il n’existe plus de zone sanctuarisée, d’arrière-cour protégée, de base lointaine inaccessible. Chaque nuit peut apporter son lot de mauvaises surprises. Chaque installation militaire, chaque dépôt, chaque radar peut devenir la prochaine cible. Cette ubiquité de la menace crée une pression psychologique considérable. Les officiers russes doivent constamment se demander : où les prochains drones frapperont-ils ?
Je pense souvent aux hommes et aux femmes qui pilotent ces drones. Quelque part dans un local discret, peut-être à des centaines de kilomètres de leur cible, ils regardent des écrans, manipulent des joysticks, prennent des décisions qui changeront le cours de la guerre. Ils ne portent pas de casque, ne tirent pas au fusil, ne chargent pas sous le feu ennemi. Et pourtant, leur impact sur le champ de bataille est immense. Une nouvelle génération de guerriers. Silencieux. Efficaces. Redoutables.
La Crimée : de forteresse à cible vulnérable
L’érosion systématique des défenses
Depuis l’annexion de 2014, la Russie avait transformé la Crimée en véritable forteresse. Des batteries de missiles S-300 et S-400 hérissaient la péninsule. Des radars de détection couvraient chaque centimètre carré du ciel. Des navires de guerre patrouillaient les eaux environnantes. Sébastopol abritait le fleuron de la Flotte de la mer Noire. Tout semblait impénétrable. Tout semblait éternel.
Et puis l’Ukraine a commencé à frapper. Méthodiquement. Systématiquement. Le quartier général de la flotte à Sébastopol en 2023. Les navires de guerre, coulés un par un. Les dépôts de munitions. Les bases aériennes. Les radars, encore et encore. Chaque frappe élargit la brèche. Chaque système détruit facilite la frappe suivante. La forteresse se lézarde. Les murs s’effritent. Et ceux qui croyaient la Crimée inviolable réalisent qu’ils se trompaient.
Les conséquences stratégiques
La destruction des trois radars cette nuit aggrave considérablement la situation pour les forces russes en Crimée. Sans le Nebo-U, sans le Nebo-M, sans le Protivnik-GE, de vastes zones du ciel échappent désormais à leur surveillance. Les frappes ukrainiennes pourront approcher plus près, plus vite, avec moins de risques d’être interceptées. Les batteries de missiles sol-air, privées de leurs yeux, deviennent partiellement aveugles.
Les Russes devront redéployer d’autres systèmes radar pour combler les lacunes. Mais ces systèmes devront venir d’ailleurs — peut-être du territoire russe lui-même, peut-être d’autres secteurs du front. Ce redéploiement créera de nouvelles vulnérabilités. C’est le principe de la couverture courte : tirez sur un côté et l’autre se découvre. L’Ukraine l’a compris. Et elle exploite cette faiblesse avec une patience de prédateur.
L'économie de guerre russe sous pression
Le pétrole comme talon d’Achille
Les frappes répétées sur les infrastructures pétrolières russes ne sont pas le fruit du hasard. Elles s’inscrivent dans une stratégie délibérée visant à asphyxier économiquement l’effort de guerre de Moscou. Le pétrole et le gaz représentent la principale source de revenus de l’État russe. Chaque raffinerie endommagée, chaque terminal détruit, chaque oléoduc percé, c’est de l’argent en moins dans les caisses du Kremlin. De l’argent qui ne financera pas de nouveaux missiles, de nouveaux chars, de nouvelles recrues.
Depuis le début de 2025, l’Ukraine a intensifié sa campagne contre les installations énergétiques russes. La raffinerie de Tuapse. Le dépôt de Rovenky. Les plateformes offshore de la mer Caspienne. Et maintenant, encore une fois, Tamanneftegaz. La liste s’allonge. Les incendies se multiplient. Et les exportations russes de produits pétroliers commencent à en souffrir.
Le coût invisible de la guerre
Au-delà des destructions matérielles directes, ces frappes imposent un coût indirect considérable. La Russie doit désormais consacrer des ressources croissantes à la protection de ses infrastructures. Des systèmes de défense aérienne qui auraient pu être déployés au front restent en arrière pour protéger des raffineries. Des soldats qui auraient pu combattre montent la garde autour de dépôts de carburant. Des ingénieurs qui auraient pu fabriquer des armes réparent des installations endommagées.
C’est l’essence même de la guerre asymétrique. Forcer l’adversaire à disperser ses forces, à défendre partout à la fois, à craindre pour son arrière autant que pour son front. L’Ukraine ne peut pas rivaliser avec la Russie en termes de puissance brute. Mais elle peut l’user, l’épuiser, la saigner à blanc. Frappe après frappe. Nuit après nuit. Jusqu’à ce que le colosse chancelle.
Et nous, qu’aurions-nous fait à leur place ? Les Ukrainiens n’ont pas choisi cette guerre. Elle leur a été imposée. Ils auraient pu baisser les bras, accepter l’annexion, courber l’échine. Ils ont choisi de se battre. Avec ce qu’ils avaient. Des drones fabriqués dans des garages. Des missiles assemblés dans des usines sous les bombes. Une détermination qui force le respect. Trois ans de résistance. Et ils sont toujours debout. Toujours en train de frapper. Toujours en train de gagner, centimètre par centimètre, nuit après nuit.
Le front du Donbass : des frappes qui changent la donne
Selydove et l’axe de Pokrovsk
Selydove n’est pas un nom qui parle au grand public. Pourtant, cette ville de la région de Donetsk occupe une position stratégique cruciale dans l’offensive russe vers Pokrovsk. Située à une vingtaine de kilomètres de la ligne de front, elle sert de base arrière aux unités qui mènent l’assaut. C’est là que les troupes se rassemblent avant de monter en ligne. C’est là que les officiers coordonnent les mouvements. C’est là que la 76e Division d’assaut aérien avait établi son poste de commandement.
En frappant Selydove, l’Ukraine ne se contente pas de détruire quelques bâtiments. Elle perturbe toute la chaîne de commandement russe dans ce secteur. Les ordres qui auraient dû être transmis ne le seront pas. Les renforts qui auraient dû être coordonnés arriveront en retard ou pas du tout. Les assauts prévus pour les jours à venir devront être reprogrammés, si tant est qu’ils puissent avoir lieu. Un coup de scalpel au cœur de la machine offensive.
Novohryhorivka et la guerre des drones contre les drones
Le dépôt de stockage de drones frappé à Novohryhorivka, dans la région de Kherson, illustre une autre dimension de cette guerre. Les Russes utilisent massivement les drones, eux aussi. Des Shahed iraniens aux Lancet de fabrication russe, ces engins sèment la mort sur les positions ukrainiennes chaque jour. Détruire un lieu où ils sont stockés et préparés avant leur déploiement, c’est neutraliser des dizaines, peut-être des centaines de futures frappes ennemies.
C’est une guerre dans la guerre. Les drones ukrainiens chassent les drones russes. Les opérateurs des deux camps se livrent une bataille invisible, à coups d’algorithmes et de contre-mesures électroniques. Chaque camp cherche à prendre l’avantage technologique, à trouver la faille qui lui permettra de frapper sans être frappé en retour. Cette nuit, les Ukrainiens ont marqué un point de plus dans ce duel permanent.
La réponse russe : entre déni et impuissance
La communication de crise du Kremlin
Comme à leur habitude, les autorités russes ont tenté de minimiser l’ampleur des frappes. Le gouverneur du Krasnodar a parlé de « débris de drones interceptés ». Les chaînes de télévision d’État n’ont accordé que quelques secondes à l’incendie de Tamanneftegaz. Les pertes de radars en Crimée n’ont même pas été mentionnées. C’est la stratégie habituelle : nier l’évidence, détourner l’attention, maintenir l’illusion que tout va bien.
Mais les images satellites ne mentent pas. Les vidéos qui circulent sur Telegram non plus. Les témoignages des habitants locaux, qui entendent les explosions et voient les flammes, finissent par percer la muraille de la censure. La Russie peut contrôler ses médias. Elle ne peut pas contrôler la réalité. Et la réalité, cette nuit, c’est qu’elle vient de subir une série de coups douloureux.
L’incapacité à protéger l’arrière
Ces frappes répétées mettent en lumière une faiblesse fondamentale de l’armée russe : son incapacité à protéger ses arrières. Malgré les dizaines de systèmes de défense aérienne déployés, malgré les radars sophistiqués, malgré les milliards investis dans la protection du territoire, les drones ukrainiens continuent de passer. Ils trouvent les brèches. Ils exploitent les angles morts. Ils frappent là où on ne les attend pas.
C’est un constat d’échec pour le commandement russe. Comment justifier aux familles des soldats tombés que leurs bases arrière ne sont pas sécurisées ? Comment expliquer aux contribuables russes que leurs impôts financent des systèmes de défense qui ne défendent pas ? Comment maintenir le moral des troupes quand même les zones supposément sûres deviennent des cibles ? Ces questions, les généraux de Poutine préfèrent les éviter. Mais elles se posent. Et elles n’ont pas de bonnes réponses.
Ce que cette nuit nous apprend sur l'avenir du conflit
La montée en puissance ukrainienne
Chaque opération comme celle de cette nuit démontre que l’Ukraine monte en puissance. Les capacités de frappe à longue portée s’améliorent. La coordination entre les différentes unités se perfectionne. L’industrie de défense nationale produit de plus en plus de drones, de missiles, de systèmes de guidage. Ce qui semblait impossible il y a trois ans — frapper la Russie sur son propre territoire — est devenu routine.
Cette évolution change la nature même du conflit. La Russie ne peut plus se contenter de pousser sur le front en espérant que son arrière reste intact. Elle doit défendre partout à la fois. Ses ressources, aussi importantes soient-elles, ne sont pas infinies. Et l’Ukraine, avec l’aide de ses alliés occidentaux, continue de recevoir les équipements et le savoir-faire nécessaires pour maintenir la pression.
Les limites de la puissance brute
Cette guerre illustre une vérité que beaucoup refusaient de voir : la puissance brute ne suffit plus à garantir la victoire. La Russie possède l’une des plus grandes armées du monde, l’un des plus importants arsenaux nucléaires, des ressources naturelles quasi illimitées. Et pourtant, elle peine à vaincre un pays dont la population représente le quart de la sienne, dont le budget militaire était dix fois inférieur avant le conflit.
L’agilité compte plus que la masse. L’innovation compte plus que la tradition. La motivation compte plus que les ordres. Les soldats ukrainiens se battent pour leur terre, leurs familles, leur liberté. Les soldats russes se battent parce qu’on leur a dit de le faire, sous peine de prison ou pire. Cette différence, invisible sur les cartes d’état-major, fait toute la différence sur le terrain. Nuit après nuit. Frappe après frappe.
Trois radars. Un terminal pétrolier. Plusieurs postes de commandement. Un dépôt de munitions. En une seule nuit. Je laisse ces faits résonner en moi. Quelque part, des familles ukrainiennes dorment un peu plus en sécurité ce matin. Quelque part, des soldats sur le front savent que leurs arrières travaillent pour eux. Quelque part, dans un bureau du Kremlin, quelqu’un doit expliquer à Poutine pourquoi ses défenses invincibles s’effritent. Et moi, chroniqueur de cette guerre interminable, je me demande : combien de nuits comme celle-ci avant que Moscou comprenne qu’elle ne peut pas gagner ? Combien de radars détruits, de terminaux en flammes, de dépôts explosés avant que quelqu’un là-bas décide que ça suffit ? Je n’ai pas la réponse. Personne ne l’a. Mais chaque nuit comme celle du 22 janvier 2026 rapproche cette fin. C’est peut-être tout ce qu’on peut espérer.
Conclusion : Une nuit qui restera dans l'histoire
Le bilan provisoire
Au moment où ces lignes sont écrites, l’évaluation complète des dégâts est encore en cours. Mais les premières informations confirment que la nuit du 22 janvier 2026 restera comme l’une des plus significatives de cette guerre. Trois systèmes radar majeurs hors de combat. Un terminal pétrolier stratégique en flammes. Un poste de commandement de division d’élite détruit. Un dépôt de munitions pulvérisé. Des concentrations de troupes décimées. Le tout, coordonné avec une précision qui force l’admiration.
Pour la Russie, c’est un réveil brutal. Les promesses de victoire rapide, les fanfaronnades sur l’invincibilité de l’armée, les défilés militaires de la Place Rouge — tout cela se fracasse sur la réalité des frappes ukrainiennes. Pour l’Ukraine, c’est une validation de sa stratégie. Frapper l’ennemi là où il ne s’y attend pas. L’user, le fatiguer, l’aveugler. Jusqu’à ce qu’il n’en puisse plus.
Ce qui vient ensuite
La guerre continuera demain. D’autres nuits viendront, avec d’autres frappes, d’autres destructions, d’autres pertes des deux côtés. Personne ne peut prédire comment ni quand ce conflit se terminera. Mais une chose est certaine : l’Ukraine a démontré cette nuit qu’elle possède la volonté et les moyens de continuer à se battre. Pas seulement pour défendre son territoire. Pour frapper en retour. Pour faire payer à l’agresseur le prix de son agression.
Et quelque part, dans l’obscurité de la nuit ukrainienne, de nouveaux drones sont déjà en préparation. De nouvelles cibles sont déjà identifiées. De nouvelles frappes sont déjà planifiées. La guerre des ombres continue. Et cette nuit, les ombres ukrainiennes ont frappé plus fort que jamais.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques et militaires qui façonnent le conflit ukrainien. Mon travail consiste à décortiquer les opérations militaires, à comprendre leurs implications stratégiques, à contextualiser les décisions des acteurs en présence et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent ce théâtre de guerre.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqué officiel de l’État-major des Forces armées ukrainiennes publié sur Facebook le 22 janvier 2026, dépêches de l’agence Ukrinform, déclarations des commandants militaires ukrainiens.
Sources secondaires : analyses du Kyiv Independent, rapports de United24 Media, évaluations du think tank Critical Threats et de l’Institute for the Study of War, publications spécialisées en matière de défense et de géopolitique.
Les données techniques concernant les systèmes radar russes proviennent de sources ouvertes spécialisées dans l’analyse des équipements militaires. Les estimations de coûts sont basées sur les évaluations d’experts du secteur de la défense.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les précédents historiques du conflit ukrainien.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques militaires et stratégiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue du conflit depuis février 2022.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées.
Sources
Sources primaires
État-major des Forces armées ukrainiennes – Publication Facebook officielle – 22 janvier 2026
Ukrinform – Ukraine’s forces strike multiple Russian air defense sites, Tamanneftegaz oil terminal – 22 janvier 2026
Commandement des Forces de systèmes sans pilote ukrainiennes – Déclarations via Telegram – janvier 2026
Sources secondaires
Kyiv Independent – Ukraine damages major Russian oil assets in New Year’s Eve strikes – 1er janvier 2026
United24 Media – Ukraine Destroys Russian Nebo-U Radar and Pantsir-S1 in Crimea Strike – 17 janvier 2026
Critical Threats / ISW – Russian Offensive Campaign Assessment – janvier 2026
Defence Express – Ukraine’s Defense Intelligence Confirms Strike on Russian An-26 Aircraft and Two Radars – décembre 2025
Wikipedia – Nebo (radar) – Données techniques sur les systèmes radar russes
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