Une production qui ne faiblit pas
Malgré les embargos, malgré les plafonnements de prix, malgré les menaces, la production pétrolière russe reste stable. 512 millions de tonnes en 2025. Les puits continuent de tourner. Les pipelines continuent de livrer. Certes, les clients ont changé. L’Europe s’est détournée. Mais l’Inde, la Chine, la Turquie ont pris le relais. Le pétrole russe coule toujours. Il coule juste ailleurs.
La réorganisation des flux
Ce que l’Occident n’a pas compris — ou n’a pas voulu comprendre — c’est que le pétrole est fongible. Quand l’Europe refuse le brut russe, la Russie le vend à l’Asie. Quand l’Asie achète russe, elle achète moins de pétrole du Golfe. Et ce pétrole du Golfe part vers… l’Europe. Au final, les mêmes barils circulent. Seuls les intermédiaires ont changé. Et ces intermédiaires prennent leur commission.
C’est le paradoxe absurde de cette situation. On a voulu punir la Russie, et on a fini par enrichir des traders, des armateurs fantômes, des courtiers obscurs qui se sont engouffrés dans les failles du système. Le pétrole russe arrive toujours sur le marché mondial. Mais maintenant, il coûte plus cher à tout le monde, sauf à la Russie qui a trouvé des acheteurs prêts à payer cash. L’économie mondiale est devenue une farce où les sanctions créent plus de problèmes qu’elles n’en résolvent.
Le GNL : la nouvelle frontière
Quatrième producteur mondial
Le gaz naturel liquéfié est devenu l’obsession stratégique de Moscou. Avec 32 millions de tonnes produites en 2025 et 7% du marché mondial, la Russie s’est hissée au quatrième rang mondial. Et ce n’est qu’un début. De nouveaux terminaux sont en construction. De nouvelles capacités sont planifiées. L’objectif? Doubler, tripler la production dans les années à venir.
L’arme anti-sanctions
Le GNL est l’arme parfaite contre les sanctions. Contrairement au pétrole qui passe par des pipelines fixes, le gaz liquéfié voyage par méthanier. Il peut aller n’importe où. Changer de destination en cours de route. S’adapter aux marchés. Impossible à bloquer efficacement. La Russie construit une flotte de méthaniers brise-glace capable de traverser l’Arctique toute l’année. L’Occident n’a pas de réponse.
Je regarde cette stratégie russe et je dois admettre : c’est brillant. Cynique, mais brillant. Pendant que l’Europe se débat avec sa transition énergétique, ses éoliennes intermittentes et ses panneaux solaires qui ne marchent pas la nuit, la Russie investit massivement dans le gaz et le pétrole. Elle parie sur le fait que le monde aura besoin d’hydrocarbures pendant des décennies encore. Et honnêtement? Elle a probablement raison. La réalité énergétique ne se plie pas aux voeux pieux des écologistes de salon.
L'uranium : le monopole discret
30 à 45% du marché mondial
C’est le secret le mieux gardé de la géopolitique énergétique : la Russie domine le marché de l’enrichissement de l’uranium. Entre 30 et 45% des services mondiaux dépendent de capacités russes. Les centrales nucléaires occidentales, américaines, européennes, japonaises, tournent avec du combustible enrichi en Russie. Même les sanctions les plus dures n’ont pas touché ce secteur.
La dépendance inavouable
Pourquoi? Parce que l’Occident n’a pas d’alternative. Construire des capacités d’enrichissement prend des années, des milliards, une expertise que peu de pays possèdent. La France, avec Orano, a des capacités. Les États-Unis tentent de relancer leur industrie. Mais pour l’instant, couper le robinet russe signifierait éteindre des dizaines de réacteurs nucléaires en Europe et aux États-Unis. Impensable.
Cette dépendance me met hors de moi. Pendant des décennies, on a laissé la Russie prendre le contrôle d’un secteur stratégique vital. Par paresse. Par aveuglement. Par cupidité à court terme. Et maintenant qu’on voudrait se libérer, on découvre qu’on est pieds et poings liés. Nos centrales nucléaires — les centrales qui nous permettent d’avoir de l’électricité décarbonée — dépendent du bon vouloir de Poutine. Si ça ce n’est pas un échec stratégique monumental, je ne sais pas ce que c’est.
La souveraineté technologique
L’indépendance revendiquée
Novak insiste sur un point crucial : la Russie développe sa propre souveraineté technologique dans le secteur énergétique. Fini le temps où Moscou dépendait des équipements occidentaux. Les sanctions ont forcé la Russie à développer ses propres technologies. Ses propres équipements de forage. Ses propres systèmes de raffinage. Ce qui devait l’affaiblir l’a renforcée.
L’exportation du savoir-faire
Mieux encore : la Russie compte désormais exporter ces technologies vers d’autres pays. Vers l’Afrique, l’Asie, l’Amérique latine. Des pays qui veulent développer leur secteur énergétique sans dépendre de l’Occident. Moscou se positionne comme l’alternative. Le partenaire qui ne pose pas de conditions politiques. Qui ne fait pas la morale. Qui livre et qui encaisse.
C’est l’ironie suprême de cette histoire. Les sanctions occidentales devaient isoler la Russie, la couper du reste du monde. Elles ont fait exactement l’inverse. Elles ont poussé Moscou à développer des alternatives, à trouver de nouveaux partenaires, à construire un réseau parallèle qui échappe au contrôle occidental. On voulait affaiblir Poutine. On a créé un bloc anti-occidental qui se renforce chaque jour. Bravo les stratèges.
Le monde multipolaire selon Moscou
La fin de l’hégémonie américaine
L’article de Novak utilise une expression clé : « l’ère de la multipolarité ». C’est le narratif russe depuis des années. L’idée que le monde unipolaire dominé par les États-Unis est terminé. Qu’un nouvel ordre émerge, avec plusieurs centres de pouvoir. La Russie, la Chine, l’Inde. Et dans cet ordre nouveau, l’énergie est l’arme décisive.
L’énergie comme levier géopolitique
Contrôler l’énergie, c’est contrôler le développement économique. C’est pouvoir faire ou défaire des alliances. C’est avoir un siège à toutes les tables. La Russie l’a compris depuis longtemps. L’Europe l’a compris trop tard. L’Amérique pense encore pouvoir imposer ses règles. Mais le monde a changé. Et ceux qui contrôlent les robinets ont le dernier mot.
Je ne suis pas pro-russe. Loin de là. Mais je suis réaliste. Et la réalité, c’est que Moscou joue avec les cartes qu’elle a en main mieux que nous. Elle comprend que l’énergie est le nerf de la guerre moderne. Que celui qui a le pétrole, le gaz, l’uranium, a le pouvoir. Pendant qu’on se gargarise de valeurs et de principes, la Russie accumule les actifs tangibles. Les usines. Les pipelines. Les technologies. Et quand viendra le moment de négocier, elle aura des arguments que nous n’aurons pas.
L'échec des sanctions?
Les promesses non tenues
On nous avait promis que les sanctions allaient écraser l’économie russe. Que le rouble s’effondrerait. Que l’industrie russe s’arrêterait faute de pièces détachées. Que Poutine serait renversé par un peuple affamé. Deux ans plus tard, la Russie produit autant de pétrole qu’avant. Elle exporte son gaz vers de nouveaux marchés. Elle développe de nouvelles technologies. Où est l’effondrement promis?
Le coût pour l’Europe
En revanche, le coût des sanctions pour l’Europe est bien réel. Factures d’énergie multipliées. Industries délocalisées. Inflation galopante. L’Allemagne, jadis locomotive économique du continent, est en récession. Ses usines ferment faute de gaz bon marché. Qui a vraiment été puni par ces sanctions? La question mérite d’être posée.
Je pose la question parce que personne n’ose la poser. Les sanctions contre la Russie ont-elles atteint leurs objectifs? La réponse objective, factuelle, dépassionnée, c’est non. Poutine est toujours là. La guerre continue. La Russie s’adapte. Et c’est l’Europe qui souffre. On peut continuer à prétendre que « ça va finir par marcher », que « il faut être patient ». Ou on peut regarder la réalité en face et admettre que notre stratégie a échoué. Je sais quelle option est la plus confortable. Je sais aussi laquelle est la plus honnête.
L'avenir énergétique mondial
Un monde fragmenté
L’avenir qui se dessine est celui d’un monde énergétique fragmenté. Un bloc occidental qui tente de décarboner à marche forcée. Un bloc russo-chinois qui continue à miser sur les fossiles. Et entre les deux, une majorité de pays qui choisissent pragmatiquement le fournisseur le moins cher et le moins contraignant. La belle unanimité des sommets climat est une fiction.
La transition impossible?
La transition énergétique telle qu’on nous la vend repose sur une hypothèse : que le monde entier va marcher au même pas. Que tout le monde va réduire ses émissions. Que les énergies renouvelables vont remplacer les fossiles partout, tout le temps. La réalité? Des pays comme la Russie, la Chine, l’Inde, continuent à développer charbon, pétrole, gaz. Et ils le font parce que c’est ce qui marche.
Je crois au changement climatique. Je crois qu’il faut agir. Mais je crois aussi qu’il faut être lucide. La transition énergétique ne se fera pas contre la physique, contre l’économie, contre les intérêts de milliards de gens qui veulent simplement avoir de l’électricité et du chauffage. La Russie parie que le monde aura besoin de fossiles pendant longtemps encore. Ce n’est pas un pari irrationnel. C’est un pari basé sur une lecture froide de la réalité. On peut le déplorer. On ne peut pas l’ignorer.
Conclusion : Le réveil brutal
La Russie incontournable
L’annonce de Novak n’est pas une fanfaronnade. C’est un constat et un programme. La Russie est et restera un acteur énergétique majeur. Ses ressources sont immenses. Ses capacités sont réelles. Sa détermination est totale. L’Occident peut refuser de l’admettre. Cela ne changera pas la réalité.
Les leçons à tirer
Cette situation devrait nous servir de leçon. Sur les limites des sanctions. Sur l’importance de la souveraineté énergétique. Sur les dangers de la dépendance. Sur la nécessité d’une stratégie à long terme plutôt que de réactions émotionnelles. Allons-nous apprendre? L’histoire suggère que non. Mais l’espoir fait vivre.
Je termine cet article avec un goût amer. Celui de l’occasion manquée. Celui des erreurs accumulées. Celui d’un Occident qui a cru pouvoir dicter ses règles au monde entier et qui découvre, brutalement, que le monde ne l’écoute plus. La Russie veut dominer l’énergie mondiale. Elle en a les moyens. Et nous? Nous avons des discours, des promesses, des plans sur cinquante ans que personne ne tiendra. Le réveil va être douloureux. Très douloureux.
Sources
Sources primaires
TASS – Russia to become one of global energy leaders in new multipolar world — Novak
Xinhua – Russia aims to become one of world’s leading energy players: official
The Star – Russia aims to become one of world’s leading energy players
Sources secondaires
Eurasia Review – Russia’s Energy Markets: Post-Ukraine War Transformation
IMP News – Enriched and Entrenched: Russia’s Radioactive Stronghold in 2026
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