Un mécanisme conçu pour empêcher la fuite
La proposition de loi californienne n’est pas une simple taxe sur les revenus. C’est une taxe sur la fortune, sur l’ensemble des actifs d’un individu — actions, entreprises, investissements — à l’exception notable de l’immobilier, qui est déjà soumis aux taxes foncières. Le taux de 5% s’appliquerait une seule fois, sur la valeur nette totale des résidents californiens dont la fortune dépasse le milliard de dollars au 1er janvier 2026. Et c’est là que les choses deviennent intéressantes. La date d’effet est rétroactive. Quiconque était résident de Californie au 1er janvier 2026 devra payer cette taxe, même s’il déménage ensuite. Les avocats fiscalistes ont immédiatement compris le message. « La raison pour laquelle ils ont fait ça est évidente », explique Christopher Manes, du cabinet Manes Law. « S’ils avaient fixé la date en novembre, après le vote, vous auriez eu 200 personnes qui auraient pu partir à temps et économiser des milliards. »
Le syndicat SEIU-UHW qui porte l’initiative ne cache pas ses intentions. La date rétroactive vise à s’assurer que les milliardaires « ne puissent pas échapper à leur responsabilité en déplaçant leurs actifs ou en réclamant une résidence ailleurs ». L’initiative doit encore recueillir plus de 870 000 signatures pour figurer sur le bulletin de vote de novembre 2026. Si elle est approuvée par les électeurs, les milliardaires devront s’acquitter de leur taxe en 2027, avec la possibilité d’étaler les paiements sur cinq ans moyennant un coût supplémentaire. Pour Jensen Huang, avec une fortune estimée à 164 milliards, cela représenterait environ 8,2 milliards de dollars. Pour Larry Ellison, fondateur d’Oracle, dont la fortune atteint 192 milliards, la facture grimperait à 9,6 milliards. Pour Larry Page, cofondateur de Google, ce serait 7,2 milliards sur ses 144 milliards estimés.
Il y a quelque chose de fascinant dans la réaction de ces titans de la tech face à cette taxe. Certains fuient. D’autres menacent. Et puis il y a Jensen Huang, qui hausse les épaules. « Qu’il en soit ainsi. » Je ne sais pas si c’est de l’arrogance, de la sagesse, ou simplement l’incapacité de concevoir ce que représentent vraiment ces sommes. Quand vous valez 164 milliards, 8 milliards représentent moins de 5% de votre fortune. C’est comme demander à quelqu’un qui a 100 dollars en poche de donner 5 dollars. Sauf que ces 5 dollars, pour Huang, pourraient financer des hôpitaux entiers. Des écoles. Des programmes alimentaires pour des millions de personnes. Et lui, il n’y pense pas. Pas une seule fois.
L’exode des milliardaires a déjà commencé
Pendant que Jensen Huang affiche sa sérénité, d’autres milliardaires californiens font leurs valises. Peter Thiel, cofondateur de PayPal et de Palantir, dont la fortune est estimée à 27,5 milliards de dollars, a annoncé fin décembre 2025 qu’il avait « établi une présence significative à Miami ces dernières années », maintenant une résidence personnelle dans la ville depuis 2020. Son cabinet d’investissement Thiel Capital a ouvert un bureau en Floride. David Sacks, le milliardaire investisseur en capital-risque et conseiller de la Maison-Blanche sur l’IA, a déménagé à Austin, au Texas, en décembre 2025. Son fonds Craft Ventures y a ouvert de nouveaux bureaux. Des documents publics consultés par plusieurs médias montrent que des entités commerciales liées à Larry Page ont été transférées hors de Californie en décembre, juste avant la date fatidique du 1er janvier.
La réaction du représentant démocrate Ro Khanna, qui représente une partie de la Silicon Valley au Congrès, a été cinglante. Partageant un article sur les départs de milliardaires sur X, il a cité une phrase attribuée au président Franklin Roosevelt, qui l’utilisait pour répondre aux riches critiques de ses politiques fiscales du New Deal : « Ils me manqueront beaucoup. » Même le gouverneur Gavin Newsom, pourtant démocrate, s’oppose à la mesure. « Cela sera défait. Il n’y a aucun doute dans mon esprit », a-t-il déclaré au New York Times, qualifiant la proposition de « vraiment dommageable » et de « mauvaise économie ». Il craint qu’une taxe sur la fortune, contrairement à l’impôt progressif sur le revenu qui taxe déjà les plus riches au taux le plus élevé du pays en Californie, ne fasse fuir les entrepreneurs et le capital.
Section 3 : Le contraste qui dérange
Des infirmières qui se battent, des milliardaires qui haussent les épaules
Derrière cette initiative de taxe sur les milliardaires, il y a des visages. Des mains. Des vies. Le SEIU-UHW représente des dizaines de milliers de travailleurs de la santé en Californie — des infirmières, des aides-soignants, des techniciens de laboratoire. Ces femmes et ces hommes ont vu de leurs propres yeux ce que signifient les coupes budgétaires dans les hôpitaux. Des patients qui n’ont plus accès à certains traitements. Des services d’urgence débordés. Des collègues licenciés. La loi budgétaire républicaine prévoit environ 1 000 milliards de dollars de coupes dans Medicaid sur la prochaine décennie. Pour la Californie, cela représente une perte estimée à 190 milliards de dollars pour Medi-Cal, le programme de santé pour les personnes à faibles revenus. 190 milliards. C’est plus que le double de ce que la taxe sur les milliardaires pourrait rapporter.
« Nous demandons aux milliardaires de Californie de se mobiliser et de payer une taxe unique d’urgence de 5% pour empêcher l’effondrement du système de santé californien », peut-on lire sur le site de la campagne. L’argent serait affecté à 90% aux soins de santé, le reste allant à l’éducation et aux programmes d’aide alimentaire. Pendant ce temps, Jensen Huang dit qu’il n’y a « pas pensé une seule fois ». Pendant ce temps, Peter Thiel déménage à Miami. Pendant ce temps, Larry Page transfère ses sociétés hors de l’État. Selon les promoteurs de l’initiative, les 200 milliardaires concernés possèdent une fortune combinée de 2 000 milliards de dollars. Leur richesse a presque triplé au cours des six dernières années. Une taxe de 5% ne les appauvrira pas. Elle ne changera pas leur quotidien. Elle ne les empêchera pas de vivre dans des demeures de plusieurs dizaines de millions de dollars ou de voyager en jet privé.
Je pense à cette infirmière californienne qui travaille de nuit dans un hôpital public. Elle gagne peut-être 70 000 dollars par an. Elle paie ses impôts. Elle cotise pour sa retraite. Elle s’inquiète de savoir si elle pourra envoyer ses enfants à l’université. Et quelque part, dans une villa de Los Altos Hills, Jensen Huang ne pense « pas une seule fois » à une facture de 8 milliards de dollars. Ce n’est pas une question de jalousie. Ce n’est pas une question de mérite — Huang a construit quelque chose d’extraordinaire, personne ne peut le nier. C’est une question de proportion. De mesure. De ce que ça signifie de vivre dans une société où certains peuvent ne « pas penser » à des sommes qui transformeraient la vie de millions d’autres.
Une fortune bâtie sur l’infrastructure collective
Les défenseurs de la taxe font valoir un argument simple mais puissant : les milliardaires californiens ont bâti leurs fortunes en s’appuyant sur les ressources de l’État. Les routes qui mènent à leurs bureaux. Les universités qui forment leurs ingénieurs — Stanford, Berkeley, UCLA. Les tribunaux qui protègent leurs brevets. Les réseaux électriques qui alimentent leurs data centers. L’infrastructure qui permet à Internet de fonctionner. Tout cela a été construit et maintenu grâce aux impôts payés par des générations de Californiens. « Il est donc nécessaire et équitable de demander à ceux qui ont le plus bénéficié des ressources de la Californie de contribuer proportionnellement au soutien des soins de santé, de l’éducation et de la nutrition », peut-on lire dans le texte de l’initiative.
Pourtant, les milliardaires paient proportionnellement moins d’impôts que les travailleurs ordinaires. Une étude du National Bureau of Economic Research citée dans les documents de l’initiative révèle que les infirmières, les enseignants, les pompiers et les travailleurs de la tech paient des impôts sur la quasi-totalité de leurs revenus. Les milliardaires, eux, peuvent protéger d’énormes sommes de l’impôt. Leurs principaux actifs — actions, entreprises, immobilier — prennent de la valeur année après année, mais cette croissance n’est taxée qu’au moment de la vente. Et les milliardaires n’ont souvent pas besoin de vendre. Ils empruntent contre leurs actifs pour financer leur train de vie, évitant ainsi l’impôt sur les plus-values. Jensen Huang détient 3,5% de Nvidia. Tant qu’il ne vend pas ses actions, il ne paie pas d’impôt sur leur valorisation astronomique. Sa fortune peut tripler, quadrupler, quintupler — et pas un centime ne va au trésor public.
Section 4 : L'homme derrière la fortune
Du restaurant Denny’s à l’empire de l’IA
Jensen Huang est né à Taïwan en 1963. Son enfance a été marquée par les déplacements — Taïwan, Thaïlande, puis les États-Unis où ses parents l’ont envoyé vivre chez des proches pour fuir l’instabilité politique. À neuf ans, il a atterri dans une école réformatoire au Kentucky — ses proches avaient cru l’inscrire dans une école privée respectable. Il a appris à se débrouiller, à s’adapter, à survivre. Des années plus tard, il a retrouvé sa famille dans l’Oregon, où il est devenu un joueur de tennis de table classé nationalement avant de se tourner vers l’ingénierie. Il a rencontré sa femme Lori à l’Oregon State University, où ils étaient partenaires de laboratoire. Après un master à Stanford et des passages chez AMD et LSI Logic, il a cofondé Nvidia à 30 ans avec deux amis ingénieurs, Chris Malachowsky et Curtis Priem.
L’histoire de Nvidia est celle d’une entreprise qui a frôlé la faillite plusieurs fois avant de devenir le géant qu’elle est aujourd’hui. Les trois cofondateurs se réunissaient dans un Denny’s local pour planifier leur entreprise — un restaurant où Huang avait travaillé comme plongeur adolescent, gagnant 2,65 dollars de l’heure. « Si nous avions réalisé la douleur et la souffrance, à quel point vous allez vous sentir vulnérable, et les défis que vous allez endurer, l’embarras et la honte, et la liste de toutes les choses qui vont mal, je ne pense pas que quiconque lancerait une entreprise », a-t-il confié au podcast Acquired. « C’est le super-pouvoir d’un entrepreneur. Il ne sait pas à quel point c’est difficile, et il se demande seulement : ‘À quel point ça peut être dur ?’ » Trente ans plus tard, l’homme qui ne savait pas « à quel point ça pouvait être dur » vaut 164 milliards de dollars.
Une fortune construite sur la révolution de l’IA
La véritable explosion de la fortune de Jensen Huang date de 2022. C’est l’année où ChatGPT a été lancé et où le monde a soudain réalisé que l’intelligence artificielle allait tout changer. Et pour faire tourner ces modèles d’IA, il faut des processeurs graphiques — les GPU dont Nvidia a le quasi-monopole. Chaque entreprise technologique qui veut entraîner un modèle d’IA a besoin des puces de Nvidia. OpenAI, Anthropic, Google, Meta, Microsoft — tous dépendent de Nvidia. La demande a explosé. Le cours de l’action aussi. En 2020, Nvidia valait environ 300 milliards de dollars. Aujourd’hui, sa capitalisation dépasse les 5 000 milliards, faisant d’elle la première entreprise au monde à atteindre ce seuil. L’action a grimpé de plus de 4 200% en sept ans. Et comme Huang détient 3,5% des actions, sa fortune a suivi la même trajectoire vertigineuse.
Près de 96% de la richesse actuelle de Jensen Huang a été construite après 2020. En une seule année, 2024, sa fortune a triplé. Entre 2023 et 2025, elle a quadruplé, augmentant d’environ 132 milliards de dollars. C’est l’une des ascensions les plus fulgurantes de l’histoire des affaires. Et tout cela vient d’une seule source : les actions Nvidia. Contrairement à d’autres milliardaires qui diversifient leurs investissements, Huang a tout misé sur son entreprise. Un pari extraordinairement risqué qui s’est avéré extraordinairement payant. Mais cette concentration signifie aussi que sa fortune est entièrement liée au cours de l’action Nvidia. Si le marché de l’IA s’effondre, si un concurrent émerge, si la demande de puces ralentit — sa fortune pourrait fondre aussi vite qu’elle a grimpé. Peut-être est-ce pour cela qu’il ne « pense pas » à une taxe de 8 milliards. Quand votre fortune peut varier de plusieurs milliards en une seule journée de bourse, que représentent quelques milliards de plus ou de moins ?
Je regarde le parcours de Jensen Huang et je vois un immigrant qui a construit quelque chose d’extraordinaire à partir de rien. Le gamin qui nettoyait les assiettes chez Denny’s est devenu l’architecte de la révolution de l’IA. C’est une histoire américaine, dans ce qu’elle a de plus inspirant. Mais c’est aussi une histoire qui interroge. Parce que cette fortune colossale n’a pas été créée dans le vide. Elle a été rendue possible par des décennies d’investissement public dans la recherche, l’éducation, l’infrastructure. Stanford, où Huang a obtenu son master, est une université privée — mais elle a reçu des milliards de dollars de financement fédéral pour la recherche. Les puces Nvidia sont fabriquées par TSMC à Taïwan, dans des usines qui ont bénéficié de subventions gouvernementales massives. La question n’est pas de savoir si Huang mérite sa fortune. La question est de savoir quelle est sa part de responsabilité envers la société qui a rendu cette fortune possible.
Section 5 : La bataille juridique à venir
Une taxe constitutionnellement fragile
Les avocats fiscalistes sont unanimes : si la taxe sur les milliardaires est adoptée, elle sera immédiatement contestée devant les tribunaux. Plusieurs arguments juridiques sont déjà avancés. Le premier concerne la rétroactivité de la mesure. Imposer une taxe à des personnes qui étaient résidentes au 1er janvier 2026, alors que la loi n’entrerait en vigueur qu’après le vote de novembre, pose des questions de due process — le droit à une procédure équitable garanti par la Constitution américaine. La Cour suprême a indiqué que le test habituel de « base rationnelle » pourrait ne pas s’appliquer quand il s’agit de créer « une taxe entièrement nouvelle ». Or, la Californie n’a jamais eu de taxe sur la fortune. Le second argument porte sur le bill of attainder — une loi qui cible des individus spécifiques et leur impose une punition sans procès. L’initiative vise explicitement un groupe de « 200 milliardaires environ ». Elle ne prévoit pas de procès pour déterminer le montant de la taxe.
Les partisans de la taxe ont anticipé ces objections. Le texte de l’initiative prévoit des mécanismes pour atténuer les risques de double imposition avec d’autres juridictions. Il offre également deux méthodes de calcul pour répartir la taxe entre les différentes résidences. Mais les défis constitutionnels restent réels. La Constitution californienne elle-même limite actuellement les taxes sur certains biens immatériels à 0,4%. C’est pourquoi l’initiative propose d’amender la Constitution de l’État, et pas seulement d’adopter une nouvelle loi. « Nous ne pouvons pas imposer une taxe unique de 5% sur la fortune des milliardaires sans amender la Constitution », reconnaissent les auteurs de la proposition. Cette complexité juridique signifie que même si les électeurs approuvent la mesure en novembre 2026, des années de bataille judiciaire pourraient s’écouler avant qu’un seul dollar ne soit collecté.
Le précédent qui inquiète les autres États
Ce qui se passe en Californie ne reste jamais en Californie. L’État le plus peuplé et le plus riche du pays sert souvent de laboratoire pour les politiques qui se répandent ensuite dans le reste du pays. Si la taxe sur les milliardaires est adoptée et survit aux contestations juridiques, d’autres États pourraient suivre. New York, Massachusetts, Washington — plusieurs États démocrates ont déjà envisagé des propositions similaires. C’est précisément ce qui inquiète les opposants à la mesure. Le gouverneur Newsom l’a dit clairement : « C’est une chose d’avoir un prisme national, et vous pouvez parler de 50 États. C’est autre chose quand vous êtes en concurrence avec 49 autres États. » Il serait plus ouvert à une taxe similaire au niveau fédéral, où tous les États seraient sur un pied d’égalité. Mais au niveau d’un seul État, il craint un exode des capitaux et des talents.
L’argument de la « fuite des riches » est aussi vieux que l’imposition elle-même. Mais les données empiriques sont plus nuancées que ne le suggèrent les menaces de départ. Une étude citée dans les documents de l’initiative conclut que « le poids des preuves suggère que les super-riches ne déménagent généralement pas à cause des impôts ». Les liens sociaux, les réseaux professionnels, les préférences personnelles pèsent souvent plus lourd que les considérations fiscales. Et c’est précisément ce que suggère la réponse de Jensen Huang. « Nous travaillons dans la Silicon Valley parce que c’est là que se trouve le bassin de talents », a-t-il expliqué. « Partout où il y a du talent, nous avons des bureaux. » Pour Nvidia, quitter la Californie signifierait s’éloigner de l’écosystème qui a fait son succès — Stanford, Berkeley, des milliers d’ingénieurs spécialisés en IA, des décennies de culture d’innovation. Certains milliardaires peuvent partir. Mais l’industrie qu’ils ont construite ne peut pas être déplacée aussi facilement.
Section 6 : L'IA, la fortune et l'avenir
Siemens, Nvidia et l’usine du futur
L’interview où Jensen Huang a prononcé sa phrase désormais célèbre n’était pas consacrée aux impôts. Elle portait sur l’avenir de l’intelligence artificielle dans l’industrie. Huang était aux côtés de Roland Busch, le PDG de Siemens, pour discuter de leur partenariat visant à intégrer l’IA dans les opérations d’usine. « Cette technologie est déjà en place et elle fonctionne », a expliqué Busch. Les deux entreprises travaillent ensemble pour permettre aux fabricants de créer des « jumeaux numériques » de leurs installations — des simulations virtuelles qui permettent de tester et d’optimiser les processus avant de les déployer physiquement. C’est l’avenir de la production industrielle. Et cet avenir est alimenté par les puces Nvidia.
La demande pour ces puces ne montre aucun signe de ralentissement. Chaque entreprise qui veut utiliser l’IA a besoin de la technologie Nvidia. Chaque centre de données qui traite des requêtes pour ChatGPT ou d’autres assistants IA est équipé de processeurs Nvidia. Chaque voiture autonome en développement utilise des systèmes Nvidia. Cette position dominante est le résultat de décennies de travail et d’investissement. Huang a fait le pari de l’IA bien avant que le reste du monde ne réalise son potentiel. Maintenant, tout le monde le rattrape — et tous doivent acheter ses puces pour le faire. C’est cette position qui a fait de Huang l’un des hommes les plus riches du monde. Et c’est cette position qui lui permet de dire qu’il n’a « pas pensé » à une facture de 8 milliards de dollars. Parce que tant que l’IA continue de croître, sa fortune continuera de croître aussi. 8 milliards aujourd’hui pourraient être 10 milliards demain — et représenter toujours le même pourcentage de sa fortune toujours grandissante.
Il y a une ironie profonde dans cette situation. L’intelligence artificielle que Jensen Huang a contribué à créer pourrait bien éliminer des millions d’emplois dans les années à venir. Les usines « intelligentes » dont il parle avec Siemens auront besoin de moins de travailleurs humains. Les camions autonomes remplaceront les chauffeurs. Les assistants IA remplaceront les agents de service client. Et quand ces travailleurs perdront leurs emplois, ils auront besoin de filets de sécurité sociale — santé, éducation, aide alimentaire. Exactement ce que la taxe sur les milliardaires est censée financer. C’est comme si Huang construisait le monde qui rendra ces programmes sociaux indispensables, tout en haussant les épaules à l’idée de les financer.
Deux dirigeants Nvidia déjà touchés
Jensen Huang n’est pas le seul dirigeant de Nvidia concerné par la taxe californienne. Selon le Bloomberg Billionaires Index, la directrice financière Colette Kress et le vice-président exécutif des opérations mondiales Jay Puri ont franchi le seuil du milliard de dollars de fortune personnelle en juillet 2025. Leur richesse provient principalement de leurs participations au capital de l’entreprise, qui ont bénéficié de l’envolée de l’action Nvidia au premier semestre 2025. Ils seraient donc également assujettis à la taxe de 5%. Pour ces deux dirigeants moins médiatisés que Huang, la facture serait proportionnellement plus lourde. Une taxe de 50 millions de dollars sur une fortune d’un milliard représente le même 5% mathématiquement — mais psychologiquement, émotionnellement, c’est une réalité très différente de 8 milliards sur 164 milliards.
Cette situation illustre un phénomène plus large. L’explosion des valorisations technologiques a créé une nouvelle génération de milliardaires en Californie. Selon les estimations, l’État a gagné environ 50 nouveaux milliardaires rien qu’en 2025, principalement grâce à l’IA. Beaucoup sont des cadres et des ingénieurs d’entreprises comme Nvidia, OpenAI, Anthropic ou des start-ups d’IA en pleine croissance. Ils n’ont pas fondé ces entreprises — ils y ont simplement travaillé et ont reçu des actions comme partie de leur rémunération. Maintenant, ces actions valent des fortunes. Et ces fortunes pourraient bientôt être taxées. Les conseillers fiscaux californiens rapportent une affluence record de nouveaux clients depuis l’annonce de la proposition de taxe. Tout le monde cherche à comprendre ses options — et ses risques.
Section 7 : La question de la justice
Qu’est-ce qu’une juste contribution ?
Au cœur du débat sur la taxe californienne sur les milliardaires se trouve une question aussi vieille que la civilisation : qu’est-ce qu’une contribution juste ? Les partisans de la taxe citent un argument simple. Les milliardaires ont vu leur fortune presque tripler en six ans. Une taxe unique de 5% ne fera que « mettre une contrainte de 5% sur leur accumulation de richesse », comme le formule Omar Ocampo, chercheur à l’Institute for Policy Studies. Après avoir payé cette taxe, les milliardaires californiens « continueront d’accumuler des fortunes toujours plus grandes ». De l’autre côté, les opposants invoquent le droit de propriété et la liberté économique. Taxer la fortune — et pas seulement les revenus — revient à confisquer des actifs que les propriétaires ont légitimement acquis. C’est, disent-ils, une atteinte aux fondements mêmes de l’économie de marché.
Palmer Luckey, le fondateur d’Oculus et milliardaire de la tech, a exprimé sa frustration sur X. « J’ai fait mon argent avec ma première entreprise, payé des centaines de millions de dollars d’impôts dessus, utilisé le reste pour lancer une deuxième entreprise qui emploie six mille personnes et maintenant moi et mes cofondateurs devons d’une manière ou d’une autre trouver des milliards de dollars en cash », a-t-il écrit. Son argument touche un point sensible. La fortune de nombreux milliardaires de la tech existe principalement sur le papier — en actions qu’ils ne peuvent pas facilement vendre sans faire chuter le cours et sans déclencher d’autres obligations fiscales. Leur demander de payer 5% de leur fortune en espèces pourrait les forcer à vendre des quantités massives d’actions, potentiellement déstabilisant leurs entreprises et les marchés.
Quand Palmer Luckey dit qu’il a « payé des centaines de millions de dollars d’impôts », j’entends l’écho d’un argument aussi vieux que l’impôt lui-même. J’ai déjà donné. J’ai fait ma part. Laissez-moi tranquille. Mais combien de travailleurs ordinaires peuvent dire la même chose ? Combien d’infirmières, d’enseignants, de pompiers peuvent affirmer avoir « déjà payé » et demander une exemption ? Personne ne nie que les milliardaires paient des impôts. La question est de savoir s’ils paient leur juste part — proportionnellement à ce qu’ils possèdent et aux bénéfices qu’ils tirent de la société. Et quand on voit Jensen Huang dire qu’il n’a « pas pensé » à une facture de 8 milliards, on se demande si cette question a même un sens pour quelqu’un de ce niveau de richesse. Comment penser à la « juste part » quand les sommes en jeu dépassent tellement l’entendement qu’elles deviennent abstraites ?
Le dernier mot aux électeurs
En fin de compte, ce ne seront ni les avocats, ni les économistes, ni les milliardaires qui décideront du sort de cette taxe. Ce seront les électeurs californiens — des millions de personnes ordinaires qui iront aux urnes en novembre 2026. Si l’initiative recueille suffisamment de signatures pour figurer sur le bulletin, chaque Californien aura son mot à dire. Les sondages préliminaires suggèrent que la mesure pourrait bénéficier d’un soutien populaire significatif. L’inégalité des richesses est devenue un sujet de préoccupation croissant, et l’idée de faire payer les plus riches pour financer les services publics a une résonance émotionnelle puissante. Mais les campagnes politiques peuvent changer les opinions. Les opposants à la taxe auront des ressources considérables pour faire valoir leurs arguments. Et l’histoire a montré que les propositions perçues comme radicales peuvent effrayer les électeurs modérés au dernier moment.
Ce qui est certain, c’est que cette bataille ne fait que commencer. La Californie est en train de mener une expérience inédite — tenter de taxer la fortune des ultra-riches à l’échelle d’un État, dans un pays où la mobilité est une valeur fondamentale et où déménager vers un État voisin est aussi simple que de changer de rue. Le résultat de cette expérience aura des conséquences bien au-delà des frontières californiennes. Il déterminera si les États peuvent effectivement taxer les grandes fortunes, ou si la menace de la fuite des capitaux rendra toute tentative de ce type vouée à l’échec. Et au milieu de tout cela, Jensen Huang continue de diriger Nvidia, de développer l’IA, et de ne « pas penser » à sa facture fiscale potentielle de 8 milliards de dollars. Chacun ses priorités.
Conclusion : L'indifférence comme révélateur
Ce que dit vraiment la réponse de Huang
La phrase de Jensen Huang restera peut-être comme l’une des plus révélatrices de notre époque. « Je n’y ai même pas pensé une seule fois. » En sept mots, il a cristallisé l’immense fossé qui sépare les ultra-riches du reste de l’humanité. Ce n’est pas une question de méchanceté ou d’arrogance. Huang semble sincère quand il dit être « parfaitement d’accord » avec la taxe. Il ne menace pas de partir. Il ne fustige pas les politiciens. Il hausse simplement les épaules et dit que ça ne le préoccupe pas. Et c’est peut-être ça le plus troublant. Parce que 8 milliards de dollars préoccuperaient n’importe qui d’autre sur la planète. Cette somme représente plus que le PIB de dizaines de pays. Elle pourrait financer des hôpitaux, des écoles, des programmes alimentaires pour des millions de personnes. Mais pour quelqu’un qui vaut 164 milliards, c’est un détail administratif. Pas même digne d’y penser.
On peut admirer le détachement de Huang. On peut y voir une forme de sagesse — ne pas s’inquiéter de ce qu’on ne peut pas contrôler, se concentrer sur ce qui compte vraiment. Mais on peut aussi y voir le symptôme d’un système qui a perdu toute mesure. Quand la fortune d’un seul individu dépasse le PIB de la plupart des nations, quand une facture de 8 milliards n’est « pas pensée une seule fois », quand des travailleurs de la santé doivent se battre pour financer des programmes sociaux pendant que des milliardaires déménagent à Miami pour éviter les impôts — quelque chose ne fonctionne plus. La taxe californienne sur les milliardaires ne résoudra pas ces problèmes structurels. Elle ne comblera pas le fossé des inégalités. Elle ne changera pas fondamentalement la façon dont notre économie répartit les richesses. Mais elle pose une question que nous ne pouvons plus éviter : dans une société démocratique, quelle est la responsabilité des plus fortunés envers le bien commun ?
Je repense à Jensen Huang, le gamin de neuf ans débarquant seul aux États-Unis, atterrissant par erreur dans une école réformatoire du Kentucky. Le jeune homme qui nettoyait les assiettes chez Denny’s pour 2,65 dollars de l’heure. L’ingénieur qui a fondé une entreprise dans un restaurant avec 40 000 dollars d’économies. Et maintenant, le milliardaire qui ne « pense pas » à 8 milliards de dollars. Quel voyage extraordinaire. Quelle trajectoire incroyable. Mais quelque part entre le plongeur et le titan, quelque chose s’est peut-être perdu. La capacité de concevoir ce que ces sommes représentent pour les gens ordinaires. L’empathie avec ceux qui comptent chaque dollar. La conscience que la fortune, aussi méritée soit-elle, vient avec des responsabilités. Huang dit ne pas y avoir pensé. Peut-être devrait-il y penser. Au moins une fois.
La suite appartient à tous
Dans les mois qui viennent, la Californie décidera si elle veut devenir le premier État américain à imposer une taxe sur la fortune des milliardaires. Les signatures seront collectées. Les arguments seront échangés. Les avocats prépareront leurs recours. Et les électeurs trancheront. Quelle que soit l’issue, cette bataille aura marqué un tournant dans le débat américain sur l’inégalité et la fiscalité. Pour la première fois, une proposition concrète de taxer les grandes fortunes est sur le point d’être soumise au vote populaire. Les milliardaires ne sont plus intouchables. Leurs fortunes ne sont plus au-dessus de la discussion démocratique. Et même Jensen Huang, avec son indifférence affichée, a dû répondre à la question. Même lui a dû prendre position, ne serait-ce que pour dire qu’il n’y avait « pas pensé ».
Le vote de novembre 2026 ne sera pas seulement un référendum sur une taxe. Ce sera un référendum sur le genre de société que les Californiens — et par extension les Américains — veulent construire. Une société où les ultra-riches peuvent accumuler des fortunes illimitées sans jamais avoir à y penser ? Ou une société où même les plus fortunés contribuent proportionnellement au bien commun ? La réponse appartient aux citoyens. Pas aux milliardaires. Pas aux avocats. Pas aux économistes. Aux citoyens ordinaires qui se rendront aux urnes et exprimeront leur vision de la justice. Jensen Huang n’y a pas pensé une seule fois. À eux d’y penser pour lui.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques économiques, fiscales et politiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies des acteurs économiques, à comprendre les mouvements de richesse à l’échelle globale, à contextualiser les décisions des milliardaires et des gouvernements, et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : interview Bloomberg Television de Jensen Huang (janvier 2026), document officiel de l’initiative 25-0024A1 déposé auprès du procureur général de Californie, analyse du Legislative Analyst’s Office de Californie, données du Forbes Billionaires Index et du Bloomberg Billionaires Index.
Sources secondaires : CNBC, TIME Magazine, Yahoo Finance, Benzinga, Fox Business, New York Times, PwC Tax Advisory, Baker Botts Legal Analysis, rapport de recherche de l’Université de Berkeley.
Les estimations de fortune citées proviennent de Forbes et Bloomberg, qui utilisent des méthodologies transparentes basées sur les cours boursiers, les déclarations SEC et les données publiques disponibles.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques économiques et politiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des marchés financiers et des politiques fiscales.
Toute évolution ultérieure de la situation — résultats du vote, décisions judiciaires, mouvements de milliardaires — pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici.
Sources
Sources primaires
Bloomberg Television – Interview de Jensen Huang et Roland Busch – Janvier 2026
California Attorney General – Initiative 25-0024A1 (2026 Billionaire Tax Act) – Novembre 2025
California Legislative Analyst’s Office – Ballot Analysis Initiative 2025-024 – Janvier 2026
Forbes Real-Time Billionaires Index – Jensen Huang Net Worth – Janvier 2026
Bloomberg Billionaires Index – Jensen Huang Profile – Janvier 2026
Sources secondaires
CNBC Inside Wealth – California’s controversial wealth tax proposal leaves billionaires with little way out – 8 janvier 2026
CNBC – Nvidia’s Jensen Huang would have to pay about $8 billion in proposed billionaire tax – 7 janvier 2026
TIME Magazine – What to Know About California’s Proposed ‘Billionaire Tax’ – 16 janvier 2026
Yahoo Finance / Benzinga – Nvidia CEO Jensen Huang Could Owe $8B Under California’s 5% Billionaire Tax – 23 janvier 2026
Fox Business – Tech billionaires threaten to flee California over proposed 5% wealth tax – Décembre 2025
Fox Business – Billionaires leave California ahead of proposed 5% wealth tax measure – Janvier 2026
CBS News – California could impose a billionaire tax. Here’s how it would work – Janvier 2026
PwC Tax Advisory – California’s proposed Billionaire Tax Act ballot initiative – Janvier 2026
Baker Botts – California 2026 Billionaire Tax Act Legal Analysis – Décembre 2025
UC Berkeley – Expert Report On The California 2026 Billionaire Tax – Décembre 2025
Visual Capitalist – Ranked: The World’s Top 20 Billionaires in 2026 – Janvier 2026
Wikipedia – Jensen Huang – Consulté le 23 janvier 2026
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