La nouvelle orientation du Canada
Faace à cette nouvelle réalité, Mark Carney présente l’orientation stratégique du Canada sous son gouvernement. Il la décrit comme un « réalisme basé sur les valeurs« . Une formule qui résume parfaitement l’approche canadienne : rester fidèle aux principes tout en étant pragmatique dans la mise en œuvre. Le Canada maintient son engagement envers des valeurs fondamentales comme la souveraineté des États, l’intégrité territoriale, les droits humains et la prohibition de l’usage de la force en dehors du cadre de l’ONU. Mais il adopte en même temps une approche pragmatique aux relations internationales, reconnaissant que le progrès est souvent incrémental, que les intérêts divergent, que tous les partenaires ne partagent pas nos valeurs.
Le Canada s’engage largement, stratégiquement, les yeux ouverts. Il prend activement le monde tel qu’il est, n’attendant pas le monde tel qu’il souhaiterait qu’il soit. Le gouvernement canadien calibre ses relations de sorte que leur profondeur reflète ses valeurs. Il priorise l’engagement large pour maximiser son influence, compte tenu de la fluidité du monde, des risques que cela pose et des enjeux pour l’avenir. Cette approche se traduit par des actions concrètes sur plusieurs fronts. Depuis l’arrivée au pouvoir de Carney, le gouvernement a réduit les impôts sur les revenus, les plus-values et les investissements des entreprises. Il a éliminé toutes les barrières fédérales au commerce interprovincial. Il accélère des investissements de mille milliards de dollars dans l’énergie, l’intelligence artificielle, les minéraux critiques, de nouveaux corridors commerciaux et au-delà. Le Canada double ses dépenses de défense d’ici 2030 et le fait de manière à renforcer ses industries nationales.
J’aime beaucoup cette expression de « réalisme basé sur les valeurs ». C’est une façon intelligente de naviguer dans ce monde complexe. On reste fidèle à ce qu’on est, à ce en quoi on croit, mais on ne se laisse pas paralyser par l’idéalisme. On accepte le monde tel qu’il est, avec ses imperfections, ses contradictions, ses brutalités, et on agit quand même. On ne se cache pas derrière des principes abstraits pour éviter d’agir. On agit, mais on agit en restant fidèle à soi. C’est ce que j’appelle la compétence éthique. La capacité à agir efficacement dans un monde imparfait sans sacrifier son éthique. C’est quelque chose de rare aujourd’hui. Soit on a des idéalistes qui refusent de compromis et n’accomplissent rien. Soit on a des pragmatiques qui sacrifient tout à l’efficacité et perdent leur âme. Carney semble trouver cette voie étroite entre les deux. Et c’est une voie qui me semble indispensable si on veut changer quelque chose dans ce monde sans se perdre soi-même.
La diversification internationale
Le Canada se diversifie rapidement à l’étranger. Le gouvernement a conclu un partenariat stratégique global avec l’Union européenne, incluant l’adhésion à SAFE, les arrangements d’acquisition de défense européens. Il a signé douze autres accords commerciaux et de sécurité sur quatre continents au cours des six derniers mois. Ces derniers jours, le Canada a conclu de nouveaux partenariats stratégiques avec la Chine et le Qatar. Il négocie des pactes de libre-échange avec l’Inde, l’ASEAN, la Thaïlande, les Philippines, le Mercosur. Cette diplomatie active vise à créer un réseau dense de connexions qui permet au Canada de naviguer dans ce nouveau monde multipolaire.
Pour aider à résoudre les problèmes mondiaux, le Canada poursuit une « géométrie variable » : différentes coalitions pour différents problèmes, basées sur les valeurs et les intérêts. Sur l’Ukraine, le Canada est un membre central de la Coalition des volontaires et l’un des plus grands contributeurs par habitant à sa défense et sa sécurité. Sur la souveraineté arctique, le Canada se tient fermement aux côtés du Greenland et du Danemark et soutient pleinement leur droit unique de déterminer l’avenir du Groenland. Son engagement envers l’Article 5 de l’OTAN est inébranlable. Le Canada travaille avec ses alliés de l’OTAN, y compris les pays nordiques et baltes, pour sécuriser davantage les flancs nord et ouest de l’alliance, notamment par des investissements sans précédent dans le radar à longue portée, les sous-marins, les avions et les troupes au sol.
Cette diplomatie de « géométrie variable » me fascine. C’est reconnaître que le monde n’est pas noir ou blanc, qu’il n’y a pas d’amis ou d’ennemis absolus, que chaque situation exige une approche différente. C’est la fin des alliances rigides et dogmatiques. C’est l’avènement d’une diplomatie flexible, adaptable, intelligente. Certains diront que c’est du cynisme. Pour moi, c’est du réalisme. C’est reconnaître que dans ce monde complexe, on ne peut pas se permettre d’être dogmatique. On doit être capable de travailler avec tout le monde, sur tous les sujets, selon ce qui est nécessaire. Bien sûr, il y a des lignes rouges. Bien sûr, il y a des valeurs incompressibles. Mais entre ces lignes, il y a un espace immense de collaboration possible. Et c’est dans cet espace que le Canada semble vouloir jouer un rôle moteur. C’est une approche ambitieuse, peut-être trop ambitieuse. Mais au moins, c’est une approche qui essaie de faire quelque chose, qui essaie de construire plutôt que de détruire. Et ça, c’est déjà beaucoup dans ce monde destructeur.
Section 3 : La vérité avant tout
Vivre dans la vérité
Carney revient à l’essai de Havel pour expliquer ce que signifierait pour les puissances moyennes de « vivre dans la vérité« . Cela signifie nommer la réalité. Arrêter d’invoquer l' »ordre international basé sur des règles » comme s’il fonctionnait encore comme annoncé. Appeler le système ce qu’il est : une période où les plus puissants poursuivent leurs intérêts en utilisant l’intégration économique comme une arme de coercition. Cela signifie agir de manière cohérente. Appliquer les mêmes normes aux alliés et aux rivaux. Lorsque les puissances moyennes critiquent l’intimidation économique venant d’une direction mais restent silencieuses lorsqu’elle vient d’une autre, elles gardent l’enseigne dans la vitrine. Elles continuent de vivre dans le mensonge.
Cela signifie construire ce qu’on prétend croire. Plutôt que d’attendre que l’hégémon restaure un ordre qu’il est en train de démanteler, créer des institutions et des accords qui fonctionnent comme décrit. Et cela signifie réduire le levier qui permet la coercition. Construire une économie nationale forte devrait toujours être la priorité de chaque gouvernement. La diversification internationale n’est pas seulement de la prudence économique ; c’est la base matérielle d’une politique étrangère honnête. Les pays gagnent le droit de positions fondées sur des principes en réduisant leur vulnérabilité aux représailles. C’est cette autonomie qui donne la liberté de dire la vérité et d’agir en conséquence.
Ce passage est pour moi le plus puissant du discours. Carney nous appelle à la vérité. Pas à une vérité abstraite, philosophique. Mais à une vérité concrète, immédiate, courageuse. La vérité de dire les choses telles qu’elles sont. La vérité de ne plus faire semblant. La vérité de ne plus participer aux mensonges collectifs. C’est un appel à la dignité. À la dignité de refuser d’être complice. À la dignité de dire « non » quand il faut dire « non ». À la dignité de regarder la réalité en face sans baisser les yeux. C’est quelque chose de très dur à faire. Parce que dire la vérité a un prix. Parce que dire la vérité nous expose. Parce que dire la vérité nous rend vulnérables. Mais c’est aussi la seule façon d’être vraiment libre. La seule façon d’être vraiment vivant. Carney nous dit que la liberté commence par la vérité. Et il a raison. Sans vérité, il n’y a pas de liberté. Sans vérité, il n’y a que des esclaves qui font semblant d’être libres. Et c’est exactement ce que nous sommes devenus, dans une large mesure. Des esclaves qui font semblant d’être libres, qui mettent des enseignes dans nos vitrines et qui vivons dans le mensonge.
Les atouts du Canada
Le Canada dispose d’atouts considérables pour mettre en œuvre cette approche. Carney énumère fièrement ce que son pays offre au monde : « Le Canada a ce que le monde veut. » Le Canada est une superpuissance énergétique. Il détient d’immenses réserves de minéraux critiques. Il a la population la plus instruite au monde. Ses fonds de pension sont parmi les plus grands et les plus sophistiqués investisseurs au monde. Il a du capital, du talent, et un gouvernement avec une immense capacité fiscale d’agir de manière décisive. Et il a les valeurs vers lesquelles beaucoup d’autres aspirent. Le Canada est une société pluraliste qui fonctionne. Son espace public est bruyant, diversifié et libre. Les Canadiens restent engagés envers la durabilité. Ils sont un partenaire stable et fiable, dans un monde qui ne l’est pas du tout, un partenaire qui construit et valorise les relations à long terme.
Carney conclut son discours par un appel à l’action. Le Canada a pris l’enseigne hors de la vitrine. Le vieil ordre ne reviendra pas. On ne devrait pas le pleurer. La nostalgie n’est pas une stratégie, déclare-t-il avec force. Mais de la fracture peut naître quelque chose de meilleur, de plus fort, de plus juste. C’est la tâche des puissances moyennes, qui ont le plus à perdre d’un monde de forteresses et le plus à gagner d’un monde de coopération authentique. « Les puissants ont leur pouvoir« , conclut Carney. « Mais nous avons aussi quelque chose : la capacité de cesser de prétendre, de nommer la réalité, de construire notre force chez nous et d’agir ensemble. C’est la voie du Canada. Nous la choisissons ouvertement et avec confiance. Et c’est une voie largement ouverte à tout pays prêt à l’emprunter avec nous. »
Ce final me donne des frissons. Cette fierté canadienne, cette confiance tranquille dans ce que le Canada est et ce qu’il peut être, c’est quelque chose de rare aujourd’hui. La plupart des discours politiques sont marqués par la peur, par la défensive, par l’angoisse. Ici, on a un discours qui ose affirmer, oser croire, oser proposer. C’est un discours qui ne se contente pas de critiquer, qui propose une alternative. Une alternative positive, constructive, ambitieuse. Carney ne dit pas seulement ce qui ne va pas. Il dit ce qui pourrait aller mieux. Il dessine une vision d’un autre monde possible. Un monde où les puissances moyennes ne sont pas des victimes impuissantes, mais des acteurs autonomes. Un monde où la vérité n’est pas un luxe mais une nécessité. Un monde où la coopération est possible sans naïveté, sans idéalisme béat, mais avec intelligence et pragmatisme. C’est une vision qui me parle profondément. Une vision qui me donne envie de croire que quelque chose de meilleur est possible, même dans ce monde en ruine.
Section 4 : Les réactions mondiales
Une ovation rare
Le discours de Carney à Davos a reçu une réaction inhabituelle : une ovation debout de plusieurs minutes. Dans ce monde habitué à la diplomatie tiède et aux discours convenus, cette passion est notable. Les délégués ont été frappés par la franchise du Premier ministre canadien, par son refus de participer aux rituels habituels de l’hypocrisie internationale. Certains ont même qualifié son discours de « manifeste des peuples libres« , un appel à la résistance contre l’arbitraire des grandes puissances. Les réactions dans les médias internationaux ont été tout aussi enthousiastes. Le Toronto Star a titré sur cette « rare ovation debout » soulignant que Carney avait livré « la plus claire élucidation encore de sa vision pour les puissances moyennes comme le Canada dans un monde troublé et en changement« .
Cependant, tout le monde n’a pas accueilli le discours avec le même enthousiasme. Certains diplomates ont fait part de leurs réserves, estimant que Carney était trop critique envers les grandes puissances, notamment les États-Unis et la Chine. D’autres ont souligné que sa vision d’une coalition de puissances moyennes était difficile à mettre en œuvre dans la pratique, compte tenu des divergences d’intérêts entre ces pays. Les représentants américains à Davos ont manifesté leur irritation, estimant que le discours du Premier ministre canadien était une critique voilée de l’administration Trump et de ses politiques protectionnistes. Pourtant, malgré ces critiques, le discours de Carney a réussi à placer le sujet des puissances moyennes au centre des débats à Davos, un sujet qui avait longtemps été négligé dans les discussions internationales.
Cette ovation debout me touche énormément. Elle me dit que malgré tout, malgré le cynisme, malgré la fatigue, il y a encore des gens qui veulent entendre la vérité. Qui ont besoin d’entendre la vérité. Cette ovation, c’est comme un soupir de soulagement collectif. Enfin, quelqu’un dit les choses comme elles sont. Enfin, quelqu’un refuse de jouer le jeu du mensonge. Enfin, quelqu’un a le courage de dire que le roi est nu. C’est un moment rare dans la vie internationale, où tout est habituellement si calculé, si mesuré, si faux. Cette ovation, c’est un petit moment de grâce dans un monde sans grâce. Un moment où les masques tombent, où les enseignes s’effondrent, où la vérité brille enfin. Et c’est beau. C’est beau parce que c’est authentique. C’est beau parce que c’est humain. C’est beau parce que ça montre que malgré tout, l’humanité aspire à la vérité, aspire à la dignité, aspire à être autre chose que des acteurs dans une pièce mal écrite.
Section 5 : Les défis à venir
La mise en œuvre
Le véritable défi pour Carney et son gouvernement sera de transformer cette vision en réalité concrète. Les intentions sont louables, mais la mise en œuvre sera difficile. Le Canada doit naviguer entre les grandes puissances sans se mettre à dos aucune d’entre elles, tout en affirmant son autonomie. C’est un exercice d’équilibriste qui nécessite une diplomatie fine et une grande habileté politique. Les négociations commerciales avec l’Inde, l’ASEAN et le Mercosur seront complexes. Les relations avec la Chine et le Qatar devront être gérées avec soin pour éviter d’être perçues comme une menace par les États-Unis. L’OTAN attend des actions concrètes du Canada en matière de défense, et pas seulement des promesses.
À l’intérieur du Canada, Carney devra faire face à des défis économiques importants. La guerre commerciale avec les États-Unis pèse lourdement sur l’économie canadienne. Les tarifs douaniers américains sur l’acier et l’aluminium, ainsi que les contre-mesures canadiennes, ont déjà des conséquences sur l’industrie canadienne. Le gouvernement doit trouver un équilibre entre la protection de l’économie nationale et le maintien de relations constructives avec les États-Unis. Le programme d’investissements massifs dans l’énergie, l’intelligence artificielle et les minéraux critiques nécessitera des ressources considérables et une coordination efficace entre le gouvernement fédéral et les provinces. La mise en œuvre d’une diplomatie de « géométrie variable » exigera une flexibilité et une capacité d’adaptation constantes de la part des diplomates canadiens.
C’est là que le bât blesse, comme on dit. Les beaux discours, c’est bien. La réalité, c’est autre chose. Et la réalité, c’est que le Canada est dans une position précaire. Entre deux géants, les États-Unis et la Chine, il doit trouver sa voie sans se faire écraser. C’est un exercice dangereux, qui demande une finesse politique que tous les gouvernements n’ont pas. Carney semble avoir cette finesse, mais est-ce que ce sera suffisant ? Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que si le Canada échoue, ce ne sera pas seulement un échec pour le Canada. Ce sera un échec pour toutes les puissances moyennes qui espèrent trouver une alternative au modèle imposé par les grandes puissances. Ce sera la preuve que non, il n’y a pas de place pour l’autonomie, pour la dignité, pour la vérité dans ce monde. Que le choix est binaire : se soumettre ou disparaître. C’est pour ça que j’espère tellement que le Canada réussisse. Pas pour le Canada lui-même, mais pour tous ceux qui, partout dans le monde, aspirent à autre chose que la soumission ou la destruction.
Section 6 : Les leçons à tirer
Un modèle pour les puissances moyennes
Le discours de Carney et la stratégie qu’il propose offrent des leçons importantes pour d’autres puissances moyennes dans le monde. L’Union européenne, par exemple, fait face à des défis similaires en termes d’autonomie stratégique vis-à-vis des États-Unis et de la Chine. L’approche canadienne de « réalisme basé sur les valeurs » pourrait inspirer l’Europe dans ses propres relations internationales. Les pays d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie qui cherchent à naviguer entre les grandes puissances sans s’aligner exclusivement sur aucune d’entre elles pourraient également tirer des leçons de l’expérience canadienne. La diplomatie de « géométrie variable », avec des coalitions flexibles pour différents problèmes basées sur les valeurs et les intérêts, offre un modèle potentiellement applicable dans de nombreuses régions du monde.
Cependant, il est important de reconnaître que le Canada dispose d’atouts que beaucoup d’autres puissances moyennes n’ont pas. Sa géographie, ses ressources naturelles, sa proximité avec les États-Unis, son appartenance au Commonwealth et à la francophonie lui donnent une position unique que d’autres pays ne peuvent pas reproduire. La capacité du Canada à investir massivement dans sa défense et dans sa diversification internationale dépend de sa richesse relative et de sa stabilité politique. D’autres pays n’ont pas les mêmes ressources ou la même stabilité. Les leçons du modèle canadien devront donc être adaptées au contexte spécifique de chaque pays. Néanmoins, le principe fondamental reste valide : les puissances moyennes ne sont pas impuissantes, elles peuvent agir ensemble pour construire un ordre international qui reflète leurs valeurs et leurs intérêts.
C’est cette question de la reproductibilité qui me préoccupe. Le modèle canadien est-il vraiment exportable ? Ou est-ce qu’il dépend trop des spécificités du Canada, de sa richesse, de sa position géographique, de son histoire ? Je veux croire qu’il y a des principes universels dans l’approche de Carney. Le principe de la vérité, le principe de l’autonomie, le principe de la coopération entre égaux. Ce sont des principes qui pourraient s’appliquer partout, dans des contextes très différents. Mais la pratique, c’est autre chose. La pratique dépend des ressources, des alliances, des circonstances. Et la réalité, c’est que beaucoup de pays n’ont pas les mêmes possibilités que le Canada. Le défi sera donc de trouver comment adapter ces principes à des contextes très différents, avec des ressources très limitées. Ce n’est pas impossible, mais c’est un défi immense. Et c’est peut-être là que réside le véritable test de la vision de Carney : peut-elle s’adapter à d’autres contextes, ou est-elle condamnée à rester une spécificité canadienne, belle mais isolée ?
Section 7 : L'avenir de l'ordre international
Une nouvelle architecture possible
Le discours de Carney à Davos pose la question plus large de l’avenir de l’ordre international. L’ordre basé sur des règles qui a dominé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale est en crise. Les grandes puissances contournent de plus en plus les institutions internationales. Les conflits commerciaux et géopolitiques se multiplient. Dans ce contexte, plusieurs scénarios sont possibles. Le premier scénario est celui du monde de forteresses que Carney a décrit, où chaque pays se replie sur soi, construit des murs et poursuit ses intérêts de manière unilatérale. Ce scénario conduirait à un monde plus pauvre, plus fragile et moins durable. Le deuxième scénario est celui de l’hégémonie renouvelée, où une grande puissance, probablement les États-Unis ou la Chine, parvient à réimposer son ordre sur le monde. Le troisième scénario est celui d’un ordre multipolaire coopératif, basé sur des coalitions flexibles de puissances moyennes qui travaillent ensemble pour construire un ordre international plus juste et plus équilibré.
C’est ce troisième scénario que Carney appelle de ses vœux. Il reconnaît que ce scénario n’est pas garanti, qu’il nécessitera beaucoup de travail, de diplomatie et de coopération. Mais il croit que c’est le seul scénario qui offre un avenir durable. Les puissances moyennes ont un rôle crucial à jouer dans la construction de cet ordre multipolaire coopératif. Elles doivent cesser d’être des sujets passifs de la politique internationale et devenir des acteurs actifs. Elles doivent « retirer l’enseigne de la vitrine », cesser de participer aux rituels d’un ordre qui ne fonctionne plus, et commencer à construire quelque chose de nouveau. C’est un appel à l’action, à la responsabilité, au courage. Carney conclut son discours avec une note d’espoir : de la fracture actuelle peut naître un ordre international « plus fort, plus juste et plus honnête« , pourvu que les pays intermédiaires assument un rôle actif et coordonné.
Ce passage me laisse à la fois inspiré et inquiet. Inspiré par cette vision d’un ordre multipolaire coopératif, plus juste, plus équilibré. Un ordre où tous les pays ont leur place, où la voix des petits et des moyens compte autant que celle des grands. C’est une vision magnifique, presque utopique. Mais c’est cette utopie qui m’inquiète. Parce que l’utopie, c’est beau sur le papier, mais c’est difficile à réaliser dans la réalité. Les intérêts contradictoires, les rivalités historiques, les logiques de puissance, tout cela travaille contre cette vision coopérative. Et pourtant, j’ai envie d’y croire. Parce que l’alternative, c’est le monde de forteresses, c’est la guerre, c’est la misère. C’est un monde où personne ne gagne vraiment. Alors oui, je veux croire que cette vision est possible. Pas parce que je suis naïf, mais parce que je suis obligé de croire pour ne pas désespérer. Parce que l’espoir, même fragile, même incertain, est préférable au désespoir. Et parce que parfois, parfois, les utopies deviennent réalité. Pourquoi pas celle-là ?
Conclusion : Un appel à la dignité
La fin de la passivité
Le discours de Mark Carney à Davos sera peut-être remembered comme un tournant dans l’histoire des relations internationales. Non pas parce qu’il a proposé des solutions magiques à tous les problèmes du monde, mais parce qu’il a eu le courage de dire la vérité. Il a dit ce que beaucoup pensaient mais n’osaient pas dire. Il a nommé la réalité de la rupture de l’ordre international, de l’échec des institutions multilatérales, de l’arbitraire des grandes puissances. Il a appelé les puissances moyennes à cesser d’être des victimes passives et à devenir des acteurs autonomes. C’est un appel à la dignité, à la responsabilité, au courage. C’est un appel à « vivre dans la vérité », pour reprendre l’expression de Havel.
Cependant, le véritable test ne sera pas dans les mots, mais dans les actions. Le Canada devra montrer par ses actes que sa vision n’est pas qu’un beau discours mais une stratégie réelle et efficace. D’autres puissances moyennes devront se joindre à cette démarche et construire ensemble les coalitions flexibles que Carney appelle de ses vœux. Les institutions internationales devront être réformées ou remplacées par des arrangements qui fonctionnent réellement. Les grandes puissances devront être confrontées à la réalité que leur domination n’est ni éternelle ni incontestée. C’est un processus long et difficile, qui exigera de la patience, de la diplomatie et du courage. Mais c’est un processus nécessaire si nous voulons éviter le scénario du monde de forteresses et construire un avenir plus juste et plus durable.
En écoutant ce discours, en relisant ces mots, je sens quelque chose se réveiller en moi. Une espèce d’espoir que je croyais éteint. Un espoir dans la possibilité d’un autre monde. Un monde où la dignité n’est pas un mot vide. Un monde où la vérité a sa place. Un monde où les petits comptent autant que les grands. Ce n’est pas un espoir aveugle ou naïf. Je sais que les obstacles sont immenses. Je sais que les intérêts contradictoires sont puissants. Je sais que la logique de puissance est implacable. Mais malgré tout, malgré tout ça, j’ai envie de croire. Parce que ce discours me dit que je ne suis pas seul dans cette croyance. Qu’il y a d’autres gens qui refusent la résignation. Qui refusent le mensonge. Qui refusent la soumission. Et ça, ça change tout. Parce que si nous ne sommes pas seuls, alors nous avons une chance. Une chance minime peut-être, mais une chance quand même. Et dans ce monde qui s’effondre, une chance, c’est énorme.
Sources
Sources primaires
Discours de Mark Carney au Forum économique mondial de Davos, Suisse, 20 janvier 2026. Transcription complète publiée par le Toronto Star, 21 janvier 2026.
Sources secondaires
« Si nous ne sommes pas à la table, nous sommes au menu ». Le puissant discours de Mark Carney, Premier ministre du Canada. SAPO, 21 janvier 2026.
Mark Carney earned a rare standing ovation in Davos. Read the full text of his speech here. Toronto Star, 20 janvier 2026.
Mark Carney is Canada’s next prime minister – for now. POLITICO, 14 mars 2025.
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